HANAN ET NOUS
tâches, si élevées soient-elles, dont nous savons d’avance que le résultat n’aura qu’une valeur toute relative et locale et que nous savons surtout n’accomplir
qu'avec des œillères résultant de la situa- | tion accidentelle qui se trouve être la | nôtre dans le temps et dans l’humanité ? .
L'élévation de l'intelligence aux perspecives de la « haute critique » n'est-elle pas 1écessairement sa chute dans linactivité, | l'impuissance et l'abandon ? La connais sance des ressorts dont tout est fait ne nous enseigne-t-elle pas qu'il n'y a tin.
qui vaille la peine d’être fait ? L'étude des problèmes qui relèvent de l’expé- Hience physique et de ceux qui ont trait au bien-être matériel n’est pas atteinte par ce doute mortel ; car l’expérience phy- Sique et matérielle prononce universelle- … nent ; elle est sous toutes les latitudes ce qu’elle est ; elle n'est pas affectée par la Constitution et les modalités relatives de notre esprit. Mais l'humanité ne vit pas Seulement de vérités de physique et de
commodités matérielles. Le nécessaire as- suré, ces commodités sont peut-être, en.
dépit des illusions qu’elle se fait à cet égard, ce dont elle a le moins besoin pour goûter la vie. Il y a la religion, le droit, la poésie et l’art, qui sont son vrai pain, sa nourriture sacrée. Est-ce que cette.
nourriture est fallacieuse ? Est-ce que, dans ces domaines, il n y aurait jamais eu. et il ne pourra y avoir jamais que 0) relatif ? È Renan a fait à cette question émouvante deux réponses ; une réponse par l’idée et.
une réponse par le fait. La première est, trouble et confuse. La seconde a la clarté” et le rayonnement de son génie même.
Elles ne se contredisent pas. La seconde débrouille et élucide la première, qui en avait grand besoin. Elle l’épure.
Cette première réponse théorique s’étale dans l’Avenir de la Science. Elle enveloppes comme un nuage la partie claire et excel lente du livre, qui est, encore une fois, In
an.
G+-m TS
RL constat des conquêtes de la philologie et de la grande part qu’elle doit avoir désor- Mais à toutes nos connaissances historiques et littéraires solides. Renan parle ici comme un jeune philologue, tout enivré de sa science fraîchement acquise, et qui trouve en elle un prodigieux excitant de l’imagination. L’immensité des horizons
psychologiques qu’eile lui ouvre le ravit.
À les contempler, il se sént comme un dieu. Il lui semble jouir d’une multiplicité de vies étrangères, affluant dans une vie
… centrale, qui est la sienne, et l’enrichissant
indéfiniment de leurs flots. Ce que les nations et les races diverses ont pensé,
senti, imaginé, rêvé, il le pense, le sent,
limagine, le rêve. Il identifie son âme à leur âme. Mais, en même temps, il
, domine leur âme, puisqu'il voit plus
loin et plus profond qu’elles-mêmes dans
ce quelles ont cru et conçu. Il en sait
le pourquoi. Il en pénètre le mécanisme . subtil. Ce qu’elles ont été, ce qu’elles ont
vécu, il l’est et le vit lui-même par l’intel-
pont”
ligence des livres qui en portent le témoi- .
gnage. Mais ce qui a été, de leur part, tout instinctif et spontané, il le raisonne,
il l'explique, il en voit les rapports et dépendances, il le situe. Aïnsi humanité prend-elle «conscience d’elle-même» dans
la science qui recueille, pour les analyser,
toutes ses créations spirituelles jaillis- santes. Par là elle se dépasse, elle s'élève
à un niveau supérieur. Les innombrables fumées émanées, au cours des âges, de
son imagination aveuglément créatrice,
et qui, condensées au-dessus de sa tête, formaient à ses regards comme la voûte | du ciel, s’éclairent aux rayons de la cri-
tique et deviennent lumière. Que Pexplo- «
ration critique et philologique des produc- .
tions de l’esprit humain en ses états les « plus variés, se poursuive ; qu’elle arrive .
a son terme ; qu’elle finisse par avoir tout …
embrassé. Alors on pourra dire que l’hu-
manité a pris totalement conscience d’elle-
, même. Cette totalité de conscience, cette «