‹ Renseignemens sur l'AmériqueChapitre 23 sur 43 · C IJ · texte numérisé non relu

C IJ

procédé, la végétation des branches, ce qui donne à l’air et à la lumière une entrée suffisante pour assurer une récolte à la prochaine saison. Les arbres que l’on a coupés sont fendus ensuite pour servir à faire un enclos. On le forme en plaçant ces pièces' anguîairement sur le bout , l’une de l’autre, jusqu’au nombre de six ou sept , à - peu - près comme on dispose les troncs d’arbres d’une maison , mais en leur donnant des directions obliques et alternativement opposées. Ce n’est que pîufieurs années après, que l’on pense à un enclos d’une construc; ion régulière. On laboure ensuite légèrement le terrein ou on le gratte seulement avec la herse ; on sème et l’on herse une seconde fois. Jamais on ne déracine les tronçons des arbres que l’on a coupés, la valeur du terrein que l’on gagneroit n’en paieroit pas les frais. On les coupe à 18 pouces ou à deux pieds de terre. Les- racines latérales gênent le labour, jusqu’à ce qu’elles soient pourries, ce qui dure environ deux ans. Les tronçons mêmes ne pourrissent complettement qu’au bout de dix années dans les états de Pensylvanie et de New- York. En Virginie et dans le Maryland, cela arrive au bout de sept ans. Il me semble qu’en coupant les arbres à quelques pouces au-dessous de la surface du terrein, et en couvrant les tron-

çons de terre,, on n’augmenteroit pas beaucoup la dépense, on éviteroit une difformité qui est vraiment fort grande dans les paysages de l’Améiique, et l’on hâteroit les progrès de la putréfaction. Je n’ai entendu parler que d’un seul propriétaire, ( lord Stirling , dans le New-Jersey) qui ait fait déraciner ses arbres , et je ne doute pas que les frais de cette opération n’en ayent surpassé de beaucoup les avantages.

La dépense nécessaire pour éclaircir un terrein couvert de grands bois est considérable ; elle monte quelquefois à cinq ou six livres par acre, mais on en est bien dédommagé par la fertilité de ces sortes de terreins. En général la dépense totale n’est pas de 40 sh. par acre. Dans l’état de New-York, on recouvre la moitié, ou les deux tiers des frais que l’on a faits pour éclaircir un terrein , par la potasse que l’on re-r tire du bois que Ton a brûlé. Dans la Pensyîvanie et dans les "états méridionaux , les colons de l’intérieur ne pratiquent pas autant cette méthode avantageuse. Les arpenteurs ont 4 1. pour arpenter un terrein de mille acres et en faire leur rapport, mais comme le propriétaire leur fournit des ouvriers et des vivres, et qu’il y a encore quelques dépenses accidentelles , les frais d’arpentage montent à environ 20 sh. pour ico acres.

En revenant à Philadelphie par Sunbury , nous ne rep imes pa ' notre première route par Hamburg et Reading, mais au lieu de traverser les montagnes, nous en fîmes le tour, en suivant les bords du Susquehannah. Par ce chemin , la première station, après Sunbury , est chez Wnite, à douze milles et demi de distance.

White est un respectable fermier , qui J comme beaucoup d’autres personnes du même état, dans l’intérieur du pays, reçoit chez lui les voyageurs, plutôt par nécessité que par choix. En effet , dans un pays où les auberges sont rares , on est forcé de s’arrêter dans des maisons particulières , jusqu’à ce que l’accroissement de la population en ait fait établir de publiques. Cependant , comme le métier est au moins aussi lucratif qu’il est pénible , on voit rarement que des fermiers qui l’ont une fois commence, l’abandonnent dans la suite.

Je trouvai que White comptoit à ses ouvriers le bœuf à 2 { d. la livre ; ( exactement 1 { d. sterling) le froment, à 5 ^ boisseau; le

seigle, de 3 sh. 6 d. à 4 sb. ; la graine de lin, à 14 d. le picotin ; les pommes de terre, en juillet 1793 , à 2 sh. (5 d. le boisseau. Il leur donne pour leur travail, 2 sh. 6 d. par jour fil; pour le linge, ( rra;s je re sais pas

O Sans compter qu il leur journit a :s y. vies.

de quelle espèce ) i sh. par verge; pour le cent d’aloses iosh.

Dans presque toute l’Amérique, on vous sert à déjeûner de l’alose salée. C’est le même poisson que l’alose de la Saverne ; il pèse environ 5 livres.

Outre l’alose , la rivière lui fournit encore des truites de quatre à cinq livres ; du chabot , de 'la vandoise , de la perche et du brochet. Le saumon y est abondant toute l’année ; dans la bonne saison , il pèse environ neuf livres (i '. Peu de jours avant notre arrivée , il en avoit pris quinze en djeux heures , qui pesoiènt environ 4 livres pièce. On prend aussi , dans le Susquehannah , le rock , poisson que je crois inconnu en Angleterre, et qui pèse environ ii livres.

Dans toute l’Amérique , excepté dans ^grandes villes , les boissons communes sont le cidre et des mélanges d’eau et 'de liqueurs spiri- -tueuses. Dans les états du milieu et du Sud cela vient , en partie , de l'inaptitude du pays «(c’est te terme dont les Jhabitans se servent,), 4

(1) Quoiqu'on le nomme saumon , je crois que cest la truite saumonnée. Le vrai saumon ne se trouve pas t dit * on , plus sud qus la rivière de Connecticut.

produire de l’orge, qui dans ces provinces monte en tige au lieu de remplir ses épis ; et en partie , de ce que la chaleur de l’été bblige à brasser la bierre trop forte pour en faire un breuvage ordinaire , quand on veut la conserver pendant la saison ; de p'us , comme elle est sujette à fermenter et à s’aigrir par le transport , pendant les chaleurs , on est obligé de la tenir en bouteilles, les bouchons garnis de fil de fer. La réunion de toutes ces causes rend la bierre et le portfr trop chers pour être la boisson du peuple ; excepté dans les grandes villes, oit une consommation rapide prévient une partie de ces inconvéniens.

Dans la nouvelle Angleterre , les habitans commercent beaucoup avec les Antilles • i’s y portent des chevaux et du bétail et prennent en retour , -entr’autres articles , une grande quantité de mêlasses. De-là vient que la liqueur la plus en usage dans ce pays est le mm que l’on y distille. Dans les états de New-York et de Pen^ sylvanie , les grains étant la principale production , ce sont aussi les eaux-de-vie de grain-s .qui y sont les plus communes; et on les tire sur-tout du seigle.. En Virginie et dans le Maryland , les pêches et les pommes fournissent des liqueurs spiritueuses. Celle que l’on tire

des pommes est fort médiocre (i) ; celle de pêches , lorsqu’elle est bien faite , rectifiée avec soin et gardée en barril pendant quelques années, devient une excellente liqueur.

Les planteurs un peu à leur aise ont tous un petit établissement de distillation. Celui de White peut fervir d’exemple en ce genre. Il a deux alembics dont l’un peut contenir 60 et l’autre 1 1 5 gallons. Sur un boisseau et demi de seigle grossièrement moulu , il ajoute un gallon de drèche et une poignée de houblon. Il verse ensuite sur le tout 1 5 gallons d’eau bouillante et au bout de quatre heures il y ajoute 16 gallons et demi d’eau bouillante, ce qui fait en tout un barril, ou 3 1 gallons et demi $ il fait fermenter ensuite avec environ deux quartes de moût de bierre. La fermentation dure quatre jours en été et six en hiver. Il met environ un muid de ce mélange dans le grand alembic , et en tire environ quinze gallons d'esprit foible, qu’il rectifie ensuite dans le petit alembic , mais rarement plus d’une fois. Un boisseau de seigle rend environ onze quartes de whiskey marchand qui se vend 4 sh. 6 d. le gallon, en gros. En

(1) Un muid, de pommes rend environ dix gallons Seau - de - vie. Mais on préfère les eaux - de - vie de

Angleterre , la liqueur appellée whiskey sè tire ordinairement de l'avoine. Le seigle fournit la base du genièvre* '

Quant à moi , je ne doute pas que Ton ne pût cultiver l’orge , faire de la drèche et brasser , dans presque toutes les parties de l’Amérique ; et que l’usage de la bierre ne pût y devenir plus général. La petite bierre ainsi que le porter de ce pays sont excellons. II n’y a point d’accise sur la drèche ni sur la liqueur de la drèche ; le grain y est à bon marché , et comme les matériaux d’une brasserie n’y coûtent rien ou presque rien, je suis vraiment étonné d’y voir ces établissement si rares.

Je ne vois pas cependant que l’abondance et le bas prix des liqueurs spiritueuses, occasionne beaucoup d’excès parmi le peuple, ni que leur usage ait aucun mauvais effet sensible , sur la santé des américains. Je crois aussi que cette espèce de poison , aussi bien que beaucoup d’autres , ne mérite ce nom que par rapport à l’abus qu’on en peut faire et non à la qualité des substances qui le composent. Dans lès grandes chaleurs , il est extrêmement dangereux ék se désaltérer avec de l’éàu pure, sans mélange d’esprits.

Un terrein montueux et en friches , se vend , dans ces environs , de zo sh. à 3 O sh. l’acre.

Celu

Celui des îles de la rivière , environ È 1. Pacrë $ elles sont très - boisées et extrêmement Fertiles* Dans les terres nouvelles , de qualité commune , White recueille environ 18 boisseaux de f oinent par acre. Il le fait transporter par eau à Middle* town, à raison de 6 d. parTîoissçau , et le boisseau s’y vend de 6 sh. 8 d» à 6 sh» io d.

Ces remarques s’appliquent également aux environs des deux stations voisines ; le terrein non éclairci , à huit milles de la rivière , se vend de 10 sh. à 3 O sh» l’acre»

A Paxtâng, six milles avant Elarrisburg, nous nous arrêtâmes à une auberge tenue par M. Mac Allister , le fermier le plus actif et le plus intelligent que nous eussions vu. Comble son établissement peut donner une idée favorable d’une plantàtion américaine , nous en parlerons en détail.

Sa ferme située près de la rivière est d’environ 300 acres ; le sol en est sablonneux, et la végétation y est de 10 jours ou d’une quinzaine plus précoce que dans les terreins plus élevés. Environ un tiers de ses terres est cultivé ; le reste est en bois.

Voici la succession de ses récoltes; du grain, puis du trèfle qu’on fauche deux fois la première année et une fois l’année suivante. En automne , on l’enterre , et on ressème sur le même terre,in du grain de quelqu’espèce,

Il se sert pour engrais de fumier , de certdteS ou de plâtre de Paris (« i ). Je n’ai pas vu qu’il eût aucune règle de proportion pour la quantité de détail à avoir , relativement à celle des terres , afin de se procurer régulièrement des engrais. Il tire son plâtre de Paris, en pierre, de Philadelphie ; précédemment à raison de 7 dollars le tonneau ; mais à présent à raison de 1 2. Il le broie chez lui ; un tonneau donne quatre

(1) Je n’ai jamais pu comprendre la théorie de l’action du gypse. Je ne connois aucune substance que l’on trouve dans, la- terre , dans son état naturel , qui puisse le décomposer , et je doute qu’il puisse agir chy iniquement sur aucune autre substance , autrement que par une décomposition mutuelle. Méchaniquement , ce 71e sera que du sable. M. Kirwan dans son dernier écrit sur l’ CLgriculture , inséré dans les transactions irlandaises , attribue les effets du gypse à sa qualité septique , d’après l'autorité dès expériences de M. Gardane , dans son histoire de la putréfaction. Mais les quantités en contact sont si petites , dans les cas que présente l’agriculture , que je ne puis être satisfait de cette explication. Les engrais me semblent agir , i°. méchaniquement en augmentant , eu diminuant l’ adhésion du sol ; 2°. chy iniquement, en diminuajit la même adhésion , par le progrès de la putréfaction dàns les engrais employés j en décomposant les sels terreux ou métalliques ; en rendant le sol plus ou moins propre qu’auparavant à contenir les eaux ; en accélérant la putréfaction des, végétaux morts ou

boisseau*. Le plâtre de Paris frailçoïs est lé ffieîl*' leur de beaucoup ; le plâtre de la Nouvelle-Ecosse n est pas aussi bon. Il ne peut servir d’engrais sur les terreins humides. Il est plus utile sur les terreins arides et sablonneux, qu’il conserve moins secs pendant les chaleurs de l’été qu’ils ne le sèment sans cela. Mac Aliister sème le plâtre , en poudre , avec le trèfle , à raison de 5 ou 6 boisseaux par acre.

Son produit Commun en froment et en seigle est d’environ 23 boisseaux par acre ; le maïs et l’avoine rendent 30 boisseaux. Le boisseau de froment pèse depuis 60 livres, ce qui est le poids marchand , jusqu’à 65. Le boisseau de seigle 58 livres ; celui d’avoine environ 35. Le maïs (de la meilleure espèce nommé white jlint mai{e et qu’on sème dans la première semaine de mai) environ 60 livres le boisseau. Le mais a graines de courge

prêts à mourir ,• en fournissant des sels et des gaz qui sont V aliment des végétaux ; 3°. physiologiquement {si je puis forger un mot ) ; action que l’on n’a pas assez remarquée } elle a. lieu en opérant comme stimu* lant sur les fibres vivantes des plantes. C’est ainsi que le gypse agit. Stimulant trop fort pour les fibres foi* blés et languissantes , U les fait mourir, tandis qu’iq ne fait qu’exciter les fbres saines à une action plut forte 1 comme les assaisonnements font à l’ estomac*

Ki

(gourd-seed mai{è) donne desrécoltes plus abon® dantes , mais c’est un grain tardif.

Par le moyen de son engrais par le plâtre , il obtient à deux fauches par anp 3 tonneaux et demi de foin par acre. Le foin peut se mettre en tas , dès le lendemain de sa coupe.

Prix des denrées et du travail. Les cultivateurs se paient 25 1. par an, avec la nourriture, le logement et le blanchissage ; autrement on leur donne 6 dollars par mois , ou 2 sh. 6 d. par jour, dans les tems ordinaires, et 3 sh. pendant la moisson. Pour faucher un acre , Mac Allister donne 3 sh. avec la nourriture et une chopine de whiskey , ou bien 4 sh. 6 d. sans rien fournir.

Les femmes gagnent autant à moissonner que les hommes \ mais à faucher , 1 5 d. seulement par jour et la nourriture. Le froment 6 sh. 6 d. le boisseau. Le maïs 3 sh. 9 d. Le seigle 4 sh. et 5 sh. L’avoine de 2 sh. à 2 sh. 6 d. Le sarxazin 2. sh. 6 d. Le porc salé 33 sh. le quintal.

Il se sert pour le labour de charrues légères en usage dans le pays. On s’y sert fort peu des charrues à semoir ; les tronçons des arbres s’opposeroient à leur usage. Il a rejetté l’emploi de la houe , d’abord parce qu’il a trouvé qu’elle traisoit aux jeunes fibres des plantes , et secon-

Bernent, parce que le terrein est trop sec pour avoir besoin d’être sillonné profondément. Au lieu de houer , il herse le terrein en tout sens , de manière à le rendre uni et à détruire toute apparence de sillon. Il dit que depuis deux ans on s’est servi avec succès de cette méthode dans le voisinage.

Dans la manière de nourrir ses bêtes , il s’est fait une règle de leur donner à manger autant qu’elles veulent. Il donne à ses vaches , outre le Timothy-Hay et le trèfle, des pommes de terre mêlées avec du maïs broyé et le marc des alernfeics. Les cochons sont nourris de meme. Cependant, même dans le printems, ses vaches ne donnent pas plus de 5 à 6 quartes de lait à la fois J Ici , comme dans presque toute F Amérique , le maïs est la nourriture de la volaille. Au lieu de la machine à couper la paille dont il se sert à présent, il propose de broyer le foin entre deux meules, dont les tranchans viendraient en contact. Il a essayé cette opération en petit, et trouve que le foin se coupe mieux et plus vite que par, la machine ordinaire.

Ses enclos sont , en partie , les enclos ordinaires du pays que/j’ai décrits plus haut, faits de bois fendus en longueurs de 6 ou 7 pieds sur une épaisseur de 3 à 4 pouces , et placés les uns sur les autres angulairement ; en partie des

enclos à chevaux de frise, faits de pieux fiches en terre ; et en partie les enclos ordinaires de votre pays. Il a essayé sans succès les haies d’épines et de troène. Il s’occupa ensuite du carougier épineux , production indigène du pays. Les graines de cet arbre sont contenues dans une capsule semblable à une petite fève ; il est très-commun eu Pensylvanie. Mac Allister traça à la charrue , autour de son verger, un sillon de deux à trois pouces de profondeur , sema le* graines et les recouvrit. Mais faute d’avoir préalablement élevé un petit parapet, de fortes pluies qui tombèrent au bout de dix jours, emportèrent une grande partie des graines , et rendirent l’enclos incomplet. Les arbres que nous vîmes sur pied n’avoient que trois ans et neuf mois. Ils étoient gros comme le bras à un pied de terre et s’élevoient à huit ou neuf pieds de haut. S’ils eussent réussi , ils auroient fermé un très - bon enplos ; mais les pluies ayant gâté le premier semis, il les négligea. Les pousses d’un an plantées le long du sillon auroient donné des rejettons , et peut-être seroit-ce la meilleure manière de les planter pour former une haie. Mac Allister prétend que s’il devoit prendre une nouvelle ferme , de mille acres , par exemple , de terrein non éclairci , son premier soin seroit de couper une route de deux perches (33 pieds) de large

( Iï« )

fout autour de ses possessions. Il eouperoît té gros bois pour ses enclos, ou pour le brûler , on pour tout autre usage auquel il seroit propre. I! entasseroit le petit bois en deux piles de chaque côté de la route; entre les deux, il semeroit ou planteroit du carougier ; et lorsque le petit bois seroit pourri , le carougier formeroit déjà la haie. Il procéderoit ensuite à planter un Verger et k construire un moulin à scie. Ces idées me paroissent judicieuses.

Son jardin produit des fraises et de trèsbeaux raisins. Le sol sec et sablonneux de cette partie paroît bien convenir à la vigne. Un Allemand qui possède > dans ce voisinage , une très - petite ferme , a fait depuis peu tous lesans , trois ou quatre barriques d’un vin que Mac Allister a trouvé fort bon. Il ne doute nullement qu’on ne puisse en faire d?une très-bonne qualité en Pensylvanie. Ceci s’accorde avec le rapport du major Piott , qui nous parla d’un M. Furrtiau , établi à 7 milles de lui , lequel, ayant réussi en petit, plante à présent des vignes en règle. Il y a réellement à Philadelphie une société, établie pour l’avancement de la culture de la vigne, et je ne vois pas le plus petit obstacle qui puisse en empêcher le succès. Certainement le raisin du Rhin qui donne de si belles

espérances , dans la vigne de sir Richard Worsleyj dans l’île de Wight , doit réussir beaucoup mieux en Amérique.

Son verger contient trente acres de terre et seize cents pommiers , plantés en partie depuis huit ans et en partie depuis treize. Ils sont à deux perches (33 pieds ) de distance les uns de* autres. L’année dernière ( 1793 ) fut très-mauvaise pour les pommes, et il ne fit que 15 barriques de cidre ; l’année d’auparavant il en avoit fait 6 00, et si 1794 est une bonne année, il espère en tirer mille de son verger. Il supposé, pour cela , que chacun de ses arbres lui rendra, l’un portant l’autre, dix boisseaux de pommes. C’est peut - être l’emploi le moins pénible et Je plus lucratif que l’on puisse faire du terrein.1 Quand l’aspect général du verger a une teinte rougeâtre , les arbres sont en santé. Il emploie contre les vers une décoction de tabac. Il a des pêchers , mais plantés depuis peu de tems. 11 n’a qu’un prunier, de l’espèce de Damas, peu de poiriers et d’abricotiers , et point de pavies. il donne 6 d. d’un pommier ou d’un pêcher de trois ou quatre ans , c’est - à - dire , prêt à être planté. Je ne crois pas qu’en Angleterre on les transplante avant l’âge de sept ans. Un noyau de pêche donne , au bout d’un an , un arbre de

ia grosseur du pouce et haut de 4 ou 5 pieds , et ^et arbre donne des fruits quatre ans apres. Le cidre se vend ordinairement de 10 à, 12 sh. par barique de 3 1 gallons et demi \ mais cette annee ayant été très - mauvaise , le même baril vaut 3 dollars ,( c’eft - à - dire, 13 sh. 6 d. sterling et 22 sh. 6 d. courant.) Son pressoir pour le cidre est composé de deux rouçs dentelees , de fer coulé , d’environ un pied de diamètre. Elles tournent verticalement , et les dents sont obliques. Il veut les changer pour des roues de bois à cause de l’action de 1 acide sur le fer» Les pommes sont présentées par une tremie ; le mouvement est donné par un cheval qui tourne. Après cette première opération , les pommes sont mises dans une espèce de caisse et pressées , non par le moyen d’une vis , mais par l’extrémité d’une poutre massive qui s’abat par l’action d’un levier qui élève l’autre extrémité. Un homme en pesant sur ce levier élève le bout le plus voisin de la poutre et abat le plus éloigné. De cette manière le jus coule sur une plate - forme d’environ sept pieds en quarré , garnie tout autour d’une rigole qui a une issue pour le jus. La poutre paroît équarrir 15 pouces et avoir 25 pieds de long. Les montans dans lesquels elle joue ont environ 20 pieds de haut. Il, éprouve quelquefois , à

clarifier son cidre , une difficulté' qu’il ffià p h encore surmontée. En Angleterre ce n’est pas la partie la plus facile du procédé , et la maniéré d’y parvenir n’est pas encore arrêtée parmi les faiseurs de cidre. Sous le climat plus chaud de l’Amérique , cette liqueur doit etre encore plus sujette à des fermentation* spontanées après la première clarification. Cependant, le cidre de ce pays est bien supérieur,, au moins en parfum , à celui de la Grande- Bretagne.

Mac Allister a un vivier dans lequel il conservé toutes les espèces de poissons que fournit la rivière. Ce vivîeiscouvre deux ou trois acres. L’eau superflue sert à difFérens objets , particuliérement a arroser des prairies, à un demi-mille de distance» Les américains paroissent mieux connortre les 'avantages de l’irrigation , que les autres moyens, de l’agriculture perfectionnée.

Il a un établissement de distillation , à-peu-? près sur le même plan que celui de White, dont nous avons parlé. Il est dirigé par un distillateur de profession, qui a un tiers des eaux-de-vie pour sa peine.

Sa glacière paroît bien construite. Ua batiment extérieur contient la glacière proprenjent dite ; cette glacière est une espèce de

puits divisé en deux étages. Le premier a ïo pieds de profondeur ; le second et le plus bas , dans lequel la glace est renfermée , en a 13; ce qui fait en tout une profondeur de 23 pieds. Les parois sont en pierre à quatre pieds d’épaisseur ; puis garnis de planches de 3 pouces appliquées aux murs ; puis vient une espèce de charpente , entre laquelle et les planches est un intervalle de quatre pouces rembourré de paille.' La glacière a 1 1 pieds quarrés , mesurée en dedans. Dans le bâtiment supérieur , directement au * deffus de la glacière , on tient le liqueurs sujettes à fermenter par la chaleur , ou que Ton veut boire fraîches , telles que le porter et le cidre.

Sa fumerie pour les jambons , le lard , etc. est une chambre d’environ douze pieds quarrés, bâtie de bois sec ; le foyer est au milieu ; le toît est conique , et les chevrons sont garnis de clous pour y suspendre la viande que l’on veut fumer. Pour cet effet , on allume le matin , au milieu de la chambre , un feu qu’il n’est pas nécessaire de renouveller de tout le jour. On répète la même chose trois ou quatre jours de suite. La fumée n’a d’issue que par les fentes du bois. On ne rerire la viande qu’à mesure qu’on en a besoin. Si les murs sont

i3e pierre ou de bois verd, la viande est sujette 4 moisir.

Son moulin à scie , qui coûte environ 100 liv. } est compose d’une roue que l’eau met en mouve-f ment et qui fait mouvoir une scie du haut eît bas , et d’un autre méchanisme qui fait avancer le bois sous la scie. Les environs ne fournis-* sent à présent d’ouvrage que pour une seule qui en fait à-peu-près 1000 pieds dans un jour. Ce moulin est moins compliqué que s’il employoit plus de scies et il suffit pour occuper un homme chargé d’y veiller, de présenter le bois- et d’enlever les planches à mesure qu’elles sont sciées. Cet ouvrier a pour gages 6 d. par ioo pieds. En dix - huit heures la scie peut faire' 2200 pieds d’ouvrage. Mac Alîister reçoit de x sh. à 2 sh. 6 4 par ioo pieds. Il achète les troncs des colons qui habitent vers le haut du pays et qui les font descendre en radeaux. Il paie les troncs de 15 à 20 pieds de long et d’un pied de diamètre, de 2 sh. 6 d. à 3 sh. Les radeaux sont composés de 50 à 100 troncs en largeur : un seul plus long que tous les autres est fixé en travers sur le radeau avec de l’osier, et ses extrémités qui débordent, servent à gouverner le ras.

Son moulin à farine lui coûte environ 800 liv. il le loue à un tenancier. Une charge de fro~

%Reîit '2St dë soixante boisseaux et la mouture eft «coûte 25 sh. , le fermier conservant les rebuts. Le déchet de la mouture est de 1 2 livres par quintal. Soixante boisseaux de froment donnent lu barils de farine de 196 livres net; ce qui fait un peu p; de trois boisseaux pour lift 'quintal. Les rebuts valent 3 liv. la charge; les barils coûtent environ 20 d. pièce ; quand le bois en est vefd , ils font aigrir la farine. Les rebuts paient les frais de la mouture et des barils. La farine se vend à Philadelphie environ '45 sh. le baril (1). ©n l’y envoie de Paxtang ( d’habitation de Mac Allister ) par la voie de Kewport , à 10 sh. le baril. Les moulins à bluter que j’ai vu dans la suite à Middletown, chez le meûnier dé l’endroit , sont des espèces de cylindres à six faces , d’environ 1 2 pieds de long et d’un pied de diamètre , couverts à-peuprès de deux en deux pieds de soie blanche de différentes finesses. Le cylindre est incliné de 45 à 50 degrés , ét mis en rotation par un jnéchanisme tenant à la grande roue. Il sépare six qualités de farines différentes 9 y compris le son. La seconde et la troisième sont quelquefois blutées de nouveau ; et dans quelque cas ,

(1) Quand nous arrivâmes à Philadelphie , le prix M*é(Qit élevé jusqu’à 47 et 48 sh.

on a une machine à bluter particulière poüf la troisième. Je ne crois pas que ces machines en fil de laiton soient en usage en Amérique. Je n’ai pas pris note du prix de la première qualité de la farine à Middletovfn ; la seconde s’y vend 5 sh. les [18 livres; la troisième, 3 sh. 9 d. les 28 livres; la quatrième, 2 sh. 6 d. par boisseau; la cinquième, 15 d. par boisseau, le son 9 d. par boisseau. Le froment vaut à Middletown 6 sh. 6 d. et 6 sh. 8 d. le boisseau. J’ai rassemblé ici ces observations sur les moulins a grain et a farine , quoique relatives à divers lieux , parce qu’elles appartiennent au même sujet.

Les moulins de Middletown quoique fort propres , et en apparence élevés sur un bon plan, sont inférieurs, à ce que j’ai ouï-dire, à ceux de brandy - wine. On n’a pas non plus adopté jusqu’ici, dans le premier de ces endroits, la méthode usitée dans l’autre pour enlever le grain et descendre la farine. La farine de l’Amérique me paroît supérieure celle de la Grande- Bretagne, en sécheresse et en finesse, et le pain me semble meilleur.

Les details que je viens de vous donner sur l’établissement de M. Mac Allister , pourront vousparoître longs, mais je desire extrême-

Gîtent Vous faire connaître l’état actuel et ïâ manière de vivre des planteurs américains, dont vous avez à présent un modèle tracé sans partialité , mais choisi dans la classe la plus favorable. Quelque agréable qu’il puisse vous paroître , Mac Allister , comme presque tous les américains que j’ai connus, n’est pas assez attaché au tefrein cultivé qu’il habite, pour n’être pas tenté de s’enfoncer dans les déserts de l’intérieur , afin d’y voir se former autour de lui et sous ses mains , une nouvelle création du même genre.

En quittant Paxtang , nous quittâmes aussi les beaux paysages. De Hamburg au Loyalsock , par les montagnes , et du Loyalsock à Paxtang , nos yeux av oient joui d’une suite non interrompue de paysages délicieux et bien ■au-dessus de notre attente. Les masses imporan- *es des montagnes et des bois; le Susquehannah coulant quelquefois à travers de riches vallées et quelquefois baignant la base des rochers sourcilleux ; souvent prenant la forme d’un lac parsemé d’isles nombreuses , différemment figufées et couronnées de bois; la pureté de l’athmosphère ; les contours déterminés des lointains ; le froid sain et serein de ia saison ; le •ciel dégagé des nuages d’hiver et libre de ces brouillards que j’étais habitué à détester dans

mon ancienne patrie; tout cela, dis -je, réuni, rendit ce voyage un des plus agréables que j’aie jamais faits.

De Paxtang à Harrisburg, il n’y a que six milles. Harrisburg est une ville américaine grande et jolie , dans une position agréable, m i mal-saine, sur les bords du Susquehannah. C’est un terrein bas et humide , et par Conséquent l’on y est sujet aux fièvres et aux douleurs. Dans le fait , on est exposé à ces maladies en Amérique , toutes les fois qu’on haiite tout - à - fait au bord d’une rivière. Un soleil brûlant agissant sur un terrein humide , doit infailliblement produire Cet effet sur ceux qui sont trop exposés à son influence* Comme, dans ce Cas, le poison s’introduit par les poumons , il est assez vraisemblable que l’application du gaz du docteur Beddoe pourroit être fort utile dans ces maladies trop fréquentes. De Harrisburg, nous allâmes à Middletown. C’est un assemblage de soixante ou soixante et dix maisons , mais qui ne paroissent pas en train de se multiplier. J’ai déjà parlé des moulins qu’on y trouve. La lettre de M. Toülmin fait mention du prix des terres , ici et à Harrisburg. Le canal qui doit éviter les cataractes sera bientôt achevé, ainsi que le canal plus important qui doit ouvrir la communication par1

eau.

eau , du Susquehannah dans cet endroit avec Philadelphie. Je crois avoir dit ailleurs que le tranfport par terre des matières sèches , entre les deux dernières villes que j’ai nommées , coûte un dollar par quintal.

De Middietovn à Elisabethtown, la route traverse le comté de Lancastre , qui est la partie la mieux cultivée de l’état de Pensyîvanie.Nous jugeâmes donc à propos de nous informer de la façon dont on y pratique f agriculture.

Il me sembla que la succession des récoltes étoit celle-ci. :

iere récolte , le maïs ; on le sème depuis le milieu de mai jusqu’à la première semaine de juin , dans des mottes éloignées d’environ quatre pieds les unes des autres, et l’on sème trois ou quatre grains dans chaque trou. On le récolte ordinairement d’assez bonne heure, pour semer du froment, vers le déclin de l’année * quoique le maïs pût passer l’hy ver sans souffrir. -

II de récolte , le froment ; avant de le semer y on prépare le terrein pendant l’été précédent , par deux labours à la houe , dans les intervalles du maïs. On conduit la charrue en remontant le long d’une rangée , et en descendant de l’autre côté; puis on fait de même transversalement: ce qui isole les mottes où le maïs est semé. On moissonne le fromentdans la saison accoutumée*

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c’est-à-dire, vers la fin de l’été. Cependant 9 dès le printemps de la seconde année , on sème du trèfle parmi le froment ; et lorsqu’on afait la récolte du dernier , on lâche quelques bestiaux dans le trèfle, seulement pour en brouter les sommités.

I IIeme et IV eme années ; le trèfle que l’on fauche deux fois par an. Après la dernière fauche, qui se fait dans l’automne de la quatrième année , on laboure le terrein qui reste en jachères jusqu’au mois de mai de la cinquième année , et l’on recommence alors par le maïs.

Quelquefois le seigle, ou l’orge d’hy ver, prennent la place du froment, et l’on substitue quelquefois l’avoine au maïs, auquel cas on sème l’avoine en avril. Souvent on fait produire au terrein une récolte de sarrazin en automne; ce qui fait deux récoltes de grain dans un an. Pour cet effet, on sème le sarrazin en juin, avant la moisson du froment , et on le coupe exactement avant les gelées de novembre. Les grains d’automne se sèment ordinairement le plus près qu’il est possible de 1 a mi-septembre. Ici, comme en Angleterre , ce sont les terres à chaux qui produisent le trèfle blanc.

II y a peu de terres en friches auprès d’Elisabethtown. Le terrein cultivé s’y vend de

€■ I. à 20 I. l’acre. Un emplacement propre à bâtir situé dans la ville, et d’un quart d’acre d’étendue , se concède pour 18 sh. 8 d. de rente annuelle. Les, terres affermées sont au même prix, d’ici aux environs de Philadelphie.

On essaye à présent, en Amérique, pour la première fois , une chaussée publique ( i ) entre Lancastre et Philadelphie. La distance est de 66 milles. Le prix actuel du transport par terre de Lancastre à Philadelphie , est de 7 sh. 6 d. ( un dollar ) pour un barril de farine d’un quintal et trois quarts. Je demandai à un ronlier, sur la partie de la route nouvellement construite, ce qu’il porîoit dans son charriot, attelé de quatre chevaux. Il me répondit : douze barrils de farine : poids suffisant pour la mauvaise partie de la route; mais on auroit pu le doubler sur celle où nous étions. J’observai différentes espèces de plâtre entre Waggon-town et Downings-town. Le froment vaut ici 8 sh. 4 d. le boisseau; l’orge 7 sh. 6 d.; le maïs f sh. et y sh. 3 d.

Ce voyage dura 1 6 jours; nous étions à cheval : il nous en coûta io sh. (c. à. d. 6 sh.

(1) Turn-pike-road. C’est une route où des barrières sont établie, s. ( JV. du T. )

sterling ) par jour , à chacun , y compris la nourriture des chevaux , et toutes les dépenses quelconque.

Le souper et le déjeuner coûtent de 10 d. à un schelling. Le dîner i sh. et iy d. La nuitée d’un cheval i sh. et i sh. 6 d. L’avoine 2 d. le picotin. Les lits 4 d. et 6 d. par nuit.

J’espère que vous n’aurez pas oublié que je m’exprime toujours en argent courant de Pensylvanie.

Dans ma première lettre, je rassemblerai les divers renseignemens que j’ai recueilli ça et là sur le prix de la terre et des denrées, en d’autres quartiers ; en attendant ,

Je suis, etc.

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