RENAN ET NODE
est plus facile à dire et se dit à moins de rais que le owi. Dans les intelligences qui
par une ouverture acquise sur les activités
contentieuse et hostile, qui est la néga-
e frappant la beauté des sentiments qui s’y rattachent, de ramener à la médio-
leuse les âmes simples que son influence
vacances en Bretagne dans l’été de 1845,
cepter le miracle, écrivait à son ami l'abbé
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RENAN ET NOUS ri
Cognat, que ce qu mil: no d « anti-
christianisme » autour de lui avait « la couleur la plus basse et la plus dégoûtante ». Or l’antichristianisme au village, c’est le ridicule jeté sur le miracle et la dérision grossière de ceux qui y croient.
Que d'ironique amertume dans le mot fameux, si peu compris, sur « Gavroche | et M. Homais arrivant d'emblée avec si | peu de peine au dernier mot de la philo- | sophie ! » |
Renan n’a pourtant pas, dans cette question, été inconséquent avec luimême. Convaincu que la cause du surnaturel était condamnée et qu’elle ne ferait qu’aller de recul en recul dans l’esprit des masses populaires, il a franchement déclaré à plusieurs reprises qu’on ne pouvait pas tricher avec le problème et qu'on devait entrer dans la voie d’une éducation rationaliste du peuple.
Hélas ! quels fruits augurait-il qu’on y dût recueillir ! «Il faut en venir là, écrit-il dans un endroit de l’Avenir de la Science.
Mais que les laids s'en chargent ! » Il exprime l'espoir que, dans quelques siècles, l’âme paysanne, temporairement des- # séchée et rendue brutale par la privation :
de ses antiques sèves, en aura récupéré.
de nouvelles, que le terrain, dévasté des .
nobles et douces végétations que d’ail-.
leurs l’atmosphère moderne y condam- | nait à dépérir, aura produit de nouvelles.
fleurs. Dans d’autres passages, ilse montre.
plus optimiste. Il espère que le ratio-.
nalisme de l’école produira prochaine-.
ment de beaux résultats moraux, que.
le peuple gardera sa vieille vertu en.
acquérant les lumières philosophiques. Dans cette prédiction, il est sincère,, comme il l’est toujours. Néanmoins, si le cœur y est, l'imagination n'y est pas.
Une idée n’est vraiment une conviction que si elle n’est pas dans notre esprit une simple vérité abstraite et de raisonnement, que si nous l'imaginons réalisée, en chair + cten os. Je crois que, sans injustice pour personne, Renan n’a eu une vive imagina=
tion de la bonté populaire, que liée aux croyances et aux rêves des bonnes gens ui avaient entouré son enfance. Peuttre, à la rigueur, le vieux Celte qui était en lui eût-il fait bon marché des saints et des saintes du commun calendrier chrétien. Mais, pour les saints bretons et les fées des fontaines, il n’en eût pas dé-.
Nous n’avons pas encore présenté toutes les faces de la question du surnaturel, d’après Renan, ou plutôt d’après la doc- trine, très répandue dans le xix® siècle, . dont Renan a été chez nous l'interprète
” original.
Le miracle une fois rejeté, la réalité du
surnaturel l’est-elle pour autant ? Le mi-
racle est-il la seule forme concevable du our à ? La notion de miracle et la - notion de surnaturel se recouvrent-elles exactement ? On n’a pas assez remarqué la restriction dont Renan affecte l’idée de surnaturel. Il parle du « surnaturel
Un RENAN ET NOUS
Le
particulier ». Le surnaturel qu'il nie est
le surnaturel particulier. Il existerait donc, | selon sa pensée, un surnaturel général + Cela semble contradictoire. Ce qu’on peut .
appeler général, c’est ce qui appartient | | au Coufs ordinaire deschoses,cequirentre « dans le cycle normal de la nature. de.
Entre tous les ouvrages de Renan, la | Vie de Jésus est celui où les considérations propres à résoudre cette contradiction .
| apparente, tiennent la plus grande place. : La Vie de Yésus est un livre sur lequel ‘À où a prodigieusement écrit et qui néan- moins est très mal connu. Je n’ai jamais lü une bonne étude littéraire à son sujet, à une étude où la substance en fût sincèré- ment et fidèlement analÿsée, où la doc- trine et les sentiments en fussent pré- sentés avec exactitude, où les sources inspiratrices en fussent recherchées avec À la moindre attention ; attention qui aurait :
eu sa récompense pourtant, ces sources « étant nombreuses et infiniment intéres- santes. Il est vrai que l'insuffisance, ler: «
| __ RENAN ET NOUS 175 reur ou la tromperie volontaire dans la notion que l’on donnait au public de cet ouvrage en rendait plus facile le blâme ou la louange ; car c’est une observation dont la critique doit tenir grand compte (et elle n’y manque pas généralement) du’une trop exacte connaissance de l’objet pont elle parle gêne beaucoup sa verve qour en parler, surtout si cette verve est.
inspirée par le parti-pris. Ce serait une
entreprise beaucoup trop longue, et d’ailleurs étrangère au cadre du présent écrit, que de rectifier par une recension véridique, les idées fausses ou mutilées que l’on se fait d'ordinaire de la Vie de Yésus.
Je me permettrai, à cet égard, une seule remarque. [Il est aujourd’hui de mode, parmi: les critiques incroyants que ce livre n’offense pas au point de vue religiéux, de le traiter par-dessous la jambe.
Certain philosophe, d’un ton péremptoire qui ne lui allait pas beaucoup, déclarait, Sans plus, que « le livre est manqué ». Il avait donc l’idée de ce que pourrait
être un livre « réussi » (au point de vue rationaliste et même anticlérical qui était le sien) sur la vie de Jésus-Christ. Que ne l’a-t-il écrit ? D’autres prononcent que le livre est « médiocre » et passent.
Ceux-là je ne les trouve pas médiocres.
Je les trouve étonnamment bêtes. Qu'ils
ouvrent n'importe quelle bibliographie
littéraire du xix® siècle. Ils y constate- ront, tout au long de très nombreuses pages ou colonnes, l'énorme amas de littérature, vitupérative ou laudative, que la Vie de ésus suscita dans tous les pays de l’Europe. Dire d'une œuvre qui a produit un tel effet, qu’elle est mé-
diocre, a la même qualité de comique :
à que la définition de Bonaparte légendairement attribuée au P. Loriquet : un illustre général du roi Louis XVIII. — D'un
autre côté, prendre le ton lyrique et .
s’extasier sur la beauté dela Wie de Jésus, «
me paraît fade. Certes l’œuvre a des parties très belles. Mais l'inspiration en est beaucoup trop complexe et puisée à des
Der = Prenl SES) de © Pants