CURE 7, UP + AS
triangle et de l’angle droit, de la définition
de l'étendue et de la conscience. J'accepte
clairement ces propositions comme vraies,
parce que je conçois clairement les notions
qu'elles mettent en jeu et, par suite, ce qui peut être affirmé ou nié de l’objet de ces notions. Je repousserais clairement comme fausses, pour le même motif, les propositions qui énonceraient le contraire. … S'il y a des propositions du même genre, dont mon intelligence entende bien la teneur et le sens, mais dont elle se sente
incapable d’apprécier la vérité ou la faus-
seté, c'est qu'elle a conscience de ne se point représenter assez clairement ni complètement le contenu de leurs notions composantes. Ainsi je comprends fort . bien l'énoncé de certains rapports de … grandeur entre l’ellipse et la parabole. Et je ne sais pas de moi-même s’il y faut
souscrire, faute de posséder des propriétés
. de ces deux sortes de courbes une défini-
tion dont je sois certain qu’elle en contienne et qu’elle en mette à leur place
Pb RENAN ÉT NO:
4 toutes les propriétés. Du moins, étant
un peu renseigné sur l'ellipse et la parabole, puis-je saisir, en lui-même, le sens d’un théorème qui les concerne. Voici
maintenant un autre cas : celui d’une
proposition qui ne me paraît ni vraie, ni fausse, ni douteuse, ni raisonnable, ni
absurde, mais purement et simplement :
incompréhensible. Elle ne saurait évidem-
ment me paraître telle que parce que les | termes mêmes de son énoncé me sont .
incompréhensibles, soit que je ne les aie
jamais rencontrés dans mes lectures, soit L
qu'ils soient pris dans un sens auquel je
n’ai jamais été initié. Par exemple une .
proposition sur les ions et {es électrons,
ou bien sur l’entéléchie d’Aristote ou le .
noumène de Kant, si je ne me suis jamais
fait expliquer ces expressions. Dans la |
mesure où on aura réussi à me les expliquer, j'en saisirai tout au moins les applications.
| Les mystères nous présentent cet ex- .
traordinaire paradoxe de propositions qui
5e LT
seraient à la fois incompréhensibles en elles-mêmes, et compréhensibles dans leurs termes. Incompréhensibles, elles le sont par définition. Et, quant à leurs termes, comment l’auteur de ces propositions se serait-il dérobé à la nécessité d’user de termes compréhensibles pour nous ? [Il nous ordonnait d’y croire. Il a bien fallu qu’il nous les énonçât et, à cette fin, s'il n “employait pas des signes cabalistiques, où nous n'aurions absolument rien entendu, qu'il se servit de mots, de mots de notre langue, dont nous pussions, au besoin, trouver le sens dans le dictionnaire. Ces mots expriment des idées présentes à notre entendement. Et l’assemblage de ces idées donne un sens qui se veut inaccessible à notre entendement. Comment cela se peut-il ?
. Les mystères chrétiens consistent notamment en certaines applications des idées suivantes : nature ou essence, subslance, personne, génération. Nature, ou essence, signifie l’ensemble des attributs
et natés constitutives d’un être, des
attributs et qualités qui le rattachent à
un genre et non à un autre, qui lui donnent un nom et font qu'il est homme, par exemple, et non pas animal ni ‘ dièu, Substance se dit d’un être qui existe en lui-même et par lui-même, et non pas en un autre être ou par un autre être, comme mode, qualité ou fonction de celui-ci. La couleur n’est pas substance,
mais qualité ou mode d’une substance ; la pierre, revêtue d’une certaine couleur, et qui peut changer de couleur, est substance ou substrat par rapport à cette couleur. La personne est la substance pensante et autonome. Il n’y a dans la nature qu’un seul genre d’être qui
possède la personnalité. C’est l’homme.
Génération est la production d’un vivant par un vivant de même espèce.
L'idée de nature ou essence étant posée, tout être a une certaine nature ou essence.
Un certain nom commun lui convient. Il
est d’un certain genre. Et l’on peut dire
que son genre est d’autant plus déterminé et tranché qu'il est plus haut placé dans l'échelle des êtres, puisque à une plus grande élévation de rang hiérarchique correspond une plus riche composition,
NT PR Le ne 1
de propriétés constitutives. Cependant un Dre nous enseigne la réunion de deux natures hétérogènes, qui, loin de se perturber réciproquement, s'accordent et |coopèrent, dans le sein d’un être unique, car il est homme, au sommet de l'échelle “universelle, car il est Dieu. Dieu et homme en une seule personne.
. Si, parmi tous les êtres auxquels convient je nom de substance, il en est un -qui le mérite éminemment et entre tous, 5 est l’être qui possède la personnalité.
Il est spontané, indépendant, libre, maître de ses mouvements et desa direction. Cer pendant, un mystère nous parle de trois per-
sonnes formant ensemble une seule subs-
tance. Comment peuvent-elles être trois ?.
un plus délicat équilibre de qualités et …
placé au sommet de l’échelle de la nature, .
La génération d’un vivant est un fat.
que nous ne pouvons nous représenter | que s accomplissant dans le temps et qui suppose la préexistence du générateur par rapport à l’engendré. Voici un mystère :
où il est question d’une génération éter-.
nelle, de la contemporanéité éternelle (si .
l’on ose risquer cette figure) du généra-. teur et de l’engendré. 4
Là-dessus, j'entends bien Voltaire. Ne.
vous épuisez pas la tête, me dit-il, sur.
ce charabia. S'il y a des genres, un être.
est d’un genre et non de deux. S'il y a.
des substances (ce qui n’est d’ailleurs pas.
sûr, car c’est là un jargon bien scolastique) : trois personnes sont trois substances, elles. sont trois personnes. Un vivant n'est pas un vivant ; ou bien il a été engendré en.
telle année, à telle date. ‘
Charabia est très vite dit. Il est peu.
philosophique de régler aussi expéditive-.
ment le compte d’un charabia qui a eu.
un si prodigieux succès, auquel de longs siècles ont cru, presque sans opposition,
auquel une grande partie de l’humanité . croit encore, en pensant, il est vrai, moins … formellement à ce qu’elle croit, que ne faisaient les intelligences du moyen-âge.
Les livres écrits pour l’expliquer forment peut-être une bonne moitié de tous les livres qui aient jamais été écrits. De beaux génies, comme saint Augustin, saint Thomas se sont exercés, avec une étonnante . passion intellectuelle, à le pénétrer. Il doit avoir une clé à GLS Voltaire, dans son D Sent polémique, ne songe point, et qui, même à ses yeux, en eût . adouci le scandale intellectuel apparent.
- La voici, je crois.
Les notions qui figurent dans l’énoncé des mystères chrétiens ; d’une manière générale, toutes les notions susceptibles de figurer dans l’énoncé des vérités in-.
“ compréhensibles pour nous, qu’il aurait - pu plaire à la sagesse divine de nous « révéler, ne sont pas assimilables aux no- > tions mathématiques. Elles ne sont pas généralement assimilables aux notions qui