‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 55 sur 77 · Campége était le li^at du pape · texte numérisé non relu

Campége était le li^at du pape

honneur, il «e dispose à descendre de cheval, e Venez, dil l'électeur, m'accompagner quelque peu de chemin : j'ai à vous entretenir de certaines choses. Du reste, ayez l'esprit tranquille, et soyez sans crainte. — Que craindrais-je? reprit Mélanchthon; et que peut-il m'arr^êr qui importe à qui que ce soit? — Mais si je vous emmenais et vous livrais h Campége, dit le prince en riant; je sais que je ne lui déplairais pas. t Puis il lui fît quelques questions sur les points principaux de la nouvelle doctrine, avec la légèreté d'un jeune prince qui avait de bien autres soucis, et qui n'aurait pu supporter un exposé sérieux. Mélanchthon .répondit sommairement et en peu de mots, comme il convenait au lieu et à la personne; après quoi il demanda la permission de reprendre sa route. Le landgrave y consentit à la condition qu'à son retour il écrirait pour lui un traité des questions en litige. 11 s'informa ensuite des dépenses du vopge, et le pria ■ de passer par ses terres; ce qui fit dire plus tard que le landgrave de Hesse était le disciple de Mélanchthon.

De retour à Wittemberg, celui-ci écrivit le traité promis, sous le titre à' A brégé de la doctrine ecclésiastique restaurée, pour le très-illustre landgrave de Hesse.

MÉLANCHTHOM.

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nouvelle interprétation de ces livres, un nouveau christianisme. Le principe Toute vérité est dans VÉcriture, perlait cette conséquence : chacun peut voir dans l'Écriture la vérité qu'il veut. Aussi, peu de temps après les déclarations de Luther à Worms, Carlosladt, son disciple et son frère d'armes au colloque de Leipsick, déclarait ne pas trouver dans l'Écriture le dogme de la présence réelle que devait rejeter la réforme suisse; et les anabaptistes, plus hardis, y trouvaient la nécessité d'un second baptême, et n'y trouvaient ni évêques, ni ministres, ni hiérarchie d'aucune sorte, ni droits féodaux, ni droits de succession.

Les chefs ne sont souvent si hardis que par subtilité, et à force de pousser leurs idées à l'extrême; les sectaires le sont par l'emportement brutal des passions. Le principe posé par Luther déchaîna tous ceux qui avaient à se plaindre, à désirer, à se venger. Outre que la plupart ne lisaient l'Écriture que par les yeux grossiers de quelques théologiens subalternes, chacun y voyait tout ce qu'il aimait, et n'y voyait pas ce qu'il haïssait; chacun y trouvait des droits et n'y trouvait pas de devoirs.

Wiltemberg donna le signal et en vit les premiers effets. Les esprits y avaient été échauffés dès l'année 1521 par Nicolas Storck, le chef des anabaptistes, qui disait avoir eu des entretiens avec l'ange Gabriel, et en avoir reçu la promesse qu'il serait le réformateur de l'Église. Il avait persuadé

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MÉUANCHTHON. 219

un cerlaÎD Marcus (Stûbner), camurade d'école de Mélanchlhon pendant son séjour à Tubingue et devenu son hôLe à Witlemberg. Mélanchthon l'y avait accueilli, moitié par bon cœur, moitié pour savoir d'une manière plus certaine ce que professait sa secte. Mais ni son commerce avec Mélanchthon, ni leurs nombreux entretiens sur la doctrine, ni la confiance de Mélanchthon, qui l'avait associé à son école privée, n'avaient pii le changer. Il s'y mêlait beaucoup de visions, les têtes n'étant pas médio ■ crement échauffées, et Luther ayant en quelque sorte autorisé les visions par son exemple. Caméi-arius raconte que ce Marcus, étant assis à côté de Mélanchthon qui écrivait, s'assoupit peu à peu, et, laissant tomber sa tête sur la table, finit par s'endormir tout à fait. Après quelque temps, il s'éveilla comme en sursaut, et, regardant Mélanclithon : « Que pensez-vous de Jean Ghrysoslome? lui demanda-t-il. — Beaucoup de bien, dit Mélanchthon, quoique je le trouve verbeux. — Je viens de le voir en ce moment même, dit Marcus, dans un triste état, au fond du purgatoire. > Mélanchthon sourit d'abord, puis il quitta Marcus, déplorant l'aberration de gens qui, éveillés, niaient le put^atoire, et qui le voyaient dans leurs songes '.

Les sectaires voulaient immédiatement deux réfoi-mes : l'abolition du sacrement de l'eucharislie,

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et la destruction, par le feu, des statues et images des saints. Carlosladt prêtait à leurs projets l'appui de son nom. C'était un homme Tarouche, sans génie, sans savoir ni bon sens; au physique, court de taille, le visage sombre, la voix sourde et sans accent; un de ces esprits ardents où tout fermente et où rien ne se forme et ne s'articule, qui, ne pouvant ni obéir ni se faire de partisans parmi les esprits cultivés, en cherchent jusque dans les derniers rangs de la foule. Garlostadt, un moment aussi considérable que Luther, avait pu se croire son égal. Il ne put souffrir de voir s'étendre de jour en jour la distance qui le séparait de Luther, ou peut-être ne la vit-il point, par celte illusion propre aux contemporains et aux amis de jeunesse d'un homme qui doit les surpasser. Quoi qu'il en soit, sentant qu'il ne pouvait disputer à Luther lé premier rang, ni dans la chaire, oii il était confus et injurieux, ni par la plume, où il était tout à fait inhabile, il voulut l'égaler par l'action. L'absence de Luther, alors retenu par l'électeur de Saxe au château de Warlbourg, favorisait ses projets violents, et bienlôt Witlemberg fut sous la menace d'une sédition à la fois sacramentaire et anabaptiste.

Mélanchthon, effrayé, en écrivit à Luther, qui, sans attendre la permission de l'électeur et sans lui en donner avis, parut à Wittemberg tout à coup, le 9 mars 1522. Ce coup de force étonna les sectaires.

Ses prêches multipliés, qui firent dire  un des plus fougueux d'entre eux que c'était moins la voix d'un homme que celle d'un ange, arrêtèrent tout. Les chefs, après quelques débats avec lui, se retirèrent à Chemberg, d'od ils lui écrivirent des lettres injurieuses, pour le moment sans effet.

Deux ans après, tout avait marché, même Luther, qui se trouvait à son insu plus près qu'en 1521 des opinions de Carlostadt. Ne s'étant pas encore borné lui-même, il avait perdu le droit de marquer des limites à son parti. La sédition éclata donc à Witlem* berg, et toutes les statues furent brisées. Gela se passait en 1524. Un an après, cent mille paysans, couverts du sang des nobles, des magistrats et des prêtres, étaient noyés dans le leur, en Souabe, en Thuringe, en Franconie.

Les premiers mouvements avaient donné beaucoup desoucisàMélanchthon : laguerre des paysans lui fit plus de mal, car elle lui donna le doute. Elle le donna aussi à Luther, qui venait de jeter inutilement sa parole entre les paysans et les princes. Mais le doute de Luther, superbe comme ses croyances, n'allait pas jusqu'à son cœur, et n'en taisait pas jaillir ces vives larmes qui coulaient des yeux de Mélanchthon, et que sa fdle, assise sur ses genoux, essuyait, nous raconle-t-il, avec sa robe du matin'. De ce moment il commença cette longue

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