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ORGANISATION DE LA BIENFAISANCE. FONDS DE LA SOCIÉTÉ

La nouvelle société devant surtout se distinguer par une bienveillance pratique et réelle, ses membres s'engageraient implicitement, en y entrant et en y restant,

non-seulement à provoquer toutes les améliorations que réclament les institutions sociales, mais à contribuer de leurs moyens au soulagement de toutes les misères. Ce service si important serait organisé avec le plus grand soin. Des membres, hommes ou femmes selon les besoins, seraient spécialement chargés de la recherche des souffrances et de la distribution des secours (1) au nom et sur les fonds de la société, qui s'en ferait rendre compte par l'intermédiaire du conseil d'administration. Cette distribution de secours se ferait sans faste, sans ostentation, et sans qu'elle pût humilier ceux qui la recevraient. Elle se ferait à domicile ; car il faut laisser à ceux qui en sont fiers leur institution des hospices, qui arrache les malheureux à leurs familles précisément dans les circonstances où l'on a le plus grand besoin de l'assistance physique et surtout morale de ses proches (2). Jusqu'à ce qu'un service médical, public

(\) Il va sans dire que je veux parler d'une recherche prudente des besoins réels et d'une distribution intelligente des secours; car personne ne supposera que je veuille introduire parmi nous cette taxe des pauvres d'Angleterre, qui n'a le plus ordinairement abouti qu'à entretenir et propager la fainéantise et la débauche, et aux dangers croissants de laquelle on a dernièrement appliqué des renièdes fort durs et d'une efficacité douteuse.

(2) Je ne parle ici que des hospices où l'on reçoit pass.igèremenl les malades ayant une famille et un domicile où ils peuvent être secourus plus fructueusement. Quant aux établissements spéciaux destinés à recueillir des orphelins pauvres, des enfants abandonnés, des aliénés, des personnes âgées et infirmes, sans fortune et sans proches parents qui puissent en prendre soin, on ne saurait nier leur utilité ; mais leur organisation monacale actuelle réclame une réforme radicale. Ils devraient en outre être placés dans des campagnes réunissant toutes les conditions désirables de salubrité, et ceux où sont reçus des orphelins, des enfants abandonnés et même dès aliènes, devraient être organisés dans le système des

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et gratuit, soit organisé aux frais de TEtat, à côté où plutôt comme modèle de l'exercice de la médecine privée, lequel doit demeurer libre, je comprends parmi les secours qui seraient distribués à domicile les soins désintéressés de médecins, membres de la société religieuse, et qui feraient de la pratique de leur art non pas un métier mais une source d'actes de dévouement. Toutes les affaires financières devraient se traiter d'ailleurs en dehors des réunions ordinaires.

Les fonds de la société se composeraient uniquement des offrandes parfaitement libres de ses membres, offrandes qu'on s'abstiendrait de proclamer. Les dépenses du culte proprement dit seraient très-peu considérables, toutes les fonctions devant nécessairement être gratuites; elles consisteraient presque uniquement dans les frais du local où se tiendraient les réunions et d'un mobilier qui se distinguerait seulement par sa grande simplicité et sa propreté. La majeure partie des dépenses s'appliquerait aux bonnes actions extérieures, dont il a été parlé déjà et à d'autres encore au nombre desquelles il ne faut pas oublier de compter l'instruction gratuite à donner aux enfants des familles pauvres

colonies occupées parliculièrement de travaux des champs. Enfin les établissements publics d'aliénés devraient avoir pour directeurs non pas des médecins mais des moralisles psychologues. Je ne veux pas dire pour cela qu'on n'ait pas besoin de médecins dans les maisons d'aliénés : les désordres intellectuels où ils n*ont rien à voir ni à palper entraînent ordinairement des désordres physiques qu'eux seuls sont aptes à observer et à traiter; mais ces derniers désordres ne sont que des effets accessoires. C'est donc à leurs causes^ c'est-à-dire aux désordres intellectuels, qu'il faut porter remède avant tout, et c'est à quoi les phy^sioiogistes sont impuissants, étrangers qu'ils sont généralement aujourd'hui plus que jamais aux études et aux observations psychologiques.

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ainsi qu'aux adultes dont l'éducation aurait été négligée ; car un des premiers devoirs de la société religieuse, tant que TEtat ne se serait pas mis en mesure de remplir complètement sa charge à cet égard, serait de veiller à ce que tous reçussent le degré de culture intellectuelle approprié à leur position et à leurs besoins, Tignorance étant la mère de Terreur et du mal, et ne pouvant jamais produire aucun bien. Le conseil d'administration rendrait un compte annuel de Tétat des fonds de la société et de leur emploi. Ces fonds, je le répète, auraient pour unique source les offrandes libres. Des cotisations, même lorsqu'elles seraient acceptées volontairement dans le principe, devenant ensuite obligatoires, seraient onéreuses pour les membres privés de fortune et qui ne pourraient en être dispensés sans se sentir humiliés. Ce système introduirait donc des causes de difficultés et de gêne dans une société religieuse, qui doit fonctionner toujours £),vec la plus parfaite aisance, et jetterait sur ses œuvres une couleur défavorable aux yeux de ceux qui y demeureraient étrang*ers. Il va sans dire que je ne veux parler ici que des fonds de la société religieuse proprement dite; car un des bons effets extérieurs de U religion nouvelle ^era de recommander la puissance merveilleuse et vraiment indéfinie de l'association. Le système des cotisations entre associés dans le but de prévenir ou d atténuer les chances de la plupart des maux de cette vie, est très-bien à sa place dans l'ordre des relations purement mondaines. Quoique l'idée première en soit très-ancienne, on peut dire que -celle de la possibilité de son application universelle est uiïè des conquêtes de ce siècle, et nous serons, en notre qua-

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lité de citoyens, disposés à faire entrer tous les jours davantage cette féconde vérité dans les faits de l'organisation sociale.

Les sociétaires seraient invités à soumettre au conseil d'administration ou à des personnes que ce conseil désignerait les différends graves qui pourraient "survenir entre eux dans leurs relations civiles : cette voie, parftitement libre et toujours ouverte, de conciliation gratuite et prompte autant que bienveillante et éclairée, les dispenserait, dans la plupart des cas, de recourir à l'intervention lente, ruineuse et irritante des tribunaux.

La religion nouvelle inspirera surtout le dévouement au bien et l'honnêteté de la conduite. C'est donc, on ne saurait trop le redire, à la pureté de leur vie que les membres de la socfété devront se reconnaître. De quel droit pourraient-ils recommander des vertus qui ne seraient pas à leur usage? Ils ressembleraient à ces. docteurs à la parole vainement retentissante et en faveur de qui a été fait ce précepte. Faites ce qu'ils dissent et non pas ce qu'ils font (Évangile de Mathieu, ch. 23, V. 3.), précepte commode, qui doit être remplacé pour nous par cet autre. Voyez d'abord ce qu'ils font^ puis jugez par là de ce qu'ils disent. L'exemple est en effet la meilleure des prédications. Commençons donc par établir la règle dans nos pensées, nos affections et nos actes; car ce serait une bien ridicule prétention que de vouloir faire régner Tordre hors de nous avant de l'avoir fait régner en nous-mêmes.

Tels sont les principes généraux qui devront présider à l'organisation de la nouvelle société religieuse, et l'on voit que, dans les divers moyens que j'ai indiqués suc-

cinctement, iln*y a rien de chimériqae, rien que de trèsréalisable. J'ajoute que, l'essence intime d'une religion vraie étant indépendante des formes extérieures du culte, les conseils d'administration pourraient introduire dans ces formes telles modifications qu'ils jugeraient nécessaires ou utiles. Ils procéderaient en cela, comme en toutes choses, avec prudence et maturité ; mais en se tenant en garde contre l'amour excessif de la nouveauté et du changement, ils se défendraient également de cette immobilité dont les religions formalistes se font un si grand mérite.

J'ai supprimé certains détails d'exécution, qu'on retrouvera au besoin dans les précédentes éditions de cet ouvrage, et qui ont paru, avec raison peut-être, prématurés. Quant aux méprises quelque peu volontaires ou aux railleries de goût équivoque dont ces considérations ont été l'objet de la part soit de ceux qui puisent à une autre source que la raison leurs notions religieuses, soit de ceux qui 'ne veulent de religion d'aucune sorte, on pense bien qu'ayant dû m'y attendre, je n'ai pu m'en émouvoir. C'est donc pour les lecteurs sérieux seulement, pour les lecteurs bienveillants au moins sinon sympathiques, que je crois utile, en terminant cet appendice, de rappeler l'avertissement par lequel je l'ai commencé, à savoir que son objet n'est pas encore de procéder à l'exécution, mais uniquement d'écarter des fins de non-recevoir, présentées même par de prétendus philosophes, et de montrer la possibilité de passer de la théorie à la pratique et de travailler, quand le moment en sera venu, à l'organisation prochaine de la nouvelle société religieuse.

(Voir la note de la page 409.)

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