‹ Renée MauperinChapitre 8 sur 9 · LUI · texte numérisé non relu

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Parfois aussi il échappait à Renée de ces mots avec lesquels les malades se pleurent de leur vivant, de ces mots qui ont le froid de la mort.

Un jour, son père lui lisant le journal, elle le lui prit des mains pour lire les mariages; et au bout d'un instant : « Vingt-neuf ans. Était-elle vieille, celle-là ! » fit-elle comme se parlant à ellemême. C'étaient les décès qu'elle lisait.

M. Mauperin ne répondit pas, fit un tour dans la chambre et sortit.

Laissée seule, Renée se leva pour aller fermer la porte que son père avait mal fermée et qui battait. Il lui sembla entendre comme une plainte dans le corridor : elle regarda, il n'y avait rien ; elle écouta, le silence était revenu, et elle allait pousser la porte lorsqu'elle crut entendre le même bruit. Elle s'avança dans le corridor, alla à la chambre de son père : c'était delà que cela venait. La clef n'y était pas : Renée se pencha et, par le trou de la serrure, elle aperçut son père jeté sur son lit, pleurant et secoué de sanglots, enfonçant dans l'oreiller son désespoir et ses larmes pour les y étouffer.

RENEE MAL'PERIN

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Renée ne voulut plus faire pleurer son père. Le lendemain, elle lui disait

— Ecoute bien, papa. Nous partons, n'est ce pas? à la fin de septembre; c'est arrêté. Nous allons un peu partout, un mois ici, quinze jours là. comme nous voudrons. Et puis, je veux que tu m'emmènes à tous les endroits où tu t'es battu. Dis donc, père, on m'a dit que tu avais été amoureux dune princesse, là-bas. Si nous la retrouvions, bein? Où donc est-ce déjà, à Pordenone, n'est-ce pas, que tuas reçu ces grands coups de sabre ?

Et. prenant à deux mains la tête de son père, Renée appuya les lèvres aux places creuses et blanches où le doigt de la Gloire avait marqué.

— Je veux que tu m'expliques tout; d'abord, reprit-elle, ce sera gentil de refaire tes campagnes avec ta tille. Si ça ne suffit pas, un hiver, mon Dieu ! nousen passerons deux. Et, quand je serai bien remontée sur ma bête, ma foi, nous sommes assez riches, ma sœur et moi ; tu t'es donné assez de mal : on vend larafûnerie et nous venons tous ici. Nous allons deux mois à Paris nous amuser, c'esttout ce qu'il nous faut, n'est-ce pas ? Comme tu aimes àt'occuper, tu reprends taferme

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au gendre de Tôtevuide. Nous aurons des vaches, une belle basse-cour pour maman, tu entends, maman ? je serai à l'air toute la journée, et je (inirai par devenir trop bien portante, tu verras! Et puis, nous aurons toujours du monde. A la campagnej on peut se donner ça, ça ne ruine pas, et nous serons joliment heureux, va !

Voyages, projets, elle n'avait plus que l'avenir à la bouche. Elle en parlait comme d'une chose promise et que l'on touche de la main. C'était elle qui était l'espérance dans la maison ; et elle se cachait si bien de mourir, elle faisait si bien semblant de vouloir vivre que M. Mauperin en la voyant, en l'écoutant rêver, se laissait aller à rêver avec elle d'années qui les attendaient, toutes couronnéesde paix, de tranquillité et de bonheur. Parfois même l'illusion que la malade faisait autour d'elle l'étourdissait un instant et, se prenant à son mensonge, s'oubliant une seconde et sedupant elle-même, elle se disait tout bas : Si j'en revenais, pourtant !

D'autres fois elle retournait doucement vers son passé. C'étaient des récits, des confidences, de gais rappels, des paroles où repassaient ses joies d'enfant. On eût dit qu'elle se soulevait de l'agonie pour embrasser une dernière fois son père avec toute sa jeunesse. Elle lui disait : a Oh! ma première robe de bal! je la vois, en tulle

rose. La couturière ne venait pas, il pleuvait, il n'y avait pas de voiture. As-tu couru Étais-tu drôle en revenant avec le carton! Tu me mouillas toute en m'embrassant, je me souviens.

Pour soutenir son père, pour se soutenir ellemême, Renée était seule et n'avait que son courage. Sa mère était bien là, auprès d'elle; mais depuis la mort d'Henri elle était plongée dans une apathie taciturne . Elle demeurait indifférente, muette, comme absente d'elle-même. Ellepassait auprès de sa fille les jours et les nuits sans une plainte, patiente et toujours égale, prête à tout, docile, humble comme une servante, mais il y avait je ne sais quoi de machinal dans sa tendresse. L'âme s'en était allée de ses caresses et toutes ses douceurs étaient de celles qui ne touchent que le corps: de la mère, elle n'avait plus que les mains.

Renée allait encore avec son père, en se traînant, jusqu'aux premiers arbres du petit bois. A une place contre un chêne, sur la lisière, elle se laissait glisser le dos contre la mousse. Des champs qui étaient à côté, le goût des foins, une odeur d'herbe, de miel et de soleil, venait jus-

qu'à elle. L'air des bois lui arrivait, mouillé de la fraîcheur des sources et de l'humidité des sentiers creux. Des profondeurs du silence se levait un frémissement immense et sourd, un bourdonnement ailé et qui emplissait l'oreille du bruit incessant d'une ruche et du murmure infini d'une mer. Autour de Renée, auprès d'elle, il y avait comme une grande paix vivante dans laquelle tout se balançait, le moucheron dans l'air, la feuille à la branche, les ombres sur les écorces, les cimes d'arbres dans le ciel, la folle avoine au bord des sentiers. Puis, de ce bourdonnement sortait le soupir d'une respiration : une brise, accourant de loin, jetait en passant un tressaillement dans les arbres, et Je bleu du ciel, au-dessus des feuilles agitées, paraissait plus immobile. Les branchages s'abaissaient et se relevaient lentement, une haleine passait sur les tempes et touchait le cou de Renée, un souffle l'embrassait et la soulevait. Peu à peu elle laissait s'échapper et s'écouler d'elle la conscience de son être physique, le sentiment et la fatigue de vivre ; et de délicieuses faiblesses la prenaient où il lui paraissait qu'elle était à demi détachée de son être et toute prête à se dissiper dans la divine douceur des choses. Par moments elle se serrait contre son père, comme un enfant qui, à un coup de vent, craint d'être enlevé.

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Il y avait dans le jardin un banc fait avec des pierres et garnide mousse. Après dîner, vers les sept heures. Renée aimait à s'y asseoir et, s'allongeant, renversant un peu la tête, l'oreille' chatouillée par une vrille de volubilis, elle restait à regarder en l'air. On était à ces belles journées d'été qui meurent dans des soirées d'argent. Insensiblement ses yeux, ses idées se perdaient dans l'infinie blancheur du ciel prêt à s'éteindre. A mesure qu'elle regardait, plus de lumière, plus de jour se dégageait pour elle de ce jour défaillant, il en tombait plus d'éblouissement et plus de sérénité. Des profondeurs s'y ouvraient peu à peu où il lui semblait voir trembler déjà, au frisson de la nuit, des millions de feux d'étoiles, pâles comme des feux de cierge. Et, de temps en temps, lasse de s'enfoncer dans cette clarté qui reculait toujours, aveuglée par cette poussière de soleils, elle fermait un instant les yeux devant l'abîme qui se penchait déjà sur elle et l'attirait en haut.

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— Mère, disait-elle, tu ne vois donc pas comme je suis belle ? Regarde, les frais qu'on fait pour toi.

Et nouant ses bras mollement en couronne au-

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dessus de sa tête, elle se laissait aller sur les oreillers et s'étalait joliment sur sa chaise longue, la taille dénouée, le corps abandonné avec une grâce coquette et douloureuse.

Elle trouvait que le lit, l'ensevelissement du drap lui donnait l'air malade. Elle ne voulait pas y rester et rassemblait ses dernières forces pour en sortir. Elle s'habillait vers les onze heures, longuement, lentement, héroïquement, s'arrêtant et reprenant haleine, reposant en se peignant ses bras fatigués d'être en l'air. Elle se jetait sur les cheveux une pointe de dentelle d'Angleterre ; elle passait un peignoir de piqué blanc, empesé, étoffé, et se cassant à grands plis. Ses petits pieds entraient dans des souliers découverts, ayant, en place de rosettes, deux Houquets de vraies violettes que Chrétiennotlui apportait chaque matin. Et, pour garder cet air de vie que conservent les malades levés et habillés, elle restait jusqu'au soir allongée dans cette toilette blanche, virginale, embaumée.

— Oh ! que c'est bizarre d'être malade ! ditelle en jetant un regard sur elle et autour d'elle dans la chambre Je n'aime plus que les jolies choses, figure-toi. Ça me fait plaisir à présent ! Je ne pourrais plus porter quelque chose de vilain. Tiens! il m'est venu une envie. Tu sais bien, ce petit pot à l'eau, à monture d'argent, si gentil, que nous avons vu chez ce bijou-

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tier, rue Saint-Honoré, en sortant des Français pendant Fentr'aete. S'il n'est pas vendu, s'il l'a encore, tu devrais bien me le faire venir. Oh ! je sens qu'il me vient des goûts ruineux, je te préviens. Je veux tout arranger ici. Ah! je deviens difficile pour tout. J'ai des idées d'élégance. Je n'étais pas coquette du tout avant, et maintenant j'ai des yeux pour moi, et pour tout ce qui est autour de moi, des yeux ! Il y a des couleurs qui me font de la peine à présent, croirais-tu ça ï et d'autres que je n'avais jamais vues. C'est d'être malade, bien sûr, qui me donne ça : c'est si laid d'être malade ! ça vous fait aimer encore plus tout ce qui est beau.

Avec cette coquetterie de la mort, ces caprices, ces délicatesses, ces élégances, d'autres sens semblaient venir à Renée. Elle devenait et se sentait devenir plus femme. Sous les langueurs et les amollissements de la maladie, son âme aimante, mais un peu mâle et violente, s'adoucissait, se détendait et s'apaisait. Peu à peu les airs, les goûts, les inclinations, les idées, tous le? signes de son sexe reparaissaient en elle. Son esprit changeait en elle comme le reste. Elle perdait ses vivacités de jugement, ses hardiesses d langage. A peine si, par instants, une expression du passé lui revenait ; alors elle disait en sou riant : « C'est de la vieille Renée, cela ! » Elh se rappelait des paroles qu'elle avait dites, de!

audaces qu'elle avait eues, le ton qu'elle prenait, sa familiarité avec les jeunes gens ; elle n'aurait plus osé rien de cela. Elle s'étonnait d'elle-même et ne se reconnaissait plus. Elle avait quitté ses lectures de livres sérieux ou amusants; elle n'aimait plus que les œuvres qui font rêver la pensée, les livres qui ont des idées tendres.

Quand son père lui parlait des chasses à courre qu'elle avait suivies, de celles qu'elle suivrait, l'idée d'être à cheval lui faisait peur : elle avaitl'impression de quelqu'un qui va tomber. Ces émotions, ces défaillances qu'elle ressentait dans la campagne, étaient toutes nouvelles pour elle. Les fleurs, dont elle ne s'était jamais occupée, lui étaient maintenant chères comme des personnes. Elle, qui s'ennuyait des travaux d'aiguille, s'était mise à une grande broderie de jupon, et cela l'amusait d'y travailler. Elle se réveillait, elle renaissait aux souvenirs de sa vie déjeune fille. Sa mémoire allaita des camaraderies de petites filles ou de jeunes personnes, à des amies qu'elle avait eues, à des endroits où elle s'était trouvée avec des femmes, à des visages qui étaient au même rang qu'elle à sa première communion.

Comme elle regardait par sa fenêtre, elle vit

une fois une femme s'asseoir dans la poussière au milieu de la rue du village, entre une pierre et une ornière, et démailloter son petit enfant. L'enfant sur le ventre, le haut du corps dans Pombre, remuait ses petites jambes, croisait ses pieds, gigottait dans le soleil : le soleil le fouettait amoureusement comme il fouette les nudités d'enfant. Des rayons qui le caressaient et le chatouillaient, semblaient lui jeter aux talons les roses d'une corbeille de Fête-Dieu.

La mère et l'enfant partis, Renée regardait encore.

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— Yois-tu, disait-elle à son père, moi je ne pouvais aimer personne ; tu me rendais trop difficile en fait d'aflection. J'étais si sûre d'avance que personne ne m'aimerait comme toi ! Je voyais passer tant de choses sur ton visage quand j'étais là, tant de joie ! Et, quand nous allions quelque part ensemble, avais-tu assez d'orgueil de moi! Étais-tu assez fier de me donner le bras ! Va, père, on aurait eu beau m'aimer, je n'aurais jamais retrouvé mon papa; tu m'avais trop gâtée.

— Ce qui n'empêchera pas, un de ces jours, ma bonne petite fille, quand elle ira bien, de rencontrer un beau jeune homme...

— Ah ! ton beau jeune homme, il est loin ! dit Renée en souriant des yeux. Puis elle reprit : Ça te paraît singulier, n'est-ce pas, que je n'aie jamais eu plus que cela envie de me marier? Eh ! bien, je te dis, c'est ta faute. Oh ! je ne regrette rien. Qu'est-ce qu'il me manquait? Mais j'avais tout. Je ne me faisais pas l'idée d'un autre bonheur, je n'y pensais pas, je ne voulais pas changer, j'étais si bien ! Mais je te demande un peu ce que je pouvais demander de plus? La vie, je l'avais près de toi si douce, et le cœur si content ! Oui, peut-être, dit-elle après un instant de silence, si j'avais été comme beaucoup de jeunes filles, avec des parents secs, avec un père pas comme toi, oui, sans doute, j'aurais fait comme les autres. J'aurais voulu être aimée, j'aurais mis dans le mariage le rêve qu'on y met. Après cela, il faut bien aussi tout te dire, j'aurais toujours eu assez de peine à être amoureuse. Ça n'a jamais été trop dans mes cordes, et ça m'a toujours un peu fait rire. Te rappelles-tu, lors du mariage de ma sœur, quand Davarande lui faisait la cour? Les ai-je taquinés! Méchante, tu sais, c'est comme cela qu'ils avaient fini par m'appeler. Mon Dieu ! j'ai eu mes idées comme tout le monde, je ne dis pas, des jours de vague, des rêves en l'air. Sans ça, on ne serait pas femme. Mais c'était tout bonnement comme de la musique dans mes pensées, qui m'aurait donné

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un peu de fièvre. Ça allait, ça venait dans mon imagination, mais ça ne s'est jamais posé sur la tête d'un monsieur, jamais. Et puis quand je sortais de ma chambre, c'était fini. Aussitôt qu'il y avait là quelqu'un, je n'avais plus que mes yeux. Je ne pensais qu'à regarder, pour rire ensuite, et tu sais comme ta mauvaise personne de fille savait regarder ! Il aurait fallu...

— Monsieur, dit Chrétiennot en entr'ouvrant la porte, M. Magu est en bas qui demande si mademoiselle peut le recevoir.

— Ah ! père, fit Renée d'un ton de prière, pas de médecin aujourd'hui. Je ne suis pas en train, je vais bien. Et puis il renifle trop ! Pourquoi renifle-t-il donc tant que ça, papa?

M. Mauperin ne put s'empêcher de rire.

— Je vais te dire. Cela lui vient de courir l'hiver en carriole pour ses visites. Comme il a les deux mains prises, l'une par ses guides, l'autre par son fouet, il a pris l'habitude de ne plus se moucher.

— Est-ce que le ciel est bleu partout, père ? regarde donc, disait de sa chaise longue, une après-midi, Renée à son père.

— Oui, ma chère enfant, répondit M. Mauperin de la fenêtre ; il fait superbe.

— Tiens !

— Pourquoi ? Est-ce que tu souffres ?

— Non. Seulement il me semblait qu'il y avait des nuages, que le temps allait changer. C'est singulier : quand on est malade, on dirait que le ciel est bien plus près de vous. Ah ! je suis un fameux baromètre maintenant.

Et elle se remit à lire dans le volume qu'elle avait reposé sur elle pour parler.

— Tu te fatigues à lire, ma petite fille. Causons donc un peu. Donne. Et M. Mauperin étendit la main vers le livre qu'elle laissa couler de ses doigts dans les siens. En l'ouvrant, M. Mauperin reconnut des feuillets qu'il avait plies quelques années auparavant, pour qu'elle ne les lût pas : le pli était encore aux pages défendues.

Renée parut s'assoupir. L'orage, qui n'était pas encore dans le ciel, commençait à peser sur elle. Elle souffrait d'une lourdeur insupportable qui l'accablait, et en même temps d'une sorte d'inquiétude nerveuse répandue dans tout son être. L'électricité flottante la pénétrait et la travaillait. Un grand silence était venu tout à coup comme chassé de l'horizon, et le souffle de recueillement passant sur la campagne l'avait remplie d'une immense anxiété. Elle regardait la pendule, ne

parlait plus, remuait et déplaçait à tout moment ses mains.

— Ah! oui, c'est vrai, dit M. Mauperin. il y a un nuage, un gros nuage sur Fresnoy. Va-t-il ! va-t-il! Ahî il gagne; le voilà de notre côté, il vient. Veux-tu que je ferme tout, la fenêtre, les volets, et nous allumerons la lumière? Gomme ça ma grande Lili aura un peu moins peur.

— Non, dit vivement Renée, pas de lumière dans le jour. Non, non. Et puis, reprit-elle, je n'ai plus peur, maintenant.

— Oh î c'est encore loin, dit M. Mauperin pour parler : le mot de sa fille lui avait fait voir des cierges dans cette chambre !

— Ah! voilà lapluie, dit Renée avec une voix où il y avait du soulagement, c'est comme une rosée, cette pluie-là. On la boit, n'est-ce pas? Viens te mettre là, tout près de moi.

De grosses gouttes tombèrent d'abord une à une : puis l'eau se répandit du ciel comme d'un vase qu'on renverse. L'orage enveloppait Morimond. Le tonnerre roulait et éclatait. La campagne était de feu et puis elle était d'ombre. Et à tout moment, dans la chambre obscure, battue de clartés blafardes, des éclairs enveloppant d'un seul coup, et de la tête aux pieds, la malade étendue, immobile, les paupières baissées, jetaient sur tout son corps un linceul de jour.

•Il y eut un dernier coup de tonnerre si fort, et qui éclata si près, que Renée jeta ses bras au cou de son père et se cacha la tête contre lui.

— Bêtote, c'est fini, lit M. Mauperin.

Elle, comme un oiseau qui sort un peu la tête de dessous son aile, releva ses yeux vers lui, et le tenant toujours embrassé : « Ah ! je nous croyais tous morts ! » dit-elle avec un sourire où il y avait comme un regret.

Un matin, en entrant chez Renée qui avait passé une mauvaise nuit, M. Mauperin la trouva dans un demi-sommeil. Au bruit de son pas, elle entr'ouvrit les yeux, et se tournant un peu :

— Ah! c'est toi papa? Et elle murmura confusément des mots au milieu desquels M. Mauperin entendit revenir le mot voyage.

— Qu'est-ce que tu parles de voyage?

— Oui, c'est comme si je revenais de loin, de bien loin, de pays dont je ne me souviens plus.

Et, ouvrant ses yeux tout grands, les deux mains posées à plat sur les draps, elle semblait chercher où elle avait été et d'où elle venait. Un souvenir confus, une pâle mémoire lui restait d'espaces, d'étendues, de lieux vagues, de ces mondes et

de ces limbes où les malades s'en vont pendant les dernières nuits qui les détachent de la terre, dont ils sortenttoutétonnés, avecl'étourdissement et la stupeur de l'infini, comme si dans leur rêve oublié avaient battu les premiers coups d'ailes de la Mort !

— Ce n'est rien, reprit-elle, au bout d'un instant, c'est l'opium ; on m'en a donné cette nuit pour dormir.

Et faisant un mouvement comme pour secouer sa pensée : « Tiens-moi la petite glace, que je fasse ma toilette. Plus haut... Oh! les hommes, c'est-il maladroit! »

Elle fit bouffer ses cheveux en y passant ses mains maigres. Elle ramena sa fanchon de dentelle qui s'était dérangée.

— Là, maintenant, dit-elle, parle-moi. J'ai envie qu'on me parle.

Et elle ferma presque les yeux pendant que son père parlait.

— Tu es fatiguée, Renée, je vais te laisser, lui dit M. Mauperin, en voyant qu'elle ne semblait pas l'entendre.

— Non ; je souffre un peu. Dis toujours, ça me distrait.

— Mais tu ne m'écoutes pas. Voyons, à quoi penses-tu, ma chère petite?

— Je ne pense à rien. Je cherchais. Les rêves, ce n'est pas comme ça. C'était... je ne

sais plus. Ah! fit-elle sous le pincement d'une souffrance aiguë.

— Tu souffres ?

M. Mauperin ne put retenir un mouvement de lèvres et un regard de révolte jeté en l'air.

— Pauvre père, lui dit Renée après quelques instants. Moi, vois, je me résigne. Non, il ne faut pas en vouloir tant que cela à la souffrance. Elle nous a été donnée pourquelque chose, on ne nous fait pas seulement souffrir pour souffrir.

Et d'une voix entrecoupée, et reprenant à tout moment haleine, elle se mit à lui parler de tous les bons côtés de la souffrance, de la source de tendresse qu'elle ouvre en nous, des délicatesses de cœur et des douceurs de caractère qu'elle donne à ceux qui acceptent ses amertumes etne se laissent point aigrir par elle. Elle lui parla de toutes les misères et de toutes les petitesses qui s'en vont de nous lorsque nous souffrons, des instincts d'ironie qu'on perd, du méchant rire qu'on dépouille, du plaisir qu'on ne prend plus aux petites peines des autres, de l'indulgence qui vient pour toutlemonde. «L'esprit, situ savais comme cela me semble bête maintenant », lui dit-elle. Et M. Mauperin l'entendit remercier dans la souffrance une épreuve d'élection. Elle parlait de cet égoïsme et de toute cette matière dont nous enveloppe la santé, de cet endurcissement que fait le bien-être du corps, et elle disait comme dans la

maladie il y a dégagement et délivrance, légèreté intérieure, aspiration de nous-mêmes hors de nous. Elle parla encore de la souffrance comme du mal qui nous ôte l'orgueil, qui nous rappelle notre infirmité, qui nous fait humains, qui nous mêle à tous ceux qui souffrent, qui nous enfonce la charité dans la chair.

— Et puis, sans elle, ajouta-t-elle, il nous manquerait quelque chose!... d'être triste.

Et elle sourit.

— Mon ami, nous sommes bien malheureux, disait un soir, à quelques jours de là, M. Mauperin à Denoisel qui venait de sauter à bas d'une carriole de louage. Oh! j'avais un pressentiment que vous viendriez. Elle dort; vous la verrez demain. Oh! vous la trouverez bien changée. Mais vous devez avoir faim. Et ille fît entrerdans la salle à manger où l'on dressa un souper à la hâte.

— Voyons, monsieur Mauperin, disait Denoisel, elle est jeune. A son âge, il y a toujours de la ressource.

M. Mauperin posa ses deux coudes sur la table et des larmes coulèrent lentement de ses yeux.

— Mais enfin, voyons, monsieur Mauperin, elle n'est pas abandonnée par les médecins. Il y a encore de l'espérance.

M. Mauperin secoua la tête, ne répondit pas, et continua à pleurer.

— Elle n'est pas condamnée.

— Mais vous voyez bien que si! fit M. Mauperin en éclatant, et que je ne veux pas vous le dire! On a peur de tout, voyez-vous, quand on en est là. Il me semble qu'il y a des mots qui font arriver les choses, et celui-là, je croirais que ça tue ma fille ! Et puis un miracle, pourquoi pas? Ils m'ont parlé de miracles, les médecins. Mon Dieu ! elle se lève encore. C'est beaucoup de se lever. Depuis deux jours, il y a du mieux, je trouve. Et puis deux en un an, ce serait trop ! Oh ! ce serait trop ! Mais mangez donc ! vous ne mangez rien, et M. Mauperin mit un gro s morceau dans l'assiette de Denoisel. Enfin... Il faut être des hommes, voilà. Qu'est-ce qu'il y a de nouveau à Paris?

— Rien, je ne sais rien. J'arrive des Pyrénées. C'est madame Davarande qui m'a lu une de vos lettres, mais elle est loin de la croire si souffrante .

— Vous n'avez pas de nouvelles de Barousse?

— Si ; je fai rencontré en allant au chemin de fer. Je voulais l'emmener, mais vous savez, Barousse... Rien au monde ne lui ferait quitter

Paris pour huit jours. Il faut qu'il fasse tous les matins sa tournée sur les quais. L'idée de manquer une gravure à toute marge...

— Et les Bourjot? demanda M. Mauperinavec un effort.

— On dit que mademoiselle Bourjot ne se marie toujours pas.

— Pauvre enfant! elle l'aimait.

— Quant à la mère, c'est tout ce qu'il y a de plus triste, à ce qu'il paraît : une fin affreuse ; on parle de désordres, d'excès, de folie. Il est question maintenant de l'enfermer dans une maison de santé.

— Renée, dit le lendemain M. Mauperin en entrant dans la chambre de sa fille, il y a quelqu'un en bas qui voudrait te voir.

— Quelqu'un ? Et elle regarda longuement son père. Je sais qui : c'est Denoisel. Tu lui as écrit?

— Pas du tout. Tu ne me demandais pas à le voir. Je ne savais si ça te ferait plaisir. Est-ce que ça te contrarie?

— Mère, donne-moi mon petit fichu rouge, là, dans le tiroir, dit-elle sans répondre. Il ne faut pas lui faire peur non plus. Et son fichu noué en cravate : Maintenant, amène-le bien vite.

Denoisel entra dans la chambre imprégnée de cette vague odeur des jeunes malades qui met dans une pièce comme une senteur de bouquet fané et de fleurs mourantes.

— C'est gentil, dit-elle, d'être venu. Tenez, j'ai mis pour vous ce fichu-là, vous m'aimiez avec.

Denoisel se pencha sur ses mains et les embrassa.

— C'est Denoisel, dit dans le fond de la chambre M. Mauperin à sa femme.

Madame Mauperin ne parut pas entendre. Puis au bout d'un instant, elle se leva, alla à Denoisel, lui donna un baiser mort et retourna dans le coin d'ombre où elle se tenait.

— Eh! bien, comment me trouvez-vous ? N'estce pas que je ne suis pas si changée? Et sans lui laisser le temps de parler : C'est que j'ai un vilain papa qui me trouve toujours mauvaise mine, et qui est entêté ! J'ai beau lui dire que je vais mieux : il me soutient que non. Quand je serai guérie, vous verrez qu'il voudra toujours me croire malade.

Et voyant Denoisel regarder son bras près du poignet que découvrait un bouton de manchette défait :

— Oh! fît-elle en le reboutonnant bien vite, j'ai un peu maigri, mais ce n'est rien ; je me remplumerai. Te rappelles-tu notre bonne histoire à propos de ça, tu sais, papa? dont nous avons

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tant ri chez le fermier de Breuvannes, chez Têtevuide, à ce dîner, tu sais bien ? Figurez-vous, Denoisel, ce brave homme nous gardait des écrevisses depuis deux ans. Au moment de nous mettre à table, papa lui dit : — Ah! ça, où est votre fille, Têtevuide? J'entends qu'elle dîne avec nous. Est-ce qu'elle n'est pas ici? — Mais si, monsieur. — Eh ! bien, qu'elle vienne, ou je ne touche pas à votre soupe. Là-dessus, le père s'en va à côté; nous entendons parler, pleurer, ça dure un quart d'heure. Il revient tout seul en nous disant : C'est qu'elle n'ose pas. Elle dit comme ça qu'elle est trop maigre ! Mais dis donc, père, cette pauvre maman qui n'a pas quitté la chambre depuis deux jours... Maintenant que j'ai un garde-malade, si tu lui faisais prendre un peu l'air?

— Ah ! ma bonne Renée, lui dit Denoisel quand ils furent seuls, vous ne savez pas comme cela me fait plaisir de vous voir comme cela, de vous retrouver avec cette gaieté î Oh ! c'est bon signe ; cela va aller mieux, c'est moi qui vous le dis et, avec les soins de ce bon papa, de cette pauvre maman et de votre vieille bête de Denoisel qui se met en pension ici avec votre permission...

— Vous aussi, mon pauvre ami? Mais regardez-moi donc !

Elle lui tendit les deux mains pour qu'il l'aidât

à se retourner un peu sur le côté, de manière à lui faire face et à avoir la figure au jour. « Me voyez-vous bien à présent? »

Le sourire avait glissé de ses yeux, de sa bouche. La vie était subitement tombée de ses traits comme un masque.

— Eh! bien, oui, dit-elle en baissant la voix, c'est fini, et je n'en ai plus pour longtemps ! Oh! je voudrais que ce fût demain. Je n'en peux plus, voyez-vous, de faire ce que je fais, je n'en peux plus de les remonter tous ici ; je n'ai plus de forces, je suis à bout, et j'ai hâte d'en finir. Il ne me voit pas, n'est-ce pas? Je ne peux pas le tuer d'avance, voyez-vous ! Quand il me voit rire, il a beau me savoir condamnée, il ne sait plus, il ne voit plus, il ne se rappelle plus ! Eh! bien, il faut que je rie. Ah ! ceux qui s'en vont comme ils veulent, finir en étant tranquille, mourir à son aise, dans un coin, la tête contre le mur; mais c'est doux, ça! mais ce n'est rien de s'en aller comme ça! Enfin le plus fort est fait. Et puis vous voilà : vous me donnerez du courage. Si je faiblis, vous serez là pour me soutenir. Et quand... quand je m'en irai, je compte sur vous. Vous resterez auprès de lui les premiers mois. Ah! ne pleurez pas, dit-elle, vous me feriez pleurer !

Il y eut un instant de silence

— Déjà six mois de l'enterrement de mon frère !

reprit Renée. Nous ne nous sommes revus qu'une fois depuis ce jour-là. L'affreuse crise que j'ai eue, vous rappelez- vous ï

— Oui, oui, je me rappelle bien, dit Denoisel. Ça m'est revenu assez souvent. Je vous vois encore, ma pauvre enfant, avec le geste d'horrible souffrance que vous avez fait, avec vos lèvres qui voulaient appeler, parler, et qui ne pouvaient pas prononcer une parole.

— Et qui ne pouvaient pas prononcer une parole, fit Renée en répétant les derniers mots de Denoisel. Elle ferma les yeux, sa bouche eut pendant une seconde le murmure d'une prière. Puis, avec une expression de bonheur qui surprit Denoisel, elle lui dit : Ah ! que je suis heureuse de vous voir, mon ami ! A nous deux nous aurons du courage, vous verrez. Et nous les attraperons bien, les pauvres gens!

Il faisait d'étouffantes chaleurs. Le soir on laissait les fenêtres de la chambre de Renée ouvertes, et l'on n'allumait pas de lampe pour ne pas attirer les papillons qui lui donnaient de grandes peurs. On causait puis, à mesure que le jour s'éteignait, les paroles tombaient avec les pensées dans lerecueillement des heures sans lumière

et des rêveries voilées. .Tous les trois ne se disaient bientôt plus rien ; ils restaient muets, respiraient le ciel, s'abandonnaient au soir. M. Mauperin tenait seulement la main de sa fille, et de temps en temps la pressait. L'obscurité venait. Toute la pièce s'assombrissait. Couchée sur sa chaise longue, Renée disparaissait dans la vague blancheur de son peignoir. Il arrivait un instant où Ton ne distinguait plus rien et où la chambre se mêlait au ciel. Renée alors se mettait à parler d'une voix basse et pénétrante. Elle avait de douces et hautes paroles, des paroles tendres, émues et graves, qui tantôt ressemblaientau chant d'une belle conscience, et tantôt retombaient autour d'elle ainsi que des consolations d'ange. Ses pensées s'élevaient en pardonnant à toutes choses; par moments, ce qu'elle disait arrivait à l'oreille de plus loin que la terre, de plus haut que la vie, et peu à peu une sorte de terreur sacrée, faite des solennités de l'ombre et du silence, de la nuit et de la mort, descendait dans la chambre où M. Mauperin, madame Mauperin et Denoisel écoutaient tout ce qui s'envolait déjà de la mourante dans cette voix !

Aux murs le papier montrait des bouquets dénoués, des blés, des bluets, des coquelicots. Au

plafond, un ciel était peint, léger, matinal, plein de vapeurs. Entre la porte et la fenêtre un prie - Dieuenbois sculpté, avec un coussin entapisserie, avait comme une place amie, familière et discrète dans un coin : au-dessus brillait, à contre-jour, un bénitier de cuivre qui représentait le baptême de Jésus par saint Jean. A l'angle opposé, une petite étagère suspendue au mur avec des cordons de soie, laissant voir des dos de livres pencbés l'un sur l'autre, et des cartonnages en toile d'ouvrages anglais. Devant la fenêtre encadrée de plantes grimpantes qui se rejoignaient en haut et trempaient dans la lumière le bord de leurs feuilles, un miroir garni de velours bleu posait sur une toilette à dessous de soie recouvert d'une guipure, au milieu de flacons à bouchons d'argent. La cheminée, en retour et dans un pan coupé, avait sa glace entourée du même velours tendre que le miroir de la toilette. Aux deux côtés de la glace étaient une miniature de la mère de Renée encore jeune, avec un fil de perles au cou, et un daguerréotype de sa mère plus âgée. Au-dessus, un portrait de son père, en uniforme, peint par elle, et dont le cadre était incliné, semblait se pencher sur toute la chambre. Une servante de bois de rose portait, devant la cheminée, le dernier caprice de la malade : le pot à eau et la cuvette de Saxe qu'elle avait désirés. Un peu plus loin, près de la seconde fenêtre, étaient accrochés les sou-

venirs rapportés par Renée dans sa jupe d'amazone, ses reliques de courses et de chasse, des cravaches, un fouet des Pyrénées; des pieds de cerfs tressés avec des rubans bleu et nacarat laissaient pendre une carte qui disait le jour et le lieu où la bête avait été forcée. Au delà de la fenêtre un petit secrétaire, qui avait été le secrétaire de son père à l'école militaire, avait sur sa tablette des boîtes, des paniers, des cadeaux des premiers jours de Tan passés. Le lit n'était que mousseline. Au fond, et comme sous l'aile de ses rideaux, tous les livres de messe que Renée avait eus depuis son enfance étaient rangés sur une étagère algérienne àlaquelle des chapelets pendaient. Puis venait une commode qu'encombraient mille riens, des petits ménages de poupées, des petites choses de verre, des bijoux de boutique à cinq sous, des joujoux gagnés à des loteries, jusqu'à des animaux faits en mie de pain cuite au four avec leurs quatre pattes en allumettes, tout ce petit musée d'enfantillages que les jeunes filles font des petits morceaux de leur cœur et des miettes de leur vie !

La chambre rayonnait. Midi l'emplissait de chaleur et de clarté. Auprès du lit, sur une petite table arrangée en autel et couverte d'un linge, deux bougies brûlaient, dont les flammes palpitaient dans le jaune d'or. Un silence de prière, coupé de sanglots, laissait entendre derrière la

porte le pas lourd d'un prêtre de campagne s'éloignant. Puis tout se tut, et les larmes s'arrêtèrent tout à coup autour de la mourante, suspendues par un miracle de l'agonie.

En quelques minutes, la maladie, les signes et l'anxiété de la souffrance s'étaient effacés sur la figure amaigrie de Renée. Une beauté d'extaseet de suprême délivrance, devant laquelle son père, sa mère, son ami étaient tombés à genoux. La douceur, la paix d'un ravissement était descendue sur elle. Un rêve semblait mollement renverser sa tête sur les oreillers. Ses yeux grands ouverts, tournés en haut, paraissaient s'emplir d'infini, son regard peu à peu prenait la fixité des choses éternelles.

De tous sestraits se levait comme une aspiration bienheureuse. Un reste de vie, un dernier souffle tremblait au bord de sa bouche endormie, entr'ouverte et souriante. Son teint était devenu blanc. Une pâleur argentée donnait à sa peau, donnait à son front une mate splendeur. On eût dit qu'elle touchait déj à de la tête à un autre j our que le nôtre : la Mort s'approchait d'elle comme une lumière.

C'était la transfiguration de ces maladies de cœur qui ensevelissent les mourantes dans la beauté de leur âme et emportent au ciel le visage des jeunes mortes !

Ceux qui voyagent au loin ont peut-être rencontré dans des villes ou dans des ruines, une année en Russie, une autre en Egypte, deux vieillards, un homme et une femme qui semblent marcher devant eux, sans regarder et sans voir. C'est ie ménage Mauperin. C'est ce père et cette mère. Ils sont seuls . L'enfant qui leur restait, la sœur de Renée, est morte en couches.

Ils ont tout vendu, et sont partis . Ils ne tiennent plus à rien. Un pays les mène à un pays, un lit d'hôtel à un lit d'hôtel. Ils vont comme les choses déracinées et jetées au vent. Us errent, ils tournent dans l'exil de la terre, fuyant des tombes et portant des morts, essayant de lasser leur douleur à la fatigue des chemins, traînant à tous les bouts du monde leur vie pour l'user.

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