‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 68 sur 77 · I. Utlres, liv. I, col · texte numérisé non relu

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lèbre dont presque tous les érudits d'Allemagne et tous les hommes de quelque espérance avaient regu des marques. Il s'y était appliqué à l'étude de l'hébreu, avait reçu le titre de maître es arts, et s'était marié. Vers le temps de l'Intérim, si propice aux entreprises nouvelles, soit audace, soit instig;ation du dehors, ce que son caractère enveloppé ne permit pas de découvi-ir, H s'était mis à écrire, sous de faux noms, des libelles où il attaquait tous les esprits et toutes les opinions pacifiques. Il avait une manière particulière de capter la confiance. Affectant un grand zèle, prodiguant les gémissements, il parlait d'un commerce familier avec Dieu, qui se communiquait à lui dans ses extases <. Retiré à Magdehourg, la seule ville qui se fût ouvertement révoltée contre Vlntérim, il y répandit des écrits et des caricatures contre l'électeur, Mélanchlhon, le prince d'Anhalt, Major, el d'autres chefs du parti modéré, qu'il appelait intérimistes el adiaphoristes. Il criait que l'on coiTompait la doctrine en rétablissant les cérémonies abolies, qu'il fallait plutôt déserter les églises et menacer les princes de séditions, que de rien rabattre des principes.

C'était la thèse populaire. Aussi Illyric eul-il bientôt groupé autour de lui tous ceux qui avaient sur le cœur la défaite de l'Allemagne, el qui voulaient la venger de ces images où on la représentait

1. DiKOUTS prononeéi à l'Atadémie de Wiltemberg, t. VI. Discours de George Hajor.

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enchaînée aux pieds de l'Espagne et de Fltalie. U était pousse à la fois par les passions qu'il avait excitées, par le bruit qu'il avait fait et par une jalousie ardente contre MélanchlhoD. Dans ce premier rôle, qu'il avait conquis avec toutes sortes d'alliés, il était inquiet comme ud usurpateur qui se sent inférieur à celui qu'il a dépossédé. Outre l'ingratitude pour les services qu'il avait reçus, il faisait à Mélanchthon une guerre déloyale. Il lui prêtait des mots qui pouvaient mettre sa vie en péril, comme celui-ci : « Qu'il fallait ne pas se séparer de l'ËgUsc, dussent tous les anciens abus être rétablis. > 11 se vantait d'avoir surpris dans ses entcetiens des aveux de retour au catholicisme. Il parlait de rêves que Mélanchthon lui aurait racontés, et il s'aveuglait sur son manque de foi en l'étalant. Il n'est pas étonnant qu'un parti qui avait pour chef un tel homme se recrutât de tous ceux que gênait le présent, dans ce qu'il avait de bon comme de mauvais. A la faction d'Illyric vint s'en ajouter une autre, dont Osiandre était le chef. L'ambition d'Osiandre était plus vaste. lUyric ne voulait que les conséquences extrêmes du luthéranisme; Osiandre aspirait à être chef de doctrine et à innover dans le dogme. Il avait commencé par donner des leçons d'hébreu dans le couvent des Augustins, à Nurembei^. Remarqué dès ce tempS'là pour la vivacité de son esprit et l'étendue de son savoir, mais redouté pom' sa rudesse et son orgueil, il fit admirer l'élo-

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quence de ses attaques contre les supersliiions des moines. Depuis lors, il avait toujoui-s fait partie, à litre de théolojïien de Nuremberg, de toutes les dépulations que celte ville avait envoyées aux diètes.

Il avait une grande connaissance des langues, el du savoir sur toutes choses; mais il gâtait ces dons excellents par beaucoup d'opiniâtreté, par un orgueil souffrant el envieux, par des opinions extraordinaires qu'il couvait longtemps et dont il ne s'ouvrait à personne. L'occasion venue, il les divulguait au hasard, sans retenue ni mesure, el son audace étonnait d'autant plus qu'elle avait été plus longtemps contrainte. Mélanchlhon l'accusail avec raisoa d'avoir assisté à toutes les délibérations d'Augsbourg, sans adhérer ni contredire, sans aider en rien ceux qui tenaient la plume, s' enveloppant d'un silence orgueilleux el défiant, et paraissant borner son ambition à ce qu'on s'inquiétât de sa réserve. 11 avait été vingt ans sans se laisser pénétrer. Enfin il éclata, et afficha la prétention de réformer Luther lui-même.

A Nuremberg, le régime de Vlntérim le gênait, et d'ailleurs le parti modéré y était le plus fort. 11 quitta cette ville et vint dans le Brandebourg, auprès d'Illyric et des autres, apportant une nouvelle inlcrprélalion de la justiflcatiou, qu'il attribuait, non plus aux mérites du Christ, mais à la justice de Dieu, Ce fut la grande nouveauté qu'il introduisit dans la réforme. Cette nouveauté ne touchait que les

théologiens; il fallait faire la part de la multitude. Méianchthon et l'Église saxonne lui en fournirent la matière, il les attaqua par des écrits et des prêches dont la violence émut tout le Brandebourg, oii le peuple était plus porté aux excès d'opinion, la ré< forme y étant plus récente et sans discipline. < Il souffle sur moi de la Baltique des vents furieiix, écrit Méianchthon à Camérarius. J'entends parler de menaces. Ce harai^eur du peuple dit qu'il me coupera une veine d'où le sang jaillira sur toute l'Allemagne'. » Ceux de la Confession d'Augsbourg exigeaient de tout aspirant au titre de professeur de théologie le serment qu'il confessait la doctrine présentée à Charles-Quint à la diète d'Augsbourg; qu'avec l'aide de Dieu il y persévérerait, et qu'en cas decontroverses nouvelles sur des points où des jugements clairs n'auraient pas encore été rendus, il en délibérerait avec les vieillards de l'Église de Wiltemberg et des villes alliées. Osiandre rejetait ce serment comme une tyrannie. 11 parlait de bien d'autres dissentiments encore, et sur un ton menaçant, attaquant doublement la nouvelle Église par ce qu'il disait et par ce qu'il affectait de taire.

Pourquoi un homme si éminent, de tant desavoir et d'éloquence, qui, à la diète de Marpurg(1529), avait émerveillé et charmé Luther et tous les autres théologiens, à qui ne manquaient ni la fermeté ni la

1 Corp. réf., l. lU.

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patience, qualités qui sont parmi les premières d'un chef de parti, n'eul-il que l'éclat d'un brouillon? D'abord ses premières années s'étaient passées sous Luther. Or il n'y avait guère de chance & disputer à Luther le premier rang, et, en fait d'audace extra- . vagante, Carlostadt et Zwingle n'avaient rien laissé à d'autres à tenter. Luther mort, il fallait, ou suivre avec la gloire toujours modeste d'un disciple, ou se distinguer par des folies. C'est la seule alternative des hommes de talent quand les révolutions sont consommées : ceux qui ne se contenlent pas de la gloire de les assurer, ne trouvant rien à faire prévaloir, et incapables d'obéir, renchérissent sur le schisme et innovent en séditions.

Tel fut le sort d'Osiandre. Du resie, sa justification sans le Christ et sans les œuvres ne lui survécut que peu d'années. Elle causa quelques troubles à Nuremberg en 1555; mais ces troubles étaient peu profonds, et ce fut assez de la douceur de Mélanchthon pour les apaiser.

Dans l'intervalle, la guerre avait éclaté entre Charles-Quint et Maurice, lequeleutceite gloire singulière, qu'après avoir aidé l'empereur à vaincre l'Allemagne protestante, il aida l'Allemagne prolestante & vaincre l'empereur. On sait que Charles- Quint, poursuivi jusque dans Inspruck, s'échappa, non sans peine, par des passages inconnus des montagnes du Tyi'ûl. La convention de Passaw rendit la liberté & Jean-Frédéric et au landgrave de Hesse, et

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mil les protestants sur le même pied que les catholiques.

L'Allemagne était de nouveau maîtresse, et le parti proleslantayantvaincu par ses exagérés, lUyric et les siens revinrent à la charge contre Méîanchthon. Ils délibérèrent dans leurs conveoticules de proscrire quelques-uns de ses livres. Enfin, à la diète de Worms, qui se tint en 1557, ils demandèrent qu'avant d'engager le débat avec les catholiques, il en fût ouvert un entre eux et les Lglises de la Confession d'Augsbourg, représentées par Méîanchthon. Les deux partis échangèrent en effet quelques discours sur les questions qu'on débattait depuis trente ans. « Ce premier engagement, dit Méîanchthon, fol brillant et agréable'. » Il caressait encore ce rêve d'un grand débat solennel et définitif, et il recommençait i croire à l'efficacité de la discussion. C'était l'erreur excusable d'un homme qui y était sincère et qui y réussissait.

Pendant une suspension de celte diète, Mélanch- Ihon fut appelé àHeidelberg pour y constituer l'Académie. C'est là que Camérarius vint lui apprendre la mort de sa femme. Leurs amis communs l'avaient chargé de ce soin. On avait espéré que le coup serait moins rude, si Méîanchthon tenait cette nouvelle d'une bouche si obère, ^'arrivée de Camérarius lui causa une joie si vive,quecelui-ci n'osa pas d'abord

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