‹ Renan et nous 1923Chapitre 37 sur 46 · AR · texte numérisé non relu

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| omniscience ce sera Dieu. Voilà comme. 4

il faut entendre la formule renanienne, que la science organise Dieu.

Cette vision apocalyptique nous intéresse au moins comme manifestation d’en- | thousiasme. La jouissance intellectuelle . trouvée par Renan à l'étude de l’histoire . dans toutes ses applications fait qu'il ne voit qu’elle et la divinise. Si cependant nous essayons de ramener à un sens clair … ce fol et juvénile hyperbolisme, où se | sentent les souffles conjugués du mysti- - cisme panthéistique allemand, des idées . des Encyclopédistes sur la perfectibilité.

indéfinie, de l’idéalisme optimiste de la x Révolution de 1848, nous ne pouvons - l'entendre que comme la célébration trop :

tumultueuse et démesurée d’un gain,

- d’un progrès réel et pratique : je veux dire.

. le perfectionnement de discipline apporté

à l'intelligence humaine dans son exercice

… actuel par le développement et l’affine-

ment de ses notions historiques en tous les genres. De ce perfectionnement, Renan n'a pas fait précisément la théorie. Mais

: tes nos idées ont une ch Les | DDius : générales : surtout, celles qui sont 4

|tous les esprits pensent. Cette ne 4 se confond avec celle du mot qui les :

exprime et qui est venu à notre langue, | - d’une autre langue, à celle-ci, d’une troi- : sième, se chargeant, dans cette circulation . - Dubé, d’une foule de nuances de sens .

dont certaines sont en lui comme l’em- .

preinte des Âges et des civilisations les | plus éloignées. C’est un héritage de pro- .

venance complexe que nous avons reçu, .

On le comparerait justement à l'héritage .

d’une fortune formée par toutes sortes debiens et par des acquisitions de toutes . époques et de toutes sources, Pour se - rendre compte de la part de légitimité et À .d légitimité d’une fortune ainsi venue, |

‘4 Tes ;

- pour concevoir la bonne manière d’en - administrer et d’en faire fructifier tous . les éléments, il ne sera pas mauvais, il sera … même nécessaire d’en recenser, comme dans les actes notariaux, les origines multiples et les développements successifs.

. Ainsi pour nos idées. Notre esprit a un … puissant penchant à les recevoir, telles quelles, comme des instruments intégralement valables pour la recherche de la “vérité et l'édification du raisonnement, …Ces instruments demandent une vérifica- “tion perpétuelle. Ils peuvent avoir des “parties caduques, construites primitive- «ment avec de mauvais matériaux, parce “qu'on n’en avait pas de meilleurs ou bien “dont les matériaux ont vieilli. Ils peuvent “demander l'addition de nouveaux organes adaptés à l’emploi plus pénétrant et “plus fin, que le succès même de leurs Ébplications antérieures, plus grosses, si J'ose dire, plus élémentaires, plus sommaires, nous permet de leur donner à présent. Or, c’est la connaissance critique

de l’histoire des idées, de tout le passé

dont elles sont pleines qui nous instruira de ces nécessaires distinctions. :

Renan remarque, en quelque endroit 1 ce qu’il y a de lourdeur, d’indélicatesse.

intellectuelle pesante et choquante : dans les preuves cartésiennes de l’existence de.

Dieu. Descartes veut élever notre pensée.

jusqu’au plus haut du ciel métaphysique!

a l’aide d’un échafaudage de grosses. poutres maléquarries. S'il eût mis à véri-.

fier les concepts abstraits dont il se servait" dans ces argumentations massives et inef ficaces, le même soin dont il .usait dans l'établissement de ses concepts de mathé-« matique et de physique, il les aurait certainement rejetés. Toutes ses preuves sont étayées sur l’idée de la Perfection, de l’Etre parfait, qu’elles présupposent représenter quelque chose de clairement pen< sable à toutes les intelligences, quelque position que celles-ci puissent prendré sur la propre question de l'existence ou de la non-existence de l’Etre parfait. Cepen=…

. dant, cette idée, il l'a presque passivement reçue du langage théologique traditionnel

qui lui faisait une place d’honneur sans

réellement la définir. Les théologiens prétendaient la définir logiquement, c’est-àdire comme un composé de représentations.

claires, cohérentes entre elles et formant

- un tout intelligible. Mais voilà qui ne se.

peut. Ou bien on tombe dans une tautologie : l'être parfait, c’est l’être parfait. Ou bien on pose devant l'intelligence un objet idéal qui n’est parfait que par convention verbale et qu’on pourrait aussi bien appeler le plus riche en attributs parmi les êtres imparfaits concevables.

- À la vérité, l’histoire seule nous tire d’affaire. La traditionnelle notion du Parfait . est un tout fort hétérogène où les idées grecques, les idées alexandrines et les propres idées chrétiennes sur ce qui est

divin, se sont composées ensemble comme … elles ont pu, sans surveillance sérieuse:de

l'esprit philosophique. Pour les: Grecs le .

parfait, c’est le souverainement beau et le n

souverainement bon ; mais il est «fini», car TJ’ «infini », pour les Grecs, c’est l’amorphe et le chaos. Les Alexandrins veulent que

le Parfait soit bonté et beauté souveraines,

mais en étant infini. Les chrétiens ont la même conception. Et ils mettent l'accent sur le caractère de Providence de l’hu- .

manité, inhérent à l’Etre parfait, alors que pour les Grecs, précisément parce qu’il est parfait, il ne saurait être Providence et se préoccuper des pauvres affaires | de l’homme imparfait. La nécessité d’un triage critique est évidente. Il faut bien savoir ce qu’on dit, quand on dit Etre parfait, et sur quoi on raisonne, quand on tire de l’idée de perfection .

des conséquences qu’on ne voudrait pas creuses.

Un tel triage aboutira-t-il à la dissolu-

tion, à l’évanouissement pur et simple de

la notion historique sur laquelle il s’opéera ? C’est bien peu à présumer. Cette notion du Parfait, l'esprit humain, tôut

au long des sièelée de la métaphysique

grecque et de la théologie chrétienne, S'y est attaché jalousement. Quelque chose

donc, en dépit de toutes les difficultés . logiques qu’elle enveloppe, la recommandait. Cette cause permanente et comme . invincible de son crédit semble ne pouvoir . consister que dans une demande de l’âme, - demande qui n’a rien d’accidentel et

que l’âme n’est pas libre de former ou de ne point former, mais qui est comme une manifestation de sa vie même et qu'on ne saurait étouffer en elle sans porter atteinte à sa vie. Ne se peut-il donc concevoir qu’à cette demande, une

philosophie tamisée et affinée par les vues de la critique historique, vint à proposer des voies de satisfaction, à l’abri

des censures de la raison et des scrupules dé la philologie ? Ne se peut-il concevoir que la philologie du concept de Dieu, ruineuse à coup sûr pour l’appareil démonstratif de la théologie, ne le soit point

pour le sentiment qui a tant fait estimer

la théologie à nos pères, pour cet élan,

Fans

supérieur à la raison, mais sans contra- diction possible avec elle, qui exalte l’âme vers le meilleur et la rend insatiable de

ouvre. On l’accuse de ruiner la métaphy- sique et la religion. Mais la question doit se décomposer, semble-t-il ? La critique.

humaine au progrès ? au progrès entendu.

‘comme la réalisation d’une somme tou-.

sance, de sentiment et de bonté, dans l’âme |

biens spirituels ?

Voilà des horizons que Renan nous 1

renanienne tend-elle à affaiblir, à décou-.

rager les aspirations immanentes de l’âme.

jours plus grande de pensée et de connais- 1

elle-même tout d’abord, puis, autant que À possible, dans la vie et le institutions de. l'humanité ? Ou bien cette critique ne.

porte-t-elle que sur certains dogmes ne taphysiques invinciblement rejetés pars beaucoup d’intelligences modernes, qui se.

refusent à trouver en eux la caution, nécessaire de la valeur de ces aspira= tions ? Dans la seconde hypothèse, on

ra que cette - valeur s’atteste assez d'elle-même et a quelque chose d’absolu.

La critique de Renan ne ferait donc de ruines que dans un domaine tout spé-

culatif et serait sans répercussion destructive sur la vitalité morale des esprits . qu'elle a pu persuader. Mais il est possible É aussi que les deux hypothèses ne forment à pas précisément une alternative et qu'il y É

aît du vrai dans toutes les deux, que

. Renan ait affaibli d’une part, libéré d’ une | |

autre part les énergies spirituelles qui sont le principe et la substance intérieure de

la religion. Complexité di inspiration et.

d'influence que l’on peut expliquer soit

par la pluralité des hommes qu 1l portait

en lui, soit par le fait que son âme aurait

plus ou moins été opprimée et refroidie dans ses mouvements ascensionnels, par

le ressentiment des pénibles difficultés ‘qu 1l avait eues à réaliser sa propre libération et des inimitiés que cette libération lui avait values. Une histoire très

suivie et très nuancée de la pensée, .

de la vie, de l’œuvre et de la personnalité de Renan pourra seule résoudre ces délicats problèmes que je ne veux ici que poser.

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