SU LEURS
Durant la messe les vieux cantiques de Noël furent chantés. En entendant ces simples et Si belles mélodies, les assistants <e rappelant leur pays, leur village, ne purent retenir leurs larmes, larmes de joie ct de douce tristesse à la fois. Tous pleuraient. Oh qu'elle est tendre et bonne notre belle religion catholique ! Dans le cœur humain. rien ne saurait Jamais la remplacer.
Au retour, le père Laporte, tout entier à son bonheur, resta d'abord silencieux : mais bientôt il devint plus expansif,
Le temps était resté au beau : le soleil projetait à profusion ses avons réchauffants à travers les rangée: des petits pins verts que Nous avions traversés, et Qui nous abritaient contre l'air un peu vif du matin ; de rares OISEAUX, comme pour suppléer à leur petit netmbre, multipliaient leur chant en ces eux qui semblaient, en ce Jour d'ullégresse générale. revêtir un cachet de ioie intérieur et d'agréable solitude,
Tranquillement, au petit pas nous avancions, admirant le Parsage, tout en prêtant l'oreille aUX propos du Canadien dont voiel l'histoire.
Parti du Canada, à l'âge de Vingt et un Unis, il avait toujours travaillé chez des fermiers
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s0 RENCONTRES ET ENTRETIENS
américuins, Lorsqu'éclata la guerre de Sécesion, il avait trente-huit ans. Un Américain l'engage pour aller à la guerre remplacer son garcon, avec promesse qu'à son retour, 1} lui donnera une jolie somme d'argent. Laporte assiste à un grand nombre de batailles. Blessé à Charleston, il doit prendre un repos de quatre mois, après lesquels il est enrolé dans un régiment composé presque exclusivement de Canadiens-Français. Ce régiment lancé au plus fort de la mélée, S'illustra par sa bravoure et sa bonne conduite,
A la conclusion de la paix entre le Nord et le Sud le régiment avant été licencié, Guillaume Laporte revient dans le Vermont, chez le vieil américain, afin de toucher la somme promise. Mais le vieillard était mort, et monsieur son fils ne veut remplir qu'à moitié la promesse donnée par le père.
Dépité, notre Canadien quitte cet endroit et viens demeurer dans le village où il a vécu depuis, dans la maisonnette achetée avec les économies faites sur le produit de son travail et la faible pension octroyée par le gouvernement.
La blessure que le vaillant soldat avait reçue à un bras, durant la guerre, lui avait fait perdre
une partie de sa vigueur: peu d'années après, ce membre était devenu inerte
En laissant la voiture pour entrer en sa demeure, le vieux Canadien se confondit en remerciments, ne cessant de nous serrer Îles mains. Trois jours après, un événement inprévu retardait le départ de mon frère pour le Manitoba.
Le deuxième de ses enfants tombait dangereusement malade.
Le médecin n'osant se prononcer d'une manière catégorique sur le résultat final de cette maladie, le jour du départ fut remis à une date indéfinie.
Je restai quelques jours encore avec mon frère. Le petit malade semblant prendre du mieux, le jour de l'an au matin, je résolus d'aller rejoindre ma famille, quitte à revenir plus tard assister au départ de mon frère.
Dès le matin, j'allais, en conséquence, donner une poignée de main au vieux Canadien, et Jui souhaiter la bonne année.
L'accueil fut des plus chaleureux.
Depuis la messe de Noël, la pensée du Canadien s'envolait constamment vers le pays des ancêtres. Toutes les grandes beautés du «sol
natal se représentaient avec force à son esprit,
et les yeux du bon vieillard se noyaient de larmes abondantes d’ennui. Ce fut cependant en pleurant de joie qu'il me serra les mains en me disant que cette nouvelle attention de ma part, de venir le voir, ie jour de l'an au matin, avant mon départ, lui était extrémement sensible. Je l'encourageai de mon mieux et le quittai en lui disant que bientôt je reviendrais le voir, afin d'avoir encore une fois le bonheur de ecnverser avec un vieux brave qui avait si bien servi son pays d'adoption, sans oublier son pays natal
Le IS Février, une lettre de mon frère m'annonçait que mon neveu était complètement rétabli, et que le fameux départ avait été fixé au 25 du méme mois.
J’arrivai chez mon frère, le 21 ,et le lendemain, dans le ecürs de la journée, j'allais voir si le père Laporte était encore hanté de l'idée du Canada.
La joie du vieillard fut grande lorsqu'il me vit entrer. Je m'entretiis longuement avec lui de choses et d'autres. Il me fit part de sa décision d'emplover, à pousser une pointe au pays, le prochain retrait de sa pension du gouvernement,
Durant cet entretien, J'avais à diverses reprises, remarqué dans la bouche du vieux
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Canadien des propos qui touchaient aux traditions des Américains.
Lorsque je me levai pour partir, le père Laporte ajouta : ©Le soleil a été bien beau aujourd'hui pour un 22 Février, jour anniversaire de la naissance de Washington : on peut se préparer à quarante jours de mauvais temps. !
— Comment cela ?
pris.
fis-je, anuelque peu <ur
! Plusieurs traditions ont cours sur ce sujet,
D'après la version que m'en a donnée un Américain, voici la raison de cette tradition parmi les Américains.
Washington était en campagne, un 22 Février, jour anniversaire de sa naissace, Comme il faisait une chaleur d'un beau jour d'été, le général aurait dit ces paroles :
€ I fait trop beau aujoud'hui, pour un 22 Février: nous pouvons nous attendre à quarante jours de mauvais temps. »
La prédiction se réalisa : Durant quarante jours le temps fut si affreux que la démoralisation s'empara de l’armée.
Une autre version est celle-ci ; Après l’effervescence de la victoire finale, les Américains furent très affectés par la décision qu'avait prise le général Lafavette de s’en retourner en France.
Les Américains auraient désiré qu'il fût Jemeuré au milieu d'eux, que durant les quarante années qui s'écoulèrent entre son départ des Etats-Unis, et la visite qu'il fit en ce pays, sans cesse les Américains ressentaient de la tristesse pour l'absent, pour celui qui avait tant fait pour obtenir l'indépendance et la liberté de ce grand pays.
— Je serais bien en peine de vous le dire.
répondit-il, mais j'ai très souvent entendu répéter ce dicton par les américains : peut-être fait-il allusion aux, quarante jours d'incertitude dans laquelle s'était trouvé le général Washington, avant le grand et final triomphe de la cause de l'indépendance américaine.
Quoiqu'il en soit, je constatai, que si le vieux Canadien était consu des traditions des améri- ‘ains, il n'avait pas non plus oublié les traditions du Canada et qu'il avait sufli d'une simple occasion pour les rendre vivaces comme aux premiers Jours.
Mon frère partit avec sa famille pour le Manitoba, à la date spécifiée, et je quittai avec tristesse ce coin de terre, en songeant au départ d'un frère qui s'en allait bien loin. là-bas, et que, très probablement. je ne reverrais plus en ce monde.
De temps à autre aussi ma pensée revenait au vieux Canadien avec qui j'avais passé quelques heures agréablement employées.
Le vieux brave a-t-il jamais mis à exécution son projet d'aller au Canada ? Je ne Sais ; mais à chaque retour de la Noël, je songe tout particulièrement et avec une douce émotion à la Noël d'antan que je passai si délicieusement
en compagnie du père Laporte, le vieux brave
Canadien du petit Village blotti au fond des montagnes, entre les Etats du Vermont et du
New-Hampshire.
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Un conte canadien
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