‹ Rencontres et entretiens [microforme]Chapitre 17 sur 21 · A PROPOS DE NOMS · texte numérisé non relu

A PROPOS DE NOMS

par iei quelque part, et j'ai une commission pour lui, peux-tu me renseigner où il demeure ?

Le père Rogne, lui dis-je, je n'ai Jamais connu celui-là.

Eh !'oui, reprit-il, tu sais vien le père Rogne qui demeurait dans le cinquième rang, on a été veiller là souvent : tu ne t'en souviens plus ?

Ah l'oui, attends un peu, tu veux dire le père Ryan, l'frlandais Ryan, pourquoi aussi venir me parler de pèr. Rogne.

C'est Rogne qu'on le nomme chez nous, tu le suis aussi bien que moi, pourquoi cet air surpris !

C'était pourtant vrai qu'on le nommait le pêre Rogne au villige, là-bas, et plus j'v pense à présent, plus j'en éprouve un sentiment de malaise.

Pensez done, si au lieu de venir aux Etats- Unis, le vieux père Ryan était demeuré sur sa terre au Canada, tous ses descendants auraient été connus sous le nom de Rogne ; sa famille se coMmposait de neuf garçons et trois filles, c’est assez vous dire, que dans vingt-cinq ans, s’il Y en aurait eu de petits Rogne au Canada.

J'ai raison de protester contre cette manie de défigurer les noms, n'est-ce pas qu'il y à déjà assez de Canadiens rognes sans venir nous en baptiser de ce nom-là.

C'était le printemps tard, j'avais été envoyé faire des commissions dans un village voisin. Avant d'arriver à l'entrée du village, depuis quelque temps je suivais des yeux un homme qui était évidement en boisson, caril marchait en titubant et caracolant faisant des enjambées des plus grotesques. De temps à autre je le voyais venir s'arrêter soit sur un poteau de télégraphe ou sur un arbre très nombreux en cet endroit Une dernière fois je le vois se frapper sur un arbre, si rudement qu'il ploya sur ses genoux et roula par terre ; je le crus assonimé. Mais non, il se releva, alla s'asseoir sur Îles marches d’un perron d’une maison en face, cracha, tira un chiffon de sa poche et commença a éponger la blessure qu'il s'était infligce à la figure. Peu de temps après je passai vis-à-vis en jetant un regard de pitié à cet être rempli de sale boisson enivrante. Comme je passais il me eria :

Aie! monsieur, êtes vous canadien vous, monsieur ?

Certainement, qu.est-ce qu'il y a? Il y a, qu'il y a ben du monde sur la rue aujourd’hui, qu'on n'est pas capable de faire un pas sans se frapper sur quelqu'un, je suis venu nr'asseoir à cette place, afin de laisser passer la procession.

Pouvez-vous me dire qu’elle fête qu'il y a par

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