‹ Renseignemens sur l'AmériqueChapitre 20 sur 43 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Monsieur ,

J E vous ai fait parvenir , dans mes deux dernières lettres , mon opinion sur la partie du continent la plus convenable pour s y établir, et des renseignemens sur d’autres objets que vous m’aviez présentés vous-même comme ceux de vos recherches, ou sur lesquels j’ai jugé convenable de vous donner des notions. Je vais tâcher à présent de rassembler quelques données sur le prix actuel des terres et des denrées, sur celui des gages, des transports, etc. dans les différentes partiçs des Etats-Unis. Vous serez alors, en quelque sorte , en état de vous décider par vous-même, en cas jque vous ayez encore envie de venir habiter parmi jnous.

Le révérend M. Toulmin de Chowbent, près de Bolton dans le comté de Lancastre , vint en Amérique, au printems de l’année dernière, CI793) à-peu-près avec les mêmes intentions qui m’y ont amené. Lorsque j’arrivai à Philadelphie en Ocr< bre 1793 , je trouvai une lettre de lui dont je vous envoie ci-joint un extrait. II vous donnera des faits du genre mentionné ci- -dessus, sur le pays qui s’étend depuis Richmond ien ■Virginie,, par le Maryhnd , le long de la vallée $e Shenandoah* iuscju’à Harrisburg , sur les

3bor<3s du Susqüehannah en Pensylvanie. Mes propres notes du voyage que j’ai fait avec MM.; Priestley , Humphrey et Bakewell , vous fourniront des renseignemens du même genre , sur les parties les plus septentrionales de la Pensylèanie, près des confins de l’état de New- York, et, delà sur le centre du premier de ces deux états , en venant à Philadelphie. Cela, joint à quelques observations détachées sur le prix du terrein', dans quelques parties de l’Amérique non encore colonisées, vous mettra en état de juger jusqu’où peut aller, dans l’achat des terres, une certaine somme d’argent, et de voir où cette somme pourroit être ainsi placée avec le plus d’avantage. Il faudra vous rappeller, cependant, que l’état florissant de l’Amérique , le grand nombre de personnes d’une fortune médiocre qui y abordent , parce qu’elles craignent en Europe les résultats des malheurs présens , et les sommes considérables employées par des capitalistes de Hollande et d’ailleurs à acheter en Amérique des terres nouvelles, occasionnent une augmentation continuelle dans leur prix , comme dans leur valeur. Dans les trois dernières années , cette valeur calculée sur le produit moyen, a au moins triplé le prix de l’acquisition dans les états de New-» York et de Pensylvanie, Je ne doute même

( ioo )

pas que cette augmentation successive ne continue , sur-tout si l’Europe , malheureusement pour elle, continue à être en état de guerre ,, pendant que l’Amérique resteroit en paix avec elle -même et avec tout l’univers. Or 'cette supposition est loin d’être invraisemblable , au moins pouf plusieurs années.

Les sommes ci-après sont toutes comptées , en argent sterling, à moins qu’elles ne soient exprimées autrement.

Virginie. Urbanna sur le Rapahannock, dans le comté de Middîesex.

Sol ; blanc , mou et sablonneux.

Prix des unes ; environ au tiers éclaircies (i) ,

I 5 shellings sterlings par acre de 69 verges et 2, tiers en quarré.

Loyer des terres à grain; environ 1 sh. 6 dr l’acre.

Travail. Celui des esclaves seulement", on les achète ou on les loue. Leur loyer est de 6 à 9 livres sterlings par an, le maître leur fournissant des vivres, des habits et payant la taxe. La ration ordinaire d’un esclave est d’un picotin et demi de anais par semaine; quelquefois on leur donne des

(1) Par éclairci, on entend un terrein où les petits arbres, les buissons , etc. ont été arrachés , et les grands arbres coupés à z pieds environ de hauteur , les tronçons testant .

harengs salés ou marines, ou du maquereau. Leüï* habillement est fort peu dé chose.

Productions. Le tabac , lç froment et le grain ; par grain , on entend exclusivement le maïs ou bled de Turquie.

Marché. Par eau , on transporte directement d’Urbanna en Europe. Le maïs s’envoie aussi à la nouvelle Angleterre , à la nouvelle Ecosse et aux Indes occidentales (i) ; le froment en Europe.

Prix. Le froment 4 sh. 6 d. le boisseau. Le maïs 1 3 sh. 6 d. le baril de 5 boisseaux.

NB. Urbanna a toute l’apparence d’un village abandonné.

Richmond et ses environs.

Sol ; sablonneux , mais sur les bords . de la rivière de James , fertile.

Prix des terres ; de quatre à six guinées l’acre. Mais dans tout le pays, à dix milles de la ville, le terrein éclairci et non éclairci pris ensemble avec les habitations bâties , va rarement plus haut que de 20 sh. à 45 sh. l’acre* On regarde dans cette partie, comme un grand avantage d’avoir une grande partie de son terrein. en bois , parce que la culture du tabac ( c^uï a

'(i) Par Indes occidentales ( Westrïndies) on entend en anglois les Antilles et le Golfe du Mexique .

été en vogue , mais qui cède rapidement à celle du froment ) épuise tellement la terre , que celle qui a été ainsi employée n’est comptée presque pour rien dans les achats.

Travail ; i sh. 6 d. et 2 sh. par jour, et la nourriture. Pendant la moisson 2 sh. 6 d. et 3 sh. 6 d. par jour. Il n’y a que les esclaves qui

travaillent. i

Productions et leur prix. Mais , 1 sh. 6 d. et 2 sh. le boisseau. Froment , 3 sh. 6 d. et 4 sh. (1).

Marché. Richmond. Des vaisseaux d’un port considérable peuvent venir à vingt milles de Richmond.

Près de South:- ^est Mountain, (la montagne du $ud-Ouestr. )

Sol ; glaise rouge, très-bonne pour le froment. Pays sain et agréable.

Prix des terres ; 20 sh. et 30 sh. l’acre.

Travail ; 9 et 1 2 livres sterlings par an pour un esclave , avec la nourriture et l’habillement. Le petit nombre de valets blancs que l’on peut se procurer, coûtent de 12 à 16 1. par an et la nourriture , ef ne valent pas grand’chose. La coutume étant de ne faire travailler que les esclaves , les blancs regardent le travail comme au-

(1) Ceci diffère un peu de son journal , dont je donnefai ensuite un extrait .

dessous d’eux et ne veulent pas travailler aved les noirs. Les journées, pendant la moissoii, S€ paient 2 sh. 3 d. avec la nourriture.

Productions. Le froment , le maïs et un peu de tabac.

Marché. Des bateaux de quatre tonneaux peuvent remonter jusqu’à South- JP est^Mountain. Le froment descend à Richmond , à raison de 7 7 d. le boisseau. Le tabac à raison de 13 sh.^^d. le muid pesant 1 200 livres.

Les comtés de Frédéric et de Ber celeY*

Sol. La meilleure partie est située entre la crique d’Opekan et le Shenandoah. C’est la terre a chaux la plus fertile que l’on trouve sur les rivières de l’Ouest de cet état. Sa couleur est d’un gris foncé; on la suppose de la meme qualité que les terres de la troisième classe , dans le Kentucky (1).

Prix des terres. Depuis 15 sh. jusqu’à 4 l’acre , mais rarement aussi bas que 1 5 sh. dans les bonnes parties , c’est-à-dire , à moitié ou aux deux tiers éclaircies. On peut louer pour 45 1. par an, mvbon terrein de deux cents acres, avec une maison, un verger, une grange, une prairie et une source.

(1) NB. M. Toulmin ri1 avait pas * Kentucky «

encore

été dans

Travail. Un mois de Ÿmgt-six jours de travaï; coûte de 537 dollars (de 4 sh* 6 d. chacun) et la nourriture.

Les -travailleurs blancs sont très- rares dans la partie orientale de la valfée.

Productions. Le froment et le mais.

Marche. Alexandrie* Le transport se fait par des chariots à raison de 7 sh. 6 d. par baril de farine, la farine pesant 196 livres et le baril 17, à la distance de 80. milles.

Prix des denrées. La farine , une guinée le baril. NB. Cette année , le baril de farine de 196 livres net, s’est vendu ordinairement 3 sh, et même 6 sh. et 7 sh. 6 d. plus cher à Philadelphie qu’à Baltimore 1 sans doute à cause du plus grand nombre de vaisseaux qui abordent dans le premier de ces ports (1).

Lorsque la Cité - Fédérale sera tout- à- fait établie, et il est presque certain qu’elle le sera, de plus grands capitaux , etc. seront probablement employés sur les bords du Potowmack , et les denrées ainsi ..que les terres y enchériront en conséquence. Mais la difficulté d’avoir des ou-

(i) M. Toulmin n’avoit pas fait attention à l' augmentation de r exportation de l'état de P ensylvanie qui a pres~ que doublé en deux ans. Cjla suffit pour rendre raison du plus àaut pub des denrées 4 Philadelphie ,

tyx\%xi \ et l’inconvénient de l’esclavage reste^ ront.

L’ouverture du Potowmack , par, le moyen d’un canal qui feroit le tour des cataractes , rendroit très -important aux capitalistes d établir un commerce à Alexandrie ou à Georges - Town. Beaucoup de bateaux descendent a présent depuis le fort de Cumberland jusqu’aux grandes cataractes , environ à dix milles au - dessus de Georges - Town. On a calculé que six semaines de travail rendroient la navigation possible , ■jusqu’à l’embouchure de Savage - river , limite occidentale du plan proposé ; et l’on s’attend a voir finir dans dix - huit mois le canal des grandes cataractes.

11 n’est pas à beaucoup près aussi certain que l’on rende le Shenandoah navigable. La compagnie du Potowmack a le droit exclusif d’entreprendre cet ouvrage , et jusqu a présent elle n’a pas montré l’intention serieuse de le tenter. Les engorgemens sont considérables à l’embouchure de la rivière.

L’embouchure de Savage-rivcr est a environ 40 milles du Monongahela ; des bateaux susceptibles de porter dix tonneaux , ou cent muids de farine , pourront aller en quatre ou cinq jours , de-là à Alexandrie 9 mais il faudra le double de ce teras pour revenir. C’est au-

Jourd’huï l’ordinaire, que les personnes qui font transporter leurs denrées , environ à soixante milles de distance, donnent le quart d’un dollar ( i sh. i ~ d. ) par quintal.

Prix des terres dans certains endroits particuliers .

Près de Charles - Town , à huit milles du Potowmack, la meilleure terre coûte 3 1. 15 sh; l’acre ; à un mille de la jonction du Shenandoah et sur ses bords, on peut avoir l’acre à 2 1. 5 sh; et 3 1. parce que le terrein est inégal et pierreux , quoique bon pour le froment.

A Shippands-tqwn , sur la rive îriéridionale du Potowmack, l’acre coûte depuis 2 1. 5 sh. jusqu’à 3 b 15 sh. mais il ne svaut pas celui de la vallée. On y est cependant plus à portée du marché. Un chariot peut aller en quatre jours de-là à Alexandrie et en revenir. Les propriétés y sont petites et en général cultivées sans es^ cia v es.

Maryland. Les environs de Haggars-town J (l) sur la crique d’Antictam.

(i) On trouvera. Haggars-town sur le bord méridional de la carte de Pensylvanie , par Howell ; ce que je dis en faveur des personnes qui ont cette carte .

Sol. Terre grasse de couleur fôncée , semblable à celle de la rive méridionale duPotowmack.

Prix des térres ; depuis 1 6 jusqu’à 14 dollars, c. a. d. depuis 3 1. 12 sh. jusqu’à 5 1. S sh. l’acre , à moitié éclairci, à huit ou dix milles de la ville.

Travail. Les agriculteurs sont rares. Les journées se payent 1 sh. 6 d. et la nourriture. Par mois , on donne 5 ou 6 dollars , c’est- a-dire 22 sh. 6 d. ou 27 sh.

Marché. Baltimore , où le froment se vend environ 7 d. de plus par boisseau , qu’à Alexandrie. Le transport de la farine à Baltimore , à une distance de 75 milles, coûte 5 sh. 3 d. par baril. On peut l’envoyer à Alexandrie, ce qui fait une route de 80 milles, pour un dollar;., dont un tiers pour le transport de huit milles , par terre, jusqu’à Williamsport, à l’embouchure du Conegocheague. Mais , faute d’un magasin aux grandes cataractes , cette façon de transport est moins avantageuse à présent qu’elle ne pourroit l’être.

A dix milles au N. O. de Ha?gars-town , et sur une partie de la crique de Conegocheague , q,ue l’on pourroit facilement rendre navigable , un terre in don' la moitié s:roi eclaircie, et l’autre en bois , coûteroit 6 i. l’acre. On a déjà

fcfiv'gué sur cette crique , une semaine ou deujf J pendant le printems.

Pennsylvanie. Shippensburg, à vingt et un tnilles au sud de Carlisle,

Sol. Bonne terre grasse, quoique peut-être elle n’égale pas la dernière dont nous avons parlé.

Prix du terrein ; de 40 à 70 shellings l’acre.

Travail, 5 à 6 dollars par mois.

JM arche. Baltimore , éloigné de 80 milles#

Carlisle et son voisinage.

Sol, Terre grasse , comme dans, les autres parties de la, vallee (1}. Une couche de terre schisteuse la parcourt toute entière et se montre sur un bord de la crique d’Opekan , en Virginie; de la crique de Conegocheague , dans le Maryland et la Pensylvanie ; et de la crique de Conedogwinit en Pensylvanie , où le sol est fort, inférieur aux terreins calcaires.

Prix des Terres ; sur le bord calcaire du Conedogwinit , en- Pensylvanie , 3 1. 6 sh. et 4 1. 10 sh. l’acre ; ce sont des prairies et des terreins élevés. En général , à trois milles autour de Carlisle , sans être même sur les criques , le terrein se vend depuis 3 1. jusqu’à 3 1. 11 sh#

(1) P ai xdéjâ observé que la vallée de Shenandoah s étend , dans le fait , jusqu'au Susquchannah , en P en* sylvanie.

■ «t 4 1; io sh.. l’acre, suivant sa qualité, et eti le supposant au tiers éclairci. A une plus grande distance, jusqu’à celle de 7 ou 8 milles, l’acre se vend 2 ou 3 livres sterlings, excepté les riches prairies basses. Auprès du Susquehannah , les terres étant plus riches et plus près du marché , coûtent depuis 5 1. jusqu’à S 1. l’acre. Près de Middleton , lieu eù doit s’opérer la jonction du Susquehannah et du Skuilkyll * des terres médiocrement défrichées se vendent 3 à 4 1.

Productions. Le froment est la principale.

Marché. Philadelphie.

Frais de transport ; par terre, à présent , 6 sh.1 par baril, depuis Harrisburg.

Les habitans de Carlisîe ont la réputation d’être peu sociables, jaloux des nouveaux arrivans, et de prendre soin qu’ils n’aient pas trop d’influence dans les affaires publiques.

Harrisburg et Middleton sont dans une situation délicieuse et favorable au commerce, sur les bords du Susquehannah ; mais on s’y plaint des fièvres intermittentes.

Près de Lancastre.

Sol. Argile ferme , peu sujette à souffrir des effets de l’humidité en hiver , ©u de ceux du soleil en été.

( Jio )

Prix du terreln ; le plus commun et presque en friches de 6 à 8 liv. l’acre. 11 se vend souvent de il à 18 liv. (i)

Travail . 8 à 10 dollars par mois et h nourriture.

Marché . Philadelphie.

Telle est la substanc de la lettre que m’écrivit M. Toulmin’ Je vais y ajouter quelques faits extraits de son journal de voyage que j’ai vu depuis , avant de vous transcrire les courtes remarques que j’ai faites à la suite.

11 aborda à Norfolk en Virginie , en Juillet 1793. Le pays des environs est très-stérile; la viande y est chère et les végétaux à bon marché. On y bâtit à bas prix des maisons de bois'. Une maison à deux étages , de six verges sur quatre, coûtera environ 50 livres sterling. Les chevaux s’y vendent à bon marché , mais leur louage est cher. Il monte à un dollar par jour. O11 ne les ferre point en été. Le logement et la nourriture coûtent , pour les adultes , de quatre à cinq dollars par semaine ? pour ce prix on est

Ci) A Carliste , à Lancaster et dans toute la partie de la vallée de S henando ah qui dépend delà Pensylvanie , les colons hollandois sont nombreux ; leur industrie infatigable et leur attachement au sol , rendent toujours le terrein plus cher dans leur voisinage . X* G*

Servi simplement, mais avec abondance; pour les enfans on paye deux dollars , et trois pour les domestiques. On est logé et nourri pour une an fiée à raison de 33 livres et 15 sch. La grande affluence de François émigrés des des , peut avoir augmenté le -prix. , , ■»

Les pêches coûtent un et deux deniers la douzaine. Les pommes 6 den. le picotin ( le quart d’un boisseau. f Le cidre z\ deniers la quarte environ une pinte. ) Le lait 6 den. la quarte, à cause de la négligence et de la maladresse des fermiers (1). Le lard 6 - den. la liv. Norfolk est à-peu-près aussi grand que Taunton dans le Devonshire, ou Wigan dans le comté ■ <de Lancastre. La plupart des maisons sont bâties en bois. Il y en a quelques-unes de briques. Une maison honnête, de 30 pieds sur 2.9 et à deux étages, avec une cuisine d’un côté de la cour et une fumerie de l’autre , pour le lard, les jambons, etc. coûte, toute achevée, .3 50 livres sterlings (2). L’habillement est à-peu-

(1) Les vaches errent à leur gré dans les bois. On lia point attention au tems où elles doivent mettre bas ; tt il est rare qu’on ait soin de les traire plus d’une fois par jour.

(2) Les maisons , en général , sont couvertes en bardeaux de bois de chine ou de cyprès , garnis en dedans de vldtre. Les fenêtres sont à châssis.

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