Corpu» TtformaUmim, t. T, n' ilS
D,mi,.=db,Gooy[c
S60 HENAISSAHCE ET RÉFORME.
Eit même temps que la réfutation d'Agricola était colportée et vantée par les ardents du parti, on répandait le bruit que Luther chantait la palinodie, pour me servir d'un mot du temps; l'opinion de Mélanchlhon sur la pénitence passait pour avoir été concertée avec lui. Ce bruit arriva jusqu'aux oreilles de Spalatin, qui invita Mélanchthon à le démentir. Celui-c;i écrivit que si, malgré son désir d'être en tout de l'opinion de Luther, il s'était glissé dans ce livre quelque dissidence, il la prenait sur lui, et s'empresserait de l'expliquer; mais qu'il n'en fallait pas faire un tort à Luther, t Et, ajoutat-ii avec tristesse, c'est sans doute le soin que j'ai pris d'exposer toutes choses dans leur nudité, sans sophisterie et sans amertume dans l'expression, qui soulève contre moi tous ceux qui font consister la réforme en déclamations lancées, comme du haut ' du chariot d'un charlatan, contre tous les dissidents. >
Ce bruit, et d'autres dont on le grossissait, n'avaient été répandus dans le parti que pour engager Luther à désavouer Mélanchthon. Outre des motifs sincères de dissidence dans l'emportement d'une révolution, les ardents étaient jaloux d'un homme qui, tout en paraissant s'abstenir, occupait les esprits plus que les hommes d'action, et qui, déterminé à rester sur le seuil de la nouvelle théologie, lui rendait plus de services que ceux qui en avaient fait en quelque soi-te leur domicile. On voulait l'af-
D,mi,.=db,Gooylc
mélanghth;om. ast
faiblir et arrêter des commencements si beaux, en faisant tomber sur sa tête quelque sévère désaveu. Mais Luther ne s'y laissa pas entraîner. Il se contenta de donner sèchement avis à Mélanchthon .de ce qu'on écrivait contre lui, sans entrer dans aucune récrimination, et sans lui demander de s'expliquer. Il ne se croyait pas sérieusement attaqué par Mélanchthon, mais il était sensible au plaisir de se voir défendu comme s'il eût été attaqué.
Cependant Agricola se donnait beaucoup de mouvement pour aggraver les choses ; il y allait de son honneur de n'avoir' pas fait un éclat inutile. Ses partisans murmuraient de l'inaction de Luther. Mélanchthon s'étant rencontré avec les principaux d'entre eux aux noces d'un ami commun, Amhroise Reutter, ceux-ci avaient fait mine de ne pas le connaître. L'un d'eux, Loguléius, qui le connaissait particulièrement, avait affecté de le saluer comme un inconnu. Enfin l'électeur s'en mêla; il manda Luther à Torgaw, ville où il tenait sa cour, et il le chargea, ainsi que Poméranus, d'entendre Mélanchthon et Agricola, et de prononcer entre eux.
Le débat fut court. Luther, qu'Agricola y avait mis sur le même rang que les saintes Écritures, le trancha par une déhnition ambiguë, soit qu'il eût voulu ménager à la fois le disciple ardent et l'auxiliaire utile, soit qu'il fût sincère, et qu'il se payât lui-même de cesambig;uïtés. Toutefois, dans le dîner qui suivit, il disputa tout bas avec Mélanchthon sur
D,mi,.=db,Gooylc
ÎIB BEKAISSANCE ET RÉFORME.
d'autres passages du livre incriminé, l'embarrassant d'explications qui font dire à celui-ci, dans une lettre à Justus Jonas : « Quel homme subtil ! > Pour Âgrîcola, qui n'était nullement satisfait de la décision, et ne trouvait pas le jugement assez éclatant pour le procès, il refusa de se réconcilier avec Mélanchlhon. Vainement celui-ci lui rappela une amilié déjà ancienne, et lui promit d'oublier son offense, du reste n'exigeant de lui aucune rétractation; n 11 ne répondit, écrit Mélanchthon, non plus qu'une statue. » Mais au dehors il continua de triompher de Mélanchthon, Luther n'y contredisait pas, et sans doute se réjouissait secrètement d'un débat qui n'avait profité qu'à lui; il y avait vu tout h la fois éclater le dévouement de ses disciples à sa gloire, et intimider la gloire naissante de Mélanchthon.
La querelle se calma, moins, comme il arrive en des temps si agités, par un adoucissement dans les personnes, ou un changement dans les opinions, que par les événements qui suscitaient de nouvelles affaires avant que les affaires en instance fussent terminées. Les querelles unissaient moins qu'elles ne s'ajournaient; au moindre répit, toutes les haines du passé profilaientpourseréveilier de ces courtes trêves du présent. Cène fut pas la seule fois que Mélanchthon eut à défendre sa modération contre les attaques d'Agricola. 11 est vrai que, pour prix des difficultés et des périls attachés au beau rôle de modérateur, Mélanchthon en eut toules les douceurs secrètes, Il
MËLANCHTHON. 363
dut être touchéde voir, par son exemple, combien la modération est nécessaire aux sociétés humaines, puisque les partis les plus violents, soit avant de se ruer l'un sur l'autre, soit après le combat, et pour régler la victoire, ont besoin de sa médiation, et l'invoquent tout en la calomniant.
11 en eut bientôt une preuve dans l'ordre qu'il reçut d'accompagner, en 1529, l'électeur Jean-Frédéric à la diète de Spire. C'est là qu'après bien des disputes entre les catholiques et les réformés, aucun des deux partis n'étant assez fort pour opprimer Vautre, ils s'accordèrentpour frapper les anabaptistes et les sacramentaires qui les embarrassaient également. Us concoururent aux décrets violents qui furent rendus contre l'ennemi commun, les réformés avec moins d'empressement, et non sans de grands délais, parce qu'ils soupçonnaient les catholiques d'y avoir plus d'intérêt qu'eux. Mais, une fois les anabaptistes et les sacramentaires rejetés, il fallut bien que les catholiques et les luthériens se regardassent en face. Les premiers, qui avaient la majorité des voix, décrétèrent que tous ceux qui avaient jusqu'alors conservé les anciennes traditions fussent tenus d'y rester fidèles; que quant à ceux qui professaient le nouvel Évangile, ils fussent libres d'y persister, à la condition de s'unir aux catholiques pour obliger le reste des peuples à ne pas changer de religion. Ce décret absurde, qui demandait à un parti en progrès un acte contre nature, en exigeant
D,mi,.=db,Gooylc
qu'il se circonscrivît et s'isolât, souleva les luthériens, qui protestèrent auprès de l'empereur : d'où le nom de protestants, bientôt commun à toutes les Églises réformées.
Mélanchthon se montra ti'ès-circonspect, excepté sur un point, où il fut pressant jusqu'à se rendre suspect aux réformés : c'était la séparation d'avec les sacramentaires et Zwingle, leur chef. 11 blâmait toute lenteur à cet égard. Dans le fond il était moins éloigné des catholiques, lesquels représentaient du moins l'ordre établi, l'organisation, que des anabaptistes et des sacramentaires, à cause de l'esprit de bouleversement qui perçait sous leurs dogmes. C'est d'ailleurs par cet esprit que ceux-ci trouvaient faveur auprès de certains princes, pour qui la réforme était une question d'intérêt bien plus que de conscience. Ces princes, et en particulier le landgrave de Hesse, se servaient de leurs théologiens, comme Philippe le Bel de ses jurisconsultes, pour brouiller les affaires, et trouver des prétextes sacrés aux projets d'ambition. Mélanchthon, qui les pénétrait, en écrivait à Jonas, à son retour de la diète : i Ces ménagements pour les zwingliens m'ont jeté dans un grand trouble; j'aimerais mieux mourir que d'avoir à supporter de si grands maux. Toutes les douleurs intérieures m'ont accablé à la fois '. »
Dans ce voyage il étaitallé voir sa mère, à Bretten.