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■ MÉLANCHTHOS. 309
Mélanchthon, au mois d'août- 1535, se disait dégoûté de la Saxe, et se laissait tenter de divers côtés d'en sortir. Il écrit à Camérarius en grec, comme dans tous les cas graves, qu'il lui faudra quitter un Jour ce pays qui lui est peu propice. Le duc de Wurtemberg, Ulrich, l'appelait dans ses États. Dans le même temps, on lui écrivait de Pologne dans les termes les plus pressants. Enfm François I" l'invita de sa main à se rendre en France pour s'y employer au rétablissement de la paix religieuse.
Mélanchthon était fort célèbre à Paris. Les théologiens de la Sorbonne le connaissaient par un écrit qu'il avait composé à la prière de Guillaume du Bellay, frère de Jean, évêque de cette ville, sur les principaux articles de la nouvelle doctrine. Dans cet écMt, qui devait servir de texte à des délibérations entre hommes de savoir, il n'avait rien outré. Il n'y demandait ni le changement de la juridiction ecclésiastique, ni l'abolition de la suprématie romaine. II se montrait coulant sur la question des deux espèces. C'est la réforme dans les limites où l'auraient acceptée, où l'acceptaient, dans toute la chrétienté, tous les esprits éclairés et de bonne foi. Le rêve de Mélanchthon était celui de tous les hommes pour qui les questions religieuses n'étaient ni un prétexte politique ni un tournoi oratoire.
C'est à la suite des premières persécutions et sur l'avis de Jean du Bellay, évêque deParis,etdeGuil-
310 RENAISSAHCE ET RÉFORME.
laumc son frère, que François I" eut l'idée d'appeler Mélanchthon. 11 lui en fit faire les premières ouvertures par Barnabe de Voray, un des disciples se^ crets de MéUnchtiion. Celui-ci objecta la difficulté d'obtenir une permission de l'électeur et l'inutilité d'un voyage dans un but d'arrangement. Qu'y gagnerait la France? Qu'y gagnerait la religion ?< Si j'obtiens, disait-i!, qu'on ne brûle pas ceux qui ont quitté le froc, faudra-t-il laisser mettre à mort ceux qui n'approuvent ni les lilui^ies ni le cuite des saints? Mais alors on ne manquera pas de dire que je suis exigeant sur les petites choses et trop coulant sur les grandes. Si j'accorde trop, par la considéralion du temps, du pape, des personnes, ce sera un préjugé contre moi dans le concile. Qui sait même si le roi de France ne se croira pas quitte avec les nouvelles doctrines, au moyen de quelques conférences où il m'aura appelé, et s'il ne se refroidira pas sur l'idée même d'un concile ? >
De nouvelles instances de Guillaume du Bellay le décidèrent, et, avant même d'en avoir écrit à l'électeur de Saxe, il avait pris l'engagement de partir. François I" ne fit pas attendre le sauf-conduit qu'il demandait, et lui écrivit de sa main, le priant de se hâter, et lui promettant toute sa protection.
Mélanchthon demanda le consentement de l'électeur. Il avoua au prince qu'il s'était engagé à faire ce voyage, sauf toutefois son agrément, t Si je manque à ma promesse, écrivait-il, il semblera que
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HËLANGHTHON. 311
j'aie peur oij que je veuille offenser le roi. Je partirai donc, si votre grâce m'en donne la permission. Il est bon que les nations étrangères commencent à nous connaître, et nous distinguent des anabaptistes, avec lesquels on affecte de nous confondre. S'il m'esl interdît d'aller à Paris, je crains que les partisans de la modération, et le frère de l'évêque de Paris en particulier, ne soient compromis '. >
L'électeur lui répondit par un refus, refus trèsdur, selon Mélanchthon, plein de ménagement, s'il faut en croire l'électeur écrivapt à son conseiller Bnick. On lui opposait les conférences qui devaient avoir lieu au sujet de la Hongrie et de la Bohême, et où le prince pourrai t avoir besoin de Mélanchthon. En outre, François l" faisant ouvertement des préparatifs de guerre contre l'empereur, le consentement de l'électeur au départ de Mélanchthon n'eût-il pointparuune ouverture au roi de France? C'étaient là les prétextes du refus. Les vraies raisons, l'électeur les donne à son conseiller dans un post-scriplutn de la même lettre. « Il est à craindre, dit ce prince, que Mélanchthon ne fasse des concessions qui le brouillentavec Luther ;quelesFrançais, peu soucieux de se convertir, ne cherchent  se jouer de lui ; que son influence ne soit nulle, même sur les mécontents du pays, lesquels sont plutôt érasmiens qu'évangéli-
1, Voir aux pièces jiulifleatives de la Vie de Mélanchthon, par Canérarlus, édition de Théod, Strobelius.
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31Î REHAISSAMCE ET REFORME,
ques ; qu'enfin on ne veuille se servir de Mélanchthon pour lui faire approuver le second mariage du roi anglais ' . > On ne voulait pas qu'il allât en France achever de s'adoucir jusqu'à la connivence, Luther intervint sans succès. Il approuvait l'idée du voyage, soit qu'il y vît un moyen de faire cesser au moins pour un temps le malaise qui le séparait de Mélanchthon, soit qu'il pensât que le moindre point gagné en France par la réforme vaudrait hien les concessions dont Mélanchthon l'eût acheté.
BarnabédeVoray,revenusansMélanchlh(in, trouva le roi tout entier i ses préparatifs de guerre contre Charles-Quint. François ne s'occupa plus de cette alTaire, et la persécution continua.
A la suite de cette négociation, Mélanchthon alla à Tubingue, moitié pour rétablir sa santé, moitié pour échapper à des disputes pour lesquelles il prenait, d'ailleurs, si peu la peine de dissimuler son pen de goût, que Camérarius se crut obligé de lui recommander plus de précaulions dans sa correspondance. On donna d'autres motifs de ce voyage. On disait qu'il s'éloignait pour ne pas revenir; on colportait des lettres où il était parlé d''un nouveau dissentiment entre lui et Luther. Ces bruits étaient fondés, mais la crainte des uns et l'espérance des autres les exagéraient.
1. Corp. réf., t. III. Il s'agit du mariage d'Henri VUI avec Anne
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efforts pour comprendre, au moins dans les généralités, un des points de la nouvelle doctrine qui donna le plus de trouble à Mélanchlhon, et lui attira le plus de tracasseries.
Après la question de l'autorité, que les catholiques plaçaient à la fois dans les livres saints et dans les traditions des conciles et de l'Église romaine, et les protestants exclusivement dans les livres saints, la question de la justification était la plus considérable que la réforme eût soulevée. Être justifié, c'est à-dire quitter l'état injuste pour l'état juste; d'impie, de païen, devenir enfant de Dieu; d'exclu de ses promesses, y être à jamais participant : quel plus grand intérêt, et o>i était-it de plus grande conséquence d'assurer les esprits, puisqu'il s'agissait pour eux de la vie ou de la mort éternelle? Or, dans la doctrine catholique, on est justifié par la foi et par les bonnes œuvres tout ensemble. La foi, c'est la croyance naïve à la toi chrétienne, etfhabitude de s'y conformer simplement, sans ardeur particulière comme sans doute. Luther changea tout cela. Saint Paul avait dit; s Nous sommes justifiés par la seule foi n . Luther ajouta : s Par la seule foi, sans les œuvres ». Dans la doctrine catholique, la foi était implicitement dans les œuvres; dans la doctrine luthérienne, elle en était séparée, elle était tout. Il est vrai qu'à cette foi paisible et de tradition que demande la doctrine catholique, la doctrine luthérienne substituait une foi spéciale, absolue, vê-
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hémente, ïmirquce du caractère de son auteur, et réclamant de Dieu lajustilicationàtitre de promesse. Cela consistait à dire dans la pratique, de toutes les forces de son être : « Je crois que mes péchés me seront remis par les seuls mérites de Jésus-Christ, médiateur et propitiateur. >
C'est ce qu'on appela la justice imputative. Dans le commencement, on fut si épris de cette justice qu'on ne s'occupa point des œuvres. On les proscrivit dans ce qui n'en avait été que l'abus, dans les pratiques extérieures et plus ou moins mêlées de superstitions, au moyen desquelles les catholiques croyaient acheter la jusliflcation, à savoir les jeûnes et les pèlerinages, l'excès des vœux de religion, les fuites au fond des monastères ou des solitudes pour échapper aux mauvaises œuvres par l'inaction.
a Quelles snntles bonnes œuvres qui ne laissent pas du doute? disait Luther. Y en a-t-il d'assez évidentes, d'assez claires, d'assez distinctes de ces actions intéressées que notre amour-propre regarde comme bonnes, pour que nous soyons assurés qu'elles nous justifient? » Et il citait l'exemple du pharisien de l'Évangile, qui se croit juste parce qu'il a satisfait à la loi. A ce doute, où nous laissent même nos bonnes actions, il opposait la certitude qui nous vient de la foi en ce dogme que nos péchés nous ont été remis par la médiation de Jésus-Christ.
31G RENAISSANCE ET EtÉFORHE.
Il fallait tout le premier enivrement de cette foi délibérée pour dérober à Luther et à ses disciples la nécessité du concours de la foi et des œuvres dans la justilication; mais cette diniculté qu'ils n'avaient pas vue d'abord ne larda pas à se montrer dans toute sa force. D'abord, leurs adversaires ne manquèrent pas de la leur opposer, et de .comparer ce prétendu doute où nous laissent nos bonnes œuvres, au doute, bien autrement grave, qui vient nous inquiéter au sein même de la foi, et que Luther ignorait moins que personne. Ensuite, bon nombre de partisans de la justice imputée, et Mclanchthon en particulier, par leurs efforts mêmes pour établir ce point, étaient entraînés malgré eux vers la doctrine des bonnes oeuvres, d'autant plus obligatoires que la foi est plus languissante. Mélanchlhon avait eu à traiter celte question à plusieurs reprises, et pour tous les degrés de lecteurs, depuis les enfants, pour lesquels il avait fait des catéchismes de la nouvelle doctrine, jusqu'aux théologiens les plus raflïnés. Il s'était donné des peines incroyables pour retenir les bonnes œuvres dont son esprit pratique sentait toute la nécessité, et toutefois ne pas abandonner la justice imputative, aux charmes de laquelle, pour parler comme Bossuet, il ne put jamais renoncer.
Il Y avait un égal péril à trop donner, soit h la foi, soit aux œuvres. Trop donner à la foi, c'était autoi'iser les anabaptistes qui disaient après Lu<
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HËLANCHTHON. 317
Iher : La foi sans les œuvres! et qui, la main dans le sang, se croyaient absous en crianl du fond de la poitrine : Je crois que mes péchés me sont remis par Jésus médiateur. Trop donner aux œuvres, c'était rouvrir la porte  ces abus de recherche de perfection ctirélienne qui avaient rempli les déserts et plus tard les couvents, et égaré la conscience des peuples sur la nature des bonnes œuvres confondues avec les pratiques superstitieuses. En outre, Mélanchthon avait peur d'encourager certains esprits, à demi païens, qui prétendaient qu'il n'y a d'autre justice que celle des œuvres, et qu'à cet égard les Ëtliiques d'Aristote en apprennent autant que l'Évangile. Il s'imprimait, en effet, des livres où l'on comparait les paroles du Christ avec celles de Socrate et de Zenon, et qui le disaient venu dans le monde, moins pour nous obtenir la justification par ses propres mérites, que pour nous apprendre par quelles actions et par quel accroissement de notre dignité personnelle nous pouvons y arriver.
Il est intéressant de lire de quels artilîces honnêtes Mélanchthon s'est servi, dans ses nombreux écrits sur celte matière, pour demeurer dans la justice imputative, loin des excès des anabaptistes, et pour faire la part des œuvres, sans pencher vers les catholiques outrés ni vers les demi-païens. Luther n'avait pas pris tant de peine; une fois le dogme de la justification par la foi proclaipé, il ne
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318 BEHAISSAMCE ET RÉFORME.
s'élait pas soucié de le concilier avec les œuvres, et s'était reposé dans la joie de son invention. Pressé par les événements, il avait, selon le besoin de sa politique ou de son ot^ueil, tantôt abondé dans son premier sens, tantôt fait à la doctrine des œuvres des concessions inattendues, peu méditées, comme avec la pensée de les retirer dans l'occasion. Pour Mélanchtlion, qui, dès le commencement, avait voulu faire des dogmes du maître des règles pour sa propre conduite, ce partage impossible l'avait toujours i^ité. Il sentait la nécessité de ne pas séparer la foi des œuvres; mais voulant, à l'exemple de Luther, la part la plus forte pour la foi, et seulement une part accessoire pour les œuvres, il n'arrivait pas à concilier deux choses inégalement nécessaires, et il prévoyait que, dans la pratique, la moins nécessaire serait bientôt rejetée comme inutile.
Il serait malaisé de déterminer clairement en quoi il différait de Luther. C'était moins une opinion dogmatique que des scrupules enveloppés de ténèbres qu'd ne pouvait ou n'osait dissiper. Mais .telle était, dans le parti, l'autorité de sa conscience, que ces scrupules mêmes formaient, sur ce point de doctrine, comme une école nouvelle, quoiqu'il n'y eût véritablement pas de dogme nouveau.
Cruciger, ainsi que je l'ai dit, enseignait à l'Académie de Wittemberg ces scrupules et ces incertitudes de Mélancblhon. Ses leçons, qui avaient été
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recueillies et publiées, émurent un certain Cordatus, pasteur de Nimègue, qui, s'ennuyant d'un si petit théâtre, vuulut se faire voir sur celui de Wittemberg. Il avait été un des élèves de Mélanchthon. C'était un de ces hommes sans lumières, qui ont une sorte de bonne foi sourde et intraitable, et qui se passionnent jusqu'au fanatisme pour le peu qu'ils entrevoient. Quoique jeune et marié, il avait eu des attaques d'apoplexie. Son jugement, naturellement borné, était encore offusqué par le sang; ses idées, obscures et confuses, semblaient des mouvements de colère mal comprimés. 11 écrivit d'abord à Cniciger une lettre en manière de défi, à laquelle celui-ci ne fit point de réponse. Une seconde lettre suivit, qui fut rendue publique. Cordatus attaquait les doctrines de Cruciger sur la jusûlication et demandait un débat public. Il voulait, disait-il, défendre la foi de Luther, le docteur des docteurs, contre les interprétations de disciples infidèles.
Jonas, alors recteur de l'Académie, l'invita, dans une lettre sévère, â se contentfer d'explications amicales et secrètes. Cordatus insista pour un débat public; on le lui refusa. Ne pouvant parler du haut de la chaire, il se soulagea par des écrits violents contre Cruciger et Mélanchthon. Il foula aux pieds un des meilleurs ouvrages de ce dernier, les Lieux communs de théologie, dont il venait de paraître une édition nouvelle. Des placards étaient affichés aux murs de l'église de Wittemberg, où Cruciger
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était déooacé comme papiste et hérétique.- Luther blâma ces excès; mais il ne toucha pas à celui qui les avait provoqués. Sa conduite à l'égard de Goi'datus fut ia même qu'à l'égard d'Agricola : il n'approuva ni ne désavoua rien. Son orgueil était flatté que les élèves formés par Mélanchthon remontassent à lui comme à la vraie et unique source de la doctrine, et le titre de docteur des docteurs lui cachait le danger de livrer les professeurs à l'élève, et les chefs mêmes de son Église à la violence d'un obscur sectaire.
Sur ces entrefaites, l'électeur emmena ses théologiens à Smalcalde, où il avait à délibérer avec les autres princes évaagéliques sur la proposition du nouveau pape, Paul 111, de convoquer un concile à Hantoue. Il y fut décidé qu'on ne se présenterait au concile qu'avec un appareil de preuves qui rendit la contradiction impossible. £n conséquence, les théologiens eurent ordre de recueillir tous les passages des Écritures, des Pères, des conciles, des décrets pontificaux, qui pouvaient se rapporter à la Confession d'Augsbourg, demeurée le corps de doctrine du parti. Il manquait d'ailleurs à cette Confession un point important; on n'y avait pas donné d'avis sur la papauté : de peur d'en dire trop, on avait omis cet article. Les théologiens devaient se mettre d'accord pour en arrêter la rédaction.
Dès le commencement des conférences, Luther
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HËLANCHTHON. 3il
était tombé malade. Il n'en continua pas moins de prêcher- dans l'inlervallR des crises; mais le mal empirant, il fallut l'emporter de Smalcalde. Mélanchthon fut chargé d'appeler un médecin de Wiltembei^. t II a faltu faire tant de hâte, écrit-il à Slurz, docteur en médecine, qu'on n'en a pu confier qu'à moi la commission. » L'aveu est charmant ; on l'employait à tout.
Au premier aspect, il semblait facile de rassembler tous les textes à l'jippui de la Confession. Mais un choix ne pouvait être fait sans discussion, et ta discussion, en rouvrant la carrière aux dissidences, pouvait rompre la ligne. Les politiques, et le landgrave de Hesse en particulier, firent avorter ces débats dès les premières paroles. Mélanchthon se trompe en accusant cette conduite de timidité. C'était habileté et prudence de la part d'un prince beaucoup plus occupé d'émanciper l'Allemagne de l'empire que de mettre sa conscience en paix sur des articles de foi. Toutefois, pour que les ihéologiens ne restassent pas inactifs, on leur ordonna de préparer une déclaration de foi sur le pape.
Mélanchthon en fut chargé, comme de tout le reste. Il fit un écrit, 4 plus âpre qu'il n'est dans ses habitudes », écrit -il à Jonas, « modéré », selon sa lettre à Camérarius ; contradiction qu'expliquent ses alternatives d'animosité passagère contre les catholiques et de sollicitude pour le maintien de la paix. Dans cet écrit, il attaquait l'infaillibilité du
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pape, et ne reconoaissait les évêques qu'autant qu'ils s'accommoderaient de la nouvelle doctrine. Il demandait que les biens ecclésiastiques fussent employés i l'entretien des ministres de l'Evangile, à fonder des écoles, à nourrir les pauvres, à faire les frais d'une justice particulière chargée de régler les questions si diverses et si délicates que soulevaient les mariages, et dont la décision avait appartenu jusqu'alors aux évoques. Ce dernier point était une des plus grandes affaires des réformateurs. Ils donnaient sur tous les mariages mal contractés, sur les divorces, sur les cas de bigamie, des jugements généralement équitables, mais pleins de périls, comme toute règle qui ne se forme qu'au fur et à mesure des cas à régler.
. Mélanchthon supportait avec peine le séjour de Smalcalde. Outre la confusion des affaires, et ces ajournements qui blessaient sa sincérité sans alléger ses travaux, il se plaignait de l'incommodité des auberges, où il n'avait pour toute boisson que « des vins sulfureux de France ». Faisant allusion aux établissements métallui^iques qui abondaient dans ce pays, il ajoutait : « Ces forges de Vulcain sont pleines non-seulement de fumée, mais d'illusion '. » L'assemblée se sépara après s'être contentée, en ce qui regardait la doctrine, d'adhérer de nouveau à la Confession d'Augsbourg, avec l'annexe sur le
]. Non Mlurn fumi, led fwi, olc, w 1528.
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pape et les évêques. Tous les théologiens y souscrivirent, sauf Lullier, apparemmeni trop malade pour signer en connaissance de cause. Quant aux princes, ils décidèrent que la proposition de Paul III serait rejetée, et l'empereur supplié d'obtenir un concile libre, général, dont le siège fût en Allemagne. Ce n'était pas l'opinion de Mélanchthon. Il voulait qu'on acceptât le concile du pape, qui avait, selon lui, le droit de le convoquer, sinon d'y faire l'office de juge, ce qui devait être réservé à des arbitres pris dans les deux partis. Il n'en eut pas moins à rédiger toutes les pièces relatives à ce refus, à en exposer les causes aux adhérents, et à le notifier à l'empereur au nom des princes. Ce ne fut pas sans débats, a II n'y a pas de place auprès des princes, écrit-il à Théodorus, pour notre philosophie. Je leur ai pourtant obéi, celte fois encore, comme aux vents et à la tempête, parce que je ne pouvais m'arracher de là sans scandale. » Dans le trouble où le jetait cet étrange rôle, il regrettait de n'être pas à la place de Luther, retenu chez lui par une fièvre dangereuse.
A peine de retour à Wittemberg, où il avait accompagné Luther convalescent, il y trouva, outre les restes de la querelle de Cordatus, une nouvelle querelle soulevée par Jacques Schenk, de Fribourg, qui l'accusait auprès de l'électeur de paroles indiscrètes sur l'eucharistie.
Luther se laissait renvoyer les accusations, comme au juge suprême, et accueillait les plaintes. Il lui
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3ii RENAISSANCE ET REFORME.
échappa, celte fois, les mois de peste violente, de médiateurs érasmiqiies, à propos de Mélanchlhon et de Cruciger; et, s'il n'alla pas jusqu'à rompre avec eux, il ne voulut pas les entendre, quoique sa femme, qui aimait Mélanchlhon, l'en priât avec instance. Il n'arrêta pas les poursuites de Jacques Schenk, et laissa les choses en venir à ce point, que Mélanchlhon reçut jour de l'électeur pour s'expliquer sur ta dénonciation dont il était l'objet. Il put se croire sérieusement menacé d'une destitution, et dans sa douleur, noblement supportée, il se comparait A Eschine écrivant à un ami qu'il se recuit d'être délivré de l'administration de la république, comme d'une chienne enragée.
On ne lui avait pas fait savoir sur quoi porterait l'interrogatoire. On en délibérait avec mystère dans des réunions où n'était admis aucun de ses amis. Pour lui, il avait préparé sa défense pour toutes sortes d'attaques, s'étendant sur le grief principal, sur sa modération, qui rendait tout suspect. Il devait expliquer pourquoi il avait exposé cerlaios dogmes dans la langue de tout le monde, coulé sur certains autres; pourquoi, dans les diètes, ses avis avaient été modérés. 11 devait dénoncer cette conspiration d'ignorants qui le haïssaient pour sa philosophie, comme il appelle ses études et ses goûts littéraires. II se réjouissait d'avoir à plaider une si belle cause, aimant mieux un débat public que des soupçons dans les ténèbres.
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MËLANCHTIION. 325
Cette attitude fit tomber l'afTaire. Je trouve, à l'année suivante, 1538, wne lettre de Mélanchthon à ce même Jacques Sclienk, où celui-ci est qualifié de prédicateur de la cour. C'était sans doute le prix de ses attaques contre Méianchlhon. Dans cette lettre, Mélanchthon s'excuse de ce qu'un livre de Schenk n'est pas encore imprimé. * L'imprimeur attestera, dil-il, qu'ayant reçu le livre avec ordre de l'imprimer, je t'ai porté à Luther, qui ne l'a pas encore tu, quoique je l'en aie pressé. » 11 prie Schenk de ne pas mal penser de lui, puisqu'il a fait son devoir, et il ajoute : ( Ne crois pas que je me plaise aux haines. >
Cette année (1538), il fut élu recteur do l'Académie de Wittemberg;. Les monuments qui nous restent de son rectorat se réduisent à quelques avis aux étudiants. Ces avis ne sont pas sans intérêt pour l'his- . toire des mœurs.
J'en trouve un daté du 2 mai, qui prescrit aux
étudiants d'assister à la lecture publique des statuts
et des règlements de l'Académie, en présence des
maîtres et docteurs. L'avis du recteur laisse percer
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m DE NAISSANCE Et RÉI'OllME.
quelques plaintes contre la conduite relûcliée des étudiants. Celte leclure des statuts se faisait dans toutes les circonstances solennelles, soit à la reprise des cours, soit lors de l'iastallation du nouveau recteur, soit à la collation des grades académiques. Comme les règlements étaient mêlés de conseils, l'Académie tenait la main à ce que tous les étudiants en entendissent la lecture. C'était un premier hommage à la discipline.
Un autre avis, daté du 8 juin, invite les étudiants et les maîtres à venir, selon l'usage, déposer sur l'autel les légers dons qui doivent être offerts aux ministres de l'Evangile. C'était une des ressources du clergé nouveau, l'ancien n'ayant pas été dépossédé, et le produit seul des extinctions étant attribué aux ministres de l'Évangile, quand les princes ne se l'adjugeaient pas pour les besoins de la guerre.
Au mois de juillet, Jean Schurff, jeune étudiant, laborieux et de bonne conduite, s'était noyé dans l'Elbe en s'y baignanl. Le recteur invite ses camarades à assister à ses funérailles, et leur fait défense de se baigner dans l'Elbe, « fleuve perfide, dit-il, oii l'on voit des spectres qui menacent les nageurs > . Mélanchthon aurait-il songé à faire peur de ces spectres aux étudiants, s'il n'y eût cru quelque peu tout le premier ?
Par d'autres avis du même mois et des mois suivants, il réprimande les étudiants pour des espiègleries de collège. Une fois, il est informé qu'ils ont
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MÉLANCHTaoN. aiT
fait des dégAts dans les bois, coupû des branches, étôté des sapins, querellé les gardes; il leur fait défense de recommencer. Une autre fois, ils ont troublé ta navigation sur les rives du fleuve, et quelques-uns s'y sont baignés, malgré la défense du recteur et ses spectres. Un avis du second semestre d'été les exhorte à être décents dans leur tenue, leurs gestes, leur costume. Un autre leur défend, sous menace de peines, de troubler les ouvriers qui travaillent aux fortifications. — Les écoliers, dit le bon recteur, doivent du respect h ceux qui réparent les murs à l'abri desquels les arts "de la paix jouissent de la sécurité. »
Ailleurs il les prie, solide se joindre au convoi de la fille d'un haut personnage, soit de se rendre au temple pour mêler leurs voix en chœur. € Cette harmonie, dit-il, plaît à Dieu. »
Il n'eut à user qu'une fois du pouvoir disciplinaire, et il s'y prêta si mal, qu'il fit accuser sa douceur de complicité avec le délinquant. Un certain Simon Lemnius, étudiant de l'Académie, avait fait des épigrammes contre l'électeur et les professeurs. Appelé par un premier édit du recteur à comparaître devant lui, pour rendre compte de sa conduite, Lemnius n'obéit pas. Un second l'ajourna à la semaine suivante, avec menace, s'il ne se présentait pas, d'être jugé et condamné, quoique absent. Lemnius ne s'émut pas plus du second édit que du premier. Enfin, par un troisième édit, le recteur le
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déclara espulsé de l'Académie. Ses épigrammes n'en fureot que plus lues, et il ne manqua pas de courtisaas pour se trouver blessés des piqûres faites à l'électeur, et pour calomnier la lenteur de Mélanchtlion h instruire et à juger celte affaire.
On n'allait pas jusqu'à l'accuser d'avoir travaillé aux épigrammes de Lemnius, mais d'avoir molli par coDsidéralion pour son gendre, Sabinus, soupçonné, non sans motif, d'en avoir suggéré à Lemnius les principaux traits. On parlait d'une enquête, el les amis de Mélanchthon lui conseillaient de quitier Wittemberg. Il resta, se défendant à sa manière, en opposant la patience â toutes ces inimitiés, dont le fonds était la religion, et qui prenaient occasion des moindres incidents. Pendant qu'on s'agitait pour le perdre, il donnait une édition de la Germanie de Tacite.
Vers lemois de novembre, Mélanchthon, étanldans sa quarante et unième année, se crut près de sa fin et fit son testament. Ses pressentiments ne l'avaient pas trompé. Comme il se rendait à Haguenau, à une assemblée des princes, il tomba malade à Wei-
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lïiar, el faillit mourir. Luther, qui vint lui donner des soins, le trouva plus malade encore d'esprit que de corps. La bigamie du landgrave de Hesse l'avait jeté dans une sorte de désespoir. H n'avait pu voir sans une douleur infinie la cause de la réforme déshonorée dans la personne du plus considérable et du plus habile de ses défenseurs. Quant à Luther, il en avait pris son parti. Outre sa propre conduite, qui le rendait très-tolérant sur ce point, il lui importait peu que le landgrave fût bigame, pourvu qu'il demeurât ferme dans la foi. 11 essaya de relever Mélanchlhon, tâchant de lui faire comprendre cette morale particulière des hommes d'action, qui com- ■pense les fautes personnelles par le dévoûment à la cause commune.
A peine rétabli, Mélanchthon reçut l'ordre de partir pour Smalcalde, où s'était ajournée l'assemblée de Haguenau. De Smalcalde, où les princes ne s'arrêtèrent qu'un moment, l'assemblée fut transférée à Spire, puis de Spire à Worms, pour être prorogée de nouveau à Ratisbonne. « Nous avons vécu dans les synodes, disait Mélanchthon, el nous y mourrons. »
L'empereur et le pape, jusque-là d'accord pour étouffer les protestants, s'étaient peu à peu séparés, selon les intérêts de leur politique. L'empereur avait demandé de bonne foi un concile, et en avait arraché plutôt qu'obtenu la promesse. Le pape, qui s'était résigné à regret, ne voulait ni retirer ni
tenir sa parole. Il eûl mieux aimé se servir de l'empereur pour opprimer les protestants et faire trancher l'hérésie par le bms séculier; mais il n'était pas dans les plans de Charles-Quint ite se faire l'instrument du pape, te parti protestant prenant plus de force de jour en jour, et rendant de plus en plus chanceux l'emploi de la violence. Quant aux protestants, ils n'avaient pas eu de peine à s'accorder : on est toujours d'accord, même dans le parti le plus divisé, pour demander des choses que tout le monde est également loin d'obtenii'.
Au reste, jusqu'à la diète de Ratisbonne, qui s'ouvrit en mars 1541, les protestants désirèrent sincèrement un concile, quoique dans d'autres conditions que celui que proposait le pape. Le pape voulait le convoquer en Italie et parlait de le présider. Les protestants l'auraient voulu en Allemagne et que le pape n'y fût juge ni en personne ni par ses représentants. Mais l'idée même d'un concile, c'est-à-dire d'une assemblée solennelle où il leur fût enfin permis d'exposer librement la nouvelle doctrine, était populaire dans ce parti. Ils y tenaient d'autant plus qu'ils y savaient le pape opposé, malgré ses promesses réitérées de le convoquer, et qu'ils le voyaient médiocrement désiré par l'empereur, pour qui c'était un moyen plutôt qu'un but.
Le pape ne voulait fixer ni l'époque ni la forme du concile. L'empereur l'en pressait, et se donnait aux yeux des protestants le mérite de demander
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avec instance ce que le pape refusait. Les diètes se succédaient presque sans interruption et ne duraient guère au delà des discussions préliminaires. L'empereur s'y louait ou s'y faisait louer de ses nouveaux efforts pour obtenir le concile; après quoi venaient les difficultés ordinaires sur la manière de délibérer. L'empereur ne se luttait point de les résoudre, sa politique étant de multiplier les diètes pour traîner la paix, jusqu'à ce qu'il fût plus libre du côté de la France ou de la Turquie, et de les rendre stériles, parce qu'il ne s'y pouvait rien arrêter qui ne fût une conquête pour le parti protestant.
C'est une erreur commune aux plus grands politiques de croire que leurs plans ne servent qu'à eux seuls, et qu'ils restent maîtres de régler l'usage des droits qu'ils ont accordés. Quand Charles pensait se jouer avec ces diètes, il en était dupe à son insu. Chaque diète rapprochait les protestants, et le même moyen qui servait à L'empereur pour prolonger la paix leur servait pour s'affermir et s'étendre. Toutes les lenteurs ne faisaient que rendre inévitable, soit le concile dont le pape ne voulait pas, et dont l'empereur ne voulait que pour embarrasser le pape et tenir les réformés en suspens, soit une diète solennelle et définitive d'oii il pouvait sortir autre chose qu'une pais de religion.
Pendant quelque temps, l'empereur et les protestants parurent s'entendre contre le pape, parce
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33i HENAISSANCE ET RËFORUE.
qu'ils avaient alors un intérêt commun à suivre deux desseins forts différents, qui devaient plus tard amener la guerre entre eux. Tandis que Charles-Quint poursuivait son but, qui était de se faire l'arbitre de la religion en Allemagne, et les protestants le leur, qui était de se faire reconnaître définitivement, le pape, qui souffrait également de leurs prétentions, et qui vit qu'on n'allait pas à moins qu'à se passer de lui, parla de nouveau du concile, mais en termes plus explicites. Il ne trouva pas de créance. Les protestants, qui l'avaient désiré de bonne foi, n'en voulaient plus. Ils contestaient au pape le droil de le convoquer, celui de le présider, celui d'y être juge. L'idée d'un concile national, tenu en Allemagne et par les Eglises d'Allemagne, avait prévalu, et l'empereur avait laissé les esprits s'y attacher, sa place ne pouvant pas être moindre que celle d'un médiateur suprême dans un concile de l'ettipire. On citait beaucoup d'exemples de conciles nationaux, où le pape n'était pas intervenu. Les catholiques eux-mêmes s'étaient rangés pour la plupart au parti d'un concile national. Quoique n'accordant pas qu'on pût s'y passer du pape, ils le demandaient par désespoir d'obtenir ce concile général, auquel on s'habituait à ne plus croire. Le pape comprit le péril, et, au lieu de présenter, dans un lointain qu'il reculait à volonté, le remède universel d'un concile, il chargea l'évêque de Moron d'en annoncer la convocation dans l'anaée. IL ea
HËLANCIITHON. 333
fixail le siège à Trente, non sans avoir insinué Bologne et Mantoue, comme plus convenables à sa vieillesse et à sa santé, faisant ainsi valoir le choix de Trente comme une faveur pour l'Allemagne.
Une bulle proclama bientôt l'ouverlure du concile; mais, le jour où il fut de l'intérêt de Paul IH, qui s'était rapproché de la France, de le convoquer, Charles-Quint cessa de le vouloir. Il chercha des prétestes que lui rendaient faciles les dispositions des protestants, lesquels déclaraient n'accepter ni le concile, ni le lieu indiqué, par la raison que le pape n'avait pas le droit de convocation. Il se plaignit d'avoir été mis, dans la bulle, sur le même rang que le roi de France, et déclara qu'il s'y prendrait autrement pour pacifier l'Allemagne. Le saint-père n'en envoya pas moins des évêques et des ambassadeurs à Trente, ce qui força Charles-Quint à en envoyer de son côté, avec l'ordre d'observer ceux du pape et de ne pas engager la discussion.
N'ayant pu empêcher le concile, il songea A s'en servir auprès des protestants, comme il avait fait de la promesse de l'obtenir. Il avait besoin d'eux contre François I", alors ligué avec le pape par un traité scellé du sang protestant. 11 leur fit tour à tour la promesse de ne point laisser délibérer le concile, s'ils Je contentaient, et la menace de le tenir lui-même, s'ils résisEaienl, et de le laisser procéder contre eux. Les protestants, qui savaient
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331 nCNAISSANClï ET RÉFORME.
ses embarras, subordonnaient leur concours politique à l'arrangement des affaires de religion, et l'amenaient à déclarer, à la diète de Spire, qu'ils eussent à se préparer pour un concile national. Ainsi ce grand politique, par h raison qu'il n'écoutait que des pensées d'agrandissement personnel, était, en définitive, moins habile que les protestants dont il faisait les affaires contre le pape, moins habile que le pape, qui battait sa politique personnelle par la politique antique et traditionnelle de l'Eglise romaine. Quelques mois après celte même diète de Spire, où il avait annoncé à l'Allemagne un concile national, c'est-à-dire sans pape, où elle réglerait elle-même sa religion, il faisait sa paix avec la France, et convenait avec le pape de travailler en commun à la défense du catholicisme. L'empereur se liguait avec le saint-siége contre l'empire.
On comprend quelles durent être, au milieu de complications si nombreuses, les peines d'esprit de Mêlanchthon. Où les autres venaient avec plusieurs desseins manifestes ou cachés, il n'apportait qu'une pensée, et toujours la même, le désir d'une discussion solennelle et l'espoir d'un arrangement déflntlif. Ne sachant que penser de tous ces changements dans les volonlés, dont il dil quelque part qu'il y aurait à en faire une longue histoire, il renonçait à les pénétrer, et se laissait traîner de diètes en diètes, heureux quand la maladie ou quelque
MÉLAHCHTUO.H. 33S
accident l'empêchait d'y assister. 11 s'était fait une habitude de ne plus espérer, et il cherchait dans les présages, comme un Romain du temps de Camille, l'issue de tant de complications. Durant la diète de Smalcàlde, qui se tint en -1540, il avait vu un soir, étant à Gotha, des feux éclater dans l'air : i Que présagent ces feux? écrit-il. Que Dieu éteigne ces llammes qui doivent dévorer l'Allemagne, ou qu'il dissolve, avec le feu céleste, toute cette machine du monde, et qu'il nous délivre tous ensemhle pour l'éternité des misères présentes M a
La réforme avait profilé des débats entre le pape et Charles-Quint pour avancer ses affaires en Allemsi^xie. Hermann, archevêque-électeur de Cologne, avait demandé MélanchLhon, dès l'année 1543, pour cxînstituer l'Église nouvelle dans ses États. Luther et le landgrave de Hesse étaient d'avis de ce voyage; tous deux jugeaient, sans s'être consultés, que les atténuations mêmes de Mélanchthon étaient d'assez hardies nouveautés pour une ville encore calho-