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Coll. M. Ganj^nat.
Héiio Léon Marotte Paris
GLA.UDE RENOIR Eï LES DEUX SERVANTES (1910).
tionner des œuvres de Renoir. Il s'agissait, désormais, pour Tamateur de discerner, dans la production de Tartiste, ce qui paraissait caractériser le mieux sa facture, ses tendances, son évolution. C'est ce que M. Gangnata su réaliser à merveille, au cours d'une trentaine d'années de fréquentation du peintre. Former une collection composée de cent cinquante toiles du même peintre, contenue dans une demi-douzaine de pièces, rassembler les œuvres qui peuvent le mieux voisiner pour donner à cet ensemble Faspect le plus varié, le plus joyeux : tel a été le résultat obtenu par une patiente sélection. Il n'existe, nulle part ailleurs, un ensemble comparable à celui-là et quiconque n'a pas vu la galerie de M. Maurice Gangnat ne peut se flatter de connaître Renoir.
Les premières atteintes graves du mal qui minait Renoir, et qui finit par le clouer, impotent, sur son fauteuil roulant, se manifestèrent vers 1894, lorsqu'il habitait, au sommet de la butte Montmartre, un pavillon du (( Château des Brouillards », à côté de celui qu'occupait Paul Alexis. Déjà pour marcher, il lui fallait s'appuyer sur une canne et il avait dû renoncer, lui jadis si bon marcheur, aux promenades qu'il affectionnait. Il n'était pas devenu pour cela casanier. Chaque été, il changeait de résidence, allant tantôt en Normandie, tantôt en Bretagne, où il s'attarda même parfois jusqu'à l'automne, à Pont-Aven, chez Julia, l'hôtelière bien connue des peintres. Plusieurs fois, il alla à Bourbonneles-Bains pour soigner son rhumatisme, sans succès, du reste. Presque tous les ans, il terminait la saison d'été par un court séjour à Essoyes, avant de regagner le Midi pour tout l'hiver. Partout, si peu de temps qu'il passât dans un pays, Renoir peignait, car il n'avait pas besoin pour peindre d'une installation particulière ou confortable, ni de sujets singuliers. Le chemin herbu qui bordait la maison, le bouquet d'arbres qu'il apercevait de sa fenêtre lui servaient de thèmes pour réaliser un lumineux paysage dans lequel on se dit qu'on voudrait vivre. Des enfants jouant dans l'herbe, une jeune paysanne assise dans une salle
de ferme suffisaient au peintre qui découvrait en eux le charme dont il les dotait. Il n'y avait que la vieillesse et la laideur qui ne le tentaient pas.
Malgré l'apaisement des anciennes hostilités, Renoir, dont le
Environs de Pont-Avén (Vçrs 1890)
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talent n'était plus contesté, demeurait un novateur aux yeux des écrivains de tendances révolutionnaires, chez qui le scepticisme d'Anatole France et le papillonnage de Verlaine s'étaient mués en foi démolisseuse. Ils se méprenaient sur la nature de l'art de Renoir, de la même manière que l'avaient fait autrefois les critiques du Figaro et du
Charwari et, aussi, ce vieux républicain de Ghallemel-Lacour. Les premiers ne différaient des seconds qu en ce qu'ils avaient de la sympathie pour le peintre qu'ils supposaient anarchiste comme eux.
C'était une cause d'agacement pour Renoir que cette méprise des gens de lettres. Son ori-
ginalité venait de son tempérament, de sa sincérité, elle ne résultait ni d'une théorie nouvelle de la peinture, ni d'une opinion politique, ni de remploi de procédés techniques qu'il aurait découverts. Il s'est toujours défendu, avec raison, d'avoir rien innové.
Il fallut du temps encore pour qu'on reconnût en Renoir un peintre de la lignée des artistes français du xviii^ siècle.
On le compare aujourd'hui à Fragonard, à Watteau et l'on a raison ; sans doute, il ne leur ressemble pas comme un
Enfant et sa Lonne (igoS).
contemporain, parce que chaque génération a sa physionomie propre et que Renoir n'a pas tenté de refaire en le copiant, ce que ses prédécesseurs avaient réussi avant lui, mais il a sa place, avec eux, dans la peinture française, aux côtés de Delacroix et de Corot. Les jeunes peintres, qui depuis 1890 fréquentèrent chez Renoir, ont contribué dans une large mesure à l'évolution de l'esprit public à Tégard du
talent de Renoir comme, quinze ans auparavant, leurs devanciers avaient fait cesser les rires ironiques qui accueillaient les Impressionnistes à la galerie Nadar.
La notoriété de Renoir dépassait le cercle des peintres et des amateurs, mais il advient souvent aux hommes connus que leur nom ne représente pas toujours la même chose à l'esprit de tous ceux qui Pont entendu prononcer; le peintre s'en doutait bien, mais il 'put s'en convaincre par un plaisant exemple.
En 1894, Paul Gavault et moi, nous dirigions et rédigions le Petit Préwyant, un journal quotidien que patronnait Chatelus, le fondateur des Prévoyants de V Avenir. Chatelus était un grand diable portant de longs cheveux bouclés, dans lesquels il passait la main de temps en temps, et une grande barbe soyeuse. Il avait, avec sa face léonine, tout à fait le physique rêvé de l'apôtre populaire. Presque illettré, naïf et brave homme, il se mirait dans son œuvre et croyait vraiment qu'il avait découvert le moyen de rendre le peuple heureux. C'était aussi, naturellement, un vieux républicain.
Un jour, Renoir vint me voir au journal ; Chatelus s'y trouvait et je les présentai l'un à l'autre. Chatelus pressa cordialement la main de Tartiste, puis secouant sa crinière :
— (( Ah ! citoyen Renoir », dit-il d'un ton grave, ce je vous connais bien, j'ai lu votre nom dans les journaux, vous aussi, vous êtes un vieux lutteur ! »
Il le croyait un chef révolutionnaire des peintres en bâtiment! Renoir se garda bien de le détromper.
— (( Et ça marche, vos revendications? » questionna Chatelus.
— (( Très bien ! », répondit Renoir d'un ton convaincu. Chatelus s'en alla, satisfait de savoir que l'importante corporation
des peintres était bien dirigée.
Vers la fin de septembre 1894, nous eûmes le chagrin de voir mourir Norbert Gœneutte, emporté par une crise de rhumatisme. Quelques amis, parmi lesquels se trouvaient Cordey et moi, étaient
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Cl. Durand-Ruel.