‹ Renoir et ses amisChapitre 49 sur 63 · PORTRAIT DE MADAME BERTHE MORISOT ET DE SA FILLE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MADAME BERTHE MORISOT ET DE SA FILLE

— ((Non, Monsieur, le propriétaire ne veut pas », disait-elle, à Tétonnement de Renoir, qui réitérait sa question.

— (( Mais, Monsieur, je vous répète que le propriétaire ne veut pas qu'on chante dans la cour », concluait la bonne femme.

Elle avait pris le peintre pour un chanteur ambulant !

Désespérant de se faire comprendre de cette vieille sourde, Renoir épia le moment où elle lui tournait le dos pour monter chez moi • la méprise de la concierge Tavait beaucoup égayé.

Il avait été déjà Tobjet de méprises semblables et Pabsence de perspicacité des domestiques, au sujet de la qualité des visiteurs de leurs maîtres, le réjouissait toujours comme une bonne bouffonnerie.

En 1890, Renoir exposa, à la Galerie Durand-Ruel, un assez grand nombre de tailes résumant son œuvre de quelques années. Arsène Alexandre écrivit la préface du catalogue. On discerne clairement, dans la notice de Técrivain, le chemin parcouru par les critiques d'art depuis l'exposition de 1877. L'évolution de l'esprit public à l'égard des Impressionnistes était déjà très marquée ; non seulement on ne riait plus devant leurs toiles, mais on applaudissait les peintres qui les pastichaient. Si Renoir avait consenti à ressembler à ses imitateurs, per • sonne n'aurait plus contesté son talent.

L'exposition de 1890 marque pour Renoir la fin des temps difficiles. A partir de ce moment, sa réputation ne cessa de grandir avec une régularité singulière. Ce ne fut pa^, avant longtemps, le gros succès d'argent — il n'était pas recherché par l'artiste — mais ce fut la reconnaissance, par tout ce qui compte dans le monde des arts, de l'originalité et de la valeur de son œuvre.

Tête de femme (iSgS).

xni

Page 1