‹ Renoir et ses amisChapitre 20 sur 63 · BAIGNEUSE (188S · texte numérisé non relu

BAIGNEUSE (188S

Hèiio Léon Marotte /'arts

Cl. Durand-RueJ.

le plus charmant des poètes provençaux, Théodore Duret, qui venait de publier son histoire du Gouvernement de M. Thiers, ce qui ne l'avait pas détourné de son rôle d'écrivain d'art où il a fait aussi œuvre d'historien. Souvent venait M. Ghoquet, le plus vibrant des amateurs de la première heure et Edmond Maître, un dilettante qui, s'il avait eu une grande fortune, aurait été le plus intelligent des Mécènes. Maître avait pour Renoir une profonde amitié et il lui en donna des preuves en maintes occasions. Musicien distingué, grand amateur de Wagner, Renoir fut, par lui et par Bazille, initié à l'œuvre du musicien allemand. Maître était aussi un ami de Fantin-Latour et il figure à côté de Zola dans le fameux tableau Un atelier aux Batignolles qui appartient au Musée du Luxemboura*.

Entre 1874 et 1880, Renoir eut pour modèle habituel une jolie fille blonde qu'on appelait Nini. C'était le modèle idéal : ponctuelle, sérieuse, discrète, elle ne tenait pas plus de place qu'un chat dans l'atelier où nous la trouvions encore .lorsque nous y arrivions. Elle semblait s'y plaire et ne se pressait pas, la séance terminée, de quitter le fauteuil où elle se tenait penchée sur un travail de couture ou lisant un roman déniché dans un coin ; telle enfin qu'on la voit dans un grand nombre d'études de Renoir.

Nous ne connaissions à peu près rien de la vie de Nini. Elle n'avait pas de père. L'homme qui vivait avec sa mère, son « beau-père » selon Teuphémisme pudique de Montmartre, était prévôt dans une salle d'armes et Ton disait qu'il veillait jalousement sur la vertu de la jeune fille. La mère avait l'allure d'une ouvreuse de petit théâtre, — c'était peut-être du reste sa profession. Elle venait de temps en temps chez Renoir sous le prétexte de s'informer de la conduite de sa fille à l'égard du peintre et, chaque fois, elle lui disait en manière de confidence son inquiétude, sur l'avenir de Nini. ce Pensez-vous, monsieur Renoir », soupirait-elle, « à quel danger elle est exposée? Une jolie fille comme elle est bien difficile à garder! Voyez-vous, il faudrait qu'elle ait un protecteur sérieux, un homme rangé qui assurerait son avenir. Je ne

rêve pas pour elle d'un mylorcl ni d'un prince russe, je voudrais seulement qu'elle ait un petit intérieur tranquille. Tenez, il lui faudrait quelqu'un qui la comprendrait, un homme comme vous, monsieur Renoir », ajoutait-elle en s'en allant.

Le rêve de cette bonne mère ne se réalisa pas. Nini s'éprit d'un cabotin du théâtre Montmartre qui jouait le rôle de„ Bussy dans la Dame de Montsoreau — le grand succès de Montmartre — et l'épousa.

— (( Ma fille nous a déshonorés ! », s'écria -t-elle, lorsque se produisit cette catastrophe.

A la même époque, un autre modèle a tenu une certaine place dans l'œuvre de Renoir. On l'appelait Margot. Elle formait avec Nini un contraste complet. Nini avait une admirable chevelure d'un blond doré et brillant, de longs cils au-dessous de sourcils bien arqués, et un profil d'une pureté antique ; Margot avait des cheveux châtain terne peu abondants, 4^^ sourcils clairsemés et ses paupières aux bords rouges étaient dépourvues de cils. Le nez un peu gros semblait se caler entre les joues rebondies, comme entre deux oreillers, et la bouche sensuelle, aux lèvres sanglantes et épaisses, se plissait parfois d'un sourire dédaigneux. Nini était silencieuse et Margot était bruyante. Elle réalisait, en somme, le type canaille de la faubourienne.

Telle qu'elle était, Renoir en a cependant tiré, de par la magie de son art, des figures où elle apparaît jolie, presque distinguée. C'est elle qu'il a représentée dans un tableau exécuté en 1880 et que Paul Arène avait baptisé (( Le chocolat de Margot ». Cette toile a été exposée au Salon de 1881, si rqes souvenirs sont fidèles.

Peu de modèles ont mis autant que Margot la patience de Renoir à l'épreuve. Elle manquait de propos délibéré la séance promise, au moment même où le peintre avait le plus grand besoin qu'elle vînt. 11 allait alors la relancer dans le fond de Montmartre et, la plupart du temps, finissait par la découvrir attablée avec de jeunes voyous devant des litres de vin. Cédant à l'insistance, aux supplications du

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Go mm. par M Viau.

Hèit'o i.e'on J^/arotte Paris

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