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vérités et nos miracles (de mon temps, on n’en connaissait guère, sans que la religion s’en portât plus mal, du 1este, et vous êtes extrêmement latitudinaire à cet égard, puisque vous faites de Virgile presque un chrétien et auriez une tendance téméraire à trouver du christianisme partout où 1l y a du mérite); je dirai plus : d’insignes exemples d’humaine vertu, où le chrétien reconnaît manifestement la présence de la grâce divine, ce ne sont pas là, tant s’en faut, des réponses assez triomphantes à opposer aux dénigrements de l’incrédule. Ce sont trop encore des.

choses de chair, trop participantes à la faiblesse et à la dégradation des enfants d'Adam, pour que sa sophistique ne trouve les moyens d’en travestir et d’en rapetisser perfidement la qualité ou bien d’en rapporter l’honneur à la seule nature.

Et, au fait, si admirables que puissent être ces œuvres de l’homme, touché d’un souffle d’en haut, que sont-elles, je vous le demande, et quelle n’en est pas Îa

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misère, si-on les compare à la merveille des merveilles, à la merveille des choses célestes et de leur divine économie, que la foi contemple avec ravissement et que d'innombrables générations de Pères et de Docteurs, parmi lesquels les plus beaux génies, se sont épuisés à sonder, à scruter, à analyser, sans en embrasser l’orbe et sans en rencontrer le fond ?... Hé quoi !

Monsieur, vous voulez m'interrompre.

Vous me regardez comme on regarde un homme qui s’égare. Ah ! je ne comprends que trop l'expression de découragement courtois qui se lit sur votre visagé. Vous vivez en un siècle où les yeux des chrétiens se sont obscurcis, se sont laissé éblouir par la trompeuse scintillation des connaissances humaines. prodigieusement, mais vainement, multipliées, au point de ne plus percevoir cette splendeur des splendeurs. Le sublime enchaînement des vérités rationnelles premières et des communications divines, Dieu, l’abîme de sa Bonté, de sa Puissance et de sa Justice,

sa Trinité ineffable, la Création des six jours, les Anges, la Chute de l'Homme,

l'alliance avec le Peuple élu, la préparation

du Messie, la régénération de l'Humanité dans la personne du nouvel Adam, Dieu et Homme tout ensemble, la Rédemption, la Grâce, le Jugement, le Paradis et l’Enfer, toute cette épopée de l’éternité (hélas !

voici que je m'accommode moi-même à

votre profane langage), oui, ce poème incomparable, qui remplissait tout l’horizon intellectuel des âges de vraie foi et dont les mystiques figures leur paraissaient justement cerner, de toutes parts, l'univers, n’est plus, pour vos générations de foi défaillante, qu’une vision lointaine et pâlie, un récit vieilli et des-

‘séché, que l’on n’ose plus produire tout

nu, et dont les beautés sans corps, ou, ce qui revient au même, les vérités infinies, ne sont reçues et digétées par les Âmes pieuses que sous une enveloppe d’agréments sensibles et de petites rai-

. sons. Des bougies qu’on allume pour

rendie visible le soleil ! Quelques-uns-de vos ornements sont beaux, Monsieur de Châteaubriand, et dignes du sujet. Je

crains toutefois que vous n’ayez ouvert,

dans le domaine religieux, une mauvaise école, une école de solennité légère, aütrement dit de frivolité pathétique. Je pressens le jour où des orateurs sacrés prouveront la divinité du christianisme par les larmes que le rival des Cyrus, des Alexandre et des César, Napoléon Bonaparte, nouveau marteau de la Providence et votre légitime souverain, raconte avoir répandues le jour de sa première communion..…. »

Le néo-catholicisme libéral et roman-

tique ne refusait rien du dogme. Les |

jeunes générations qu’il entraînait et que

nous jugeons sur quelques-uns de leurs |

types d'élite, devenus des hommes pu-.

blics, acceptaient intégralement la foi dog-

matique, sous la forme des vertus morales, des sentiments de piété, des habitudes de

pratique religieuse qu’elle commande.

Quant à son contenu même, leur pensée n’y était pas très attentive. Ils n’en avaient pas une connaissance approfondie. Leur intelligence ne s’en nourrissait pas et n’y cherchait pas la fontaine des clartés. Ils n'auraient pas été fort habiles à en rai- sonner. « Les études théologiques de ces hommes distingués avaient été très faibles», écrit Renan, à propos de deux ecclésiastiques très « représentatifs » de cette époque : Mgr de Quelen et l’abbé Dupanloup. Le dogme était mentionné, formulé exactement, mais expliqué et commenté sans fermeté ni exactitude, quand on s’y risquait. Il était pour ces pieux esprits une espèce d’algèbre, qu’ils vénéraient sans s’y intéresser beaucoup. Il était devenu la partie sèche et fastidieuse de l’enseignement religieux. Il y a toujours eu une grande différence de genre et de but entre un traité de théologie et un sermon. Cette différence a pourtant ses limites. La disparité profonde qui s'était alors établie

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entre la substance biblique, métaphysique, | dialectique de la théologie, et la substance littéraire, ornementale, pittoresque, de l’éloquence religieuse, eût fait l’étonnement des plus sérieux chrétiens - du XVII siècle. - Renan a discerné très jeune cette situation. Le commentaire qu'il en a donné plus tard est d’une grande force critique.

‘On pourra le trouver bon apôtre de défendre les droits d’une sévère orthodoxie contre un certain clinquant religieux, quand On sait ce qu'il pense de l’orthodoxie.

Mais il défend, en ces droits, une cause plus générale que la leur : celle du sérieux et de la probité dans la pensée, de la rectitude et de la grandeur dans le oût. Le vieil édifice du dogme catholique, penset-il, est caduc, mais il est grandiose ; ses fondements tombent en poussière, mais ce quele savoir, la logique et la subti- | lité de quinze siècles de théologie ont élevé là-dessus est imposant d'ordonnance et d'ampleur. Que la raison qui trouve habi-

table cette demeure magnifique et ver-

moulue habite ! — Veut-on, au con-

traire, en reconstruire les parties rui-

neuses, les mettre en harmonie avec les exigences inéluctables de la pensée moderne ? Si l’entreprise est possible, elle devra être menée sérieusement et

demandera une investigation conscien-

Fe

cieuse et profonde des matériaux philo-

sophiques et psychologiques dont le

dogmatisme traditionnel est composé. —

Ce que traditionnalistes et réformateurs sérieux doivent être unanimes à blâmer, ce sont les tentatives de rajeunissement doctrinal que Renan caractérise en disant

que « tout y est adouci, faussé, émoussé » et que l’on y présente « non point le christianisme tel qu'il résulte du concile de

Trente et du concile du Vatican, mais

un christianisme désossé en quelque sorte, sans charpente, privé de ce qui est son essence. Les conveisions, ajoute-t-il, opé-

rées par les prédications de cette sorte,

ne sont bonnes ni pour la religion, ni pour

lesprit humain. On croit avoir fzit des chrétiens ; on a fait des esprits faux, des politiques manqués. Malheur au vague !

mieux vaut le faux ! »

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