QUELQUES AUTRES EXPOSITIONS DES IMPRESSIONNISTES
LES expositions du groupe impressionniste qui suivirent celle de 1877, ne firent revivre chez les exposants ni l'enthousiasme, ni la cohésion qui avaient marqué les premières. Quelques nouveaux venus se joignirent aux anciens, qui n'y étaient pas toujours tous. En 1879, ï^^^ ^^ 1881, Renoir s'abstint d'exposer avec ses amis et envoya des toiles au Salon : en 1879, les portraits de M"^® Charpentier et de Jeanne Samary, en 1880, les Pêcheuses de Berneval^ en 1881, la Tasse de café^ qui n'était qu'un portrait de Margot, accoudée à la table couverte de peluche rouge, de l'atelier de la rue Saint-Georges.
Les visiteurs ne vinrent plus en aussi grand nombre aux expositions des Impressionnistes. La curiosité qu'elles avaient d'abord excitée s'émoussait ; le public, devenu indifférent, ne se dérangeait plus. L'hostilité, ardente encore en 1877, ^i ^^^^ n'était pas apaisée, était moins bruyante et aussi moins générale.
A l'une de ces expositions, un jour, je vis errer, dans les salles presque désertes, Alexandre Dumas fils. Grand, habillé avec une élégance discrète, il donnait l'impression d'un homme cossu, d'un ban-
quier, plutôt que d'un homme de lettres. Quelques cheveux crépus grisonnants s échappaient de son chapeau de soie et rappelaient son origine ethnique. Le visage semblait de cire jaunie et ses traits immobiles, comme figés, produisaient une sensation désagréable que le regard vif, pénétrant, inquisiteur ne tempérait pas. Dumas demeurait longtemps, l'air songeur, devant les toiles avec le désir, eût-on dit, de se rendre compte de l'intention d'artistes dont les œuvres s'éloignaient si complètement de celles de ses amis, les peintres à la mode. Compritil? J.e l'ignore. Mais c'était déjà quelque chose, qu'un homme aussi considérable que Dumas fils, se fût dérangé pour voir les tableaux des Iinp ressio un is tes.
Envoyant les salles silencieuses, où les rares visiteurs ne laissaient, pour ainsi dire, jamais paraître leur sentiment sur ce qu'ils regardaient, je songeais aux difficultés matérielles dans lesquelles presque tous mes amis se débattaient, et j'étais fort attristé de cette indifférence; elle était plus pénible pour moi, que ne l'avaient été les attaques violentes d'autrefois.
En 1879, l'éditeur Charpentier avait fondé une revue hebdomadaire : La Vie Moderne,, dont la direction était confiée à Emile Bergerat. C'était une publication bien présentée, d'aspect élégant, imprimée avec soin et contenant des dessins intéressants, reproduits par les procédés de photogravure les plus perfectionnés. Renoir y a donné quelques portraits d'hommes en vue, notamment celui de l'ambassadeur d'Autriche, M. de Beust, qui avait fait au peintre un accueil très bienveillant.
Le bureau de la Vie Moderne était sommairement installé à l'entrée du passage des Princes, du côté du Boulevard des Italiens, dans une partie de boutique sous-louée à la revue par un marchand de vin de Champagne, qui en était le principal locataire.
Au printemps de 1880, la Vie Moderne ouvrit dans ce local exigu une exposition d'œuvres de Monet. La situation de la boutique, en
La tasse de café (Margot, 1879).
plein boulevard, était des plus favorables pour y attirer le public. On y vint beaucoup. Mais la foule qui se pressait, à certaines heures, dans Tétroit magasin n'était guère composée que de passants désœuvrés,
La « boulangère ».
ignorant tout de la peinture. La tentative de la Vie Moderne ne fut cependant pas inutile. Elle répandit dans le grand public le nom de Monet et contribua à accroître la notoriété du peintre, résultat qui n'était pas à dédaigner.
L'exposition de Monet à la Vie Moderne était la première, où Tun i8o
Héfr'o Léon, J^/arotte />ajis
Cl. Durand-Ruel.