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COTONNIÈRE

La culture irriguée du cotonnier égyptien a fait l’objet depuis 1903 d’un certain nombre d'essais dans les vallées du Sénégal et du Niger. Une variété, le Mitafifi, a donné partout des résultats très satisfaisants. Son cycle de culture est de sept mois environ. L’époque des semis, dans ces essais, a varié de juin (El-Oualadji) à août (Richard Toll). Dans cette dernière localité, un champ ensemencé le 15 août donna une première récolte le 15 décembre. A El-Oualadji, pour un ensemencement du 15 juin, la récolte alla de novembre à fin janvier.

On peut donc admettre que la période de végétation du Mitafifi, variété tardive, est au Soudan de 130 jours environ, la fructification se prolongeant pendant 80 à 100 jours.

Dans les régions de Ségou et de Kayes, où la pluviosité est encore très forte en septembre et parfois aussi en octobre (100 m/m en 1914 à Koulikoi’o) , la récolte, si l’on veut éviter que la pluie ne la détériore ou la détruise partiellement, ne devra pas commencer avant novembre. La végétation cotonnière n’a rien à craindre de l’hiver soudanais plus chaud que l’automne égyptien comme le montre le tableau ci-dessous :

Localités Températures peudant la fructification

Septembre Octobre Novembre

Max. Min. Moy. Max. Min. Moy. Max Min. Moy.

Le (Aire 33.3 19.8 25.8 33,6 20.0 23.1 26.3 13.9 18.5

Novembre Décembre Janvier

Max. Min. Moy. Max. Min. Moy. Max. Mm. Moy.

Ségou 36.9 20.4 28.3 34.4 15." 25.0 33.0 15.4 24.2

Kayes] 37.2 20.8 29.0 33.5 16.9 25.2 33.2 16.8 25.0

Dans ces conditions, l’époque la plus favorable aux semis tomberait vers la deuxième quinzaine de juin, au moment où la saison des pluies est toujours bien établie dans la vallée moyenne du Niger. Reste à voir si la pluviosité, parfois très haute en juillet (368 m/m. en 1910 à Koulikoro), n’est pa.s de nature à gêner le développement des jeunes cotonniers.

C’est une question qui a été longuement étudiée au moment des essais entrepris de 1903 h 1910 au Soudan en vue de l’introduction des variétés américaines cultivées en terre sèche.

Les premières expériences furent faites en 1903. A Ségou, des semis tardifs (fin juillet) obligèrent à un réensemencement partiel en août qui, malgré les fortes pluies du mois, réussit bien.

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L’année 1904 fut particulièrement sèche. L’hivernage se termina brusquement en septembre et les premières capsules ne purent arriver à mat urité - Aussi, pour parer à cet accident climatérique, les services locaux de l’Agriculture décident-ils de faire des semis très hâtifs, dès le mois de juin, afin d’avancer le plus possible la végétation.

En 1903, les champs ensemencés en juillet dans les cercles de Ségou et San, malgré une très haute pluviosité, donnent une bonne germination. Dans le cercle de Djenné, les semis de la première quinzaine d’août, favorisés par des pluies abondantes, donnent des résultats satisfaisants.

Le plan de campagne cotonnière de 1906 est accompagné d’une circulaire du Gouverneur de la colonie où nous trouvons cet alinéa :

Il est utile que les champs soient délimités soigneusement avant le commencement de l’hivernage ; aux premières pluies, ils recevront une façon préparatoire; on leur en donnera une seconde au moment même du semis qui se fera pendant la première qumzaine de juillet.

Une nouvelle circulaire du 28 mars 1907 précise les instructions de la campagne précédente :

Les graines sélectionnées de la récolte 1906-1907 seront expédiées suffisamment tôt pour pouvoir être distribuées à l’indigène de façon que les ensemencements puissent être effectués partout du 15 juin au 15 juillet, époque qui, •de l’avis presque unanime, paraît la plus propice.

Il n’y a qu’une manière d’interpréter ces faits et les instructions qui en découlent, c’est que les précipitations atmosphériques de juillet, époque choisie pour les ensemencements, ne constituent pas une gêne lorsque le sol est convenablement préparé pour l’élimination des eaux en excès.

M. Level, représentant de l’Association cotonnière au Soudan, avait constaté- que « la saison 1906-1907 a été marquée par des précipitations d’eau très abondantes... Les rapports concordent partout. Tant qu’ont duré les pluies, les cotonniers américains se sont remarquablement développés en feuilles et en branches. Dès le commencement de la sécheresse, ils ont dépéri, sont morts ou n’ont donné que peu de gousses (1). »

Cependant, les semis de 1906 avaient été très tardifs et cette année est la plus pluvieuse de ce début de siècle. Nous pourrions encore citer de nombreux textes aboutissant tous à cette conclusion que, dans leurs malheureuses tentatives, les services d’Agriculture étaient au moins arrivés à un résultat : la fixation du 15 juin au 15 juillet de l’époque propice à l’ensemencement du cotonnier. C’est du reste ce que font les indigènes qui, depuis des siècles, sèment indistinctement au cours de ces deux mois (2) .

Or, la crue du Niger débute en mai-juin et finit en janvier-février. Le tableau suivant donne, pour treize années, les périodes durant lesquelles la cote 1 m. 00 fut atteinte à Ivoulikoro ;

(1) Rapport au Président de l’Association cotonnière coloniale (15 mars 1907).

(2) Yves Henrv. Le Coton en Afrique Occidentale (pages 137 et 138).

Année

Début

Fin

Durée

15 J uin

6 Février

236 jours

23 Mai

12 Février

11 Juin

19 Janvier

6 Juin

6 Février

...... 28 Juin

5 Février

10 Juin

19 Janvier

12 Juin

13 Janvier

27 Mai

5 Février

27 J uin

24 Janvier

12 Juin

18 Février

8 Février

5 Juin

25 Janvier

A cette cote d’un mètre, le fleuve débite de 325 à 350 mètres cubes à la seconde. Ne convient-il pas ici de remarquer que, pendant le dernier siècle, le Nil accusa plusieurs fois, en mai et juin, des étiages inférieurs :V ce chiffre? Cependant, avant la construction du mur d’Assouan, l’Egypte cultivait le cotonnier sur plus de 500.000 hectares et d’autres récoltes irriguées sur un million d’hectares. Même en 1900, année de basses eaux tout à fait exceptionnelles, les cotonneraies donnèrent de bons rendements.

Nous n’aurons pas la prétention de demander au Niger plus que ce que le Nil non régularisé assurait à l’Egypte.

Tout ce que nous savons de ce fleuve et de la culture irriguée du cotonnier dans sa vallée prouve la complète adaptation de la crue nigérienne et des facteurs climatériques aux besoins de cette culture, suggère dans l’espace des possibilités de l’ordre de grandeur du delta égyptien.

Des personnes bien intentionnées proposent que l’on construise tout de suite un puissant réservoir régulateur qui permettrait d’avancer le Cycle de culture du cotonnier et de le faire suivre de récoltes d’hiver, voire de printemps. Ce serait vraiment trop beau ! Mais l’on sait cpie le mieux est l’ennemi du bien et la construction immédiate d’un grand barrage renouvelé d’Assouan, c’est l’enterrement pur et simple des projets d’irrigation du Niger.

Y. — La terre et les cultures d’assolement.

D’un rapport des Services de l’Agriculture du Soudan français sur les principaux facteurs du développement économique du pays de Ségou et des régions voisines, nous extrayons les lignes suivantes ;

Au nord de la zone montueuse correspondant à l’est du Niger à la région naturelle que les géographes désignent sous le nom de plateau mandingue jusqu’aux abords de la grande dépression argileuse plus ou moins inondée chaque année par les débordements périodiques du Niger et du Bani et constituant en quelque sorte « le delta central » du fleuve, s’étendent des plaines fertiles coupées seulement par de rares arêtes de grès siliceux qui, le jour où elles seront reliées directement à la côte par une voie ferrée facile à établir à peu de frais et où des ouvi-ages hydrauliques les feront bénéficier de la crue féconde du fleuve, prendront, de toute évidence, un essor économique puissant et seront rapidement en mesure de fournir à la France une part importante des produits qu’elle réclame à ses colonies. On trouve dans certaines localités des terres sableuses ou, au contraire, franchement argileuses, mais les sols les plus communs de cette Mésopotamie

EE N SEEiNEMENTS COLONIAUX

nigérienne sont formés d'argile et de sable unis dans de bonnes proportions et se rapportant au type argilo-silioeux désigné sous le nom de sol d’alluvions par certains agronomes .

11 ne sembla pas douteux que sous l’influence des irrigations, la plupart de ces terres ne puissent donner à l’hectare 1 200 à 1.500 kilogs de coton d’excellente quali t . le antre- p mant être avantageusement converties en ririèi. , en . hamps de dû ou porter des cultures fourragères.

Au sujet de la nécessité d’arroser les cotonniers en saison sèche, nous tirons du même rapport ces précisions :

Les irrigations n ont pas seulement pour effet de mettre h la disposition des végétaux l’eau qui leur est nécessaire pour remplacer celle exhalée par transpiration, mais aussi de favoriser la nitrification et de solubiliser les matières fertilisantes du sol telles que le silicate de potasse et les phosphates que la plante ne pourrait utiliser sans cefa. Dans un pays tel que le Soudan, où le cours normal des saisons Fait, succéder presque sans transition une sécheress excessive à une période d’extrême humidité à la faveur de laquelle la végétation herbacée a pu prendre un développement luxuriant, les phénomènes de nitrification s’arrêtent précisément ou moment où l’abondance des débris végétaux leur permettent de jouer le rôle le plus utile. Les matières organiques restées ainsi inutilisées sont, en grande partie, détruites par les termites et les incendies de brousse avant que le retour de la saison humide ne permette aux ferments du sol de reprendre leur activité. Des irrigations données régulièrement en octobre, novembre , décembre, en permettant à la nitrobactérie de se multiplier jusqu’aux froids, accroissent dans une large mesure la richesse du sol en azote assimilable et permettent à des terres primitivement pauvres de porter de très belles récoltes.

Ces vues optimistes ne doivent pas cependant nous faire perdre de vue les difficultés d’aménagement agricole d’un sol dont la constitution physique a une diversité aussi accusée qu’en Egypte. La qualité fondamentale des terrains cultivés en coton, c’est la perméabilité. M. Audebeau Bey, qui fut pendant de longues années ingénieur en chef des Domaines de l’Etat égyptien, nous écrit à ce sujet :

Rien n’est plus ingrat que les questions de perméabilité et aussi difficiles à connaître à l’examen forcément limité auquel on peut se livrer pendant des études. Dans la haute, la moyenne Egypte, le sud et le centre du delta, les terres paraissent les mêmes. Cependant, les différences de perméabilité y sont considérables, quelquefois en des points très voisins (1). C’est la culture qui permet de s’en rendre compte et bien des gens ne le soupçonnent même pas.

Nombreux sont en Egypte les terrains à sous-sol imperméable, impropres à la culture immédiate du coton. Sous l’influence des récoltes répétées de bersim, cette imperméabilité disparaît et le cotonnier peut alors croître normalement et donner de belles récoltes.

On rencontrera sans aucun doute au Soudan des terrains semblables qu’il faudra d’abord améliorer. Des échecs récents de récoltes cotonnières en

(l) Cette diversité avait été signalée par MM. Pellet et Rocher clans leurs intéressantes recherches sur les sols égyptiens. Tls l’avaient constatée non seulement dans la même localité, mais souvent dans le même champ.

terre sèche, entreprises sur les bords du Niger par des Sociétés européennes doivent être attribués a cette cause plus encore qu’à une insuffisance évidente des façons culturales.

Par ailleurs, les terres des vallées nigériennes, de même que la plupart des sols tropicaux, sont relativement pauvres en fertilisant-. Mais, comme le remarque M. à'. Henry (1), « la fertilité des terres malgré leur faible teneur en acide phosphorique et en chaux, est très suffisante pour fournir par un système de culture apfproprié, des rendements aussi élevés qu’en Egypte, ce qui s’explique par le peu d’exigence du cotonnier en ces deux éléments ».

Du reste, la plupart des abîmons nilotiques récentes, fortement sableuses, sont aussi pauvres en acide phospborique que les terres du Soudan. Elles n’en portent pas moins de belles récoltes cotonnières et sont tout à fait insensibles à l’emploi des phosphates minéraux.

La richesse agricole de l’Egypte (que trop de gens attribuent entièrement à la nature) provient pour une large part du travail de l’homme et du choix judicieux des cultures d’assolement.

Il en sera de même au Soudan, encore que ce choix y revête, s’il est possible, une importance encore plus considérable.

En effet, les soles du cotonnier ne pouvant être le dà ni le tabac-, à récolter sur d’autres terrains, toutes les autres cultures possibles, M Chevalier l’a fort justement rappelé, sont des cultures pauvres. Cependant, il faudra nourrir les agriculteurs ainsi que le bétail, producteur d’engrais. Il faudra maintenir la fertilité des terres. Par conséquent, de toute nécessité, on devra cultiver des céréales, des fourrages et des légumineuses. Ce sont des maux nécessaires qu’un assolement bien compris réduira à l’indispensable. Car l’eau d'irrigations, qu’elle vienne d’un canal ou qu’elle soit relevée mécaniquement, coûte cher et il serait puéril de la soustraire aux récoltes rémunératrices pour avoir le plaisir d'entreprendre en hiver des cultures inutiles ou donnant des produits invendables.

1 je climat soudanais possède précisément l’incomparable avantage d’une saison pluvieuse qui suffit à de nombreuses céréales, légumineuses ou plantes fourragères. Que l’on corrige les incertitudes climatériques de l’hivernage par des irrigations éventuelles, rien de mieux, puisque, pendant cette saison, les canaux présenteront des disponibilités hydrauliques considérables. Mais que l'on nous propose dans un pays où la main-d’œuvre est rare, d’employer des bras à des travaux agricoles à la fois onéreux et superflus, que l’on nous demande de régulariser le régime du Niger pour aboutir au développement de la culture de la pomme de terre, voilà qui passe l’entendement. 11 y a le bersim, il est vrai ; mais si cette culture est impossible pendant l’hivernage, les Sartes de l’Asie centrale ne régénèrent-ils pas leurs terres à coton à l’aide

(D Irrigations et cultures irriguées en Afrique tropicale (p. 248). '

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d’une légumineuse estivale qui jusqu’à ce jour leur a fort bien réussi?

Nous il 'ajouterons qu’un mot ! Dans l’organisation de la future agriculture nigérienne, il y a tout un côté économique et social qui domine le problème purement scientifique. Ou bien nous accepterons d’en tenir compte et nous nous acheminerons vers des solutions rationnelles et des réalisations prochaines, ou bien, persistant dans nos errements, nous négligerons de l’apercevoir; et alors, nous aurons de belles stations expérimentales pourvues d’un personnel dispendieux, qui nous submergeront de gros rapports gonflés de vent, et dans vingt années, la culture cotonnière au Soudan n’aura pas avancé d’un pas.

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