L'EXPOSITION DE
LiDÉE, émise en 1873, de grouper quelques peintres ayant entre eux une certaine affinité et de faire une exposition collective de leurs œuvres revient, je crois, à Claude Monet. Elle fut tout de suite bien accueillie, d'abord par Renoir et Sisley, ses deux amis, puis par Cézanne, Pissarro, Guillaumin, Degas, M"^' Berthe Morisot. Manet qui tenait essentiellement au Salon officiel qu'il considérait comme le meilleur terrain de combat, ne voulut pas prendre part à une manifestation qui lui eût aliéné les sympathies du Jury officiel.
L'organisation du groupe fut assez laborieuse. Degas désirait qu'on associât aux pronioteurs de l'exposition un certain nombre d'autres peintres, tandis que Monet et ses amis préféraient rester entre eux. Peut-être cela eût-il mieux valu, mais Degas invoquait à l'appui de sa proposition la nécessité de ne pas donner à l'exposition un caractère trop révolutionnaire; c'était sage, en apparence.
Pissarro qui représentait assez bien l'esprit « vieille barbe de 48 »
insistait pour qu'on formât une association coopérative calquée sur celle des ouvriers boulangers dont il donna lecture à une réunion. Aux statuts de cette société de mitrons, il avait ajouté un projet dérèglement intérieur rempli' de prohibitions et de pénalités. Renoir qui avait l'horreur des réglementations administratives protesta contre le projet de Pissarro, qui fut rejeté.
La nécessité de couvrir les frais assez lourds de l'exposition fit accepter, au contraire, la proposition de Degas. En augmenLant le nombre des exposants, on diminuait, d'ailleurs, la quote-part des frais de chacun.
Lorsque Tentente fut établie, on s'occupa de chercher un local. Je ne sais qui découvrit celui qui répondait le mieux au but poursuivi. G était Tancienne installation du photographe Nadar, boulevard des Capucines, à l'angle de la rue Daunou\
En raison de cette situation sur le boulevard et toujours pour éviter de paraître révolutionnaire, Degas proposa d'appeler le groupe La Capucine ^l de faire figurer cette fleur, comme un emblème, sur les affiches annonçant l'exposition. Cette fois, sa proposition n'eut pas de succès.
Aux organisateurs de l'exposition, se joignirent alors Bracquemont, Lépine, Nittis, Gaston Latouche, Boudin, Guillemet, Lebourg, etc. Si aucun de ces artistes n était un grand maître, il faut convenir qu'ils avaient tous du talent et qu'il était difficile de réunir un ensemble meilleur et plus éclectique que celui offert au public. Si l'on discutait le talent de Monet, de Renoir et de leurs auiis, on était unanime à reconnaître la valeur des autres. C'était bien, du reste, ce que Degas avait voulu réaliser en élargissant l'exposition. 11 avait espéré, en groupant des artistes de tendances si diverses, que les Instransigeants se trouveraient en quelque sorte submergés sous le flot des peintres du juste milieu; car Degas ne tenait pas du tout à voir triompher ses amis.