‹ Renoir et ses amisChapitre 16 sur 63 · PORTRAIT DE SISLEY · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE SISLEY

Bèiia Léon Marofte Pc^ts,

Cl. Durand-RueJ.

que Cézanne. Quelques gens, plus excités que les autres, réclamaient pour lui la camisole de force.

Dans les envois de Monet, il y avait une petite toile représentant un effet de soleil dans la brume du matin.

On Pavait indiquée dans le catalogue sous ce simple titre : (( Soleil levant. Impression ». 11 semble qu'une pareille désignation, d'où toute prétention était absente, devait passer inaperçue. Il n'en fut rien. Elle attira l'attention de Louis Leroy qui en forgea le nom à' Itnpressionniste pour le donner au titre de son article du Charivari sur l'exposition.

L'épithète d'impressionniste fît rapidement fortune; le public l'adopta comme si ce mot exprimait exactement l'idée qu'il se faisait généralement de la manière de Monet et des peintres de son groupe. Dans l'esprit de ceux qui l'employaient, ce impressionnisme » signifiait peinture faite « à la diable », négligemment, ou encore esquisse, tableau inachevé que l'auteur prétendait faire passer pour une œuvre terminée. Et beaucoup de visiteurs de l'exposition de 1874 étaient persuadés que les impressionnistes pouvaient peindre, par jour, une douzaine de toiles pareilles à celles exposées. Le nom d' ce Impressionniste » appliqué à un peintre avait donc toujours un sens péjoratif qui n'était pas du goût de ceux qu'on prétendait en affubler. Ce n'est qu'en 1877, et parce qu'on avait persisté à les désigner sous le nom d'impressionnistes, que les anciens exposants de la Galerie Nadar se servirent euxmêmes de ce terme pour caractériser leur exposition nouvelle.

Toutefois, jamais les peintres de cette période n'attachèrent au mot impressionniste la valeur d'une formule d'art commune à tous ceux qui se réunissaient sous ce titre pour exposer leurs œuvres ; ils se sentaient pour cela trop différents les uns des autres, malgré quelques caractères communs tenant plus de leur esprit que de leur manière.

Ce qui a maintenu pendant des années le groupe des impressionnistes^ c'est l'amitié qui unissait ceux-ci et qui était bien antérieure à

leur première exposition. C'est cette amitié seule qui fit naître chez eux ridée d'exposer ensemble leurs œuvres, que les caprices du Jury laissaient trop souvent à la porte du Salon officiel.

Les liens qui s'étaient formés au temps de leurs débuts ne se relâchèrent pas entre Renoir, Monet, Sisley et Cézanne. Jamais il n'y eut entre eux de rivalité, pas plus quand vint la notoriété qu'aux heures difficiles où je les ai connus.'

J^es heures difficiles ? Hélas ! elles sonnèrent pendant longtemps ; les rares survivants de cette époque peuvent en témoigner ! Mais la grande persécution commença réellement à cette exposition de 1874 où, pour la première fois, Monet et ses compagnons exposèrent côte à côte. Il ne leur servit de rien d'avoir, sur les suggestions de Degas, demandé à des peintres contre lesquels le public n'avait pas d'hostilité d^ètre leur caution. On n'en tint pas compte. Ce fut vraiment la précaution inutile.

L'exposition de la Galerie Nadar, après avoir soulevé des tempêtes, ferma ses portes au milieu de l'indifférence générale.

Cette première manifestation d'un groupe s'émancipant de la tutelle du Jury eut son épilogue à l'Hôtel des -Ventes au mois de mars 1875.

(c Après l'exposition, les œuvres des impressionnistes étaient devenues invendables », déclare un témoin irrécusable, M. Théodore Duret. « Les soi-disants connaisseurs, les collectionneurs se refusaient tout particulièrement à en acheter. Les impressionnistes devaient le reconnaître, à l'occasion d^une vente qu'ils tentaient en mars 1875. Ils l'avaient entreprisé, tant pour continuer à se montrer au public, à défaut d'une exposition qu'ils n'étaient pas à même de faire cette année, que pour se procurer quelque argent. Claude Monet, Sisley, Renoir, Berthe Morisot faisaient donc passer aux enchères, à l'Hôtel Drouot, 70 tableaux. Ceux qu'ils essayaient de pousser en élevant quelque peu les prix, devaient être retirés. Ils ne trouvaient d'acquéreurs pour les autres laissés à des prix très bas, que dans un tout petit

cercle d'amis. Le total de la vente ne dépassait pas io.346 francs, tant pour les tableaux retirés que vendus ^ w.

L'exposition des Impressionnistes ^ en 1874, peut être considérée comme Tun des événements les plus importants de Fliistoire de Part français. Formée avec le concours, prépondérant par le nombre des exposants, de peintres n'ayant pour la plupart aucun point commun avec les Impressionnistes^ elle fut cependant uniquement caractérisée par la présence de ceux-ci. C'est de cette exposition que date le changement profond qui s'accomplit au cours des années suivantes dans Testhétique de la peinture moderne. Sans doute ce mouvement avait été préparé par Delacroix, d'abord, par TEcole de Fontainebleau ensuite et enfin par Courbet, Manet et Corot, mais c'est seulement lorsque le groupement formé par Cézanne, Renoir, Monet, Sisley et Pissarro montra sous un aspect nouveau une tendance collective en laquelle se continuait une tradition ininterrompue de l'art français, que déjeunes artistes comprirent que l'enseignement officiel leur imposait des formules périmées et dédaignait la technique de la peinture.

Nous allons essayer d'exposer, à ce propos, quel était, vers 187.5, l'état d'esprit de la jeunesse qui fréquentait les ateliers de l'Ecole des Beaux-Arts.

Les trois ateliers de l'Ecole étaient dirigés respectivement par Gérôme, Cabanel et Lehmann. Ce dernier avait remplacé Isidore Pils, décédé en 1873.

Dans chaque atelier, le (( patron » était le maître absolu de son enseignement. Il y exerçait, seul aussi, le droit d'admission; mais l'élève avait, sous la condition d'être agréé, le libre choix de son maître. On conçoit donc que chaque atelier possédait une physionomie et des tendances particulières.

Gérôme avait groupé autour de lui une centaine d'élèves comprenant une bonne moitié d'Américains. On y voyait, en outre, une

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