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II. — Culture sèche ou culture irriguée

Dans notre rapport sur les possibilités d’irrigation dans la vallée du Niger, nous définissions comme suit le but de ces travaux :

L’Egypte offre l’exemple le plus décisif qui soit d’un pays dont la vie dépend de l’existence et de l'efficacité d’un système d'irrigation. Douze millions d’habitants (1) se pressent sur moins de trente mille kilomètres carrés de plaines arides que fécondent les eaux équatoriales amendes à travers un des plus vastes déserts du monde par un grand fleuve solitaire.

Aux Indes, des variations excessives du régime des pluies provoquent la famine. Pour lutter contre le fléau, bien avant la venue des Européens, les eaux ont été dérivées des rivières, emmagasinées dans les réservoirs ou tirées des nappas souterraines. L’effort anglais, malgré sa puissance, paraît mesquin lorsqu'on le compare aux travaux indigènes.

Dans ces deux pays, de même qu’à Java, à Ceylan, où des rizières s’accrochent au flanc des montagnes, en Indochine, l’irrigation tropicale répondit d’abord aux besoins alimentaires des populations

Au Soudan, on n’aperçoit aucun ouvrage, aucune trace d'ouvrages d’hydraulique agricole (2). La nécessité, sinon l'ut’lité de ces travaux, ne s’est manifestée nulle part, et, à vrai dire, le but dans lequel ils furent ailleurs édifiés, n’a, dans notre colonie, aucune espèce de signification.

Une population relativement clairsemée vit dans ce vaste pays que la nature a favorisé de pluies suffisantes ou d’inondations périodiques et qui offre à l’agriculture des surfaces de beaucoup supérieures à tout ce que l’activité indigène est capable d’exploiter. Qu’il s’agisse des régions de Ségou ou de Koutiala où les friches occupent la presque totalité d’un sol excellent et bien arrosé, ou encore de lTssa-Ber, où les cultures en terrain inondé pourraient être décuplées en l’état actuel des choses, la question vivrière ne se pose pas et, de ce point de vue, les irrigations sont superflues.

La raison d'être, le seul gage de prospérité de la culture irriguée au Soudan, c’est la culture intensive donnant des produits agricoles susceptibles d’exportation.

Au premier rang de ces produits, nous avons placé le coton dont la culture dans nos colonies

(1) Les statistiques égyptiennes les plus récentes accusent près de 14 millions d’habitants.

(2l Quelques vestiges de travaux dans la région de Gao confirment par leur insignifiance cette constatation d’ordre

est devenue une nécessité nationale. Nous avons en outre cité le « DA » excellent succédané du jute, que les services locaux d’agriculture recommandent aux grandes exploitations en raison de sa simplicité de culture, de sa résistance aux maladies et aux parasites, de la possibilité d’effecrae. mécaniquement les travaux agricole , enfin de on, rendement pécuniaire égal à celui d’une bonne culture de « Jumel » (1).

M. Auguste Chevalier, dans une étude bibliographique des projets d’irrigation en Afrique Occidentale, ajoute le tabac (-J).

Le fait est que les vallées nigériennes peuvent fournir en grande quantité du tabac et du dà et quelques, certains types de cotonniers à moyenne et longue soie ont donné en divers essais de culture irriguée des fibres de belje qualité et des rendements satisfaisants. C’est évidemment ce dernier produit qui intéresse le plus notre industrie métropolitaine.

Il est admis aujourd’hui, écrit M. E. Tisserand (3), que c’est en Afrique tropicale que la France trouvera à développer pleinement la culture du cotonnier, et, d’autre part, une expérience de quinze années a montré que seule la culture irriguée peut donner des rendements suffisants tant en culture indigène qu’européenne.

Il n’y a donc qu'une solution au problème: si la France veut du coton, elle devra organiser la culture irriguée.

Cette nécessité d’organiser en grand la culture irriguée du cotonnier est affirmée avec autant de fermeté et de précision par M. Henri Lecomte, de l’Institut, président de la Section du Coton au Congrès d’agriculture coloniale de 1918.

Si l’on veut, dit ce savant, abandonner l’ère des timides essais pratiqués jusqu’à ce jour pour arriver à une culture intensive et réellement productive, il faut rejeter l'idée de faire cultiver uniquement la cotonnier par les indigènes sur leurs minuscules propriétés respectives, car ce serait faire un saut en arrière et compromettre le succès et en même temps, ce serait le moyen le plus sûr d’assurer aux terres un minimum de rendement et au produit récolté l'hétérogénéité qui est l'un des principaux défauts de la culture cotonnière. Il convient aü contraire d’adopter dès le premier jour les méthodes les plus perfectionnées actuellement suivies aux Etats-Unis et en Egypte.

Pour assurer la puissante organisation nécessaire, il faut le concours de l’Etat qui peut seul, autoriser les grands travaux hydrauliques indispensables dans certaines colonies pour assurer 'es irrigations.

Ces conclusions, d’une incontestable logique, n’ont cependant pas encore obtenu une adhésion unanime et la culture sèche du cotonnier au Soudan, malgré les déboires qui ont marqué tous les essais entrepris au cours de ces vingt dernières années, compte encore de sérieux partisans.

Cependant, à l’examen, on s’aperçoit très vite que ces divergences d’opinions proviennent d’une simple méprise.

Il y a, au Soudan, deux questions cotonnières.

(1) Y. Henry et, Lemmet. Irrigations et cultures irriguées en Afrique tropicale (page 273).

(2) Revue de botanique appliquée et d'agriculture coloniale F'1 2 3' juillet 1221 (page 113).

(3) Y. Henry et Lemmet. Irrigations et cultures irriguées en Afrique tropicale. Préface de M. Tisserand membre de l’Institut et de l’Académie d’agriculture.

h) une part, la culture irriguée peut y donner des produits de moyenne. et haute qualité qui ont d ores et déjà un acheteur : la France, qui importe chaque année à l’étranger 300.000 tonnes de ces fibres. D’autre part, la culture sèche du cotonnier fournit une matière première de médiocre valeur que. délai ;: em ne manufactures, parce que ce Icxlile ne répond pas aux besoins de leur clientèle.

11 est possible de développer la production soudanaise de ce coton indigène dans la zone de pluviosité suffisante qui comprend la haute Côte d’ivoire, les parties méridionales des cercles de Sikasso, Bobo-Dioulasso et Bougouni, peut-être le Haut-Niger et une partie du bassin de la Yolta. Mais où exporter cette récolte de qualité trop inférieure pour satisfaire notre industrie textile?

Si nous ne voulons pas que l’Angleterre, organisée pour l’utilisation des variétés indiennes, soit I acheteur tout désigné de ces produits, il faut lem créer chez nous un débouché aujourd’hui inexistant. Cela n’est pas impossible.

Les guinées et des tissus à bon marché fabriqués avec des cotons inférieurs dans l’Inde, en Hollande, en Angleterre, habillent toutes nos populations de I Afrique Occidentale. Donnons-nous comme objectif de remplacer ces importations étrangères par des étoffes manufacturées en France, avec la production indigène en terre sèche du Soudan, de la Côte d’ivoire et du Dahomey. Intéressons à cette entreprise nos industriels et nos commerçants en favorisant d’une manière efficace les produits nationaux. Nous en avons les moyens. N’est-ce pas par des avantages de même ordre que nous parvenons à conserver à nos filatures de l’Inde française une réelle prospérité? Le jour où les cotons soudanais feront en quelque sorte prime sur le marché des produits similaires, au lieu d’être dépréciés comme aujourd’hui, la culture sèche du cotonnier dans les régions favorables aura des chances de se développer. Mais, il faut le constater tout de suite, le problème du ravitaillement de notre industrie cotorfnière, tel que le posent à la fois la transformation sur place de la récolte américaine et l’accaparement des cotons de l’Empire britannique par les usines anglaises, attendra toujours une solution.

Cette solution, M. Yves Henry, inspecteur gé néral de F Agriculture en Afrique Occidentale, l’a formulée comme suit :

Si la France veut produire dans ses propres territoires le million de halles de coton dont elle a besoin, il lui faudra organiser la culture intensive par l’irrigation dans les deux belles vallées du Sénégal et du Niger.

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