Ultret, liv
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la troubler, et qa'iile laissas'engager en foute sécurilé^ans un de ces entretiens qu'il réservait pour ses amis, et qui ne roulaient pas sur les matières théologiques. Le lendemain, Camérarius, craignant qu'il n'apprit d'un autre son malheur, et qu'il lui en voulût de ce silence, se décida à lui en parler. A cette nouvelle, Mélanchthon.ne s'échappa point en démonstrations violentes : il dit adieu à sa femme, l'appelant par son nom, et ajoutant qu'il fte serait pas longtemps à la rejoindre. Puis, s'enfermant avec son ami, il lui tint sur l'état desaflaires et sur l'avenir de l'Allemagne des discours pleins de tristesse, et mêlés de prédictions que l'événement ne démentit pas.
Sornières années de Mélanchllion. — Désordres causés par les partisans d'Illync. — ËlaC de Irouble de in ville de Wiltemberg, — Helâf.liement de la discipline académique. — Mœurs des éludianlB. — Impatience d'arriver aux professions lucratives. — Esprit des' parents. — DéccuraKemenl croissant de Mélanchthon.
Mélanchthon ne devait pas être séparé longtemps de sa femme. Croyant sa fin prochaine, il commençait à s'affecter moins des malheurs publics et des siens; il sentait que les douleurs longues et immodérées ne conviennent plus à l'homme que la mort va bientôt délivrer. Ses dernières années se passè-
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rent dans ce calme sans indifTéience, oi^ il était arrivé après tant de peines d'esprit, par la raison et par l'épuisement. D'ailleurs, tout ce qu'il avait d'sipïs de son âge étaient morts. Il avait vu disparaître successivement Luther, Cruciger, Jonas, Menius, Poméranus, l'électeur Jean-Frédéric, qui ne jouît pas longtemps de sa liberté, Bucer, qui était allé finir en Angleterre une vie laborieuse et conduite avec habileté. Ces hommes éminents formaient la première génération de la réforme ; ils en avaient eu toutes les illusions et toute la bonne foi. Ceux qui venaient ensuite y mêlaient beaucoup d'intérêts divers et confus, outre cet orgueil propre aux héritiers immédiats d'une révolution, lesquels se piquent d'interpréter ce qu'ils n'ont pas fait, et se tournent quelquefois contre la gloire de leurs pères pour relever la leur.
Les adversaires eux-mêmes étaient changés. Dans ces premières luttes du vieux catholicisme et de la réforme, on avait disputé des deux côtés, sinon avec la même bonne foi, du moins avec plus de bonne foi que de politique. On cherchait à mettre hors du débat quelques vérités évidentes pour les intelligences les plus simples. Ce fut toujours le but hautement déclaré de Mélanchthon, et les scolastiques, peut-être moins sincères d'abord, parce qu'ils étaient moins savants et moins habiles, n'avaient pas paru s'en proposer un autre. Mais depuis que la guerre, précédée ou suîvie.des intrigues, avait exalté, comme
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il arrive, la lâcheté et l'audace, la politique avait chassé la bonne foi. Les catholiques s'étaient habitués à coDiptei' sur l'empereur, et se mettaient moins en peine d'éclaircir des difficultés qui devaient être tranchées par son épée. Le rôle de Mélanchtbon était fini. Il n'y avait presque plus de disciples pour apprécier ce langage honnête, sans équivoque, sincère là même où la pensée était incertaine; il n'y avait plus d'adversaires pour rendre les armes, au moins sur quelques points, à cette polémique si loyale qui arracha aux consciences plus d'une concession retirée ensuite par tes intérêts.
Les amis d'Illyric lui avaient rendu le séjour de *Wittemberg assez difticile pour qu'une fois encore il parlât d'en sortir, et de chercher pour sa mort un exil plus hospitalier. Camérarius parle des désordres de ce parti avec une tristesse que l'obscurité de son style, habituellement impénétrable, n'a pu nous dérober entièrement. La religion n'était guère que le prétexte dont se couvraient les jalousies et les haines privées, et les noms d'adiaphoristes, de majoristes ', désignaient ceux qu'on n'osait appeler du nom trop éhonté d'ennemis. C'est un trait commun à toutes les révolutions, que ces haines personnelles qui, au moyen de noms généraux, parviennent à se donner
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370 HESAISSASCE ET RÉFORME.
pour complices toute une ville et quelquefois toule une nation.
Wittemberg souffrait de tous les maux que peuvent causer la plume et la parole, quand elles ont pour prétexte l'intéi'êt public, et pour motif l'intér rët particulier. La rage de la dispute avait gagné tout le monde : les disciples inlerpellaient les maîtres; les écoliers offraient le débat public aux professeurs. Quelques-uns l'acceptèrent, contre le gré de Mélanchthon; il sentait qu'à se commettre ainsi on abaissait la dignité de l'enseignement. Pour les écrits deux choses les multipliaient à l'infini : l'amour du bruit qui fait tant d'écrivains; une matière où la moindre équivoque donnait aisément sujet à des volumes. Camérarius n'y voyait qu'un» remède, la censure, et il la demande honnêtement. On en avait, dès ce temps-là, tout au moins un commencement. Un décret de l'académie interdisait toute publication non revêtue de l'approbation des quatre doyens des facultés et du recteur. Mélancbtlion lui-même paraît avoir été chargé, auprès de l'académie, des fonctions de rapporteur dans les affaires de ce genre. La censure n'était donc pas à trouver. Si elle ne réprimait rien, c'est peut-être que l'inutilité de la censure n'est guère moins ancienne que son existence.
Il n'estpas étonnant que cette confusion eùtrelâclié ladisciplioeacadémique.Lapiupart des jeunes gens avaient une religion fort tiède. Ils aimaient mieux
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MELANGHTIION. 3Tt
disputer qu'assister avec recueillement aux lectures, à la prière, aux rites du nouvel Évangile. La doctrine de ia justification dans les œuvres avait produit ses fruits, a Pourquoi nous mettre un frein, disaicntles étudiants, puisque vous nous enseignez que le soin de gouverner nos actes extérieurs n'est pas la justice par laquelle nous sommes sauvés'? » Ha d'autres termes : € A quoi bon nous gêner, puisque cette gêne ne doit pas nous être comptée? ii On les combattait par des subtilités. Mélanditlion lui-même, le plus souvent d'une clarté si admirable, ne répondait rien- de concluant. 11 n'osait faire un pas de plus vers les œuvres, de peur d'affaiblir ta doctrine de la justification par la foi, et la morale s' obscurcis- «ait dans des subtilités impuissantes contre les passions.
Au reste, la tiédeur dans les exercices de piété était le moindre de ces relâchements. On reprochait aux élèves surtout la gloutonnerie, reproche trèsancien en Allemagne. En ce temps-là, la table était plus turbulente. qu'aujourd'hui. Les orgies se prolongeaient jusqu'à minuit, heure indue à celle époque; après quoi les jeunes gens se répandaient sur la place et parcouraient les rues de VVitlemberg, criant cl chantant A lue-tête, réveillant tout le monde, et faisant croire aux magistrats que l'ennemi était dans la ville. Un décret de l'académie leur ordonne