‹ Renan, l'égoïsme intellectuelChapitre 21 sur 41 · GHA.PITRE VI · texte numérisé non relu

GHA.PITRE VI

La critique philosophique a pu noter les fissures de ces combinaisons à la fois positives et mystiques. Renan a pris les devants et protesté qu'il n'est pas métaphysicien. Mais qu'est-il donc?

Il est un égoïsme pensant. Il poursuit le bonheur dans la chasse aux idées. Il est une personnalité qui se développe dans l'intellectualisme, et qui s'enrichit de lectures. Il est celui qui jouit passionnément du plaisir d'accroître son fonds, sans en rien abandonner, et qui, ayant enfin connu l'œuvre de Schopenhauer, va l'amalgamer à ses réminiscences de Hegel, de Herder, de Fichte et de Spinoza. Il est celui qui combine et ne résout point, qui se complaît dans la pensée plutôt que dans l'objet même de la pensée, et qui, promenant le miroir de son esprit sur la grande route de l'infini, devient incapable d'attacher un regard direct sur la réalité. Ne parlons pas de doctrine. Le principe de dis-

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solution est dans cette fantaisie intellectuelle qui se repaît d'elle-même. L'individualisme inassouvi des romantiques, détourné de la passion sensuelle, épuise les voluptés de l'intelligence.

Aussi bien le sourire se glisse-t-il désormais dans la pensée philosophique de Renan. C'est le signe d'une personnalité qui prend possession de toutes les incertitudes. Déjà La métaphysique et son avenir comme aussi la Lettre à M. Berthelot ne rappelaient que de loin l'enthousiasme de VAvenir de la Science. 1848 avait abouti au 2 Décembre. Douze années de travaux historiques, c'est-à-dire une suite d'observations faites sur le passé avec l'immanquable déchet des résultats, mettaient une sourdine au péan de la jeunesse. Au moment qu'il -écrit à Versailles les Dialogues philosophiques, l'Allemagne de haute culture et de pure raison, dont il attendait le royaume de Dieu, met la science au service de la force. Elle impose la théorie brutale du fait qui prime le droit. Renan, démuni de livres, n'abdique point les visées paciûques de son cerveau ; mais on conçoit son embarras. Schopenhauer est tout à fait congruent à cet état d'esprit. Il donne le ton de scepticisme pessimiste oii l'ironie mêle la note d'égoïsme transcendant. Ce n'est plus l'expression exactement nuancée, soutenue par le ferme dessein des Études d'histoire religieuse. Les contradictions et paradoxes ont leur correctif dans la bonne humeur. Et toujours davantage il faut soulever le voile des mots, des molles analogies, des métaphores flottantes, pour découvrir l'inconsistance qui se cache sous ces délices.

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