‹ Renseignemens sur l'AmériqueChapitre 12 sur 43 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

L*état de New - York est celui dont la prospérité semble augmenter à tous égards de la façon la plus rapide , si l’on en excepte la Pensylvanie. La ville de New -York occupe le premier rang après Philadelphie , comme place de commerce , et les parties reculées de l’état offrent , à un prix médiocre , d’immenses étendues du meilleur terrein. Le climat n’y est pas non plus assez différent de celui de la Grande - Bretagne 9 pour en éloigner l’émigrant anglois. Il y fait plus froid et plus chaud que chez vous ; mais dans quelques parties , un peu plus de chaleur seroit, selon moi, de quelque avantage : car quoiqu’on y trouve dans toute leur perfection les nombreuses familles des pommes américaines , la pêche , à ce que l’on prétend, ne mûrit pas parfaitement à Albany.

La partie la plus fertile de cet état est , sans comparaison, le pays de Genesée, qui depuis la guerre malheureuse que nous soutenons contre les Indiens, a attiré un grand nombre de ces émigrans de la nouvelle Angleterre, qui, depuis un an ou deux , ont voyagé vers les frontières de l’Ohio, pour y trouver de la terre moins chère et meilleure que dans leur propre pays. Il ne semble pas, en effet, qu’il y ait beaucoup de différence, pour le genre et la qualité du sol, entre les meilleures terres du Geneséè

et Le territoire du Kentucky ; et celle qui existe^ peut être raisonnablement attribuée à la chaleur du climat, plus grande dans ce dernier pays, et dont les désavantages , à certains égards, peuvent balancer ce qu elle a au contraire davantageux sous cet aspect. Ainli donc, si la seule circonstance de la richesse du sol suffisoit pour décider le but d’une émigration, un habitant de la nouvelle Angleterre feroit auffibien de s’arrêter dans le pays de Genesée , que d’entreprendre le long voyage qu’un grand nombre de ses compatriotes a pris * jusqu’à présent , le parti d’exécuter.

Cependant , quelque riche et quelque fertile que soit ce pays , nous aurons des raisons sérieuses et puissantes , de nous en éloigner, i. La difficulté de s’y procurer des valets pour le labourage et même pour d autres genres de service; parce que le pays n’étant cultivé que depuis peu , sa population n’est encore composée que de la classe des premiers colons , qui n’ont pour vivre que leur travail et celui de leurs familles. i. Le superflu des productions du Genesée doit être transporté à Philadelphie ou à New - York , par la voie d’Albany. Des- deux manières, le transport est difficile et coûteux. La partie du Genesée la plus voisine du Susquebannah et de la Delaware, trouvera naturellement

le débouché de ses productions à Philadelphie» Cette ville attirera , par conséquent , les denrées d’une grande partie de ce pays, (qui par sa situation semblerait pourtant plus à portée des marchés de New-York, ) à cause des efforts plus grands faits par l’état de Pensylvanie* ) pour faciliter les transports , tant par le moyen des nouvelles routes , des nouveaux canaux , qü’en perfectionnant la navigation des rivières. Par-là donc , il est évident ( comme il l’est même à la simple inspection de la carte , ) que les parties intérieures de la Pensylvanie , voisines du Susquehannah , et dïi la terre est, en général, excellente , auront sur le territoire du Genesée des avantages considérables, pour la facilité du transport des denrées. Par conséquent , à moins de supposer dans le sol de ce dernier pays , une supériorité plus grande que celle qui semble exister à présent , les productions de l’intérieur de la Pensylvanie arriveront les premières et à moins de frais au marché commun. Enfin, bien loin qu’on puisse se dédommager

*) Comparez ce que Morse dit à cet égard de la Pensylvanie , éd. in-l\.page 424, avec ce qu’il dit page yjy j où il parle des routes de l’état de New-York j lisez aussi les propositions faites pour le perfectionnement des routes de la Pensylvanie et que j’ai jointes à cette lettre .

dans le Genesée , par la modicité du prix de* terres, il y est aujourd’hui tout aussi haut que dans les parties riches de la Pensylvanie, à 150 milles de la capitale. 3. La bonté même du sol dans le Genesée fait qu’il est difficile d’y établir des routes agréables et commodes; l’humidité y rend le terrein boueux et l’on y enfonce facilement. *) 4* Toutes ces circonstances sont encore contraires à la santé. Tout le territoire du Genesée est en effet accusé d’insalubrité ^ avec vraisemblance. Les rivières y sont lentes-, le pays plat , le sol humide , les petits lacs nombreux; et l’on n’y trouve pas une montagne, depuis la rivière de Genesée, jusqu’à la chûte de Niagara. Les fièvres y sont si dominantes , que les Indiens d’un côté de cette rivière, et les nouveaux colons de l’autre, étoient, il y a quelque îems , presque également attaqués de cette mabdie affoiblissante. A mesure qu’on s’acclimate , 011 y devient moins sujet ; mais il est bien rare qu’on se dérobe à payer un premier tribut , si

*) Les hivers sont plus doux et par conséquent plus sujets aux pluies dans le pays du Genesée } auprès des grands lacs , que dans la partie de V Amérique comprise entre les 40^ et les degrés de latitude . Auprès du ^rme , les rivières coulent dans les deux directions , y ers V océan atlantique et vers les lacs.

même

Hfîlme eeïâ est possible ; et c’est à cette insalubrité de l’air que l’on doit attribuer sans doute l’infériorisé des Indiens de cette partie , pour la taille et pour la vigueur ( ï ). 5. C’est une circonstance assez désagréable pour le pays de Genesée , que de former la frontière du côté des Indiens , qui naviguent sur les lacs voisins de son territoire. Plusieurs parties de ce territoire sont même encore occupées par les Indiens. Leurs dispositions sont à préserft amicales, et s’ils en changent, ils finiront par être soumis ; mais l’étàt de guerre intermédiaire , entre la rupture et la conquête, conviendrait fort mal aux habitudes et aux penchans d’un paisible Européen. Sur les bords de la rivière Mohawk , les terres sont bonnes, très-boisées, et se vendent à présent à un prix, peu supérieur peut-être aux avantages qu’elles présentent; mais elles sont sujettes aux mêmes inconvéniens que le reste du pays.

Il paroît évident, d’après tout ce que je viens de détailler , que le Genesée ( qui a d’autres égards seroit , pour un nouveau colon, préférable aux au-

( 1 ) Voilà quel a été le grand inconvénient de ÎViU îiamsbourg sur la rivière de Genesée: dans le nouvel établissement de Baxh-Town , dans le meme pays , on paroît Vavoir prévu , car la nouvelle ville est placée un peu au* dessus du niveau du pays environnant .

très parties de l’état de Nev/ -York ) a aussi de nombreux désavantages. Ces désavantages pourroient étte légers aux yeux d’un Américain, émigrant des états peuplés de la nouvelle Angleterre, mais ils se présenteront , je crois, soüs un aspect formidable aux yeux d’un Européen.

Une autre objection à faire contre un établissement dans l’état de New-Yrork, c’est que ses loix ne permettent à un étranger , ni d’acquérir , ni de transmettre une propriété territoriale. Ainsi, jusqu’à ce qu’une résidence réelle eût acquis à l’acheteur le titre de citoyen , il seroit obligé d’agir par un procureur, dans l’honneur et la probité duquel il faudroit qu’il eût une confiance implicite.

Je vois fort peu d’inconvéniens, au contraire, à s’établir en Pensylvanie. Pour le climat , la différence entre cette partie du continent américain et la Grande - Bretagne, est non-seulement supportable, mais elle tourne même, selon moi , en faveur de la Pensylvanie, sur-tout dans ses parties du Nord et du N. O. Je parle même ici pour les constitutions et les habitudes angloifes. Les étés sont un peu plus chauds et les hivers plus froids dans Ce pays-ci qu’à Londres , mais Pair y est, en général , plus sec, plus agréable, et sans doute aussi plus. sain. La situation centrale de cet état par rapport aux autres , la

prospérité de ses finances , les nombreuses améliorations projettées pour ses chemins et ses canaux, la possession de la ville la plus grande et la plus florissante de l’Amérique ( i ; , sa supériorité d’importations et d’exportations, et particulièrement (2.) le plus grand nombre d’émigrans de toutes les classes qui abordent à Philadelphie : toutes ces causes prises ensemble doivent raisonnablement faire regarder la Pensylvanie comme l’état le plus florissant de l’union. Je reparle pas de la résidence du congrès à Philadelphie, parce que cet avantage, si c’en est un, n’existe que pour un temps ; et je ne vous crois pas d ailleurs tres-dispose à résider dans une métropole, quoiqu’il y ait des avantages occasionnels très-nombreux à vivre à une distance médiocre d’une grande ville.

Je préféré, en général , la Pensylvanie à l’état de New-York, parce que le climat y est plus

( I ) Philadelphie .

( 2 ) Ceci se verra par la table des exportations que je donnerai plus bas. Le nombre des èmigrans est proportionné à la quantité de bâumçns qui commercent dans les dijférentes parties de l' Amérique. Les deux ports de Philadelphie et de New-York font environ un tiers de tout le commerce des États-Unis , et celui de Philadelphie est le double de celui de New-York^

sec (1), et par conséquent plus favorable à la santé ; un peu plus chaud et par conséquent plus propice à la végétation. En Pensylvanie , le gouvernement est plus occupé de mesures publiques, capables d’augmenter la population et de faire monter promptement la valeur des terres; ses revenus sont d’un plus grand rapport , et son trésor est plus riche. Sur tous les autres points , la Pensylvanie est au moins l’égale de l'état de New -York, et dans ceux que je viens de dénombrer, elle a, selon moi, la préférence. Mais ce n*est pas dans la partie du S. E. de cet état que nous devons chercher, ni des terreins considérables , ni un sol riche , ni des terres à bon marché. En approchant de la côte, les propriétés sont morcelées, le terrein stérile et cher, le climat de cette partie du S. E. ( à 200 milles de la mer, par exemple) n’est ni aussi agréable, ni aussi favorable à la santé et à la végétation, que dans les contrées du Nord et du N. O. de cette province (2). A Philadelphie, pendant cet hiver

( I ) Ceci est vrai pour toute l'étendue des deux états et dépend de la situation moins aquatique de la Pensylvanie t qui est plus éloignée que le New York de l'océan et des lacs.

( 2 ) T ai dé] à observé {page 11 ) que le climat est très-inconstant sur cette partie des côtes de l' Amérique qui est exposée aux influences des vents de la mer atlantique.

et les précédens , on a vu plusieurs fois paroître et disparoître les neiges. Des glaces succèdent aux dégels et les racines des plantes restent trop souvent exposées à la rigueur du froid. Cet inconvénient se fait sentir le plus souvent aux fermiers de cette partie de la Pensylvanie qui avoisine le Maryland , et a souvent pour eux de trè? - fâcheuses conséquences. Au contraire, dans les parties septentrionales des comtés de Northumberland, de la Luzerne et de Northampton f quand la neige est une fois tombée en grande quantité , elle couvre la terre pendant tout l’hiver, produit une température plus réglée et protège les jeunes pouss es.

Cette remarque doit s’appliquer non- seulement à la partie de la Pensylvanie citée plus haut , mais encore à toute celle du continent qui n est pas séparée de la mer par les montagnes bleues , Les plus orientales de toute la chaîne qui s’étend vers le N. E. depuis la Caroline jusqu à ï extrémité de Pétât de New-York. Entre ces montagnes et la mer , les vents du N . E. de P Est et du S. E. se font sentir dans toute leur force , et (es hivers comme les étés y sont sujets à des changcmens soudains et viole ns dans la température également désagréables et dangereux pour la santé. Au-delà des deux ou trois premi'eres branches de la ehaîne des montagnes , le climat est moins variable l, le terrein plus élevé , T air plus pur ; le sol moins humide et plus fertile ; en un. mot , c’est un pays tout différent, et , selon moi, bien préférable .

De plus, les plus grands terreins non encore occupés, qui sont par conséquent les moins chers et sans comparaison les meilleurs de la province, se trouvent dans les parties septentrionales des comtés que je viens de nommer, et dans celui d’AUegany , c'est-à-dire en général, au-dessus du 41e. degré de latitude. Parmi ces différens pays , je choisirais plutôt ceux qui sont placés à l’Est que les autres ; parce que la proximité des branches du Susquehannah , pour transporter les denrées à Philadelphie et à Baltimore , est, et sera toujours préférable au voisinage des rivières qui ne communiquent à présent qu’avec l’Ohio. Ajoutez à cela que les comtés d’Allegany et de Northumberlan ! , depuis le Sinnamohing en s’étendant vers l’Ouest , sont encore inhabités , tandis que la seconde classe des colons s’établit à force sur la même ligne , dans toute la partie orientale, jusqu’aux frontières de l’état. Une autre considération a aussi pour moi quelqu’importance; c’est que les Indiens fréquentent encore la partie occidentale de ce territoire , même jusqu’à la source du Sinnamohing, et qu’ils .-v clament i’Aüegany pour être à l’avenir une barrière éternelle entr’eüx et les blancs. Vous jugerez facilement de ces observations en jettant les yeux sur la carte de Pensylvanie d’Adlum , sur celle d’Howeli, ou sur celle enfin que j’ai jointe à cet ouvrage.

Les objections à faire contre le Maryland et la Virginie dérivent du climat et de la culture par les esclaves. L’été dans ces deux états , et sur-tout dans le premier, est d’une chaleur trèsdésagréable pour un tempérament anglois, et l'impossibilité de s’y faire servir autrement que par des nègres esclaves est un inconvénient presqu’insurmontabîe. Outre cela, Philadelphie offre im marché bien plus avantageux que Baltimore , et sur-tout pour le froment qui se vend pour l’ordinaire un schelling dé plus dans le premier de ces ports que dans le second , quoique celui-ci soit dans un état d’amélioration rapide.

La cité Fédérale fondée récemment entre les branches du Potowmack doit donner au pays environnant une augmentation de valeur considérable et toujours croissante; et le congrès devant à l’avenir y résider , il est possible que Washington- City devienne un jour ce que sont aujourd’hui New-York et Philadelphie, malgré .la rivalité puissante des ports d’Alexandrie , de Baltimore et d’Annapolis. Je ne doute pas cependant que six, ou même douze personnes ne trouvassent dans le voisinage de 'Washington-Çity des plantations à acquérir, d’une étendue assez considérable pour y placer un honnête- capital; plantations qui recevroient une augmentation de valeur annuelle, indépendamment de leurs propres travaux ,

et quelque put être le prix actuel des terres; Mais il nous reste encore l’inconvénient du climat et de la culture par les esclaves ; et soit qu’on doive l’attribuer à une seule de ces causes , ou à leur conbinaisôn , il est sûr qu’on trouve, dans les états méridionaux , un manque d’énergie individuelle et nationale qui ne se rencontre pas dans les autres. L’agriculture et la vie des fermiers y sont moins perfectionnées et moins polies; les particuliers y sont plus dissipés et plus paresseux ; le progrès des travaux et des lumières publiques plus lent en général que dans les provinces du Nord. Sans doute la chaleur au climat contribue à cette indolence ; mais lorsque le travail est le partage des seuls esclaves, dont l’industrie n’est pas encouragée par un bénéfice proportionné, et lorsque l’habitant blanc se croit un être d’une nature différente et supérieure , il est impossible que le progrès du bien public ne soit pas arrêté par l’effet de ces opinions , adoptées universellement dans la théorie et dans la pratique.

Ainsi, malgré les exceptions que pourroient faire quelques lieux particuliers, il est impossible que dans le.-, derniers pays dont je viens de parler , l'augmentation graduelle de valeur d’une propriété terri o iale , produite par l’opération de causes régulières et constantes, soit jamais aussi

grande que dans d’autres pays , où le climat per* met et demande qu’on travaille, et où un blanc peut le faire sans déshonneur.

Il me semble que cette augmentation graduelle de valeur d’une propriété territoriale que je citois À l’instant, s’obtiendra plus sûrement, plus promptement et dans une proportion plus haute dans les états de Pensylvanie et de New - York, que dans aucun des autres: i°. à cause du bas prix actuel et de la bonté des terres; 2°. à raison de l’abord des émigrans européens , dans les ports de New -York et de Philadelphie; et 30. parce que les comtés septentrionaux de ces états sont aujourd’hui préférés , avec raison , au territoire de l’Ou'eft, par les colons de la nouvelle Angleterre. -

Lorsque de bonnes terres favorablement situées peuvent être acquises, à raison de trois couronnes et demie , ou d’une guinée l’acre , un capital employé à cet achat sera bien plutôt doublé, que si le prix originaire avoit été de 2 ou 3 livres sterlings. Une augmentation de trois couronnes et demie par acre, sur la valeur d’un terrein de la première espèce , doublera la mise dehors ; tandis que la même augmentation de valeur, sur un terrein de la seconde classe, ne sera qu’un gain de 1 5 ou 16 pour cent. De plus, une valeur additionnelle de 5 sous ou de 7 sous

6 deniers stërîïngs est donnéé bien plus facilement a un terrein du premier genre et devient alors bien plus sensible, bien plus évidente au premier coup-d’œil que dans l’autre cas ; enfin ces terreins doivent néceffairement attirer les personnes qui n’ont qu’une propriété médiocre, et tirer une augmentation de valeur de l’établissement des nouveaux colons, quand même la population graduelle du pays ne contribueroit pas a 1 accroître. Il est donc clair, par les autres causes que j ai déjà mentionnées , que les deux états du milieu ont un avantage décidé sur les autres, et seront pendant plusieurs années préférables , pour l’emploi du capital et des soins d un émigrant. De ces deux états, je choisirons le Pensylvanie, par les raisons que j’ai déjà dites, et aussi parce que tout tend à s’y perfeûionner bien plus rapidement que dans l’état de New- York ; mais dans tous les deux , les émigrans trouveront en abondance et à Sas prix des terres fertiles, bien arrosées , à portée de la navigation, sous un bon gouvernement et' dans un climat favorable.

Vous vous étonnerez peut-être de ce que j’ai passe sous silence la vallée, de Shenandoah recommandée par Brissot et le Kentucky cette terre promise, dont Imlay nous a donné une si Batteuse description.

La vallée de Shenandoah s’étend depuis 'Winchester en Virginie, jusqu’à Carlisle et au Susquehannah dans la Pensylvanie. Ce que j’ai dit de la Virginie et du Maryland, relativement au climat et à la culture par les esclaves, se rapportera donc aussi aux parties dp la vallée de Shenandoah qui sont comprises dans ces états. D’ailleurs , dans toute son étendue , le terrein est trop cher pour promettre les avantages qu’offrent les pays où il est à bas prix, et comme la vallée est principalement peuplée d’Allemands et de Hollandois, elle eft plus convenable pour des émigrans de ces nations. A l’égard du Kentucky, Imlay a dit la vérité ; mais ( sans s’en appercevoir peut-être) il n’a pas dit toute la vérité.

Le climat est tout aussi chaud dans leKentucky," que dans le Maryland, et l’athmosphère y est humide. On ne peut guères s’y procurer d’autres ouvriers que des esclaves, que les propriétaires louent pour cet effet. Ces esclaves forment environ le sixième du nombre total des habitans.

Il n’y a point de partie du Kentucky, ( si l’on en excepte Lexington et quelques milles aux environs ) qui soit parfaitement à l’abri des incursions indiennes ; et le chemin, tant pour aller que pour revenir, par Pit b ’rg et par le Désert est exposé aux hostilités continuel es des

( iS )

sauvages ( i ). Les Indiens paroissent décidas k faire de l’Ohio et de i’Àüegany leurs frontières» Quelque chose qu’on puiffe dire du territoire oriental de l’Ohio, les établissemens occidentaux de cette rivière , du Scioto et du Miami ne jouissent d’auçune sûreté ; et il n’y a pas long-tems encore que le» Indiens poussèrent leurs excursions jusqu’à Francfort, siège actuel du gouvernement du Kentucky*

(i) Extrait du General advertiser de Philadelphie du I Janvier 1794. — De Staunton le 14 Décembre. Un voyageur venant du Kentucky et arrivé mardi dernier dans cette ville , nous apprend que traversant le Désert avec sa compagnie , ils y rencontrèrent un homme blessé. Cet homme leur raconta que voyageant accompagné de quatre autres 9 ils avoient été attaqués par un parti de vingt indiens ; que deux de ses compagnons avaient été tués , que les deux autres avoient pris la fuite , et que lui-même avait alors reçu sa blessure. Les voyageurs Vont fait conduire au poste le plus voisin.

L'extrait précèdent se rapporte au passage par le Désert , ou des postes réguliers de troupes sont établis , pour la protection des voyageurs. Lorsque je pajfai en Amérique , avec M. Joseph Priestl.y , nous eûmes l'intention d'aller directement de Philadelphie au Kentucky , et nous prîmes des informations sur la manière de descendre l'Ohio ; on nous assura que cette navigation ètoit parfaitement sûre parce que des paquebots armés étoient régulièrement établi* à Pitts dur g pour la protection des passagers. Ainsi donc par les deux routes la protection est nécessaire .

Une grande partie , et meme h p’us grande de Ce pays, est sujette à manquer pendant l’été des «aux nécessaire à ^agriculture. Ce cas est celui des meilleures terres de cet état.

Les positions désirables sur le bord de l’Ohio où l’on est en sûreté, se vendent déjà au dessus de leur valeur réelle et commencent à perdre la vogue: de manière qu’on né peut y espérer à présent une augmentation graduelle de ses fonds.

La négligence du bureau des terres en Virginie, qui accorde souvent plus dune patente pour le même terrein , fait qu’il eil presque impossible d’en acquérir dans le Kentucky , sans acheter un procès , avec chaque morceau de terre non défrichée que l’on paye.

Les démêlés fréquens avec tes Indiens obligent, dans le Kentucky , au service personnel de la milice; si Ton se fut remplacer, la taxe devient très-considérable.

L’éloignement des communications avec l’Eufope est une circonstance désagréable dans cette partie de l’Amérique. Supposé que, dans la suite, nos amis de l’ancien monde soient portés par des motifs de curiosité ou de commerce à venir dans le nouveau, nous avons l’espérance de les voir, si nous ne demeurons qu’à too qu 150 milles de New- York, ou de Philadelphie: mais

on ne doit pas attendre une visite à 800 milles de distance, de la part même de ceux qui ont fait le voyage d’Europe en Amérique. Lorsqu’ils sont arrivés sur notre continent T -ils n’ont réellement fait que les deux tiers du voyage du Kentucky , eu égard à la longueur du tems.

Ajoutez à cela que le terrein est si gras et l’humidité du climat si dominante, qu’on ne fait des chemins que difficilement, & que lorsqu’ils sont faits , ils sont souvent boueux et désagréables. Cela arrive particuliérement en hiver , saison pendant laquelle l’humidité qui paroit sous la forme de neige, dans les contrées plus septentrionales , tombe en pluie dans le Kentucky.

Pour des Européens , quelques commodités européennes sont d’une nécessité absolue ; dans le Kentucky, elles sont rares et chères. Mais quand elles ne le seroient pas , il faudroit les acheter principalement avec l’argent apporté dans le pays; car jusqu’à ce que la navigation du Mississipi soit ouverte, il n’y aura aucun débouché stable pour le superflu de ses productions. Ainsi la fertilité supérieure des terres sera de peu d’importance^ jusqu’à ce qu’on puisse avoir des ouvriers pour les cultiver et un marché où le colon puisse disposer des denrées qu’il recueille.

On dit cjne le Mississipi est réellement ouvert J en payant des droits à la régence espagnole; je réponds que la .üreté des cargaisons, et la taxe des droits sont encore douteuses et que la force seule, pourroit y remédier. Dans une expédition de ce genre , la dépense et les dangers retomberoient presque entièrement sur les peuples du Kentucky ; et il est douteux si , avant de l’entreprendre , il ne faudroit pas une scission entre les états de l’Ouest et ceux de l’Est.

Quand mèipe la navigation du Mississipi serait entièrement libre et ouverte aux Américains, il faudroit un teins considérable pour exporter les denrees, en descendant le fleuve, et pour revenir ensuite par terre , par Winchester ou Pittsburg; et ( en mettant à part les dangers du voyage) un si long tems ainsi employé seroit un vol fait aux plaisirs delà vie domestique, assez important, selon moi, pour former une objection décisive , contre un établissement dans cette partie, si j’avois le dessein d’y cultiver plus de denrees que je n en pourrois consommer avec ma famille.

Si Ion établit un entrepôt, (comme cela doit arriver ) il en naîtra un rabais sur la valeur des productions, qui fera tomber aussi la valeur des terres.

L état du Kentucky est encore trop pauvre,

pour entreprendre des améliorations importantes de routes ou de navigation ; quoique l’humidité du climat dans certaines saisons y rende les beaux chemins bien désirables. Les choses doivent être ainsi, pendant bien des années encore, et par conséquent l’état des communications sociales et commerciales restera long-tems imparfait.

A ces objections, on pourroit en ajouter beaucoup d’autres ; mais j’imagine qu’elles suffisent pour contrebalancer la considération de la douceur des hivers et d’une végétation prodigieuse , principaux avantages dont le Kentuck/ puisse se vanter. La fureur de l’émigration pour cette partie est presque arrêtée en Amérique , et un Européen a encore moins de motifs d’y donner. Cependant , je vous recommande , sur ce sujet , la lecture de l’écrit suivant.

Vous avez à présent toutes les idées que je peux vous fournir, sur les lieux propres à unétablissement. Je vous laisse à vous-même pour décider la confiance que vous leur accorderez. Quelques-unes pourroient souffrir des limitations et des exceptions, mais en total, j’ose assurer qu’elles sont assez exactes , pour qu’on puisse prudemment agir d’après leurs résultats.

Je suis, etc.

Quelques particularités relatives au sot, à la situ à-* lion , aux productions du Kentucky , extraites , du journal manuscrit d'un voyageur revenu de~ puis peu de cette partie .

La rivière dé l’Ohio est, sans comparaison , la plus belle de Tuai vers, Soit que nous considérions ses nombreux détours , à travers des -forêts immenses , ses bords propres et pleins d’agrëmcm , qui offrent mille positions délicieuses, pour dés villes, dés villages, des habitations; ou tant d’autres avantages , par lesquels elle mérite Vraiment le nom qui lui 'fut donné d’abord par les François : la belle rivière. Après avoir fait cinq Cents milles sur ses eaux, j’arrivai à Limestoné* lieu ordinaire de débarquement, pour les personnes qui arrivent par eau des Etats - Unis. Les descriptions données jusqu’ici du Kentucky ont été généralement regardées comme extravagantes ; Cependant comme personne ne s’eSt avancé pont contredire les rapports communs, on en Concluoit naturellement qu’il faîloit que ce pays fût vraiment ex-tjâordinaire , pour que tout le monde s’accordât à le vanter.

J’étois plein de cette idée en approchant de cet élysée nouveau , sur lequel on croit qu*è la nature a versé ses plus précieuses faveurs , & »

qui , dit - on , les saisons sourient toute l’armée^ Cependant l’aspect de Limestone est peu satisfaisant pour ceux qui arrivent en descendant la rivière. Quelques maisons situées sur un rivage inégal et élevé , et en apparence au pied d’une colline très-haute, (mais qu’un détour de la rivière ne permet de voir que lorsqu’on n’en est plus qu’à deux milles ) avertissent l’étranger qu’il approche de Limestone. En arrivant, vous êtes fâché de voir que la crique sur laquelle la ville est située , et qui joue un si beau rôle sur les plus petites cartes, n’est qu’un simple boyau qu’on pourroit presque franchir. Dans ce port on apperçoit quelques bateaux du pays, la plupart près de l’embouchure ; et plusieurs ont été dépecés pour former les maisons dispersées que l’on découvre sur le rivage. Les gens du lieu ne manquent pas de vous avertir que ce n’est encore que la lisière du Kentucky *, et comme le défaut d’un traitement honnête engage à penser comme eux là-dessus, on s’empresse de partir le plutôt possible.

Cependant comme la qualité des terres est un obÿet principal pour les émigrans , celles du Kentucky doivent les satisfaire , & si c’étoit la seule chose nécessaire pour Tendre un pays riche et agréable , nul autre ne surpasseroit celui-ci, puis*» que le monde entier ne peut offrir des terreins

plus fertiles. Lorsque vous êtes vraiment entré dans le Kentucky, le sol y prend une couleur noire , la terre devient grasse & légère. Vous seriez étonné de n*y trouver au printems aucunes feuilles sous les arbres ; le terrein est si humide et si gras qu’elles pourrissent et disparoissent avec l’hiver, excepté dans les parties où le sol est pauvre pour le pays. Il a alors le même aspect que les meilleures terres de la Pensylvanie et de Jersey , quoique d’une substance fort différente , car on ne trouve pas de sable dans le Kentucky.

Il y a une espèce de pierre à chaux plate et refendue qui parcourt tout le pays, à des profondeurs inégales. Dans les terreins riches et d’une couleur noire , elle est près de la surface , et en général moins elle en est éloignée , plus le sol est gras. Cette pierre n’empêche pas non plus , comme je m’y serois attendu > la croissance des arbres , qui s’élèvent par-tout à une prodigieuse hauteur , excepté auprès des salines où j’influence des particules de sel semble arrêter leurs progrès.

Dans aucun des rapports qu'on nous a fûts du Kentucky, on n’a rendu justice à ses bois. Le chêne et le carougier , dans les pays plats * ont communément cinq pieds de diamètre. Les peupliers , dans le voiflnage des eaux , sont s|

communs à cinq ou six pieds de diamètre , qu’l peine y fait - on attention ; le hêtre parvient à quatre à cinq pieds d’épaisseur, et les deux dernières espèces s’élèvent à cent vingt et à cent trente pieds. Ces avantages et ceux des pâturages dans les bois , forment la grande supériorité du Kentucky ; mais je crains que d’autres désavantages n’y contrebalancent la fertilité pfodigieufe du fol.

Ce qu’on raconte de l’abondance de l’herbe dans les bois est vrai à beaucoup d’égards. On y trouve souvent des lits de treffie qui vont jusqu’aux genoux des chevaux ; quelquefois une espèce de jonc appellé communément seigle sauvage , à cause de sa ressemblance à la tige de notre seigle ; en d’autres endroits on rencontre des terreins entiers couverts de cannes sauvages, fort recherchées du bétail tant sauvage que domestique , et qui conservent leur verdure pendant tout l’hiver. Il y a aussi une espèce de vigne , appellée la vigne -aux- pois , parce qu’elle porte une petite gousse ressemblante aux pois des jar* dins 5 & que les bestiaux et les chevaux aiment beaucoup. Ces productions sont répandues dans le pays selon la différence des terreins , mais ne se trouvent pas ensemble par - tout. Les bois fournissent cependant une nourriture abondante pour le bétail , et à raison de cette abondance ,

©n s*occupe peu de former ou de perfectionner des prairies. Le lait que donnent les bestiaux ainsi nourris est clair , et retient ainsi que le beurre un goût fort d’herbes sauvages : dans les chaleurs , ce lait s’aigrit deux ou trois heures après la traite; mais l’usage du pays étant de le manger aigre , ce désavantage est peu important.

C’est une coutume générale des habitans du Kentucky, de laisser paître les chevaux en liberté, comme les autres bêtes ; et il arrive fréquemment qu’un homme court pendant deux ou trois jours après un cheval dont il a besoin pour une demiheure. Les bestiaux sont nécessairement exposés à vivre pendant l’hiver dans les bois , mais il en résulte qu’ils souffrent extrêmement et qu’il en meurt un grand nombre. L’opinion générale , que le climat est plus doux dans le Kentucky que dans les états du milieu , est en effet mal fondée ; cela est évident, puisque les hivers y sont souvent aussi froids que dans la Pensylvanie et le Jersey, avec cette différence que les çhangemerts de température y sont plus soudains et leurs suites plus dangereuses.

Les maisons du Kentucky méritent à peine ce nom , excepté quelques-unes que l’on trouve dans les villes ; et^nous n’en serons pas étonnés , si n^ous réfléchissons au court intervalle de tems qui

s’est écoulé depuis les premiers établissement da cette colonie.

On comménce par élever une hutte provisoire , aussi ouverte au moins qu’une sécherie de maïs de la Nouvelle-Angleterre. Cependant, dans ces habitations misérables, on voit des daines proprement habillées , qui jusqu’à présent sont obligées d’y demeurer , faute de meilleures maisons. Les auberges sont, en. général, misérables, excepté à Lexington , capitale du pays ; et l’on vous fait payera un prix extravagant , une chère détestable. Un homme qui passeroit au Kentucky et qui ne pourroit pas se nourrir de lait et de salaisons , seroit vraiment fort à plaindre ( i ). Mais je ne veux pas déprécier ce pays ; jç conviendrai an contraire que les bâtimens de tous les genres s’y perfectionnent aussi rapidement que les çircons-! tançes le permettent,

(l) Dans quelqu’état que fussent les çioses , lors du voyage de cet écrivain , elles sont bien différentes au jourd’hui. Aucun pays du monde que je sache , ne fou & nit des provisions plus abondantes et à meilleur marché que le Kentucky . Il est vrai qu’au commencement d’un établissement , il faut , pendant la première année , vivre principalement de salaisons , jusqu’à ce que le ter rein soit assez éclairci pour nourrir des bes- \iaux i et j’imagine que notre écrivais entend parler de cette époque ,

La commodité cP une source d’eau vive est la première et la plus importante chose à considérer pour rétablissement d’une maison ; ainsi comme les chemins sont en général dirigés par les parties les plus élevées du pays , il par oit d’abord inhabité au voyageur, et une étendue immense de forêts contribue encore à lui dérober le coupd’œil agréable des fermes et des maisons. Mais un jour de revue générale la scène change , et l’on est surpris de la multitude d’habitans qui sortent des forêts pour s’exercer dans l’art militaire.

Ce dont un habitant au Kentucky se vante le plus, c’est la quantité de maïs qu’il peut recueillir sur un acre. La plus grande que je connoisse peut être fixée à cent sept boisseaux , qui se vendent alors à raison d’un demi-scheliing. Le produit ordinaire du sol est de cinquante à quatrevingts boisseaux par acre , dans une bonne année. C’est environ le triple de ce qu’un acre pput donner, dans les anciens états. Les grains de cette espèce seront donc toujours à bas prix dans le Kentucky , et peut - être même à un plus bas. prix qu’à présent , quand le pays sera plus découvert.

Jusqu’à présent on n’y a pas cultivé plus de grain que les habitans n’en ont consommé ; et le grand nombre d’émigrans qui s’y portent , ainsi que le commerce par le fleuve, peuvent 9

dans la spéculation, offrir à des particuliers une perspective âarteuse ; mais jamais la masse des colons n’en tirera d’avantage solide. La difficultéde- remonter la rivière rendra ces voyages terribles. Faire tête au courant et le refouler , exigerait des travaux infatigables, des forces majeures, des efforts, en un- mot , qu’aucun homme ne sera tenté de répéter une seconde fois , à moins d’y être engagé par l’espoir d’une fortune rapide.

Lorsqu’on traverse ce pays, pendant l’été, l’attention est attirée par la sécheresse des criques et des ruisseaux. On apperçoit en quelques endroits un peu d?eau entre des pierres piates , mais si échauffée par le soleil, que les bestiaux veulent à peine en boire. On est douloureusement affecté à la vue de ce pays immense et superbe , ou Fbn souffrira toujours , au moins pendant cinq mois de l’année , la privation d’eaux courantes et de sources, La légéreté du sol , dans les tems humides -, y rend promptement les routes mauvaises , et elles sont aussi promptement séchées dans les beaux temps. La terre y absorbe en uninstant la pluie et les ruisseaux qu’on venoit devoir gonflés, sont à sec au bout de quelques heures , et saisis , en quelque façon , d’une altération'générale.

Des moulins à chevaux broient à présent la-

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plus grande partie du maïs et du froment du pays y quoique les habitans ne consomment qu’une petite quantité de ce dernier grain ; ils préfèrent en général la farine de maïs cuite dans un pot , ou rôtie devant le feu.

Tous les étrangers, à leur arrivée, éprouvent une purgation causée par la qualité calcaire que la nature du sol communique aux eaux. Les cousins et les mouches sont très - incommodes , surtout vers la chute des feuilles , saison où elles deviennent un vrai tourment pour les hommes et les animaux.

On doit s’attendre à rencontrer par - tout des maisons faites de simples troncs d’arbres , les planches étant très-rares, faute de moulins pour les scier ; mais les bois du pays fourniront dans la suite les plus beaux matériaux, vu que le noyer et le cerisier y sont très-communs.

Un homme de loi en voyageant dans le Ken-? tucky pourroit s’écrier , dans le langage de Virgile :

Quae regio in terris , nostri non plena laboris ?

Il n’y a que trop de lois: ; les prétentions sur les terres se croisent continuellement, et les droits sont tellement accumules les uns sur les autres * que personne' n’est st|r des siens-, L’émigration

pour cette partie du continent a été prodigieuse ; et c’est le meilleur pays du monde pour ceux qui veulent se déplacer avec une nombreuse famille. La providence y verse à pleines mains ses bienfaits. Si les vues d’un émigrant sont de s’assurer l’indépendance, ainsi qu’à sa postérité, c’est encore ici le pays qui lui convient; mais en même tems , il doit s’attendre , s’il n’apporte pas une fortune avec lui, à vivre d’abord à l’étroit et à travailler beaucoup. Il faudra aussi un tems assez pour introduire dans le Kentucky les commodités du luxe , dans une certaine abondance. Mais si l’emigrant est un enthousiaste ( comme beaucoup de ceux qui s’établissent ici ) et qu’il porte ses regards vers l’état futur de ce territoire, quand sa population sera complète , il le regardera cqmme la véritable terre promise, et le montrera à ses enfans comme le Âège du règne de mille ans dans ce monde, où la farce des titres et des dignités , où la parade des cours ne seront plus jouées, où la monarchie ne viendra point fouler aux pieds les droits des hommes ; mais où une forme de gouvernement pure , égale et républicaine introduira , par degrés , la pratique des vertus les plus convenables à notre espèce.

Les buffles ont entièrement abandonné les parties cultivées du Kentucky, Sc les bêtes fauves

y sont devenues rares. Quant aux poules d’Inde sauvages , on les trouve encore en abondance et presqu’aussi. privées que celles qu’on élève dans la basse-cour. En été, elles sont maigres et on ne les inquiète pas ; mais en hiver, elles deviennent fort grasses , et on les regarde comme un manger délicieux les autres espèces d’oiseaux n’y sont pas en grand nombre.

Aucun pays ne paroît plus propre que le Kentucky à la culture du tabac ; et c’est à présent une de leurs denrées de commerce. 11 n’y a encore que peu de vergers ; mais à mesure que le pays s’éclaircira, on trouvera son intérêt à en planter.

La farine faite dans le pays est généralement noire et n’est pas aussi bonny qu’on auroit pu l’espérer. Peut-être est-ce la faute des moulins , peut-être cela vient-il de ce que le sol est si gras ; quoiqu’on doive convenir que le grain même a très-benne apparence. Pour l’argent, il est à peine un moyen de commerce, excepté quand on a affaire aux aubergistes et aux détaillans. Chaque chose a deux prix ; en marchandise , et en argent comptant. Celui qui s’y trouve, se rassemble bientôt dans les boutiques , et en ressort pour l’achat des denrées , les marchandises d’importation s’y vendant cent et deux cent pour cent plus <;her qu’à Philadelphie, Malgré cela , chacun s’y

habillé avec élégance ; et par-tout ailleurs qu'aux près des maisons, on trouve l’aspect de la propreté et de l’industrie. En général , un nouveau colon commence son établissement par bâtir une petite hutte de troncs d’arbres. Il s’occupe ensuite de faire mourir les arbres ou de les ceinturer ( i) , et quand cela est fait, il sème son grain sans délai. Si après tout cela il n’éprouve pas le sentiment de propriété et de patrie , s’il ne goûte pas sa situation ët qu’il ne soit pas flatté de sa perspective future , sa seule consolation sera , ( si c’en est % une ) que pour la famille d’un pauvre homme , chargé d’une femme et de plusieurs enfans , c’est une entreprise terrible et presqu’impossible que le retour.

Philadelphie , 5 Novembre 1792.

L’avertissement suivant , donné par le gouvernement de Pensylvanie , fait partie du plan d’un comité établi pour faire des rapports , sur les améliorations que demandent les communications intérieures de cet état. Je n’en connois aucun autre dans l’Union, qui ait fait ou qui fasse des efforts aussi continus , pour établir des chemins, couper des canaux et faciliter la communication dans toutes les directions possibles.

(1) Ce terme sera expliqué plxis bas. ( Not , du Tr. )

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