‹ Renoir et ses amisChapitre 5 sur 63 · DESSIN · texte numérisé non relu

DESSIN

à la peinture sur porcelaine. Pour des maisons de commerce de la rue de Paradis-Poissonnière, il décorait des assiettes payées à la douzaine et, grâce à son habileté, il gagnait un bon salaire dont il économisait la plus forte part pour la consacrer à la peinture. Une fois, il s'enhardit à orner de fleurettes de son cru une tasse à café qu'il proposa à un marchand des grands boulevards. Le marchand la trouva jolie, mais lorsqu'il sut que la décoration de la tasse était de l'invention du jeune peintre, il la refusa. Il ne vendait, déclara-t-il, que des copies ce de style ». Renoir remit la tasse dans sa poche et s'en alla déçu. Mais tandis qu'il errait sans but sur le boulevard, l'idée lui vint de retourner chez le même marchand et de le persuader que la décoration n'était en réalité que la copie d'une tasse de Sèvres. Le stratagème lui réussit; le marchand acheta la tasse et en commanda au peintre une ou deux douzaines pareilles.

Cette vie partagée entre l'art et la décoration industrielle dura plusieurs années, de 1861 à i865, environ. Bien peu de toiles de cette époque ont été conservées ; Renoir les a détruites presque toutes. J'en possède une de très petite dimension et qu'on trouvera reproduite dans le présent ouvrage ; elle remonte à 1861 , je crois. On verra qu'elle n'est pas dépourvue de qualités et que le peintre avait déjà surmonté les difficultés qui l'épouvantaient quand il avait commencé à dessiner des figures.

Monet et Sisley, dans le même temp^, montraient une prédilection pour le paysage, Bazille et Renoir étaient surtout peintres de figure. Bazille, tué à l'ennemi, pendant la guerre de 1870-187 1, avait du talent. On en peut juger par le tableau de lui que possède le musée du Luxembourg. Il a peint un portrait amusant de Renoir et qui révèle, avec un joli esprit d'observation, de belles qualités de peintre. Ce portrait a été conservé par Renoir; il est de 1867.

C'est vers ce temps-là que Renoir fit la connaissance de Théophile Gautier et d'Arsène Houssaye.

Théophile Gautier qui, dans sa jeunesse, avait été quelque peu peintre en même temps que poète, discerna, l'un des premiers, le talent

de Renoir. Il encouragea le jeune artiste dans la mesure on cela lui était possible. Hélas ! il n^aurait pu, à Tépoque du Salon des Refusés^ consacrer seulement deux lignes à son jeune protégé, dans n'importe quel journal de Paris, si ce n'est pour se montrer sévère à l'égard du peintre que les représentants officiels de l'art chassaient de leur domaine en même temps que Manet, Cézanne, Monet et Pissaro. L'aventure arrivée à Zola, obligé de quitter V Événement pour y avoir fait l'éloge, de Manet (voir Les Peintres Impressionnistes par Théodore Duret) montre assez l'état de Topinion publique sur l'art dans les dernières années du second empire.

Cependant le poète d'Emaux et Camées appliquant au critique d'art l'adage judiciaire : ce La plume est serve, mais la parole est libre )) ne manquait jamais une occasion de dire du bien du jeune peintre aux gens susceptibles de lui commander un portrait ou de lui acheter un tableau. Ceux qui suivirent le conseil de l'écrivain n'ont pas eu à s en repentir.

Arsène Houssaye, lui aussi, témoigna à Renoir une sympathie agissante. Lors de l'exposition des Impressionnistes en 1877, il ^n© demanda quelques notes qui, contrairement à mon attente, parurent telles quelles dans le numéro de L'Artiste de novembre 1877.

Il semble bien que ce soit d'une affinité de Tesprit plutôt que de tout autre sentiment que procédait la sympathie pour Renoir des deux écrivains qui avaient entre eux des points communs.

Arsène Houssaye était de la même génération que Théophile Gautier. Ils avaient tous les deux cet amour de l'indépendance intellectuelle qui s'affirmait sans violence et sans tendance révolutionnaire. Ils frémissaient sous le joug sans avoir le désir de le secouer. C'est peutêtre du reste le plus favorable état d'esprit pour un écrivain ou un artiste parce qu'il implique une discipline volontaire, un contrôle de la raison sur la sensibilité. S'il y aA^ait eu pour les écrivains, comme pour les peintres, un >S'a/o/^ censuré par un jury officiel, lesdeuxhommes de lettres n'y auraient proba:blement pas été admis : les graves pontifes

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Coll. Durand-Ruel.

Hèiio Zeori- Marotte Paris

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