‹ Renoir et ses amisChapitre 4 sur 63 · DANS LE PARC DE SAINT-CLOUD · texte numérisé non relu

DANS LE PARC DE SAINT-CLOUD

Fontainebleau. C'est à cette époque qu'il fit la connaissance de Diaz de qui il reçut d'excellents conseils.

En son adolescence, alors qu'il était à peine sorti de son apprentissage de peintre sur porcelaine, Renoir concentra son admiration sur Delacroix. Cette prédilection se conçoit aisément. Le libre dessin et la riche couleur de Delacroix répondaient aux tendances innées du jeune peintre. Toutefois, celui-ci ne s'enhardit pas tout de suite à imiter la liberté de facture du maître. Ses premiers essais sont fignolés. Adroit dessinateur, il cherche à vaincre des difficultés nouvelles pour lui, en s'astreignant à reproduire aussi fidèlement que possible les objets qu'il dessine ou qu'il peint sans en négliger aucun détail. Il n'ignorait pas que cette minutie n'était pas la fin vers laquelle il devait tendre, mais elle lui paraissait constituer une utile contrainte pour un débutant. Cette application témoignait avant tout d'une rare conscience professionnelle. Lorsque plus tard, il fut maître de ses moyens d'expression, jamais il ne se laissa aller à de la négligence dans l'exécution de la moindre de ses toiles. S'il existe de Renoir des toiles inachevées — elles sont nombreuses — c'est qu'une circonstance plausible s'est opposée, malgré lui, à ce qu'elles fussent terminées, ou bien encore parce que ce sont des expériences, des recherches de tons ou de facture. La toile a été abandonnée lorsque le résultat cherché était obtenu. Pendant longtemps, ces toiles inachevées ne sont pas sorties de l'atelier de l'artiste qui s'en servait pour. peindre de nouveau après les avoir grattées. Plus tard, quand la célébrité vint, les marchands et les amateurs les arrachèrent pour ainsi dire au peintre. Ils avaient raison, du reste, de vouloir sauver ces études, souvent très poussées, qui auraient été probablement détruites.

Quand il entra à l'atelier Gleyre, Renoir avait déjà beaucoup travaillé. Depuis longtemps il dessinait avec acharnement. (( Je croyais », me disait-il, ce que je ne parviendrais jamais à dessiner une tète, tant cela me paraissait difficile. » Les chefs-d'œuvre du Louvre l'accablaie^it. Il était cependant fort adroit ; mais déjà sévère pour lui-même.

ce qu'ilconsidérait comme un mauvais résultat eût satisfait tout autre que lui. Sa vive imagination lui faisait exagérer encore les difficultés d'exécution qu'il rencontrait, mais il ne se décourageait pas.

Il s'essayait à peindre des paysages, des vues de Paris principalement. Dès le début, il trouva de jolies notes de couleur, une harmonie

Têtes d'enfants, croquis.

de tons qui révélaient un tempérament de peintre. Sur une petite toile — - un coin de l'avenue des Champs-Elysées — qui remonte à l'époque de ses débuts, on voit comment Renoir préparait alors la mise en place de ses tableaux. C'est une simple indication en noir, au pinceau, des arbres, des bancs et d'une de ces petites baraques où de vieilles marchandes vendent des bonbons et des jouets. La toile resta à cet état d'ébauche sans que j'aie su pourquoi elle avait été abandonnée. Pendant quelque temps encore, Renoir dut, pour vivre, avoir recours

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