‹ Renan et nous 1923Chapitre 8 sur 46 · PENSE · texte numérisé non relu

PENSE

pale de Calvin a laissé son ‘empreinte s sur les conceptions avec lesquelles il a remué la France et le monde.

Je ne vois pas, me dit quelqu’un, 4 :

marche de votre raisonnement. Est-ce … que l’auteur de la Vie de Yésus n "est pas Français ?

Il est Breton. Un Breton, au pal de vue de la nationalité et de l’histoire, est : un Français parfait, un Français de vi- | gueur et de haute marque. Il est un Fran- :

çais par la culture intellectuelle commune, culture latine, gréco-latine ou gallo-latine qu’il est admirablement apte à recevoir à . sa façon et à faire fructifie: et qui tire.

de lui, au moyen-âge, un Abailard, au !

XIX® siècle, un Châteaubriand, un La :

Mennais, un Renan. Mais, quant au fond :

de nature et de race sur lequel cette culture tombe pour le pétrir, quant au .

tempérament, au caractère, à la qualité | d'imagination, à l'orientation de sensibi- .

lité poétique, il est, au moins, aussi | étranger qu’un Génevois à ce que j’ap- !

pellerais l’Attique de la France. Je désigne

ainsi ce terrain sacré, formé par l’Ile-de-

France, les pays de Loire, la Champagne,

la Normandie, une part de la Bourgogne,

qui a, pendant deux siècles, produit, à

peu près à lui seul, et modelé toute notre littérature, et qui, depuis la fin du

xvIIIe siècle, depuis le retournement et l’ameublissement de tout le sol national par la tempête révolutionnaire, reçoit en plus grande abondance le ruisseau des sèves variées que lui envoie la périphérie magnifique de notre patrie ; au premier

rang, la Bretagne, mère des trois fils que

J'ai nommés, en qui la littérature de notre xix® siècle tient substantiellement tout entière. Cet apport d’âme de la

race bretonne, quand on le compare au génie classique des lettres françaises, à ce fruit lumineux de nos vignes et de nos coteaux, nourri des riches émanations de la Grèce et de Rome, comme il apparait lointain et enveloppé de brumes, et comme il respire le fond des âges ! Mais

di ha

vienne un fort génie breton, accentué dans son type propre, et,en même temps, assimilateur, qui imprègne de son fond” natif les trésors d’esprit et d’art amassés

aux bords de la Seine, quel produit A puissant, quoi qu'il puisse y avoir lieu d’en penser, au point de vue de la stabi-

lité et de l'équilibre ! Quel détonnant mélange ! Il en jaillit le Génie du Chris- à tianisme. Il en jaillit l’Essai sur l'Indiffé-

rence, les Paroles d’un croyant, la Vie de :

Fésus. les livres dont la France du xIx® siècle a reçu ses plus profondes et .

ses plus soudaines commotions spiri- :

tuelles. Commotions de sens opposé, sans :

doute, mais de la même qualité volca- “ nique.

S'il en faut juger sur de tels exemples, ce genre d’action implique entre le génie | littéraire qui l’exerce et le milieu où | il l’exerce. un assez singulier rapport.

Ce génie est étranger à ce milieu, et il ne l’est point. Il tient de ses origines « des traits de constitution morale qui !

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tranchent sur la société où il est introduit, mais qui ne sont pas d’une excen-

tricité ni d’une roideur à rendre impos- … sible leur intime alliage avec les disciplines

et les mœurs de cette société. Il est d'une telle qualité d’âme que les hommes que sa parole soulève ou subjugue le sentent, s'ils s'interrogent là-dessus, près

et loin d’eux tout ensemble. Et ne faut-il pas, en effet, qu’il soit près et loin ? Près, . Car sans intimité de contact et sans communication de sensibilité, où trouverait-il

l’accent d’un langage capable de toucher … ces hommes, de s’insinuer en leurs fibres,

et comme on dit, de les « prendie pa

Loin, pour que le langage qu’il leur parle ne soit pas déjà familier à leurs oreilles, pour qu'il puise dans le lointain de sa provenance, ce mystère, cette magie de

nouveauté qui en fait la force captivante

ou frappante.

Cependant, cette condition personnelle … de l'écrivain ne lui fournirait pas la force se

voulue pour un tel effet, s’il ne s’y oO

malaise qui pèse sur les esprits et dont

quand la majorité ou la partie la plus

en train de se creuser entre les institutions

onstatations ou expériences nouvelles, de la vie. L’ inquiétude que cette situation

littéraire que nous décrivons. Initié ét neuf à la fois au milieu social où l’a placé le destin, il participe finement à toutes les sensibilités communes des âmes distinguées qui le composent ; mais leurs

gnait, du côté de la société elle-même e autre condition : savoir, un certain

ils auraient besoin d’être délivrés. Ce A malaise se produit dans la vie des peuples

vive de leur élite sent en elle-même “À uelque chose de désaccordé, quand elle commence à former des pensées qui ne … ont plus en suffisant équilibre avec ce … qui existe, quand un excessif écart est

t les opinions, entre les réalités et les ésirs, entre les notions reçues et les

entre les règles de la vie et les possibilités .

fait naître ménage un rôle à linspiré :

ieilles habitudes pèsent sur son âme d’un

F À ch S a E ac EN RE Le MATE Fu ee FAQ LE Rs hr ÉÉN cuPE geSS a EPFL NME RS TT SES ET

… poids moindre ; il est plus accessible “quelles aux souffles nouveaux qui ten- « dent à les en détacher pour les orienter “autrement. Il en est impressionné avant elles. Il est un des premiers à perce- “voir, dans l'atmosphère du temps, la «requête des nouvelles aspirations et des Midées novatrices, qui peuvent être aussi “bien des idées de retour au passé, aux “choses anciennes, des réactions contre les abus et les entraînements d’une confimance exagérée au progrès, que des idées «de progrès et de perfectionnements iné-

dits. Il frémit, avant bien d’autres, au

Mcontact de cette électricité. Et c’est en lui qu’elle trouve passage. Il formule,

il dégage, il libère ce qui hantait les esprits. Il publie ce que tout le monde

pensait, ce dont tout le monde était

tourmenté sans oser le dire, sans oser

Mpeut-être le penser. C’est cela qui fait les succés littéraires explosifs. Celui qui les remporte est comme un homme qui pénétrerait subitement du dehors dans une

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