‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 56 sur 77 · Corpiu rtformatorum · texte numérisé non relu

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plainte qu'il continua jusqu'à' sa mort, et qu'interrompirent à peine les seules joies pures qu'il lui fût permis de goûter, celles que donnent les lettres; car ses joies de famille furent mêlées.

Cette guerre augmenta en lui la disposition aux idées superstitieuses. Dès sa plus tendre jeunesse, par penchant autant que par l'esprit du temps, il avait été frappé de la coïncidence de certains phénomènes naturels et de grands troubles dans l'ordre moral. Il s'effrayait d'un été pluvieux, d'un débordement de l'Elbe. Au reste, le monde étant profondément troublé, il y avait toute chance que des accidents de ce genre fussent suivisde quelque désordre social. Mélanchthon en concluait que les uns étaient une menace du ciel , et les autres l'effet de cette menace.

Ajoutez à cela un peu plus de confiance dans les songes qu'il ne convenait à un homme si sensé, presque de la foi dans l'astrologie divinatoire, et nul éloignemenl pour la chiromancie, quoiqu'il se défendit de l'accusation d'y croire aveuglément. Le préjugé du temps y était pour beaucoup; mais le plus fort venait d'une extrême curiosité, jointe à beaucoup d'esprit d'observation, et de l'état encore si imparfait de la physique et de l'aslronomie. Mélanchthon savait tout ce qu'on en enseignait dans les écoles; il en écrivait fort pertinemment; maisc'était trop peu pour avoir le doute philosophique, également éloigné de la superstition et de la crédu-

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lité, et qui doit ôtre ie point où se fixent tous les esprits élevés et sages dans ces matières. Car, pour nier obstinément qu'il y ait un rapport quelconque entre les faits naturels et les faits moraux, et que l'homme reçoive quelque influence mystérieuse de la marche de ces grands corps qui roulent dans l'espace, c'est une témérité non moins déraisonnable que de croire cette influence irrésistible, et de s'y soumettre comme le Turc h la fatalité. D'autre part, ne s'en point soucier du tout, vivre au sein de cette harmonie, et en quelque sorte par elle, sans en adorer au moins ie secret, est un épicurisme grossier, peut-être trop commun àl'époque où nous vivons. Pour moi, je loue les esprits érainenls du XVI' siècle d'en avoir été si vivement préoccupés, etj'aime à voirMélanclithon, en particulier, pousser cette préoccupation jusqu'à l'inquiélude, et estimer assez l'homme pour chercher, même au risque d'un peu de superstition, à rattacher sa vie à l'ordre universel.

Dans le temps de la guerre des paysans, il écrivait h Camérarius des lettres pleines de tristesse, où l'on voit, dans toute sa naïveté, cette disposition superstitieuse. Dans une de ces lettres, il pai'le d'un veau sanssese,né l'année précédente ('1524), qui signifiait Irès-certainemenl les interprétations charnelles et pernicieuses de la doctrine de Luther. Un ajccn-ciel qu'il'avait vu la nuit, de la maison d'un de ses amis, ne présageait pas moins clairement un fs

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mouvement populaire. N'avait-il pas vu pareille chose avant l'émeute de Wittemberç? Et il ajoute : c Quand je réfléctiis à ces présages, que je considère les innombrables vices de ceux qui gouvernent, la fureur de la multitude, les exemples qu'on en voit dans les histoires, les signes manifestes du jugement de Dieu, je n'ai aucun espoir que les États paissent durer plus longtemps. Tout cela, joint à ma mauvaise santé, me jette dans un trouble d'esprit au-dessus de mes forces '. >

Pour Luther, l'orgueil surmontait le doute. Dans le premier moment, il sentit au vif l'accusation d'avoir engendré deux partis, les anabaptistes et les sacramentaires, et, à peine au début de sa réforme, de n'en être déjà plus l'unique chef. Mais peu à peu, la dispute s'échaufTant, il n'eut pas de peine à se persuader qu'il l'emporterait, et il s'écria : t J'ai le pape entête, j'ai à dos les anabaptistes et les sacramentaires; mais je marcherai seul contre tous, je les défierai au combat, je les foulerai aux pieds ! > . En attendant, pour se distraire des horreurs de . la guerre des paysans, il aimait une religieuse et l'épousait. De là cette lettre de Mélanchlhon à Camérarius, toute en grec: c'est un secret qu'il n'osait dire que dans la langue savante. En parlant de l'étonnement où vont être les gens de bien de cette marque d'insensibilité de Luther au milieu de tant

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