‹ Renoir et ses amisChapitre 10 sur 63 · QUELQUES AMATEURS · texte numérisé non relu

QUELQUES AMATEURS

Renoir et les autres peintres impressionnistes vendaient, sans doute pour un prix infime, mais enfin vendaient un certain nombre de tableaux à quelques rares et fidèles amateurs. Il en existait, en efïet, quelques-uns.

Nous avons cité déjà parmi eux Faure, le célèbre baryton de l'Opéra, dont Manet a peint un magnifique portrait dans le rôle d'Hamlet — Tun des triomphes du chanteur — qui achetait de temps à autre une toile de Monet, et Théodore Duret qui ornait son logis de tableaux de Monet, de Renoir et de Sisley. ♦

Un médecin d origine roumaine, mais devenu par un long séjour chez nous un véritable Pari-

Tête de jeune fille.

sien, le D' de Bellio, acquérait en assez grand nombre des Renoir, des Monet, des Sisley et des Pissarro.

Arsène Houssaye avait acheté quelques toiles de Renoir, mais on ne peut pas le ranger cependant parmi les amateurs habituels des impressionnistes.

Les imposants tableaux qui garnissaient la grande galerie du premier étage de son hôtel, avenue de Friedland, étaient tous généreusement attribués à des peintres illustres des siècles passés et la présence des impressionnistes à côté d'œuvres si haut qualifiées eût paru quelque peu déplacée à Texcellent écrivain. Ils ne pouvaient avoir dans la maison que leurs petites entrées et il n'y eut guère que Renoir qui en profita.

En 1875, un nouveau venu, Gustave Caillebotte, peintre lui-même, apporta aux Impressionnistes un appui financier qui vint fort à propos pour quelques-uns d'entre eux.

Caillebotte était riche, généreux et homme de goût. Il fut pour les peintres auxquels ils se joignit, un ami dévoué dont Taide efficace était toujours enveloppée d'une forme si délicate qu'il semblait que ce fût à lui que ses obligés rendaient service.

11 peignait avec ardeur et non sans talent. Son tempérament le rapprochait à la fois de Manet par la tonalité générale et de Degas par le choix des sujets. Il subissait l'influence du réalisme, ou plutôt du naturalisme littéraire, mais il l'exprimait avec une certaine naïveté qui ne rendait pas déplaisants les sujets qu'il choisissait dans le milieu le plus banal. 11 fut pour Renoir un ami dévoué.

Il a laissé à TEtat une collection de tableaux qui représente, aux prix actuels, plusieurs millions, mais que ses exécuteurs testamentaires, au nombre desquels était Renoir, ne parvinrent pas à faire accepter tout entière par l'Administration des Beaux- Arts. A aucun prix, celle-ci ne voulut admettra Cézanne au Musée du Luxembourg. Il s'en fallut de peu même que le don de Caillebotte ne fut refusé par l'Etat. Cet aveuglement: peut paraître aujourd'hui

Cl. Durand-Ruel

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