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iii REHAISSANCE ET RÉFORME,
mais excessive, demandait uo écrivain souple, habile, éiémenlaire, qui la fît couler et s'insinuer en quel(pie manière là oii Luther, cet olympien, comme l'appela Mélanchthon dans les jours de doute, la fulminait. Luther voulait gai"der impunément le mystère et les inég:alilés d'un oracle, les pensées sans application, les ravissements de Pathmos; il lui fallait Mélanchthon pour l'interprétation modeste, pour les adoucissements, et, si je puis parler ainsi, pour ta réduction à l'échelle populaire de ses formes héroïques. Non seulement Mélanch(Jion était nécessaire à Luther pour éclaircir et approprier les nouvelles doctrines; il ne l'était guère moins aux principaux chefs de la réforme, théologiens ou princes, et en parliculier à l'électeur Frédéric de Saxe, pour tempérer la fougue de Luther et en obtenir, soit des concessions, soit, de temps en temps, le désaveu des forces aveugles qui se meltaienl à son service. C'est ainsi que l'électeur le chargea personnellement de négocier avec Luther le maintien de la messe canonique à Wittemberg. La réforme demandait un écrivain et un négociateur : Mélanchthon avait toutes les qualités de l'un et de l'autre rôle; ÎI n'y pouvait pas échapper. A son insu, et quoique résistant toujours, il finit par s'engager, mais en déclarant qu'il prenait pour bannière la modération. Il crut, par une erreur commune à tous les hommes supérieurs qui prennent parti, que celle bannière l'abriterait ; il se trompa. C'est la
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HÉIANCHTHON. £45
bannière qui attire le plus de coups, et c'est la seule qui ne protège contre personne.
Avant d'entrer sans retour dans cette carrière où t'attendaient, selon la belle expression de Bossuet, « les plus violentes. agitations que puisse jamais sentir un homme vivant » , il voulut aller revoir sa ville natale, comme pour y prendre des forces pour les épreuves qui lui étaient réservées. Ce fut dans le mois de mai de l'année 1524. Il arriva le G mai à Bretten, où il trouva sa mère remariée, par jalousie, dit-on, de ce que lui-môme avait piis femme. Après quelque séjour qui ne fut pas tout donné au repos, puisqu'il écrivit pour le cardinal Campége ' une Somme de la nouvelle théologie, il se remit en route, dans le mois de juin, pour Wittemberg.
Chemin faisant, et comme il n'était plus qu'à quelque distance de Francfort, il rencontra le fameux landgrave de liesse, fort jeune alors, qui se ■ rendait avec une suite à Heidelberg, à la fête du jeu de l'arc. Le landgrave avait su le voyage de Mélanchthon. L'allure fort peu équestre du voyageur et de ses compagnons, lesquels, à ce que raconte Camérarius, abrégeaient le chemin en taisant des épigrammes latines, lui fil soupçonner que ce devait être Mélanchthon. Il s'approche de lui et lui demande s'il n'est pas Mélanchlhon. « C'est en effet mon nom, dit celui-ci. » Et, par