‹ Renan, l'égoïsme intellectuelChapitre 26 sur 41 · CALIBAN · texte numérisé non relu

CALIBAN

Suite transcendante de la Tempête, La scène se passe tantôt dans la Chartreuse de Pavie, entendez la bibliothèque et le laboratoire du Collège de France, tantôt à Milan, ou plutôt non loin du boulevard Montmartre ou de la place de la Concorde, un jour de branle-bas. Les costumes ne portent point de date ; mais les événements sont marqués aux millésimes des années qui s'écoulent entre 1870 et 1878.

Le sujet est double, et les actes coupés par des contrastes. Cela pourrait aussi bien s'appeler : La Démocratie et la Science. Révolte du peuple ; noblesse impuissante à se maintenir même avec le secours de l'idéal, noblesse de race et de savoir à la fois, qui salit un peu le bord de son manteau pour sauver l'essentiel, c'est-à-dire l'élite scientifique. Caliban figure le peuple, Prospero la monarchie d'hier qui, par le savoir, devient l'aristocratie de l'avenir (heureuse prophétie et justifiée par les événements, n'est-il pas vrai?) Ariel symbolise l'Idéal qui ne souffre pas d'être terni par le peuple, non plus que par la politique. Les

rêves philosophiques nous ont familiarisés avec ces singulières visions. Cependant le peuple renverse Prospère, duc de laboratoire, et le remplace par Galiban à qui les appétits sont venus avec la parole articulée. C'est le premier stade de la pensée théâtrale de Renan ; il correspond à l'aristocratisme qui est tout au fond de V Avenir de la Science et qu'il exhibe, avant que la République l'ait cajolé.

Cet.Antony, épris des alambics et des livres, a toutes les audaces, sauf celle de conserver son duché par l'action. Il remet à l'idéal, au petit Ariel, le soin de ses aifaires, accepte la défaite d'un air air calme et le rire aux lèvres. C'est un homme expert à énerver un pays. Au reste, l'athanasie retient toutes ses pensées : il est tout occupé de bien mourir. Il personnifie cette oligarchie intellectuelle à qui Renan rêvait tout-à-l'heure de remettre en main les plus formidables pouvoirs. A considérer la pauvre défense qu'il fait, on se demande s'il s'en saurait servir. En somme, dans cette lutte, ou plutôt cet échange forcé des conditions entre Prospero et Caliban, celui-ci tient le bon bout : au lieu de songer à bien mourir, il veut vivre. Et il couche dans le lit ducal oii la belle Imperia ne tardera pas à le rejoindre. On nous dit que Caliban hait les livres : il a tort. Mais Prospero, qui ne voit que par eux, n'a pas raison. Qu'est ce détachement spéculatif que de l'égoïsme très distingué? Il aime la vérité pour ellemême, dit-il, mais surtout pour lui et ses amis. Et, bien qu'anticlérical, il méprise, autant qu'un clérical, le peuple qui s'eiïorce vers l'action et la vie. Il le méprise et le redoute. Sachant que ce peuple est trompé

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par des fables grossières et que, désabusé, il entrera en fureur, croyez-vous qu'il ait dessein de l'éclairer ? Il détient la science comme une religion, à la place d'une religion morte qu'il déleste et dont l'obsession fausse ses jugements. La science n'est pas un succédané de la prière égoïste du mystique : elle ne mène à Dieu ni n'en détourne. El c'est une erreur proprement ecclésiastique de penser que le peuple en a peur, comme il avait la crainte de l'enfer.

Caliban a soif de vivre. Un idéalisme cérébral, un scientifisme philosophique et dévotieux n'est point son fait. Même il se détourne des bénédictins qui font dans les recherches du passé une douce retraite, à l'écart des rudes nécessités du présent. Il se méfie surtout de ces orgueilleux fils d'Antony qui ont remplacé le sarcasme par rironie, équilibristes qui jonglent avec des idées dont le faux brillant ne l'éblouit point. Quelques couplets de l'acte II font un remarquable numéro de cette acrobatie. Internationalisme, militarisme, réactionnarisme, fétichisme, philosophisrae se suivent, se mêlent, s'élancent en l'air et retombent aux mains habiles du baladin, qui exécute vers le plafond son travail idéologique, et dont l'assistance ne distingue bientôt plus que le sourire en représentations. Prospère jongle; Caliban règne.

Au gré de Prospero, Caliban a deux graves défauts : il est instinctif et ne fait pas bon ménage avec la guitare idéaliste. On oublie trop qtie ce fils de Sycorax qui l'abandonna pour aller Dieu sait où 'comme si le fils était comptable des mœurs maternelles !) cet adorateur du dieu Sétébos (corame si le sauvage était res-

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pensable du dieu qu'il adore!) nous apparaît d'abord comme une victime du droit divin et du laboratoire superbe. Se plaignant des tortures qu'il a subies, il est fort honnête d'accepter pour parole d'évangile une contestable application du darwinisme. Que ne répond-il au mélodieux croque-notes Ariel que Prospero n'a eu d'autre objet, lui apprenant la langue des Aryas, que de former à son usage un serviteur plus utile et que nulle reconnaissance n'est due à un dessein intéressé? Que ne montre-t-il la marque du collier dont il fut attaché? Il n'a, lui, le culte d'hypodulie ni cKhyperdulie. Et quant au Dieu, qui est raison, et qu'on invoque pour le convaincre, il ne manque pas de riposter que ce Dieu métaphysique et intangible vaut tous les autres, ni plu.= ni moins. Galiban souffre et, s'il n'y mettait ordre lui-même, sa condition douloureuse serait éternelle entre ces aristocrates qui le méprisent et ces savants idéalistes qui le voudraient bâillonner.

Il n'est pas le peuple : il en est la charge. Il incarne Pecus envisagé de quelque hauteur par un mandarin. En quittant l'île de la Tempête, Prospero n'a pas dépouillé cet esprit-là. Lequel est davantage dans sa fonction virile, de ce duc qui donne des féeries symboliques et perd sa place, ou de ce vilain qui la prend et met à proQt le temps perdu dans cette fête du scepticisme? Galiban n'est pas sceptique. Il ne se contente pas de parler : c'est le secret de son succès. Et parce que Renan met en scène, cédant à la crainte qui le hante d'ordinaire, la révolte de la démocratie contre les savants qui par la science sont ses maîtres, il ne

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faudrait d'abord pas croire que Caliban déclare de luimême la guerre aux livres, mais prendre garde que l'auteur imite Shakespeare (III, ii) et qu'il pousse un peu loin l'anachronisme. Au surplus, si les gens de livres se croyaient nés pour l'oppression, il n'y a pas d'apparence que Caliban se laissât davantage opprimer par eux. El, pour son coup d'essai, il renvoie dans la Chartreuse, à son savant et inerte maître, la flûte idéaliste dont il n'a que faire au plein de l'action. Et Ariel s'en retourne déconfit, petit gendarme qui s'est trompé de pouvoir constitué. Décidément, Prospero, s'il est capable de contenir l'imivers en sa fantaisie, ne connaît guère le train du monde.

Caliban régnera, se fortifiera, s'instruira. Il en coûte peu de railler sa prudence conservatrice après son avènement ; et c'est lui vouloir du mal que de lui souhaiter le goût persistant des révolutions. Voilà recueil contre lequel peut se briser la liberté. Mais il débute par refuser à l'Inquisition la tête de Prospère, qui n'eût peut-être pas attaché autant de prix à celle de son ancien serviteur. Gomme il n'a point porté soutane, il s'affranchit de l'influence papale sans employer toute sa vie à prendre sa revanche contre une autorité qu'il ignore. Il protégera, tout comme un autre, les artistes, puisqu'il paraît qu'ils ont besoin de protection. 11 aidera même la science, tout comme un autre, à cause des bienfaits que le peuple en peut recevoir. Quoiqu'on ne danse plus aux Tuileries, Imperia, la tête toujours égayée de jolis couplets sur le papillon, la fleur, les étoiles, qu'ont fignolés pour elle Dupuis et Cotonet, continuera à remplir tout le devoir qui

incomlje à sa beâiité. Zitella, que les couplets ne contentent point, exercera, comme sous le précédent règne, ^on art difficile qui est de donner et recevoir du plaisir. Si le petit Ariel est plus délicat que ces agréables personnes, et craint de maculer ses ailes, c'est sans doute que le prêtre lui enseigna autrefois que l'amour n'est que souillure. Quant à Prospero, calme et souriant, après qu'il a perdu un trône, mais blanchi par les années et usé par les livres, il éprouve que Galiban ne fait pas trop méchante figure sur le trône. Deux ans plus tard, Renan consentira à garder « Galiban, amélioré par le pouvoir. » Constitué luimême en dignité, il enterrera « honorablement- » Prospero, raison supérieure mais aristocrate démodé, et ressuscitera Ariel désormais capable de refleurir sans syncope dans la paix d'une sinécure. Et c'est l'Eau de Jouvence,

l'eau de jouvence

Cependant le magicien moderne, Prospero, continue à philosopher dans la Chartreuse de Pavie d'abord, sous le nom d'Arnaud, et puis en Avignon, au palais du pape Clément. 11 est revenu à ses préférences et rencontre chez le chef de l'Église un laboratoire et un refuge. On notera seulement qu'il semble pencher vers la médecine et la chimie, c'est-à-dire les sciences de la nature, comblant ainsi un regret de Renan. Il dis-

tille au même alambic l'Eau de Jouvence et le scepticisme, élixirs de vie et de raorl. Son esprit, enivré de sa propre intellectualité, s'élève d'un vol alourdi sur les ruines de ses pensées.

En ce drame il passe la revue de ses ennemis qu'il confond avec ceux de la science et oublie à tout coup le plus secret, qui est lui-même.

Des premiers il trace des portraits souvent chargés. Celte vieille perruche de Saint-Gerbonet, aimée du pape en sa jeunesse, et qui s'en prévaut pour lui adresser des sommations politiques et « destituer Dieu », quand il dilTère d'avis avec elle, personnitie le faubourg Saint-Germain. De nobles seigneurs, partisans acharnés d'Henri V (pardon, de Prospero), s'obstinent à ramener ce soliveau sur le trône. Peut-être ces trublions élaient-ils assez impuissants, dès 1880, pour que, hors la polémique de presse, on s'abstînt de les représenter sous la forme de fantoches dont les vues politiques ne passent point la famine populaire et le désordre à toute occasion. Leur prétendant alfecte des airs de loyalisme supérieur à l'égard du peuple qu'au fond il méprise, et à l'endroit de son pays, dont il fait un médiocre cas. Il s'attache à son litre, j'allais dire à son drapeau blanc. Il tient par-dessus tout à sa tranquillité de philosophe internationaliste et humanitaire. Sous le prestige des phrases, on découvre un idéologue sec et hautain qui n'entend pas, lui aussi, qu'on transplante pour un' duché « le parterre de ses pensées. » Il prend à son tour, par l'ironie possession de l'univers ; mais il cesse derire,s'illui fautdéranger son alambic. Et il se pourrait, après tout, qu'il se méprît sur ses devoirs.

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Sa raison supérieure ne travaille pas à l'avancement du peuple. Parce qu'il fabrique de l'eau-de-vie, il se voit maître de la nature. Toujours mariant le rêve à la réalité et la science à la chimère, il change d'agréables tableaux en d'insupportables cauchemars. Eq Avignon, où il a porté ses pénates, il connaît de nouveau que la foule est crédule et les femmes superstitieuses. On conte sur le pont d'Avignon qu'un docteur réveille les trépassés. Sœur Douceline insinue que l'eau qui brûle ne peut venir que de l'enfer. Vieilles filles et brigands opinent qu'il devrait être défendu de ressusciter les morts qui viendront un jour réclamer leur bien. Voilà bien ce peuple absurde ou méchant, qui n'est pas admis à la science et ne détient de vérité, que celle qu'il se fait à lui-même, ce peuple qui se fâchera s'il s'aperçoit qu'on l'a berné, et qu'il faut amuser à la fois de grossiers plaisirs et d'illusions religieuses en attendant que les savants le maintiennent rudement. Il est vrai que notre distillateur breton permet avec quelque pitié à ces « pauvres vies déflorées » de « plonger un instant dans l'idéal », en vidant les verres et culbutant les filles. Et sur le pont d'Avignon, la ronde achevée, on danse la Carmagnole dans un tableau apocalyptique de guillotine et de révolution. Qui donc a pu ajouter foi au républicanisme de ce philosophe -halluciné?

Prospero, grand seigneur fieffé, n'aime point la société des gens de lettres qui défend les intérêts des auteurs, ni Bismarck qui d'un coup brutal dispersa les rêveries internationales de Renan et troubla pour un temps le culte qu'il rend à l'Allemagne. Le chancelier de fer apparaît en la personne du seigneur palatin Siffroi,

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qui vide aux trois quarts le godet de Jouvence (le lourdaud!) et crève de fureur et d'ivresse. Ce reître dégoûterait Prospero de la Germanie, s'il n'avait à ses côtés le bon Teuton, Gotescalc, qui fut disciple de Hegel, Ewald, Gesenius avant d'être celui d'Arnaud.

Prospero-Arnaud aaussi contre lui la milice d'Église. Certes, Renan a marqué de traits vifs, en plus d'un endroit, la discorde de Rome et de la science. Mais, sa personnalité étant ici engagée, plusieurs sont fort appuyés. On ne peut prendre au sérieux la psychologie du pape Clément, absolue, éternelle, on nous en a prévenus, à la façon de Shakespeare, et bien moderne aussi, puisque l'auteur éprouve un secret plaisir à entreprendre de le convertir au rationalisme. Siraoniaque, superstitieux et luxurieux : voilà un bilan papal. Ce pape aimerait k savoir si l'âme est immortelle. Inexact sur la règle des mœurs, il ne veut s'amender qu'à bon escient et appréhende, lui aussi, lui surtout, d'être dupe. Ce pape encore scandalise les dévotes, parce qu'il entretient en son palais d'Avignon une fille verdissante et sceptique, qui figure, auprès du vieux successeur de Pierre, la triomphante immoralité de la nature. Ce pape enfin joint à la sensualité la fantaisie. Dégustant l'Eau de Jouvence, il a éprouvé « des jouissances d'imagination » qu'il croyait mortes en lui. C'est décidément Stendhal vicaire de Jésus-Christ. Pape ironiste et presque scientifique, qui penche du moins vers le modernisme, et, pour peu que Brunissende et Arnaud l'y poussent, serait capable de faire un nouveau schisme et de rompre avec son église. Cela est délicieux...

... A la manière de Prospero, qui veut rajeunir les vieillards par l'Eau de Jouvence et mettre de l'agrément dans la mort par l'éther. Le magicien continue à retenir des recherches positives leur portée dans le rêve. Curiosité de savant, âme désabusée. Il continue à louer la vertu et en publier la vanité, à recommander au peuple le plaisir par crainte de l'induire autrement en erreur, à placer au-dessus et hors de l'humanité le savoir, non sans insinuer que l'amour n'est pas un moins enviable lot, à préconiser la science sans être assuré que l'objet n'en soit pas frivole. Il continue à étonner le naïf Gotescalc par le va-et-vient de son esprit, avec des regards inquiets ou souriants que tour à tour il plonge dans l'éternité ou ramène sur lui-même. Il continue à imaginer des hypothèses consolantes et des visions cruelles ; et dans le temps qu'il définit l'expérience de laboratoire, il retourne à ses équivoques mystiques de pensée et de prière, de travail scientifique et d'adoration en esprit. Il continue k endoctriner le chef de l'église, engageant une admirable partie, sinon pour la science, au moins pour la fantaisie, fille de l'air, folle du logis.

El il fait une fin délectable dans une chambre des bâtiments de l'Inquisition. Le cardinal Philippe, qui, comme le pape et Brunissende et tout le cercle sur lequel se fermeront ses doctes yeux, est en fonds d'intelligence, vient lui conseiller d'adoucir sa doctrine pour éviter le scandale et aussi la mort. Renan-Prospera qui, s'il eût voulu suivre les néo-chrétiens, pouvait prendre ses accommodements avec l'Église, refuse et se prépare à l'euthanasie en prenant de l'éther. A

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celte heure, il fait uq avanl-dernier examen de conscience. Il reconnaît qu'il a trop rêvé et que sur la science et l'humanité il a fondé d'impatientes espérances dont la réalisation se recule dans l'avenir. Puis, il revêt un linceul de gaze légère. Le cardinal ne se résigne pas à voir périr un si grand esprit parle suicide éthéré, Il essaie le réactif en usage, paraît-il, chez les théologiens. On nous disait tout à l'heure : « La femme est, dans les choses de ce monde, l'ennemi de la raison. » Pour ravir Prospero à la mort, l'inquisiteur lui propose de faire venir Brunissende. Mais comme elle est encore trop instruite et de celles par qui « se fera la métaphysique de la beauté », il lui adjoint deux Agnès charmantes, dont le physique suffit. Formées par une abbesse pour les plaisirs cardinalices, elles sont propres à révéler peut-être quelque jouissance inconnue. Cependant le curieux prélat philosophe à son tour. « Qui sondera le mystère de la connexion que la nature a établie entre la vie et la beauté, la pudeur et l'amour?... Celui qui aurait approfondi la femme, Arnaud, aurait le mot de l'univers. »

Il faut "reconnaître que cette façon de poser le problème de l'amour en tengint par la main deux converses faites à réveiller les souvenirs d'un moribond, ne manque pas d'imprévu. La modeste Célesline et la douce Euphémie, rejetant leurs voiles, laissant flotter leur chevelure, mettent beaucoup de bonne volonté à rajeunir le grand docteur.. Mais Arnaud, affaibli par l'éther, n'a pins le courage d'être jeune. Prius mori quam fœdari. Et pour nous bien faire entendre qu'à défaut de la vieillesse, l'idéal se renouvelle à ce jeu, le

petit Ariel reparaît considérant Célestine, ses lourds cheveux et son léger costume, reprend goût à la vie, tandis que Prospero, après avoir uni l'amour et l'idée et bien raccommodé ensemble Ariel et Galiban (sans l'un nulle délicatesse, mais sans l'autre point d'histoire), repose ses yeux mi-clos sur les amants de tout âge, Célestine, Ariel, Brunissende, lepape et murmure d'une voix qui s'éteint quelques-unes de ses mélopées philosophiques : la tieur naît du fumier... le papillon et la chrysalide... l'existence d'une conscience obscure... « tendance profonde poursuivant un but placé à l'infini »... le grand semeur aveugle, quaterne à la loterie... sensation délicieuse, jouissances infinies... l'Être éternel, — puis, sur un baiser de Brunissende, expire à l'heure qu'il a voulue, et à l'instant que la nature « se change en nymphe pour le recevoir... »

« Les études sur le sentiment religieux, écrivait M. le D' Georges Dumas, nous ont apporté de précieuses indications sur le sentiment de l'amour. Le mysticisme et l'amour ont entre eux une profonde analogie. Chez le mystique et chez l'amoureux, le sentiment qui domine l'âme, c'est celui de la dépendance... Tous deux ont le désir d'être élus entre les hommes. Cette analogie nous explique pourquoi tant d'amoureux de la beauté charnelle, surtout lorsqu'ils sont d'une imagination exaltée,... finissent dans l'amour divin, les femmes dans l'amour de Jésus, les hommes dans celui de Marie. Quelquefois on constate la substitution de l'amour au mysticisme ; souve^it on voit la transformation de Vun en l'autre ; souvent aussi on remarque la fusion des deux. » (Le Temps, â4 novembre 1904.)

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