LE CIRQUE FERNANDO
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Étude de tête (1916).
Au sommet de la Butte, en bordure de la rue Lepic, un peu plus haut que la maison de brique rouge et de style sarrasin, que Ziem s'était fait construire et qui avait l'aspect délabré d'une vieille habitation provençale, le bal du Moulin de la Galette étalait, derrière une palissade de planches vermoulues, son vaste hangar surgissant au milieu d'un terrain abrupt, couvert d'herbes folles.
A côté de la salle de bal, les moulins à vent élevaient leurs carcasses noircies et leurs ailes inutiles.
En 1875, le bal du Moulin avait une physionomie bien différente de celle qu'il prit plus tard, quand Montmartre fut mis à la mode et que, de tous les points de Paris, un public élégant fréquenta les cabarets ouverts par des chansonniers. Il n'y avait alors ni Chat Noir^ ni Moulin Rouge, dans les environs du vieux Moulin.
Le Moulin de la Galette n'avait aucune prétention au luxe ; il avait gardé le cachet rustique de son origine remontant au xviii^ siècle; c'était un contemporain de Ramponneau.
De père en fils, les Debray avaient continué à exploiter l'établissement sans y rien changer, pour ainsi dire. Des deux moulins, l'un, situé dans le jardin du bal, tournait encore parfois écrasant des racines d'iris pour le compte d'un parfumeur parisien, l'autre, inactif, accueillait moyennant quelques sous, les visiteurs curieux de contempler le panorama de Paris. Sur le terrain qui s'étendait derrière les moulins, il y avait un manège de chevaux de bois, mû à main d'homme, et des tables pour les consommateurs du cabaret, dans lequel on confectionnait la fameuse galette qui valait son nom au Moulin.
La salle de bal était construite en planches peintes d'un vilain vert que le temps avait heureusement effacé en partie. Au fond de cette salle, une estrade était réservée à l'orchestre composé d'une dizaine de pauvres diables, condamnés à souffler dans leurs instruments discordants pendant huit heures chaque dimanche. Une galerie surélevée entourait l'espace réservé aux danseurs. Elle était, en grande partie, remplie par des tables laissant entre elles et la balustrade un passage assez étroit où circulait difficilement la foule qui s'y pressait.
Derrière l'estrade de l'orchestre il y avait un jardin, une cour plutôt, plantée d'acacias rabougris et garnie de tables et de bancs. Le sol, fait de gravats, était dur et assez uni pour que l'été on y pût danser en même temps que dans la salle, ouverte alors de tous côtés.
L'entrée du bal n'avait rien d'engageant. Elle se composait d'une porte étroite et basse, ouvrant sur un assez long couloir, dans le mur
GEORGES LANG, IMP., PARIS