‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 61 sur 77 · Corput reformaiorvm, l. II, tf · texte numérisé non relu

Corput reformaiorvm, l. II, tf

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travaillait sans relâche à l'jEuvre principale, la Confession du parti. 11 avait à pourvoir à deux choses à la fois : accommoder la rédaction aus opinions de tous ses coreligionnaires, négocier pour que Charles-Quint en permit la lecture. Dans ce dernier but il s'était rapproché de quelques-uns des secrétaires espagnols de l'empereur, et en particulier de Valdésius, qui avait du crédit. Les choses étaient allées assez loin pour qu'il crût pouvoir proposer de substituer à une lecture publique de simples communications à l'empereur, par l'entremise de son secrétaire. L'électeur, son maître, décida que la Confession serait lue comme elle avait été drossée. Mélanchthon, qui voulait la paix, y retouchait sans cesse, tantôt d'accord avec ses coreligionnaires, qui lui reprochaient ensuite ce qu'ils s'étaient laissé arracher, tantôt de son propre mouvement, là oîi l'âpreté de? expressions aurait pu effaroucher les adversaires. « J'y aurais fait bien plus de changements, écrivait-il à Camérarius, si nos amis me l'eussent permis ; car, bien loin de penser qne l'écrit soit plus doux qu'il ne convient, j'ai grand'peur qu'on ne s'offense de notre liberté '. »

Sa tâche était d'autant plus difficile, que Luther, en cessant tout à coup de lui écrire, avait paru désavouer tout ce qui se faisait à Augsbourg. Celte brusqueinterruptionavaiteude l'éclat. Mélanchthon '

1 CoTjmi reformalorum, l. Il, n" 729.

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HËLANGHTHON. il»

s'en plaignit avec douceur et humilité; Luther ne voulut pas même recevoir ses lettres. 11 fallut qu'il priSt Théodorus Vitus, leur ami commun, resté près de Lutlier, de les lui lire malgré lui. 11 les envoyait décachetées, afin que Vitus en prit d'abord connaissance et s'assurât si elles étaient assez humbles pour apaiser l'impérieus docteur. Une fois il lui en fit porter une par un messagerà ses frais. <t Vous savez, lui écrivait-il, les dangers que nous courons tous, et combien nous avons besoin de vos conseils et de vos consolations. On ne fait rien que par vos directions : quel sera notre péril si vous nous abandonnez! > Le grief de Luther, c'est que Mélanchthon ne lui écrivait pas assez souvent. C'était trop peu pour lui d'une lettre par semaine; il ne supportait pas qu'on fit un pas en avant sans l'en avertir. Ajoutez-y un peu de jalousie secrète de l'importance croissante de Mélanchthon, qui, quoique sans prétention à être le chef du parti, parut, en certaines occasions, ne manquer d'aucune des qualités d'un chef, et fit murmurer, parmi ses coreligionnaires mêmes, contre sa tyrannie '.

Enfin Charles-Quint consealK à entendre la Confession des Églises saxonnes, non publiquement, mais dans son palais. Tous les princes et ordres de l'empire étaient présents. Charles, selon les uns,

1. Corp. réf., t. 11. — Correspondance allemande de» députés de Nuremberg.

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•80 RENAISSANCE KT RÈKORME.

s'y montra assez attentif; selon d'autres, il s'y endormit, L'évéque d'Augsboiirg, saisi de la clarté de celte théologie, de la profondeur de ce savoir, de cette défense sans déclamation et sans sophisterie, s'échappa jusqu'à dire : a Ce qui a été lu est vrai> est la pure vérité, v Le cardinal de Saltzbourg n'en pensait guère moins favorablement; mais la cause lui déplaisait en raison de l'homme qui l'avait soulevée; il ne voulait pas de la réforme, parce que le réformateur était un moine marié.

Pour les princes évangéliques, c'était peu de chose d'avoir obtenu qu'on entendit l'exposition de • leur doctrine ; pour Charles-Quint et les catholiques, en avoir souffert la lecture, c'était une concession pleine d'embarras. Fallait-il engager une discussion avec un parti qui avait si évidemment l'avantage du savoir, et qui comptait des amis secrets jusque dans l'intimité de l'empereur? Faber, Jean de Eck, les seuls d'entre les catholiques qui pussent soutenir la discussion publique, s'agitaient pour l'empêcher, soit par intrigue, soit par crainte d'avoir le dessous. Les princes ne la voulaient que plus vivement. Venus sur ce que l'empereur avait promis, ils pouvaient contenter leur passion, tout en n'ayant l'air que de réclamer l'exécution d'une promesse. Charles-Quint ne savait à quoi se résoudre. Le fond du débat l'intéressait médiocrement, et je suis plus porté à croire, avec Brentius, qu'il dormit à la lecture de la Confession, qu'avec Jonas, qu'il l' écoula

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assez attenlivement. Il n'avait pas l'ardeur religieuse qui fait qu'on se décide, quoique au hasard ; et, loin de partager la ferveur catholique de Ferdinand, il s'appliquait à la tempérer. Placé entre deux partis dont il n'était pas prudent de satisfaire l'un, et dont il eût été dangereux de trop mécontenter l'autre, il montra jusqu'où allaient son irrésolution et ses doutes en écrivant à Erasme de venir à Augsbourg. On comprend, du reste, que celui-ci ne manqua pas de raisons très-fortes pour rester à Bàle.

Cependant les catholiques prodiguaient les menaces, probablement de l'aveu de l'empereur, qui n'empêchait pas qu'on n'essayât de ce moyen. On en espérait l'effet, surtout sur Mélanchthon, qu'on croyait craintif parce qu'il était pacifique, et inquiet pour sa personne, quand il ne l'était que pour la cause. Il en donna une preuve, qu'aurait pu lui envier Luther. Après la lecture publique de la Confession, il est appelé tout à coup par le cardinal Carapége. On lui dit que l'empereur jettera plutôt tous les États dans la guerre que de supporter cet outrage. En même temps plusieurs personnes d'autorité le pressent avec menace de céder et de faire c^éder ses amis. * Nous ne pouvons céder, dit-il, ni déserler la vérité; mais nous prions nos adversaires, au nom de Dieu et du Christ, de nous pardonner et de souffrir que nous gardions notre croyance. — Je ne le puis, je ne le puis, interrompit Campége ; les clefs sont infaillibles. — Eh bien,

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282 RENAISSANCE BT RÉFORME.

reprit Mélanchthon, nous remettrons notre cause entre les mains de Dieu. S'il est pour nous, qui sera contre nous ' ? >

Mais cet éclat ne lui convenait pas. Homme simple et ennemi du bruit, ne tirant aucune force de son imagination, n'ayant pas, comme Luther, une tête f où tourbillonnaient les vents », son courage ne se soutenait pas, pour peu surtout qu'il eût l'air d'une 'prétention au premier rôle. Au sortir de ces scènes violentes, après des entrevues où Gampége et d'autres le faisaient appeler, vers le milieu de la nuit, comme pour profiter du trouble de ses sens, il rentrait chez lui accablé et en proie à une mélancolie qui se communiquait à tous ses coreligionnaii-es. Dans cette espèce de Passion, pour parler le langage énei^ique d'un d'entre eux, tout ce qu'il pensait, disait, écrivait ou faisait, ne rendait pas la cause meilleure.

C'est dans un de ces accès de désespoir qu'il écrivit au cardinal Gampége une lettre, dissimulée par ses amis, omise ou très-altérée dans les recueils, presque niée par lui, où l'on ne lit pas sans surprise des paroles comme celles-ci : « Nous n'avons aucun dogme qui diffère de VÉglise romaine. Nous avons même réprimé plusieurs novateurs, pour avoir essayé de répandre des doctrines pernicieuses; il en existe

1. Oraison funèbre de MétaiKhthon, par Vilns Winshemius.— On a ait de cette belle parole : ■ Si Dieu est pour nous, qui sera contre nouB? a la devise de Mélanchthon. Tous ses portraits portent cet exergue.

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HËLANCHIHOn. 283

des témoignages publics. Nous sommes prêtsàobéirà VÉglise romaitte, pourvu qu'usant de cette clémence qu'ellea toujours montrée envers les peuples, elleconsente, soit à dissimuler, soità permettre un très-petit nombre de changements que, le voulussions-nous, nous ne pourrions empêcher... Nous n'avons attiré sur nous tant de haines que pour avoir défendu avec constance les doctrines de YÉglise romaine. Cette foi en Christ et dans VÉglise romaine, nous y persévérerons, s'il plaît à Dieu, jusqu'au dernier soupir, dussiez-vous ne pas nous recevoir en grâce. »

On regrette d'avoir à remarquer dans cette lettre la substitution du terme trop souvent répété à'Église romaine à celui d'Église catholique. On y peut blâmer aussi quoique affectation, soit â protester d'une obéissance dont Mélanchthon savait bien ne pouvoir répondre, soit à réduire et à rapetisser les changements introduits par la réforme. Ce fut une erreur de conduite, dans un moment de découragement, plutôt qu'une lâcheté intéressée. Cette fois encore Mélanchthon s'immolait à la paix; mais un sacrillce inutile est une faute.

Pendant cette lutte, dont il suivait tous les incidents, Luther, enfermé à Coboui^, priait avec une ardeur fébrile, z Je prierai et je pleurerai, écrit-il, jusqu'à ce que je sache que mes cris ont été entendus dans le ciel, u Et ailleurs, à Spalatin : * Quant à moi, qui suis un ermite et comme une terre sans eau, il ne peut rien germer en moi qui

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i»i RENAISSANCE ET RÉFORME.

soit digne de vous être écrit, si ce n'est que, par mes gémissements et mes soupirs, et par toutes les forces du geste et du discours, je monte dans le ciel, et je frappe, quoique indigne, aux portes de celui qui a dit : 11 sera ouvert à celui qui frappe ', » Dans une lettre à Mélanchthon, Vitus raconte des choses étranges de l'audace et de la confiance de ces prières. « li ne s'écoule pas un jour, dit-il, dont Luther ne passe en oraison au moins trois des heures les plus favorables à l'étude. 11 m'est arrivé une fois de l'entendre prier ainsi. Bon Dieu ! quelle spiritualité, quelle foi dans ses paroles! Ses demandes sont si respectueuses, qu'on voit bien qu'il parle à Dieu; elles sont si pleines d'espoir et de confiance, qu'il semble parler à un père et à un ami. Je sais, disait-il, qije lu es notre père et notre Dieu; je suis donc assuré que tu perdras les persécuteurs de tes enfants. Que si tu ne le fais, ton péril est lié au nôtre. Tu nous défendras donc. * J'étais debout, à quelque distance, l'entendant prier à peu près en ces termes, et je me sentais moi-même transporté d'un mouvement étrange, pendant qu'il s'entretenait ainsi avec Dieu, d'un ton si amical, si grave, si respectueux, le pressant par tant de promesses tirées des psaumes, et comme assuré que tout ce qu'il demandait allait arriver °. >

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HÉLANCHTHON. SdS

On proposait, dans le conseil de Charles-Quint, soit de revenir à l'édit de Worms, soit de faire juger la Confession par des personnes impartiales et de laisser la décision à l'empereur, soit enfin d'en faire dresser la réfutation; après quoi l'empereur prononcerait.

De ces trois avis, aucun ne prévalut pour lo moment. On essaya d'une autre politique. On imagina de demander aux réformés s'ils avaient l'intention de soumettre à l'empereur plus d'articles que n'en contenait la Confession. S'ils disaient non, on devait leur répondre : Donc vous retirez ou pensez qu'il faut retirer ce que vous passez sous silence. S'ils réservaient en effet certains articles : Les controverses n'auront donc pas de fini leur répondraiton. En outre, on voulait leur poser une seconde question : Accepterez-vous l'empereur pour juge? S'ils ne l'acceptaient pas, tout rentrerait dans l'ancien état jusqu'au prochain concile.

Tous ces pièges étaient grossiers. Les réformés, avertis d'avance par des indiscrétions probablement amies, avaient préparé leurs réponses. A la première demande, ils dirent qu'ils n'avaient pas plus l'intention de dissimuler les points omis dans la Confession que de les soulever ; que s'il plaisait aux catholiques de les soulever, leurs explications étaient prêtes. Celte conduite était habile; elle rejetait sur les catholiques le tort d'avoir suscité des questions inutiles. Quant à la seconde question, savoir s'ils

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acceptaient l'empereur pour juge, il élait conveau qu'ils ne le rejetteraient pas ouvertemenl, mais qu'ils déclineraient, avec toutes les formes du respect, son autorité dans les matières spirituelles.

Ces réponses étaient concertées avec Luther, qui, du reste, sollicité par des amis communs, avait renoué sa correspondance avec Mélanchthon. A des jugements sur les points controversés, il mêlait des consolations comme il en pouvait donner, parlant plus en maître qui craint que son disciple ne Qéchisse, qu'en ami qui comprend les troubles d'une conscience timide et d'uo esprit empêché par ses propres lumières, t Pourvois donc enfin, lui écritil, à ne te pas tant macérer pour une cause qui n'est pas en ta main, mais en celle de Dieu. » Ailleurs : « C'est ta philosophie qui te donne tous ces tourments, et non la théologie. » Et dans une autre lettre : < J'ai été dans de plus grands embarras que jamais tu ne seras, et pourtant un mot de mon frère, de Poméranus, de toi, me soulageait. Que ne nous écoutes-tu donc à notre tour?... Je suis le plus faible dans les difficultés privées, et toi le plus fort. Au rebours, tu es en public ce que je suis dans le privé. Je suis spectateur presque sans souci, et je ne fais pas grand état de ces papistes si fiers et si menaçants. Si nous succombons, Christ succombera avec nous, lui qui est le roi du monde. Soit : qu'il succombe! J'aime mieux tomber avec Christ que demeurer debout avec César, t Et ail-

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HËLANGHTHON, 387

leurs : « Je hais ces soins excessifs dont tu te dis consumé. Que s'ils te dominent de cette façon, ce n'est point par la grandeur de la cause, mais par la grandeur de noti'e incrédulité... Pourquoi t'agiter à en perdre haleine? Si la cause est fausse, retirons-nous; si elle est vraie, pourquoi faire mentir à ses promesses celui qui nous ordonne d'être oisifs et endormis? Dieu a ta puissance de ressusciter les morts; il a la puissance de soutenir sa cause chancelante, de la relever si elle tombe, de la faiie marcher en avant. Si nous sommes indignes, l'œuvre se fera par d'autres '. »

J'admire cette force et cet enthousiasme. Maia Mélanchthon, après l'émotion d'une première lecture, n'en tirait guère de secours. Toute cette confiance ne résolvait aucune difficulté, et pouvait en faire naître de nouvelles. Les embarras de Luther avalent été grands; mais il se les exagérait en ne permettant pas à Mélanchthon d'y comparer les siens. Sa position avait toujours été nette. Dès le premier jour, il avait dit comme le Christ : € Quiconque n'est pas avec moi est contre moi. > Il n'avait affaire qu'à des ennemis irréconciliables, et il ne souffrait que des amis sans volonté et sans avis. Dès lors tout était facile. Avec ses ennemis, la discussion, au lieu de l'embarrasser, le soulageait. La lutte est plus aisée à l'homme qui ne voit

"1. Lettrei de Luther,

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pas le danger, ou qui le voit extrême, qu'à celui qui ne veut pas le courir inutilement ou qui le croit inévitable. Avec ses amis, il ne conseillait pas, il commandait. En cas d'objection, ou bien il grondait, ou il s'abstenait de répondre. Il interrompit de nouveau sa correspondance avec Mélanchthon, sitôt qu'au lieu d'ordres il eut à lui donner des explications. Luther s'impatientait de tout scrupule. La chair et le sang l'empêchaient de pomprendre les incertitudes d'un esprit modéré et pratique jeté dans une conjoncture où rien n'était mûr pour les dénoi\menls et où, des deux partis, aucun n'était prêt à profiter des imprudences de l'autre.

11 est vrai que Luther, deux fois en deux ans, avait couru les plus grands périls, La première fois, àWorras, son sauf-conduit pouvait être violé, comme celui de Jean Hus à Constance, La seconde, il avait pu craindre que l'accord de Maximilien et du pape contre lui ne refroidît l'électeur et que ce prince ne se lassât de le défendre. Mais les périls extrêmes exercent les courages qu'abat un danger douteux. A Worms, où sa tète était menacée, il se montra plus résolu qu'à Witlemberg devant la crainte de dangers encore éloignés. Je ne veux point diminuer son courage; mais il était mauvais juge des embarras de Mélanchthon, et n'ayant jamais eu à craindre que pour sa personne, il apprécia mal les craintes que donnait à' son disciple le sort de ces quarante mille âmes qu'il ne

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MÉLANCHTHOH. 289

voulait pas abandonner, selon sa belle parole à Campége, même au péril de mort. Luther fui soutenu dans ses luttes par l'éclat d'un grand rôle, l'ivresse des applaudissements populaires, les joies secrètes de l'orgueil, ce serpent du nouvel Évangile, Pour Méîanchthon, n'ayant à défendre ni sa personne qui n'avait pas encore été menacée, ni des opinions propres à lui seul, il n'était soutenu, dans des luttes sans éclat, que par son dévouement à des coreligionnaires qui te suspectaient ou le désavouaient. Jeté au milieu d'un parti qui ne pensait qu'à jouir de sa foi et point au péril, on ne lui savait pas gré de voir ce péril et de se compromettre pour le conjurer. La foule aime mieux l'homme qui la mène au combat, sauf à la déserter en présence de l'ennemi, que celui qui, après l'avoir suivie malgré lui, se fait tuer avec elle.

Il aurait fallu qu'il entrât dans le plan de Bossuet de peindre en moraliste ces angoisses dont il a triomphé en catholique orthodoxe: Mais ce n'était pas ta tâclie du défenseur de la tradition et de t'unilé catholique de raffiner sur les tourments d'une belle intelligence qui avait quitté la grande voie. 11 a laissé ces analyses au scepticisme de notre âge, avec la témérité d'essayer un nouveau portrait de Méîanchthon dans la langue où Bossuet a écrit.

Charles-Quint s'était arrêté au parti le plus inelficace, parce qu'il n'était pas en mesure de prendre le seul qui fi!il décisif. On avait chargé

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Jean de Eck, Cochléus et Faber de dresser une réfutation de la Confession d'Augsboui^. Il en courut toutes sortes de bruits ridicules, de façon qu'avant de paraître elle était déjà ruinée, soit par les réponses sérieuses, soit par les railleries des protestants.

il y eut, dans l'intervalle, une sorte de suspension d'armes, durant laquelle la vîUe d'Augsbourg courut voir un géant, « auprès de qui, écrit Brentius, qui était de grande taille, je me suis trouvé un pygmée '. » Un autre jour, c'éLaiL le lendemain de la Saint-Jacques, l'empereur se donna lui-même en spectacle dans une cérémonie où il conféra les insignes de feudalaires à quelques princes, vêtu d'un costume qu'on estimait à deux cent mille florins d'or. Le commun des deux partis s'amusait à ces fêtes ; les chefs, surtout du côté des réformés, murmuraient de cet étalage de la majesté impériale, calculé, disaient-ils soit pour prolonger les débats et les trancher plus commodément par la fatigue imiverselie, soit pour effrayer les âmes timides par cette pompe menaçante.

Enfin, le 3 août, la réfutation des catholiques fut lue, au nom de l'empereur, par Frédéric, comte palatin. Elle était précédée d'une sorte de prologue où Charles-Quint déclarait que telle était sa profession de foi personnelle, et qu'il y demeurerait fidèle

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