‹ Renoir et ses amisChapitre 2 sur 63 · RENOIR AVANT ^IMPRESSIONNISME · texte numérisé non relu

RENOIR AVANT ^IMPRESSIONNISME

Lorsque j'ai connu Renoir, en 1874. il avait à peine dépassé la trentaine, étant né le 25 février i84i ; niais avec son visage sérieux, sillonné de rides, sa barbe courte et rude, il paraissait un peu plus que son âge. il occupait depuis un an, rue Saint-Georges, 35, l'atelier et le petit logement où il demeura jusqu'en i883.

Plusieurs notices biographiques ont été publiées indiquant que le peintre est né à Limoges ou son père était (( tailleur à façon » et que ses parents vinrent à Paris en i844î autant dans le but de faire apprendre un bon métier à leur fils aîné, Henri, que dans l'espoir d'y trouver eux-mêmes

Porirail de Renoir, photographie 1861.

un traA'^ail mieux rémunéré qu'en province. Ils ne firent pas fortune dans la capitale et continuèrent jusqu'à la mort du chef de famille à y vivre modestement, mais avec la joie d'avoir dignement élevé leurs cinq enfants.

Il ne faudrait pas déduire de cette situation de famille que l'enfance d'Auguste Renoir s'est écoulée dans un milieu fruste. Les parents de Renoir étaient des artisans du modèle de ceux qu'on voyait en grand nombre dans l'ancienne France. Sobres, économes, ayant le goût des belles choses — il s'en trouvait couramment encore parmi les moindres objets usuels — beaucoup d'ouvriers et de paysans savaient reconnaître, s'ils ne pouvaient la définir, la beauté des monuments, des meubles, aussi bien que des sites qu'ils avaient sous les yeux. Ils avaient le respect, le culte même du passé et c'est grâce à ce sentiment conservateur du peuple que tant d'objets d'un usage courant ont pu parvenir jusqu'à nous. Ces qualités d'esprit n'étaient pas exceptionnelles à l'époque de la jeunesse de Renoir. Deux mille ans de civilisation avaient affiné le peuple de France, formé son goût, lui avaient donné cette aptitude remarquable pour les arts qui fit éclore tant de chefsd'œuvre de toute sorte jusque dans les plus petits villages de la vieille Gaule et dont l'accumulation placera notre pays au niveau de la Grèce antique. En outre, jusqu'au milieu du siècle dernier, les diverses classes de la population ne vivaient pas, comme à présent, séparées les unes des autres. Dans le vieux Paris, notamment, avant qu'il fût bouleversé par le préfet Haussmanri, il n'y avait guère de quartiers habités exclusivement par des riches ou par des pauvres. La plupart des maisons du centre de Paris abritaient simultanément des gens de toutes les conditions. Tous se connaissaient plus ou moins par les rencontres journalières. Dans bien des cas, ils s'intéressaient les uns aux autres. Ce contact permanent entre gens appartenant à des milieux sociaux divers avait'une heureuse influence sur l'esprit des déshérités. Il explique pour une bonne part l'écart très sensible qui existe entre les conceptions politiques des ouvriers de la première moitié du dix-

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