‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 60 sur 77 · Corpus relormatomm, l. I · texte numérisé non relu

Corpus relormatomm, l. I

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Celle-ci lui demanda ce qu'il fallait croire de toutes ces disputes, et si elle devait s'en tenir aux prières qu'elle avait coutume de faire; et elle les lui réciia. Il Continuez, lui dit son fils, de croire et de prier comme vous avez fait jusqu'à présent, et ne vous troublez point l'esprit de toutes ces controverses, » A peu de temps de là, une lettre de son frère lui apprit la mort de sa mère. L'indifférence avec laquelle il l'annonce à Camérarius, son ami intime et leconfident ordinaire de ses douleurs privées, semble prouver, ou qu'il avait quelque raison de moins regretter cette mort, ou que ses travaux ne lui laissaient pas le temps de pleurer la perte des siens.

Le colloque de Marpurg suivit de près la diète de Spire. Il avait été ménagé par le même landgrave de Hesse que, cinq ans auparavant, Mélanchthon avait rencontré chevauchant sur la route d'Ileidelberg. Cinq ans avaient mûri ce jeune homme et en avaient fait un des chefs les plus -décidés de la réforme. C'était, comme le remarque Bossuet, le plus vaillantdes princes protestants. Prévoyant que toutes ces discussions finiraient par la guerre, et nourrissant des pensées d'indépendance el d'agrandisse- . ment, il avait senti le besoin d'assurer l'union politique dans le parti par l'union des doctrines. C'est dans ce but qu'il avait réuni à Marpurg les principaux théologiens de la réforme. Luther, Mélanchthon et Osiandre y représentaient l'Église saxonne ; Œco-

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lampade et Zwingle, les sacraraentaires et l'Église de Suisse; Bucer, celle de Strasbourg, qui inclinait vers les sacramentaires; outre un certain nombre d'adhérents attachés à ces divers chefs, et qui ne s'étaient pas encore fuit de nom dans le nouvel

Malgré le grand intérêt du landgrave et celui de tout le parti à se mettre d'accord, et quoi qu'on eût coulé sur tous les autres points, moins par facilité que pour ne pas soulever des difficultésprématurées, on demeura plus séparé que jamais sur la question d'où était née la secte des sacramentaires, la présence réelle. Après un débat de trois jours, où figurèrent seuls Luther et Zwingle, en présence des autres qui jouèrent le rôle de personnages muets, on se quitta en promettant qu'on n'écrirait plus les uns contre les autres. Il faut croire qu'on ne l'entendit pas des récits qui pouvaient être faits par. lettres des incidents de la conférence, car il s'en répandit plusieure où les divers partis ne se ménageaient pas.

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personne qui aurait rompu la paix de Sa Majcslé Impériale, noire pouvoir n'allant pas jusqu'à donner protection à ceux que l'empereur a condamnés. »

L'électeur n'emmena avec lui que Jonas et Mélanchthon. Pour Luther, il reçut l'ordre de demeurer. On lui donna de vagues raisons. La vraie était que l'électeur craignait pour sa personne : mais on la lui cacha de peur qu'il n'y vit une marque de défiance dans la bonté de la cause, et que, par un coup de fougue, il ne vînt à Augsbourg malgré tout le monde. Du reste, il fut convenu que rien ne se ferait sans ses avis.

Au commencement du mois de juiii 1 530, tous les princes et Ëtats qui devaient composer la diète étaientsuccessivemenlarrivés, et attendaient Charles- Quint. Chacun s'était fait accompagner ou représenter par ses prédicateurs, lesquels abondaient des deux côtés. Georges, duc de Saxe, entre autres, en avait amené une voiture pleine. Dans cette confusion d'opinions, d'hommes et d'intérêts si divers, les bruits les plus étranges et les plus contradictoires avaient tour à tour crédit. L'arrivée de Charles-Quint, ses dispositions, ses projets, ceux de sa cour, en étaient la matière. Les uns annonçaient qu'il venait sans parti pris, avec l'intention d'examiner à fond la querelle, et de corriger ce qu'il trouverait d'excessif dans les deux partis; les autres le disaient prêt à écraser la réforme par les armes.

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et déjà engagé par serment à cette œuvre d'extermination. On ne Taisait pas moins de conjectures, ni de moins contradictoires, sur les théologiens et les négociateurs dont il s'était fait suivre. Toutefois on s'accordait à fonder des espérances sur le crédit et la modération bien connue de son chancelier, Mercurinus Gattinara, lequel avait du penchant pour les réformateurs, par amour pour les lettres, dont le goût lui était commun avec les principaux d'entre eux. Chacun s'alarmait ou se réjouissait selon les bruits auxquels il ajoutait foi. Les timides travaillaientà la paix; les hommes décidés ne prétendaient pas moins, protestants, qu'intimider Charles-Quint; calholiques.que lui arracher des édits violents et des déclarations de guerre.

Ces espérances ou ces craintes se trahissaient dans les nombreux prêches qui se faisaient à Augsbourg. 11 fallait bien occuper tant de prédicateurs, tous impatients de se faire entendre, les uns par ardeur religieuse, les autres par le désir de se distinguer. Tous ces prêches remuaient la ville, transformée tout à coup en un vaste auditoire. Les magistrats avaient fort i faire pour maintenir l'ordre dans cette foule qui désertait ses travaux, et se pressait autour des chaires pour s'abreuver de ces nouveautés enivrantes. Les princes y assistaient, entre autres le landgrave de Hesse, lequel écoulait volontiers maître Michel, un des sacramentaires.

La ville avait équipé huit cents hommes, tantfan-

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tassins que cavaliers, tous hahillés de velours et de soie, et un bon nombre cuirassés. En outre, on avait dressé des barrières et tendu des chaînes dans les rues, en cas d'émeutes du soldat ou du peuple. Charles-Quint, averti de ces précautions, en prit de l'ombrage et exprima des méfiances. Le sénat répondit que l'établissement de chaînes et de barrières avait été résolu depuis dix ans, et que, quant aux soldats, ils n'avaient été équipés que pour fêter l'empereur. Charles-Quint insista. Il voulut faire des épurations dans cette troupe, remplir les vides par des hommes à lui, et faire prêter à tous serment de fidélité à l'empereur. Le sénataima mieux un licenciement général.

Au reste, l'empereuren usait avecla ville d'Augsboui^ comme il eût fait d'une ville de ses Espagnes. Ses fourriers arrachaient des auberges les écussons des princes, et prenaient possession, au nom de l'empereur, de tous les logements qui leur convenaient. On le disait, quant à lui, arrêté dans les États romains par le manque d'argent. Il attendait celui de France, dont le premier terme, selon les derniers traités, devait échoir à la Pentecôte. N'estil pas plus vraisemblable que ce retard était calculé, et que l'empereur voulait arriver au milieu de partis épuisés par des discussions préliminaires, avec l'espoir que la fatigue générale, en faisant désirer sa médiation, la rendrait plus facile?

Quoi qu'il en soit, on anticipait sur la diète en

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agitant, SDit dans les églises, soit dans les conciliabules, toutes les questions qui devaient y être débattues. Pour les prêches en particulier, on délibérait à quel prix il Faudrait en revendiquer le libre usage, au cas où il plût à l'empereur de l'interdire. Le plus grand nombre penchait pour la désobéissance, les zwingtiens surtout, qui avaient le plus d'intérêt au maintien des prêches, étant l'extrême parti de la réforme, et ayant plus besoin que les autres de l'acclamation populaire. L'Eglise saxonne aurait vu sans déplaisir l'interdiction des prêches zwingliens : mais, en la souffrant, n'invilait-elle pas l'empereur à supprimer les siens?On discutait tous les cas. Ou Charles-Quint interdirait tous les prêches quelconques, publics ou privés, ou il bornerait l'interdiclion aux prêches publics, ou enfin, de concert avec tous les Etats et Ordres de l'empire, il abolirait tous les prêches sans distinction. Devrait-on réîîister? De quelle manière et jusqu'où?

Une consultation présentée à l'électeur par ses théologiens portait que, dans tous les cas, il fallait se soumettre; qu'à la vérité ce serait l'obéissance de prisonniers qui ne peuvent pas résister, mais qu'il valait mieux s'y résigner, la ville étant à l'empereur, que de montrer qu'on se défiait de la cause; qu'à cet égard, ni prières ni menaces ne devaient déterminer l'électeur à quitter Augsbourg avant d'avoir fait connaître la profession de foi saxonne à l'empereur et à l'empire.

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Cette consultation, où l'on reconnaît la marque de Luther dans la recommandation de ne laisser soupçonner à aucun prix qu'on se défie de la cause, avait été rédigée par Mélanchthon. C'est lui qu'on avait chargé de dresser toutes les délibérations des théologiens saxons sur les questions subsidiaires qui s'agitaient, et généralement sur toutes les décisions que pouvaient rendre nécessaires les disposilions présumées de Charles-Quint, Et, comme toutes ces délibérations étaient communiquées à tous les adhérents de l'Église saxonne, lesquels formaient la majorité du parti protestant, de fait Mélanchthon était la plume et le négociateur de ce parti. Il servait à la fois de lien entre les princes et les États confédérés, que distinguaient et que pouvaient séparer des caractères et des intérêts très-diver^, et entre leurs théologiens, non moins partagés, qu'il fallait ménager pour ne pas les précipiter vers les partis extrêmes. Seul il pouvait sauver la doctrine des mains de tant d'amis qui l'eussent déchirée et mise en pièces, pour en usurper l'interprétation exclusive et le gouvernement. Il y mettait d'ailleurs tant de modestie, qu'on adhérait volontiers à des éclaircissements qu'il ne donnait ni comme son invention, ni comme un secret.

Dans l'intervalle, il préparait celle Confession, dont le fonds avait été arrêtéàCobourg entre Lutheret les autres théologiens de l'électeur. Il s'î^issait de la faire accepter de toutes les sectes prolestantes.

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La idche élait immense. 11 fallait une réduction nette et sans équivoque, mais qui, soit par des omissions calculées, soit par la généralité des termes, laissât quelque espoir aux dissidents extrêmes. Ceux-ci, eu effet, voulaient bien ajourner leurs prétentions, mais non les voir formellement exclues du corps du nouvel Évangile, h litre d'hérésies. Mélanchlhon donnait tout le premier l'exempte de ces transactions. Je cherche vainement, dans l'article sur la pénitence, sa crainte servile; il en avait fait le sacrifice à l'intérêt commun.

Les plus grandes diflîcuUés lui venaient de Luther et du landgrave de liesse. C'étaient deux rudes maîtres, surtout pour un homme encore moins propre à servir qu'à résister. Luther, enchaîne à Cobourg, en proie à des douleurs do tête qu'il compare, dans son langage plein de figures, à des tourbillons de vent, supportait mal que les affaires se fissent sans lui; il n'était content ni de commander de si loin, ni qu'un lui obéit avec liberté. Quant au landgrave, comme il voulait la guerre, il favorisait les zwingliens, qui y poussaient et qui la déclaraient à l'empereur dans leurs prêches. D'un côté, Mélanchthon avait à faire souscrire à sa Confession Luther, qui ne voulait pas marcher si doucement ni  si petit bruit, et qui ne se reconnaissait ni dans la simplicité pratique des interprétations, ni dans le ton modéré dont elles étaient présentées. De l'autre, il avait a obtenir l'adhésion du landgrave,

lequel voulait accommoder l'article sur l'encharistie pour les Églises saxonaes, qui l'entendaient dans le sens liltéral, et pour les zwingliens, qui ne la soulTraient qu'au sens figuré.

Mélanchthon n'avait pas de prise sur l'esprit de ce prince, d'aulant plus opiniâtre qu'il défendait, sous des dissentiments ihéologiques, une politique déjà résolue; il chargea Luther de le faire revenir. La peur qu'eut celui-ci des excès des zwingliens le rapprocha du terme moyen que proposait Mélanchthon. Il y attira bientôt le landgrave, qui souscrivit enfin, avec des réserves sur l'eucharistie, à la Confession. Autant en fit Bucer, le représentant de l'Église de Strashourg, dont l'esprit subtil et insidieux ' avait imaginé une quatrième interprétation des paroles de Jésus-Christ, dans la cène, entre le sens littéral diversement expliqué par les catholiques et les luthériens, et le sens figuré défendu par Zwingle et son Eglise.

Toutes les négociations étaient pendantes quand Charles-Quinl arriva. Il fit son entrée â Augsbourg le 16 juin 1530, sur le soir, accompagné de tous les princes venus au-devant de lui par honneur. En avant de l'empereur marchait l'électeur de Saxe, portant l'épée, selon le privilège de son rang. Charles avaitaveclui, Ferdinand, son frère, roi des Romains,

i. On lui donnait dans lo parti Tépithète de Vulpini

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et le cardinal Campége, légat apostolique. On reporta sur ce prélat, esliraé pour sa modération, les espérances qu'on avait conçues de Mercurinus Gattinara, mort quelques jours auparavant. Campége trompa ces espérances ; ii était venu avec la mission de conseiller à Charles-Quint l'emploi de la force; il remplit cette mission jusqu'à la fin de la diète.

A peine arrivé, l'empereur fit appeler les trois princes évangéliques, l'électeur de Saxe, le margrave de Brandebourg, et le landgrave de Hesse. II n'avait auprès de lui que Ferdinand son frère, lequel, parlant habituellement l'allemand, lui servait d'interprète. Il leur demanda de faire cesser tous les prêches à Augsbourg. Ceux-ci répondirent que ce serait paraître abjurer le nouvel Évangile, si, avant toute discussion, ils supprimaient tes prêclies. Charles leur donna jusqu'au lendemain matin pour en délibérer.

Ils demandèrent dans la nuit une consultation h leurs théologiens. Mélanehihon conseilla d'obéir. La principale raison qu'il en donnait, d'accord avec Luther, c'est que la ville appartenant à l'empereur, les princes et les théologiens n'y étaient qu'à titre d'hôtes. Cette raison en cachait une plus sérieuse. Dans le fond, il tenait médiocrement à ce que les prêches fussent libres, cette liberté ne servant guère qu'à obscurcir les questions et à irriter les esprits. Mélanchthon voulait circonscrire le déhat au petit cercle des doctes, et' il ne lui déplaisait pas qu'on

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fermât l'une des voies par où les hommes impalients et sans lumières se jetaient dans des discussions déjà grosses de la guerre.

Son avis ne fut pas suivi. Le matin, les princes se rendirent auprès de l'empereur, et renouvelèrent leur réponse de la veille. 11 n'était point juste, disaient-ils, de les'priver de la parole de Dieu; cette exigence était contraire aux lettres de convocation qu'ils avaient reçues. A de nouvelles insistances de Charles ils opposèrent de nouveaux refus, et les prêches particuliers continuèrent à Augsbourg.

Charles, trouvant sur ce point la résistance trop forte, et n'étant encore ni résolu ni prêt à agir p.ir les armes, denianda aux princes de l'accompagner à la procession du saint-sacrement qui devait avoir lieu le jour même. Celait leur demander de trancher par une manifestation extérieure et publique une des questions sur lesquelles il s'était amassé le plus de controverses et préparé le plus de résistances. Ils refusèrent, non sans y mettre toutes les formes de la déférence et du respect. Charles laissa échapper des menaces, et on put croire, à la violence de son indignation, que la diète n'irait pas plus loin. Une transaction apaisa tout. Il fut convenu que tous les prêches sans distinction seraient supprimésj que toutefois l'empereur pourrait instituer des prédicateurs étrangers aux deux partis, lesquels enseigneraient l'Évangile sans commentaires, t Nous attendons, écrivait plaisamment

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Brentius, une chimère ou quelque animal tenant du cerf ou du bouc. »

Il y eut un grand empressement â ce premier prêche, qui ne devait être ni papiste ni évangélîque. « Nous étions là, écrit Brentius, l'oreille tendue; mais nous n'avons entendu qu'une simple lecture du texte de rKvang;ile. Seulement le prédicateur a commencé cette lecture par des prières communes pour les vivants et les morts, et l'a terminée par une confession générale. Vous avez là un prédicateur qui n'est ni papiste ni évangélique, mais qui s'en tient au texte nu', s

Le 20 juin, une niesse du Saint-Esprit fut célébrée dans la cathédrale d'Augsbourg, en grande pompe, avec chant et musique d'orgue. L'empereur et les princes avaient pris place dans le chœur, qui était fermé. Là, le prédicateur de la légation apostolique, Vincent Pimpinelli, dans un sermon que ne pouvaient entendre les réformés répandus dans l'église, invita Charles-Quint et Ferdinand à s'unir pour détruire l'hérésie, et pour ramener toute l'Allemagne sous le joug de l'ancienne discipline romaine. Ce fut par le margrave de Brandebourg, qui savait assez de lalin pour comprendre celui de Vincent Pimpinelli, que les réformés connurent dans quel esprit l'oraleur avait parlé.

Pendant ces difficultés subsidiaires, Mélanclitlion

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