‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 67 sur 77 · Corp réf., n» 193i · texte numérisé non relu

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336 REtlAI&SA?iCE ET REFORME.

liqiie, et que ce serait un grand point de les y élabÙr. Mais il y eut des difficultés du côté de l'électeur, qui, sans rien empêcher, ne répondit pas d'abord à la demande de l'archevêque. Mélanchlhon souffrait facilement qu'on le retînt; il prévoyait des querelles à son retour, et il n'aimait pas assez l'éclat de ces sortes de missions, pour aller audevant de l'envie qu'elles lui attiraient. L'électeur ayant changé d'avis, Mélanchthon se laissa mettre en route pour Cologne au mois d'avril 1543,

Il y trouva les plus fortes préventions contre la réforme, des adversaires en grand nombre, disposés à ne rien ménager, l^archevèque presque seul de sa cause, le peuple de Cologne contre son prince, et tout entier aux images. On fabriquait en ce moment même une robe pour la Viei^e, estimée cent florins d'or. Le chapitre était très-menaçant; il avait parlé de déposer et de chasser l'archevêque, ce qui avait motivé une lettre du landgrave de llepse, déclarant qu'en cas de violence il viendrait avec les confédérés le défendre. "

Ilermann voulait constituer son Église sur le patron de celle de Nuremberg. Mélanchllion et Bucer se partagèrent la rédaction du formulaire. Mélanchthon traita de la création, du péché originel, de la justification par la foi et les œuvres, de l'Église, de la pénitence, laissant l'eucharistie à Bucer dont il s'était rapproché dans cette question. Ce formulaii-e souleva les plus vives discussions. Mélanchthon s'y

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MÉLANCHTHOS. 337

emporta jusqu'à dire que les sycophantes de Co~ logne ne devaient pas être réfutés avec des livres, mais châtiés à coups de bâton . Il est vrai que le jour où il quitta sa modération on le loua de sa fermeté, et Bucer, dans une lettre à Jonas, vantant les services qu'il rendait à la doctrine par sa résolution et sa science, lui donna le nom de proto-docteur et d'oi^ane salutaire de Dieu, autant par équité que pour affliger Luther, à qui le mot devait être redit.

Enfin la réforme triompha à Cologne, les conversions se faisant vite alors, et la peur du landgrave y aidant. Le formulaire fut adopté par le plus grand nombre. Le collège seul continua de résister. Du reste, la juridiction ecclésiastique avait été conservée aux évêques en échange de la tolérance qu'ils ftecorderaient à la doctrine. C'était pour Mélanchtbon la borne extrême de toute réforme. Quelque temps après son retour à Wittemberg, l'archevêque de Cologne fit hommage à l'électeur de Saxe du formulaire de sa nouvelle ËgUse, sous le titre de Réforme de Cologne. Celui-ci chargea Amsdorff, évèque de Naumbourg, de l'examiner et de donner son avis. Cet Amsdorff, un des disciples les plus passionnés de Luther, avait été récompensé de son zèle par l'évêché de Naumboui^, arraché au titulaire, Jules Pflug, malgré sa nomination régulière par le collège. Mélanchlhon avait eu le chagrin d'aller, par ordre, installer le nouvel évoque à la place de Pflug, qui

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3J8 IIENAISSANCE ET IIËFOKHE.

était de ses amis, et en avant des catholiques, comme Mélanclitlifin élait en arrière des réformés. Ils se touchaient par là, comme Sadoiet et Mélanchthon . Ams- (lorfT avait su ce chagrin, et ne pardonnait à Mélanchthon ni son amitié pour Pflug, laquelle élait un blâme secret contre l'usurpateur de son siège, ni surtout la cause de cette amitié, ce caractère demodéralion par où Mélanchthon paraissait aux hommes ardents de connivence avec les catholiques.

AmsdorlT critiqua les articles sur le libre arbitre et l'eucharistie, dont l'un était plus particulièrement l'ouvrage de Mélanchlhon, et l'autre celui de Bucer. Il les dénon(;a à Lnlher, l'adjurant d'en faire une réfutation solennelle du haut de la chaire et par écrit, a Je vois là, écrivit Mélanchthon à Théodoms Yitus, la trompette d'une nouvelle guerre. Si notre Pérlclès le prend sur le ton de l'invective, je m'en vais, s En effet, dès le H août, Luther monta en chaire, et la guerre fut déclarée. -

Le crime de Mélanchthon était cette même doctrine de la justification, qu'il ne pouvait plus approfondir sans incliner de plus en plus vers les œuvres. 11 avait dit que ceux qui font des actes contre la conscience perdent la grâce, c'est-à-dire, cessent d'être justifiés, et redeviennent impies et païens : d'où il résultait que si les œuvres ne justifient pas, elles peuvent néanmoins faire perdre le cai-actère de justifié. Comment donc ne donneraient elles pas ce qu'elles pouvaient ôlerî Cette consé

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MËLANCHTHON. 33U

quence ramenail à la doctrine catholique. De Ih l'indignation des exagérés, lesquels voulaient garder aux élus qui pèchent contre la conscience la qualité de justes. Lutlier n'allait pas jusque-lù, pour ne pas tomber dans la doctrine des anabaptistes; mais il s'éloignait de plus en plus des œuvres, tandis que Mélanchlhon abandonnait chaque jour quelquesunes des subtilités qui l'enipêchaienl de s'en rapproclier.

Non content d'une contradiction publique, Luther alla trouver Amsdorffpour se concerter sur un plan de campagne contre Mélanchlhon et Cruciger. Il s'agissait de les soumettre à un interrogatoire solennel. On parlait d'un livre qui les forcerait de quitter Wiltembei^. Ce fut alors que Mélanchthoo songea, comme dit Bossuet, à prendre la fuite. € Je suis, écrit-il & Bucer, un oiseau tranquille, .et je m'en irai très-volontiers de cette prison. > Tout en se tenant prêt h partir, il attendit le livre dont on l'avait menacé.

Ce livre parut. Il roulait principalement sur la cène, dogme d'une plus grande importance pour Luther que la justification, parce qu'il en était sorti toute une Ëglise régulièrement constituée, celle do Strasbourg. C'était le plus impétueux qu'on eût écrit sur la matière. Luther le fit suivre de la menace d'une formule à laquelle il voulait que tout le monde souscrivît, sous peine de s'exiler lui-même de Wittemberg. Mélanchthon lui offrit des expUca-

3iO RE.-1A1SSA»CE ET RÉFORME.

lions, avec le ferme dessein, s'il ne s'en contentail pas, de quitter le pays, s Vous apprendrez bientôt, écrivait-il ù Medmann, que j'ai été renvoyé d'ici comme Aristide d'Athènes. » Luther tint quelque temps suspendue sa réponse.

Dans l'intervalle, Mélanchlhon reçut l'ordre de se rendre à la diète de Spire. Une intrigue de cour, ou peut-être un changement dans la politique de l'électeur, qui crut n'avoir plus besoin de sa modération, fil contremander son départ. On le remplaça par un cerlain Naog:eoi^ius, qui l'avait attaqué sur la juslirication. Mélanchtiion n'en ressentit l'injure que pour la paix qui pouvait en souffrir. Pour lui, il se montrait moins jaloux que jamais de livrer dans ces stériles conférences. Depuis cette première dispute publique, où il avait échangé quelques discours avec Jean de Eck, il était désabusé de sa clùmère d'une assemblée de doctes arrangeant à l'amiable les affaires de l'Ëglise. i Voici, dit-il à Myconius, la dixième lettre que j'écris aujourd'hui. Jugez par là de quels travaux je suis accablé. Toutefois j'aime mieux avoir à faire toute cette besogne d'école que d'être spectateur, dans une diète, de rixes sophistiques. Il m'est doux de n'y pas assister, quel qu'ait été le dessein de la cour. »

Cette diète de Spire fut plus politique que reli-, gieuse. On vota des discours contre les Turcs, et on déclara François 1" ennemi de l'empire. Pour la religion, Charles-Quint trouva moyen de l'ajourner.

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MËLANCHTHOM. 341

Il profita d'un jour où les princes étaient allés audevant de l'électeur de Saxe, et fil fermer l'église où prêchaient les théologiens du landgrave. Du reste, il adjugea indirectement aux catholiques ce débat étouffé, en donnant des marques solennelles de catholicité, soit à un lavement de pieds qu'il célébra avec son frère Ferdinand, soit à une procession de l'Ane, le jour des Rameaux, où il assista six heures durant, accompagné des princes, l'élecLeur de Saxe excepté. Il y eut aussi des Espagnols qui, pour de l'argent, dit-on, quelques-uns de plein gié, prolestèrent contre le dogme de la justificalion par la foi, en se flagellant, les premiers jusqu'au sang, les derniers jusqu'à en mourir. C'était la doctrine du mérite des œuvres mise en scène avec un appareil dramatique qui n'y aurait pas nui dans l'opinion populaire, si les réformés, auxquels l'empereur n'avait laissé que la liberté de railler, n'en eussent détruit Telfet par les plaisanteries qu'ils en faisaient' courir.

Cependant la formule dont Luther avait menacé ses collègues, et en particulier Mélanchthon et Cruciger, se faisait encore attendre. Soit que les explications de Mélanchthon l'eussent satisfait, soit cet admirable instinct de chef de parti qu'il conserva jusqu'à la Cm, et qui triomphait des plus grands emportements, Luther laissa tomber un débat qui afTaiblissait tout le monde. D'ailleurs, une vidlente controverse entre lui et les jurisconsultes de Wît-

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m RE^AISSANGEET RÉFORME.

lembei'g l'avait dùtourné àa livre de la Réfomie de Cologne. Il s'agissait d'un mariage clandestin, que les jurisconsultes maintenaient, et que Luther voulait casser. Lutlier l'emporta; mais cette lutte d'une espèce nouvelle acheva de l'aigrir. Les jurisconsultes élaieni des gens fort orgueilleux. Avant Luther et depuis plusieurs siècles, ils iivaient tenu le premier rang; la réforme le leur enleva, pour y faire monter les ihéologiens. De IS, la vivacité de toutes leurs querelles avec ces derniers. Dans ce débat particulier avec Luther, celui-ci, outre les préventions réciproques, avait été excité par Cathorine, sa femme, qui avait pu se croire compétente dans une question de mariage.

L'irritation de Luther allait augmentant. Si l'on veut suivre avec quelque attention les grands changements qui surviennent dans le caractère des hommes supérieurs, on reconnaît que ces changements datent du jour où la mort les a marqués pour un terme prochain. Ce terme était arrivé pour Luther, Chez lui, la vigueur des premières luttes était devenue de la violence; l'injure avait remplacé les bonnes raisons ; la tyrannie et les caprices succédaient au commandement ferme et égal. C'étaient, pour qui aurait su voir, des signes d'une fin prochaine. S'offensant de toute chose, se défiant de tout le monde, il parlait sans cesse de quitter l'école et l'Académie, et il en jetait la menace à quiconque ne jurait pas sur sa parole. Mélanchthon avait donné le conseil

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HÊLANCUTHON. Zti

qu'on s'abstint de le provoquer, car tout ce qui sorlait de lui était plein d'amertume et ne faisait qu'augmenter les discoMes. Beaucoup, qui ne s'accommodaient pas de cette conti'ainte, soit par esprit d'indépendance, soit par scrupule de religion sur les points où Luther ne souffrait plus de contradicteurs, pensaient à s'éloigner de Wittemberg. < S'il n'y avait ici, écrit Gruciger, un homme qui, par sa vertu, sa modération et toutes sortes de bons oflices, entretient un certain accord entre tous, et les maintient dans le devoir, la position ne serait plus tenable. b Cet homme, c'était Mélanchllion.

Au milieu de ses efforts de chaque jour pour faire taire tout bruil autour de Lullier mourant, il eut un vif chagrin de famille. 11 lui fallut se séparer do sa nilo Anna, la femme tic Sabinus. Celle union n'avait pas été heureuse. Apr^s quatre années de vie en commun dans la maison paternelle,, avec le mélange ordinaire dea bons et des mauvais jours, Sabinus venait d'être appelé en Prusse par le duc Albert. C'était un homme d'un esprit peu commun, mais ambitieux et vain, et de mœurs irrégulières et basses, quoiqu'il ne faille peut-être pas l'accuser de tous les malheurs de son mariage avec Anna. II lui reprochait un caractère morose, probablement celte habitude silencieuse dont la louait Mélanchthon : il voulait que son père l'en corrigeât. Mélanchthon répondait ; « Elle s'est accommodée de votre caractère, que ne vous accommodez-vous du

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sien? » C'était avouer qu'il y avait quelque imperfection du côté de sa lille. Camérarius, à quiMélanchthon confiait ses plaintes, était loin de donner lous les torts à Sabinus.

Celui-ci était allé, sans sa femme, à la cour du duc Albert, 11 écrivit à Mélanchthon des lettres violentes, où il demandait qu'on la Ht partir, malgré des couches imminentes, avec ses filles. Mélanchthon promit de les lui conduire lui-même, sauf la plus jeune des filles, qu'il suppliait Sabinus de laisser auprès de sa grand'mère, € qui, dit-il, n'a pas voulu s'en séparer, b Sur ce dernier point, Sabiaus eut le mérite de céder. Les tristes époux se rejoignirent à Beltzig, et l'entrevue fut assez amicale. Mais, à peine Mélanchthon parti, Sabinus renvoya une servante qui avait élevé sa femme dès le berceau, et l'avait soignée dans toutes ses maladies. Je lis une lettre où Mélanchthon, de retour à Wiltemberg, s'occupe de la remplacer, et cherche une Saxonne, dans la pensée qu'elle sera plus attachée à sa fille qu'une servante de la marche de Brande^ boui^.

S'il faut en croire Camérarius, les amis des deus époux, en abondant dans le sens de celui qu'ils favorisaient, n'avaient pas peu contribué à envenimer ces querelles domestiques. Après la réunion, les rapports redevinrent plus faciles; et, si l'amour propre n'a pas fait croire à Camérarius que la paix à laquelle il avait travaillé était en effet rétablie,

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MËLANCUTHON. 315

il parait que Sabinus, plus salisrait du côté des honneurs et de l'aident, se serait adouci, et que les quatre années qui s'écoulèrent jusqu'à la mort d'Anna auraient été sans orages. Cependant je vois une lettre d'Anna à sa mère oii elle lui parle de dettes de son mari, et la prie de n'en rien dire à son père. Il était donc resté dans le ménage une cause de difficultés, et non pas la moins grave, les embarras d'argent.

La mort de Luther, arrivée le 15 février 1546, fit cesser toutes les disputes intérieures. La gêne entre MélanchthoD et lui était si notoire, qu'il ne manqua pas de calomniateurs pour accuser Mélanchthon de s'être réjoui de sa mort. J'aime mieux croire les témoignages plus nombreux qui parlent de la douleur qu'il en ressentit. Ils avaient vécu pendant vingt-huit ans dans une liaison que les différences de caractères avaient rendue difficile et orageuse, mais que soutenaient, contre les dangers des premiers mouvements et les excitations d'autrui, une estime inaltérable, et, du côté de Mélanchthon, beaucoup d'humilité véritable et d'esprit de sacri-

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316 ntNAISSASCE ET HÉFORS(Ë.

fice. Si leure tlisseniiments ont laissé plus de traces, c'est qu'ils furent la proie des paitis, qui, en s'y associant, les envenimèrent de leurs propres haines. Mab il y avait eu de bons jours, des jours d'intimité, et en grand nombre, et il est touchant de lire, dans un discours d'adieu adressé par le vieux George Major aux élèves et aux maîtres de l'Académie, un passage où il remercie Dieu de lui avoir donné de vivre dans la familiarité de ces deux grands hommes, et de les avoir souvent entendus converser sur la doctrine et les grandes affaires. C'est dans ces jourslà que Luther, parlant de ce qui airiverait après sa mort, et des effets de cet oi^ueil particulier à la réforme, dont il ne se souvenait pas assez qu'il était le père, disait à Mélanrhthon : < Les clameurs des ambitieux, et cet aveugle désir de gloire et de domination dans l'Église, troubleront et détruiront plus de choses en un mois que toi et moi n'en avons élevé en dix ans par nos sueurs. »

Ces entretiens, où Luther et Mélanchlhon se traitaient comme les cliefs d'une génération meilleure, qui allait emporter dans la tombe toute la bonne foi et toutes les vertus de la nouvelle cause, n'avaient point d'éclal au dehors. Ceux qui étaient admis à y prendre parties gardaient dans leur cœur, comme George Major, pour s'en souveniravec émotion sur la fm de leurs jours et en nourrir leurs dernières pensées. Ilesl juste que Bossuet ne parle que des dissentiments, et qu'il offre en holocauste à son

MÉLAHCHTHOfi. 3iT

Eglise, une et universelle depuis dix-sept cents ans, les pleurs de Mélanchtlion ne pouvant ni obéir ni résister à Luther. Afais il appartient aux hommes de notre temps, .pour lesquels il n'y a plus ni vainqueurs ni vaincus dans deux camps également chrétiens, de compler les jours de concorde où deux grands esprits, connaissant mutuellement leurs faiblesses et le parti qu'on en lirait au dehors, oubliaient leurs différends pour se confondre dans un dévouement commun à une cause qu'ils jugeaient meilleure qu'eux-mêmes,

Mélanchthon fut le premier, à Wittemberg, qui apprit la mort de Luther. La nouvelle lui en arriva comme il allait monter dans sa chaire. Oppressé par la douleur, il ne put que s'écrier : € Notre père, notre père est mort ' . t L'oraison funèbre qu'il prononça quelques jours après est pleine de ses véritables sentiments. Une admiration profonde, nul doute sur le caractère divin de la mission de Luther, dont il explique les rudesses mêmes et les inégalités par les prophéties; beaucoup de soumission; quelques remarques indulgentes, mais justes, sur sa vivacité et sa dureté; une appréciation sûre et élevée de ses qualités de caractère et d'esprit, de sa force, de son savoir, de ses travaux, des points fondamentaux de sa réforme; rien sur lui-même, et pour parler du talent litléraire, une proportion,

• UiMr iialer, tituei- vattr Ut îodl.

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Ui RENAISSANCE ET HËFORME

un goût, une richesse et un naturel de diction, qu'on ne devait attendre ni de son temps ni d'un auteur écrivant dans une langue morte ; telle est cette oraison funèbre où Mélanchthon se plaçait audessus de toutes les insinuations et de toutes les calomnies, et gardait la vérité de son caractère avec Luther mort, comme il avait fait avec Luther vivant.

La mort de Luther privait la réforme de son chef, l'Église nouvelle de son gouveinement, Mélanchthon aurait pu en avoir quelque joie secrète, comme l'en accusaient ses ennemis, s'il s'était cru de force à remplacer Luther ; mais il aimait mieux être le premier sujet de ce Périclès, comme il l'appelait, que d'être son successeur. Leurs rôles avaient été distincts, quoique chacun d'eux eût occupé le premier dans son rang. Luther marchait en tête, retenant ou poussant toutes choses, avec l'autorité qu'on lui supposait d'en haul. Mélanchthon enfermait les dogmes nouveaux dans les limites de la méthode. L'un fondait et l'autre enseignait. Mais, le premier mort, l'autre était insuffisant pour le remplacer, et ce n'est pas un des moindres mérites de Mélanchthon de l'avoir compris, et de s'être défendu de prendre le commandement qui s'offrait à lui comme au premier après Luther.

Il avait voulu longtemps un grand débat, à la manière des conciles de l'ancienne Eglise, entre hommes de savoir, d'autorité et de bonne foi. .Ce

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MËLANCUTUON. 319

débat lenuinc, il se fût reposé dans sa religion épurée, et, après avoir mis sa conscience en paix, H aurait continué ses travaux littéraires. 11 n'avait aucune passion ni pour le commandement, comme Luther, ni pour la dispute, comme les fcolastiqucs, et il manquait de la grandeur comme des petitesses de l'ambition. S'il ne prit pas le gouvernement après Luther, il n'empêcha personne de le prendre, et il ne fit qne continuer à défendre les scrupules de sa conscience contre les attaques ouvertes qui succédèrent aux sourds mécontentements et aux demi-désaveux de Luther.

Ces attaques étaient inévitables. Le parti sentait le besoin d'un chef. Il fallait un homme qui eût l'aulorifé et les lumières de Mélanchtlion, et en même temps la passion et cet orgueil bilieux dont parle Bayle, qui fait les chefs actifs et dévoués. C'est ce besoin d'un chef qui lit accueillir successivement par les impatients du paiti toutes sortes de brouillons, dont aucun n'avait la taille, quoique tous eussent la prétcnlion d'un premier rôle. Mélanchthon les gênait, à cause de sa grande renommée, de la Confession et de VApologie, si évidemment marquées de son esprit, et parce qu'il avait été le premier et le plus illustre coopéraleur de Luther. De là tant de calomnies qui le poursuivirent jusqu'à la mort, et auxquelles il répondait mollement ou s'abstenait de répondre, n'étant point sujet à cette nécessité d'un chef de parti qui lui commande de

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XiO RENAISSANCE ET REfORME.

ne laisser jamais â ses advci-saires l'avantage de la

violence ni du dernier mot.

L'histoire en serait monotone , et je ne dois pas la raconter dans tous ses détails. Quoiqu'il n'y ait rien de plus beau que le spectacle d'un esprit supérieur qui veut connaître et posséder la vérité, sans en chercîier les profils ni en redouter les périls, ce n'est pas là le héros des imaginations populaires, ni le rôle le plus intéressant dans le drame de l'histoire^ Nous aimons mieux ceux qui ont éprouvé nos passions, bonnes et mauvaises, et qui les ont agrandies en mettant à leur service de grandes facultés cl de grandes lumières. Nous préférons à celui qui songe toute sa vie à garder sa conscience inlacte, comme un gage de salut futur, celui qui la mèlc à nos erreurs, et la compromet parmi nos emportements et nos incerlitudes. Nous voulons des héros laits à notre image, et qui nous donnent quelque avantage sur eux, en retour de l'admiration qu'ils nous inspirent. Nos saints de prédilecUoo sont ceux . qui ont eu beaucoup à expier.

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HËLANCHTHON.

Charles-Quint déclare ta guerre au corps germanique — Hélanchtlion se relire dans le iluchf d'Anlmlt. — L'empereur fait J'édiger un formulaire sous le lilro à'Intérim. — Caraelère de ce livre. — Mélanclithan L-n faitia critique. — Il est menacé dans s.i liberté. — Mort de sa lille Anna. — La question des cérémonies. — Doctrine de Mélanchthon. — La querelle desehoifs indifférenles. ~ lUjric. — Osiandre. — Métanehllion, appelé ù Heidelb^rg pour y constituer l'Académie, apprend la mort de sa femme.

La dernière dièle qui précéda la guerre de religion Tut celle de Ratisbonne. Mélanchthon avait dû recevoir des instructions pour s'y rendre; mais l'électeur changea d'avis, sollicité, dit-on, par Luther, qui léguait en mourant ses défiances ù ce prince. On craignait que les sentiments de Mélanchthon sur ia cène ne donnassent quelque avantage aux catholiques. Au reste, le rôle d'intermédiaire était fini. L'empereur avait résolu la guerre. Depuis que sa politique l'avait rapproché du pape, et qu'il avait acheté les subsides du saint-siége par l'approbalion donnée aux décrets du concile de' Trente, les protestants ne voulaient plus le reconnaître comme chef du corps germanique. Us ne l'appelaient que Charles de Gand ou le prétendu empereur. Ceux de leurs princes qui passaient pour lui être le plus conlraires n'avaient pas voulu se rendre à la diète,

craignant, disaient-ils, les desseins violents, elquc la guerre ne les surprît éloignés de leurs États. Cliarles-Quint entra en campagne dans l'automne de 15-46,

On voulut d'abord l'arrêter par des négociations. L'électeur de Saxe prit l'avis de ses théologiens. L'opinion de Mélanchtlion ne pouvait être douteuse; il conseilla la rupture de la ligue protestante, et que les princes s'engageassent à ne troubler aucun évêque dans son gouvernement, et à ne lui imposer aucune charge nouvelle. 11 «lait trop tard. Déjà Charles-Quint était maître sur le Danube et sur le Rhin. Les villes de la Bavière et de la Souabe, Strasbourg, Francfort-sur-le-Mein, Augsbourg, avaient fait leur soumission. L'archevêque de Cologne, Hermann, l'ami de Mélanchthon, abandonnait ses États à un successeur catholique.

Charles-Quint fut un moment arrêté par les troubles de Gênes, par le soulèvement de la Bohême et de la Moravie, et par la nouvelle qu'un traité allait être conclu entre François I" et les luthériens. Mais, François étant mort au milieu de ses projets, l'empereur se remit en campagne, et, dès le mois d'avril 1547, il était maître sur l'Elbe comme sur le Danube et sur le Rhin. L'électeur de Saxe, Jean Frédéric, fut battu et pris devant Muhlberg. Sibylle de Cléves, sa femme, après avoir défendu en homme Wittemberg, se rendit à l'empereur pour prix d'une commutation de la peine de mort, à laquelle avait

élé condamné l'électeur, en une prison perpétuelle. Charles-Quint donna les États du prince déchu à Maurice, d'une autre branche de la famille de Saxe, qui s'était fait son allié pour dépouiller Frédéric. Quant au landgrave de liesse, voyant la Saxe conquise, il se rendit sans combattre. L'empereur le condamna, comme l'électeur, à une détention perpétuelle. Après quelques mois à peine, il ne restait plus rien de la ligue protestante.

Pendant cette guerre, Mélanchthon s'était retiré à Zerbst, petite ville du duché d'Anhalt. Il ressentait dans son cœur tons les maux qui désolaient l'Allemagne. Witlemberg était occupé par une garnison impériale. La guerre avait dispei'sé celte douce confrérie, comme il appelait l'Académie: la plupart des professeurs s'élaient exilés : ce qui restait de cet enseignement naguère si florissant avait été transporté à léna. Mélanchthon n'y suivit pas les professeurs : il revint à Wiltemberg, pleurer en secret sur son prince légitime et prier Dieu pour sa délivrance.

Cette victoire, à laquelle le pape avait contribué de ses deniers, le brouilla de nouveau avec l'empereur. Celui-ci, quoiqu'il eût en réalité vaincu pour l'empire, avait néanmoins fait la guerre pour la religion. Après avoir tiré de sa victoire tout le profit qu'il en avait espéré en argent et en soumission, il voulait, ou honorer la vraie cause, ou cacher le prétexte de la guerre, en continuant

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l'œuvre de la pacification religieuse. C'est dans ce but qu'il pressait le pape de continuer le concile de Trente. Mais le saint-père temporisait, la pacification ne pouvant avoir lieu sans deux choses qui lui répugnaient également : une controverse avec les protestants, et l'arbitrage impérial. En conséquence, il avait fait décider par ses légats, sur un faux bruit de peste babilemeot semé, que le concile serait transféré à Bologne. C'était un moyen, ou de l'avoir SoUs la main, si tous les membres consentaient à la translation, ou de le dissoudre, s'il y aVait dissentiment. Le premier voeu du pape était qu'il n'y eût pas de concile, dùt-il même y êlre to maître; le second était qu'il se tint le plus loin possible de l'Àllemag'ne et de l'empereur. Il le transférait à Bologne, faute d'oser le dissoudre.

Mais la politique de Charles élait que le concile restât assemblé, afin de ne pas s'affaiblir aux yeux des protestants qu'il avait amenés, le fer sur la Rorge, à le reconnaître, et qu'il continuât de siéger à Trente, pour qu'il fût plus proche de ses armes. Aussi avait-il ordonné aux prélats impériaux de ne pas suivre les légats à Bologne. De là un schisme dans un concile institué pour établir l'unité. Après de vives récriminations de part el d'autre, le pape ne cédant point, Gharies-Quint s'empara de la puissance spirituelle, et fit rédiger un formulaire de pacific^ion. Ce formulaire devait régler l'état des Eglises d'Allemagne jusqu'à la reprise du concile.

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MÉLANGHTHON. U5S

qu'il ajournait à la mort du pape, jugée imminenlc à cause de son grand âge. En attendant, ses prélats particuliers avaient ordre de rester à Trente, pour qu'il n'y eût pas dissolution, et que les protcslanls ne se crussent pas dégagés du serment envers un concile qui aurait cessé d'exister.

Le formulaire de l'empereur était l'œuvre commune de Jules Pflug, que la guerre avait rétabli sur son siège épiscopal; de Holding, sulTnigant de l'archevêque de Mayence, et de ce même Agricola, dont on se rappelle les débats avec Mélanchlhon. Les deux premiers, catholiques, appartenaient à ce parti de modérés qui était si près de s'entendre avec les prolestants de l'école de Mélanchlhon. Leur livre étant destiné à régler les choses jusqu'à la décision suprême du concile, retjut le litre d'/»iérim, que chacun prit au mot, les uns sincèrement, les autres, en plus grand nombre, pour en l'aire le fujet de plaisanteries. C'était un résumé de tous les articles soulevés par la réforme, et qui avaient été plutôt proposés qu'acceptés. U ne satisfit personne, ni les protestants qui n'y voyaient plus que des ombres de leurs dogmes, ni les catholiques, quoiqu'on leur y eût laissé de quoi reprendre le tout.

Autour du vieux pape, les catholiques honnêtes s'indignèrent, disant que l'envoi d'un tel écrit insultuit le sainl-siége, et comparant Charles-Quint h Henri VllI. Le saint-père ne s'en alarma point. 11 prévit que ce moyen terme ne lerait, comme il

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arrive, qu'éloigner davantage ceux qu'il voulait rapprocher, et il se garda bien de désavouer avec éclat l'Intérim, pour n'y pas réconcilier les prolestants. Il répondit vaguement à la prière qui lui avait été faite de l'examiner, et il l'examina avec une lenteur calculée, pour lui laisser le temps de faire son effet.

L'empereur demeura quelque temps en Allemagne pour faire recevoir son livre. Il ne rencontra dans presque toutes les villes qu'une obéissance imparfaite et menaçante. L'ancien électeur de Saxe, Jean-Frédéric, quoique prisonnier, etquoiqueGranvelle, au rapport de Sleidanus '-, lui eût promis la liberté pour prix de son adhésion à i'Intérim, déclara que Dieu ni sa conscience ne lui permettaient d'y souscrire. Il y eut une petite ville qui supplia l'empereur de se contenter des biens et des vies de ses citoyens, mais de leur laisser leur conscience, ajoutant qu'il n'était pas de sa justice de leur faire accepter par force une confession de foi qu'il ne suivait pas lui-même'. En effet, les doctrines imposées à l'Allemagne par Charles-Quint auraient été condamnées au feu dans ses Etats d'Espagne.

Ce prince avait défendu, sous les peines les plus sévères, d'écrire, d'enseigner et de prêcher contre l'Intérim. A peine eut-il quitté l'Allemagne, que le

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livre impérial fut assailli d'une mullitude de réponses, tant prolestantes que catholiques. Vainement Agricola, ù qui Mélanchrhon avait paru au commencement un réformateur trop tiède, se mit à prêcher que Vlntérim ramenait l'âge d'or. On ne le crut pas, et on continua les attaques. Mélanch- Ihon lui-même, quoiqu'il en eût approuvé certains articles, en fit des criliques qui faillirent lui coûter la liberté. L'empereur, du rnoins, le fit menacer; il y eut un projet d'édit par lequel on devait appréhender au corps Mélanchthon, lui faire son procès et le mettre à mort. Le roi des Romains, Ferdinand , fil donner à Maurice le conseil de l'éloigner. Maurice répondit qu'il avait promis à Mélanchthon protection et sûreté, qu'il avait besoin de lui pouiconserver l'Église et la discipline ecclésiastique dans ses États; toutefois il le tint quelque temps caché dans un monastère sur la Mulde.

Rentré à Wittemberg, Mélanchthon apprit la inortde sa fille Anna, femme de Sabinus. L'habitude de gémir, de prévoir les malheurs, d'en souffrir d'avance, l'ancienneté de ses blessures, avaient affaibli sa sensibilité. Il est touchant néanmoins de le voir consoler Sabinus et lui offrir une amitié sans arrière-pensée. « Vos enfants, lui écrit-il, seront les miens. L'amour que j'ai eu pour ma fille, je le reporterai sur ses enfants. Envoyez-moi, ajoute-t-il, ou toutes vos filles, ou quelques-unes. Elles seront élevées, avec l'aide de Dieu, doucement

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358 ItËNAISSÀNCE ET RÉFORME

et fidèlement, à la connaissance de Dieu et aux devoirs de leur sexe. Dois-je les venir chercher moi-même, ou y envoyer un ami fidèle? Je désire surtout que vous permettiez à Marthe de venir près (je sa sœur '. Les périls de la guerre ne m'effrayent pas tellement que je ne souhaite de vivre au milieu de tous les miens ^ »

Les dernières victoires de Charles-Quint, en opprimant tout le paiti 'réformé, avaient empêché ce parti de s'apercevoir qu'il lui manquait un chel spirituel, depuis la mort de Luther. Dès que l'empereur se fut éloigné, avec la liberté se réveillèrent les dissentiments qui en sont reflet, et ces dissentiments firent sentir le besoin d'un chef. Les partis ont cet instinct contradictoire qu'en demandant l'extrême liberté pour chacun, ils veulent un chef pour commander à tous. Il n'y avait qu'un homme assez considérable pour remplir ce rôle; c'était Mélanchthon. Mais il n'y était appelé ni par ceux qui pensaient que la réforme était allée assez loin, ni à plus forte raison par ceux qui la voulaient radicale. Disons même qu'à cette époque il n'y avait plus aucun rôle qui lui convînt, et que son temps était fini comme réformateur. Mais ses écrits, son autorité, son école, subsistaient; il continuait h enseigner, et il n'était guère plus possible de mar-

it toujours gnrùài avec lui.

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MÈLASOHTllON. 359

cher sans lui qu'avec lui. Encore qu'il ne disputât la place h personne, et qu'attaqué de tous côtés il ne voulût ni se défendre ni se laisser défendre, il faisait obstacle malgré lui par sa modération. Il 9;ènait la nouvelle HgWse par son désir si louable d'en dissimuler les divisions, en ne donnant poïnl i ses griefs l'éclat d'un schisme. C'est sur lui que les ardents du parti allaient se venger des humiliations de Vlntérim.

Parmi les obligations prescrites par ce livre, l'empereur avait insisté sur le rétablissement des cérémonies. Mélanchlboni qui ne les avait jamais rejetées, s'était soumis à cet article et avait engagé publiquement quel(]ues Kglises à s'y soumettre, Il voulait qu'on laissât subsister les fêtes, l'ordre des leçons, la confession et l'absolution avant de recevoir le sacrement, l'ordination publique pour le ministère évangélique, les prières pour les noces et les discours pour les enterrements, les chants, enfin le surplis, si détesté par le parti extrême. Il conseillait de ne combattre que sur les choses impoi tantes, où l'évidence pût éclater aux yeux de tous les hommes de sens, dans les deux partis; mais qu'on ne risquât pas, par des diiticullés sur des points indifférents, de raviver la guerre et de faire déserter les églises. « Point d'audace avant le combat, écrivait-il à ceux de Strasbourg, qui l'accusaient de rendre du coeur .aux catholiques par sa faiblesse; point de ce courage pour les choses înu-

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3e« ItENAlSSAHCE ET RÉFORME.

lilcs, ©rdinairemenl suivi d'Iiésitalion ou île l'étraclalion dans le combat. De la facilité sur les détails; mais du courage, et tout le courage possible, eu cas d'appel devant le magistrat pour abjurer la doctrine ou en reconnaître une autre. Sur ce point, il faut savoir préférer sa foi à sa vie et à la paix, moins nécessaire que la connaissance de la vérité. N'imitez pas ce martyr de Bâie, ajoulait-il, qui se tu brûler pour avoir mangé de la viande le vendredi, ni saint Laurent, qui subit le même supplice pour ne pas payer l'impôt à l'empereur Dèce. Le vrai culte de Dieu, c'est la foi, la prière, l'amour, l'espérance, la patience, la cbasteté, la justice envers le prochain, et les autres vertus. Sans tout cela, la liberté dans le vêtement et dans l'usage de la viande, et d'autres libertés du même genre, ne sont qu'une nouvelle police plus agréable aux hommes, parce qu'elle les oblige à moins '. s

C'est là cette fameuse querelle des chose indifférentes (àSiàfop:) qui remua toute l'Allemagne et liâla la mort de Méianchthon. Le premier qui la souleva fut Illyric, théologien médiocre, qui n'a laissé ni un livre estimé, ni même une erreur éclatante, mais doué d'assez d'audace et de talent pour défendre une cause qui pouvait se passer de haute théologie. Venu à Wittemberg en IS-il, il y avait été recueilli par Méianchthon avec cette bonté ce

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