DUcouri prononcé! à l'Académie de Wiltemberg,t
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à larges bords et un souverain mépris pour les lettrfis. Crucigerjugele mal si grand, qu'il demande l'inlervention des magistrats et des princes pour empêcher ces professions sans instruction première, et cette nuée de théologiens, de jurisconsultes et de médecins improvisés.
De toutes ces difficultés, quelques-unes ne sont pas particulières au temps où vivait Mélanchthon. Les plus graves, nées de l'esprit d'émancipalion qui fait le fond de la réforme, étaient depuis longtemps audessus de ses forces et de ses espérances. Ajoutez-y les embarras que causaient aux chefs de l'académie rinsuiTisance ou le défaut de zèle de certains professeurs, la témérité de quelques-uns, qui déchiraient dans les querelles la robe académique, les inégalités des princes envers les lettres, tour à tour protégées avec faste, ou abandonnées, comme une dépense de luxe, dans les temps de guerre ; l'anarchie des familles que partageaient tant de contradictions et de schismes dans la même doctrine; les embarras matériels et de police; les disettes, alors si fréquentes ; la peur des Turcs, et celle plus récente des Russes, qu'enfantait sourdement le Nord; enfin l'idée, familière alors à tous les esprils éminenls, d'une prochaine dissolution du monde; et étonnezvous qu'après avoir donné toute sa jeunesse et tout son âge mûr à la réforme, entrant dans la vieillesse avec des forces épuisées, et plus de considération que de pouvoir, Mélanchthon vil venir
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avec quelque douceur la mort qui devait l'enlever A l'envie, au doute et à l'impuissance. Parmi les biens immédiats des révolutions, lesquels sont en si petit nombre, ie plus grand peut-être pour l'homme qui a payé sa dette à la vérité, c'est la chance de mourir avant l'heure du découragement.
Mort de UélEtnchthoa.
L'année 1560 trouva Mélanchthon occupé de sa fm, et déjà touché de cette tristesse douce que donne à l'homme le mieux préparé l'approche solennelle de la mort. Depuis quelques mois, il priait Dieu tous les jours, à son lever, de lui adoucir ce passage. Il avait alors soixante- trois ans. C'était son année climatérique. En ce temps là, tout homme qui avait atteint cet âge, se recueillait, s'attendant également à recommencer sa vie ou à mourir. Mélanchthon en parlait souvent avec «ne piélé mêlée de superstition, disant que, selon la prédiction d'un célèbre mathématicien et médecin, Jean Virgund, les astres lui comptaient les années jusqu'à soixante-trois, mais que, passé ce nombre, ils ne parlaient plus. U laissait voir par d'autres paroles qu'il ne se croyait pas loin de sa mort.
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Quand on lui parlait d'intrigues ourdies contre lui par ses ennemis ; i Je ne les embarrasserai pas longtemps, disait- il, démon opposition', i
11 traversa pourtant cette année-là sans maladie, l'année climalérique. Mais c'était une opinion générale que les dangers en étaient souvent différés à la suivante. On l'avait remarqué de Luther, mort trois mois après l'époque fatale, et les amis de Mélanchthon n'étaient point rassurés par son air de santé. Lui-même n'en continua pas moins de prédire sa fin, et de s'y accoutumer. Son corps s'amaigrissait, et, quoiqu'il conservât la même capacitO de travail, ses amis remarquaient qu'il perdait de sa facilité. Ce fut h son retour de Leipsick, où l'électeur de Saxe l'avait envoyé présider des examens, que Mélanchlhon Eentit les premières atteintes du mal qui devait l'enleVer. Dans la nuit du 7 avril, il éprouva de vives douleurs. Peucer, son gendre et son médecin, effrayé des symptômes, fit écrire à Camérarius, avec lequel MélanchLhon était lié depuis quarante ans par laplus étroite amitié, qu'il se hàtût de venir à tout événement.
Le malin, dès le point du jour, Mélanchthon voulut reprendre ses travaux ordinaires, pensant trouver encore ses forces. Mais, déjà frappé de cette faiblesse qui est le commencement de la mort,
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il écrivit d'une main tremblante à un de ses amis qu'apparemment Dieu voulait l'enlever au synode que les partisans d'IUyric allaient provoquer. Puis g' interrompant pour parler avec son gendre de sa maladie : € Si Dieu le veut ainsi, dit-il, je mourrai volontiers : puisse-t-il faire que mon départ soit joyeux! » Il était fort inquiet d'une éclipse qui avait eu lieu au moment de l'éqçinoxe, etd'unb conjonction de Mars et de Saturne. Il y avait vu d'ailleurs un présage de stérilité, et avait conseillé qu'on se pourvût de blé pour une disette, ce qui fut fait.
Vers huit heures, il parla d'aller faire sa leçon de dialectique à l'académie. Comme on essayait de l'en détourner : < Je ne lirai qu'une petite demiheure, » dit-il, et il sortit, appuyé sur les bras de deux élèves. Arrivé dans la salle des cours publics, il la trouva vide; on l'avait trompé d'heure, dans l'espoir que, ne trouvant personne, il s'en reviendrait. Il hésita d'abord s'il ne prendrait pas l'heure d'un de ses collègues, alors absent; l'auditoire manquant, il se fil reconduire chez lui. Là, se sentant mieux, et neuf heures ayant sonné, il témoigna le désir de retourner à l'académie. On avait pensé d'abord à faire afficher que le cours n'aurait pas lieu ; sur la réflexion que cette contrariété pourrait le fatiguer plus que sa leçon, on le laissa n:\unter dans sa chaire. Il parvint à parler environ un quart d'heure sur un texte de Grégoire de Nazianze, dissimulant sa faiblesse, et affectant d'élever la voix.
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Cet effort parut toutefois le ranimer. Il continua tout le jour et une partie du lendemain à dicter uneliisLoire universelle qu'il avait déjà menée jusqu'à Chailomagne ; et le sénat de l'académie ayant été convoqué pour délibérer sur quelques rixes entre des jeunes gens, il s'y rendit, et prononça de graves paroles, conseillant des mesures mêlées de sévérité et de douceur.
De retour chez lui, il se remit à ses travaux. Il faisait imprimer alors un discours funèbre sur la mort de Philippe, duc de Sletlin et de Poméranie. Ses amis craignaient d'y voir un présage, et luimême allant au-devant de leurs pensées : « Je ne traite plus, leur dit-il, que des sujets funèbres. L'excellent prince à qui j'ai rendu cet hommage a été un Philippe. Quoi d'étrange que moi, uji Philippe de la foule, je le suive? »
Le 12 avril, jour de la Passion, après une nuit sans sommeil, il se leva, dès quatre heures du matin, et deux heures après, selon la coutume des professeurs qui célébraient, ce jour -là, la mémoire de si grandes choses, il alla faire sa leçon, dès le matin; effort de zèle qu'il ne faisait pas sans beaucoup de fatigue, même en santé. Ce fut la dernière fois qu'il parla eii public. 11 rentra chez lui pour n'en plus ressortir, luttant contre les progrés du mal, tantôt assis, tantôt debout et se promenant dans sa bibliothèque. 11 y eut un moment oii, descendant l'escalier qui y conduisait, les forces lui
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manquèrent, et il s'assit sur une marche, la tête appuyée sur le coude. C'est dans cette posture que Camérarius le trouva.
Le jour de Pâques, quoiqu'il pût à peine se tenir debout, il voulut, dès six heures, aller à l'académie faire sa leçon accoutumée sur la solennité du jour. DéjA, malgré la résistance de Camérarius, il avait revêtu sa robe, disant qu'il se contenterait de faire aux élèves quelques courtes réflexions, lorsque son fils, survenant, lui annonce que l'auditoire est désert. € Est-ce donc toi, dit Mélanchthon avec impatience, qui as fait retirer les élèves? » Celui-ci l'ayant nié, Mélanchthon se calma : t Aussi bien, dit-il, pour qui ferais-je ma leçon, s'il n'y a personne? » Et quittant sa robe, il se mil d écrire des lettres.
Des affaires pressantes forçaient Camérarius de partir. On n'avait pas perdu toute espérance ; la tète du malade était encore intacte. Un goûter d'adieu fut préparé, où devaient assister quelques amis. Il voulut les traiter avec du gibier que lui avait envoyé le prince d'Anhalt et du vin du Rhin,' venant d'un autre don. Avant de se mettre à table, Camérarius et lui étant dans la bibliothèque, lui assis sur un escabeau, et plusieurs personnes debout vers la porle, il dit à son ami, comme dans un dernier adieu : « Mon cher Joachim, nous sommes liés depuis quarante ans d'une amitié vraie et réciproque, dont ni l'un ni l'autre de nous n'a cherché
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à tirer profit, et nous avons été de bons pédagogues, chacun à notre place. J'ai ia confiance que nos travaux ont été utiles à plusieurs. Que si Dieu a voulu mettre fin & mes jours, nous continuerons de nous aimer saintement dans l'autre vie. > Ensuite ils descendirent pour le goûter. Après quelques discours touchants sur la mort édifiante d'une fille d^ Gamérarius, Mélanchthon fut pris d'une telle faiblesse, que son ami, efl'rayé, remit son départ au lendemain.
Le moment de la séparation arrivé, Mélanchlhon lui dit d'une voix triste : t Que Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est assis à la droite de son Père et qui dispense ses dons aux hommes, te conserve, toi, les tiens et nous tousl i Et il ajouta des compliments pour la femme de Gamérarius. Celui-ci monta à cheval et partit pour Leipsick.
Le même jour, Mélanchthon parla de la folie de ceux qui nient que Jésus-Christ ait craint la mort. 1 11 la craignait d'autant plus, ajouta-t-il, qu'il connaissait mieux que nous ce que c'est que mourir, t Il revint sur cette mort de la fille de Gamérarius, et sur la maladie qui l'avait enlevée, et qu'il comparait à la sienne, sauf sa faiblesse qu'il trouvait si' grande et qu'il attribuait à une cause obscure. Et peu auparavant, étant couché : < Si ce n'est pas la mort, dit-il, c'est du moins un bien grand châtiment. > A la muraille où touchait son lit, était suspendue une carte d'Europe; il la regarda d'un œil
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fise, et se retournant vers ceux qui le soignaient, il leur dit avec un sourire : s Virdung a lu dans les astres que je ferais naufrage dans k Baltique. Il a rtûson, je ne suis pas bien loin de cette mer. > El, en effet, ta partie de la carte où elle était figurée était la plus proche de son lit.
Le lendemain, ne pouvant souffrir le lit à cause de son extrême faiblesse, il se fil placer dans upe litière." « Ceci s'appelle uq lit de voyage, dit-il; n'est-ce pas dans ce lit que je vais partir? » Vers neuf beures, il appela Peucer : u Que vous semble, dit-il, de mon mal, et quelle espérance avez-vous? Ne me dissimulez rien. — A Dieu appartient voire vie, répondit Peucer, et la longueur de vos jours. Nous les lui recommandons; mais, puisque vous voulez que je vous dise la vérité, si je considère les causes physiques, votre état est loin d'être sans péril, car votre faiblesse est grande et s'accroît de moment en moment. — Je pense comme vous, dit Mélanchthon, et je ne m'abuse pas sur cette faiblesse. » Et il pria qu'on cherchât dans ses papiers un projet de testament qu'il avait préparé, et dont le préambule était ime profession de foi sur la ro- 'ligion. Comme on ne trouvait pas cet écrit, probablement dérobé par une de ces infidélités dont se plaignent tous les hommes publics de ce temps-là, il en dicta un autre où il donnait son sentiment sur les dissidences des protestants.
Le 19 avril, qui fut son dernier jour sur celle
terre, après avoir tenu plusieurs discours à son gendre sur Ids malheurs de l'Église, il parut dormir quelques instanls d'un sommeil assez doux. Puis, se réveillant en sursaut, il pria Peucer de lui couper les cheveux, service qu'il était accoutumé ■de recevoir de son gendre, et il se fit changer de linge, comme s'il eût été averti tout à coup du départ et qu'il voulût se tenir prêt. Peu après, il fut visité par des amis et des hôtes d'une ville voisine. Il s'entretint avec eux environ «ne demi-heure, avec quelque gaieté d'abord ; puis, ses pensées devenant sombres, il leur parla tristement des disputes qui déchiraient l'Ëglise; et il ajouta : a Si je meurs, c'est un bienfait singulier de Dieu qui m'enlève à tous les maux dont nous sommes menacés. B
Vers midi, le pasteur et les professeurs de Wittemberg entrèrent dans sa chambre. Ne pouvant déjà plus parler, il demanda qu'on lui lût divers passages des livres sacrés qu'il aimait paiticulièrement. Cette lecture finie, il dit à haute voix : i J'ai toujours dans l'esprit et en vue ce mot de Jean sur le Fils de Dieu : « Le monde ne l'a pas reçu ; mais, à ceux qui l'ont reçu, il a donné le privilège de devenir enfants de Dieu. » Après quoi il remua les lèvres environ un quart d'heure, comme s'il eût continué intérieurement ses pieuses réflexions.
L'heure approchait où la plupart des professeurs allaient faire leur cours. Personne ne se sentant le
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courage dequilter, àce moment suprême, l'ami qui allait leur échapper, on rédigea à la haie, au nom de tous, un avis conçu en ces termes : « Très-chers auditeurs, vous n'ignorez pas dans quelle sollicitude, quel chagrin et quelle crainte nous jette la maladie de notre vénéré précepteur et pèie, maître Philippe, et sans doute vous vous en affectez avec nous. Vous souffrirez donc que les leçons de cette après-midi n'aient pas lieu. Nous voulons vous prouver par là que telle est la force du mal, que, si Dieu n'aide la nature, notre raaitre ne pourra résister plus longtemps. Nous vous exhortons à vous unir à noua pour prier Dieu qu'il jette un regard de pitié sur celte misérable Eglise et sur la jeunesse, et que, pour châtier notre ingratitude, il ne nous enlève pas, dans des temps si difficiles, le fidèle directeur de nos études. Employez à des prières ce temps de loisir, et implorez Dieu pour l'Église et pour la santé de notre précepteur, s
Déjà Mélanchthon luttait avec la mort. Il ne parlait plus que pour répondre ; mais ses lèvres, toujours en mouvement, semblaient dire qu'il se parlait à lui-même des promesses de l'autre vie. Son gendre lui demandas'il voulait quelque chose : « Rien, ditil, que le ciel ». Peu d'instants après, il s'évanouit. Rappelé à lui-même par un cordjal qu'on lui fit boire, il parut se ranimer et dit : « Pourquoi troublez-vous mon repos? laissez-moi en paixjusqu'àla fm de ma vie, qui n'est pas loin, r Cependant tout
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le monde s'était agenouillé, et la pasteur lisait, parmi les passages des saintes Écritures, ceux que le mourant s'était plu toute sa vie à méditer. Après cette lecture, on recommença les prières. Vitus, un de ses collègues, docteur en médecine et professeur de langue grecque, lui demanda s'il comprenait tout ce qui venait de lai être lu; il répondit en allemand : « Oui. » Quelques minutes après, vers six heures du soir, pendant qu'on récitait le Symbole des apôtres et l'Oraison dominicale, il rendit l'âme. Sa fin fut si douce que, de tous ces yeux qui étaient atlachés sur lui, aucun ne put surprendre l'instant du passage suprême.
Il avait vécu soixante-trois ans etautant de jours, et était mort à la même heure qu'il était venu au monde.
La nouvelle de sa mort amena toute la ville devant sa maison. Étudiants, étrangers, habitants de toutes les classes, demandaient à le voir avant qu'il fût mis dans le cercueil. Le corps resta exposé dans la bibliothèque, depuis le 20 avril au malin jusqu'au lendemain dans l'après-midi. Ses plumes, et jusqu'aux débris de papier qui étaient répandus sur le plancher, furent enlevés. Sur le passage du convoi, des sanglots éclatèrent, parmi les femmes surtout, de qui Métanchthon s'élail fait aimer, pour cette douceur et cette grâce qui lui étaient particulières. Camérarius, arrivé le matin, n'eut pas la force d'entrer dans celte triste maison, au milieu
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des derniers prcparalifs. U atteadit que 1c cercueil fût fermé, et il le suivit jusqu'à l'église de la citadelle. Le corps y fut déposé à côté de celui de Luther. La mort avait réuni le disciple au maitre, après une séparation de quatorze ans.
Hiîlanchlliûn réformalour dans les letlres. — Caracttre des lorrcclions qu'il tail à ses liïrea. — Ses contrad ici ions. — Sa métliode.
— 11 l'emprunte anx anciens. - La Confession d'Aiigsbimrg au point de vue littéraire. — Influença de sa méthode en Europe.
— Il met la renaissance au service de la réforme. — Influence de la rérormc sur les croyances chrélienne).
Mélanchthon avait bien gagné l'éternel repos. U avait rempli, avec une gloire que lui seul ne connut pas, la double tâche de rérormateur dans la religion et de réformateur dans les lettres. Nul ne mit à leur service un esprit pourvu de plus de ressources. Nul ne souffrit plus pour ces deux causes, si étroitement liées au commencement : la réforme pénétrant partout où la renaissance avait ouvert les intelligences, et le même progrès éclairant les esprits et émancipant les consciences.
Mélanchthon n'estima jamais de son immense savoir que ce qui pouvait être compris du plus grand nombre. Quelquefois, pensant à la gloire des anciens écrits, il laissa échapper l'aveu qu'il eût pu faire
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des livresplus polis etpUis agréables aux lecteurs'. Mais il ne se croyait pas le droit de se contenter, et ce qu'il lui eût fallu de travail et de patience pour développer et perfectionner ses dons naturels, il en faisait volontiers le sacrifice.à l'impérieuse nécessité de publier ses livres à temps et de les approprier à l'intellig'ence des lecteurs. A une époque où les livres étaient des actions, et les lettrés des chefs de parti, il n'était guère loisible de songer à la gloire des écrits durables^ Pour Mélanchthon, il ne pensa jamais à jouir de son esprit; il ne fut et ne voulut être que pédagogfie : assez semblable encore à -Fénelon par ce trait, qu'il n'eut pas l'orgueil du génie, et qu'il ne trouva rien de plus beau que de faire des livres d'éducation.
On a vu Mélanchthon se défendre, non par peur de la responsabiUté, mais pour être vrai, d'avoir rien inventé en fait de dogmes. U y revient souvent dans ses écrits. « Je n'ai appliqué, dit-il quelque part, toutes les forces de m'on esprit et tous les efforts de ma volonté qu'à expliquer avec clarté et précision de si grandes matières, et à donner à la jeunesse des opinions droites et modérées. Autant que je me connais, j'aflirme avec vérité et en toute conscience que je n'ai jamais eu en vue que de servir le public*, n 11 ne faisait des corrections dans ses livres
1. Episl. Ph. itel. de leipso, et de edilioae prima sciiplorujn