‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 125 sur 149 · VI. — IjKS TRAVAUX AGRICOLES BT LA MAIN-D’ŒUVRE · texte numérisé non relu

VI. — IjKS TRAVAUX AGRICOLES BT LA MAIN-D’ŒUVRE

Résumant les dispositions générales et le devis estimatif du canal de Ségou dérivé du Niger, dont nous avons fait un premier avant-projet, M. Auguste Chevalier écrit (1) : « Le devis ne paraît se préoccuper que des travaux d’ensemble et il semble négliger complètement les terrassements considérables qu’il est indispensable de faire pour aménager le terrain vierge en terrain irrigable. » C’est tout à Lit exact!

Il ne saurait être question en Afrique Occidentale de faire intervenir la colonie qui aura la charge des travaux généraux d’irrigation dans l'aménagement agricole de la terre. Cela ne s’est jamais fait en Egypte, ni dans l’Inde, ni en Amérique, ni ailleurs. Aux Indes, le Gouvernement construit les grands canaux, leurs branches et les distributeurs. Les petits canaux de village étaient jusqu’à ces dernières années creusés par les indigènes. C’est tout récemment que ces ouvrages ont été incorporés aux projets d’ensemble, cela en vue d’activer la colonisation et de réduire les pertes d’eau souvent considérables dans ces petites artères.

Mais les travaux de nivellement du sol sont restés toujours et partout à la charge de l’exploitant. M. Auguste Chevalier souligne ainsi l’importance :

La culture de toutes les plantes irriguées exige que le terrain pendant toute la période de croissance de la plante, soit couvert ou baigné d’une certaine épaisseur d’eau stagnante ou lentement renouvelée. Il faut donc, au moins pour le riz, que le terrain à irriguer soit divisé en bassins horizontaux daps lesquels l’eau est m fin tenue par de petites levées de terres. Tour les autres cultures, l’eau doit pouvoir circuler entre les planches sur lesquelles vivent les plantes à irriguer (coton, canne à sucre, etc...) et on doit pouvoir à volonté amener l’eau directement et l’évacuer des carrés de rizières. Cet aménagement suppose un bouleversement complet des terres et comme le sol est loin d’être plat partout, il restera çà et là des surfaces étendues qui ne pourront jamais être soumises à l’irrigation au moins par gravitation. Pour les autres-, il faudrait faire, sous la surveillance des Européens, outre le défrichement, des constructions de diguettes et de rigoles innombrables, celles-ci reliées à des canaux secondaires branchés sur chaque canal principal. Il s’agit de

(1) Revue de Botanique appliquée et d' Agriculture Coloniale, 1er juillet 1921 page 114).

tout un bouleversement du sol auquel le « Noir » n’est pas habitué, pour lequel il ne pourra employer d’animaux de trait sans une éducation préalable assez longue. Ces travaux d aménagement du sol nécessiteraient, à notre avis, une dépense également considérable et un travail qui no peut être fait que progressivement et au cours d un,? très longue période d’années.

On ne saurait mieux poser la question, encore qu’il existe des systèmes d’arrosage variés et que la méthode adoptée pour le coton en Egypte diffère de celle qui est pratiquée au Turkestan ou sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud. Par ailleurs, nous avions signalé dans nos rapports combien les terrains des vallées nigériennes sont topographiquement, divers. A des plaines de dimensions variables, aux pentes régulières et suffisantes, bien drainées et facilement aménageables, succèdent souvent des séries de valonnements peu propices, des soulèvement isolés qu’il faudra contourner des dépressions, etc... 11 faut donc éliminer les terrains trop élevés ou stériles, les lignes de drainage, les régions inondées ou marécageuses, celles où la nappe souterraine est trop près du sol. l’espace occupé par les ouvrages hydrauliques, les routes et les villages. Cela, nous l’avons fait et la superficie aménageable a été réduite à près de la moitié du territoire desservi.

Sur cette moitié utilisable, les travaux préparatoires du sol comprendront le défrichement, la distribution de l’eau et le nivellement.

Le défrichement coûtera très cher (jusqu’à 350 francs par hectare) si l’on s’obstine à. imiter les Bambaras, ou bien n’exigera que de faibles dépenses si l’on travaille à la machine.

Les rigoles d’arrosage sont des ouvrages simples et peu dispendieux. Aux Indes, ils coûtent généra- Inient moins de 15 fr. par hectare irrigué ; leur prix de revient, plus élevé au Soudan, peut être estimé de ‘25 fr. à 50 fr. par hectare, ce qui n’est pas exorbitant.

Reste le nivellement des terres. Il faut faire un départ dans les terrains irrigables entre les parties qui n’exigeront pas de nivellements importants et celles où les terrassements seront plus ou moins considérables. Pour celles-ci, il est évident que la dépense sera forte, que le travail devra être progressif et demandera du temps. Mais nous ne commencerons pas par là. Il y a , en effet, dans la vallée du Niger, des centaines de milliers d’hectares en terrains plats. Lorsque ces terrains seront mis en valeur et qu’il existera au Soudan une organisation et des méthodes, le mouvement sera venu d’aborder les parties les plus difficiles. Ainsi a-t-on procédé dans tous les pays où l’on pratique la culture irriguée. 11 y a, dans le Fayoum, en bordure du lac Garun, plus de 50.000 hectares de terres coupées de ravins et versant à plus d’un demi-centimètre par mètre. Ces terres, en général de colonisation récente, sont aujourd’hui en pleine valeur. Les cultures s’étendent jusqu’aux rives du lac et la valeur du sol atteint en maints endroits plus de 200 livres égyptiennes à l’hectare (1913).

Quant à la nécessité en Afrique Occidentale de placer la préparation agricole du sol sous la sur-

veillante européenne, nous sommes pleinement d’accord avec M. Chevalier, qui apporte l’appui de son autorité à une idée qui nous est chère. 11 n’est pas possible de faire de la culture irriguée petite ou grande, en Afrique occidentale, sans l’intervention de l’Européen. Au Turkestan russe, où l’irrigation par submersion était pratiquée depuis des siècles, on a dû commencer ainsi lorsqu’on a voulu généraliser là culture du cotonnier américain. Il a fallu d'abord enseigner à l’indigène, non seulement les façons à donner à cette plante, mais encore une méthode beaucoup plus compliquée de préparation du terrain. La grande manufacture de Yaroslawl, entre autres, acheta des terres dans le Ferghana et s’y livra à la culture rationnelle de ce type de coton qui se répandit ensuite en culture indigène avec une rapidité d’autant plus grande que les paysans Sartes étaient déjà formés à ces travaux.

Comment serait-il possible, en Afrique, où le Non- a tout à apprendre, de supprimer cette indispensable école? L’agriculture soudanaise, on ne doit pas se lasser de l’affirmer, passera par ce premier stade d’évolution ou bien elle continuera à croupir dans sa torpeur actuelle.

On doit donc condamner comme utopique tout projet de culture irriguée qui reposerait sur l’exploitation directe du sol par l’indigène et dans un ordre d’idée mitoyen, tout projet qui imposerait à l’indigène des travaux auxquels il n’est pas accoutumé, en particulier (car on a fait maintes fois cette proposition) la pénible et fastidieuse tâche du relèvement manuel des eaux d’irrigation.

En l’état actuel de notre connaissance de l’Afrique et des Africains, il ne devrait pas être nécessaire de discuter pour que chacun admît comme un axiome que la capacité de travail du Noir ne peut se développer que lentement et, par conséquent, que le travail manuel dans les colonisations nouvellese doit être réduit au minimum. La formule : grande colonisation, direction blanche, motoculture, main-d’œuvre noire, est pour l’instant la seule qui soit susceptible d’application immédiate.

Il n’en reste pas moins qu’il nous faudra trouver cette main-œuvre, qu’il nous faudra la trouver assez abondante, car la culture cotonnière exige beaucoup de soins. On nous dit qu’en Egypte une récolte de coton demande 180 journées d’ouvriers par hectare, dont 28 à 30 pour les labeurs et la préparation du terrain. Nous ne pouvons tirer de ces chiffres pour les irrigations nigériennes qu’un enseignement très limité.

La terre d’Egypte est entre les mains du Fellah qui la cultive avec ses animaux de trait. Au Soudan, en agriculture indigène, les travaux sont faits à la main et si l’on se reporte aux essais cotonniers de Ségou (1903), on remarque que les labours seuls ont demandé 40 journées à l’hectare, la préparation du terrain 47, et les binages 80, au total 167 ]ournées d’ouvriers sur les 222 exigées pour l’ensemble de la culture.

Affirmer, par conséquent, que l’emploi de la machine dans le labourage et la préparation du terrain

au Soudan, où la traction animale est à peu près inconnue, ne fera pas faire une économie bien sérieuse de main-d’œuvre, c’est tout simplement tourner le dos à la vérité. Faut-il citer un exemple concret? En 1911, la station cotonnière de Patkale- Koul, au Turkestan, procéda à des expériences comparatives entre la culture du coton à la houe (car le Sarte cultive son champ à. la main comme le Bambara) et la culture mécanique, selon les méthodes américaines. Les prix de revient furent respectivement de 336 et 180 francs par hectare.

L’usage de la machine, déjà indispensable, nous l’avons montré, aux travaux préparatoires du sol. s'impose donc encore d’une manière absolue, dans les façons agricoles. Cette nécessité nous conduira à choisir, ou, le cas échéant, à créer un matériel adapté à nos besoins. A vrai dire, cette question de matériel est avant tout une question de combustible. En Afrique Occidentale, comme en Egypte, les combustibles minéraux sont hors de prix. Nous aurons du bois en abondance pendant quelques années, mais nous disposerons toujours des déchets de culture. Ce sont ces déchets qui doivent nous fournir la force agricole et non les produits commerciaux comme les huiles végétales qui trouveront toujours un large débouché et des cotes réinunératrcies.

Si nous arrivons à exécuter mécaniquement le plus gros travail de la terre — et on ne voit pas pourquoi nous n’y parviendrions pas — le problème de la main-d’œuvre sera conditionné par la récolte cotonnière, étant admis bien entendu que nous aurons évité dans nos assolements, toutes le' cultures d’hiver dont on ne nous aura pas démontré l’absolue nécessité. Où trouverons-nous cette main-d’œuvre? Le Soudan compte sept millions d’habitants. Les bras ne manquent pas. Ce qui fait défaut, pour l’instant, ce sont les travailleurs

Comment amener les indigènes au travail, telle est la question que M. le sénateur Lucien Cornet a posée récemment sous cette forme saisissante (1> : « Il ne s'agit pas du tout au Soudan d’une population d’arriérés ou d’irrémédiables imbéciles comme les Tesmaniens ou les Fuegiens. La race est éduquable ; nous savons avec quelle maestria elle a su accomplir les actes compliqués et comportant conscience que nécessite une guerre en Europe. Elle est éprise d’art et de beauté. Il y a donc quelque chose à faire, il y a un côté par où les prendre. Qu’est-ce qui les amènera à secouer leur nonchalance? Qu’est-ce qui les décidera à se donner de la peine? Personne ne le sait parce que personne n’a jamais été chargé de s'en enquérir

« Jusqu’ici, nous n’avons eu envers les Noirs, nous autres Européens, que deux attitudes: la menace ou la confiance inerte. Si nous ne voulons pas — - et nous ne le voulons pas — reprendre le bâton ou la chicotte pour faire travailler le nègre, il nous faut bien convenir aussi que la mansuétude ne donne aucun résultat. 11 faut autre chose, quoi? »

(1) Annales Coloniales , 10 août 1921.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Nouveau venu en Afrique Occidentale, nous n’aurons pas l’outrecuidance d’entreprendre ici l’étude de l’âme nègre. Mais il y a au Soudan des gens intelligents, pleins d’expérience et bons observateurs. L’un d’eux, M. J. Raffîn, président de la Chambre de Commerce de Kayes, dans une étude sur l’agriculture en Afrique Occidentale (1) remarque :

Si, dans le bas Sénégal, la culture de l’arachide s’est développée, les cu’tures de mil ont par contre diminué, car il ne faut pas perdre de vue que tout le riz d’Indochine importé au Sénégal est consommé dans les régions productrices d arachides et nulle part ailleurs.

Cela prouve de façon irréfutable que l’effort de travail fourni par l’indigène sénégalais est resté presque stationnaire. Si le tonnage annuel a augmenté, c’est parce que cent mille indigènes soudanais vont depuis quelques années cultiver les terres du Bas-Sénégal où ils trouvent bien plus facilement à vendre leurs récoltes un bon prix que dans leurs pays ; de cette façon, ils peuvent envoyer à leurs familles restées au Soudan, l’argent nécessaire pour payer l’impôt.

Il y a dans ces quelques lignes plus de substance que dans nombre de livres. Nous apprenons d’abord (pie le Soudanais se déplace; qu’il se déplace depuis peu de temps du Soudan au Sénégal où il fait des séjours Relativement longs ; enfin que ses déplacements sont motivés par l’obligation de l’impôt.

Que cette astreinte arrive à provoquer la migration annuelle de cent mille individus à plusieurs centaines de kilomètres de leurs résidences, voilà qui montre clairement la docilité de ces populations et aussi la force de la coutume. L’indigène a toujours payé l’impôt; aujourd’hui à l’administrateur européen comme hier au chef noir, il le verse sans murmurer.

M. Raffln attire encore notre attention sur cette vérité déjà énoncée qu’il ne faut pas songer à augmenter brusquement la puissance de travail de l’indigène d’ailleurs variable selon les races. Cette amélioration sera l’œuvre du tempi? et de la civilisation. Mais en modifiant les buts de son activité, en tirant parti de ses habitudes, on peut élever considérablement sa production, comme le prouve la transformation agricole du Sénégal

La réussite de la culture de l’arachide dans cette colonie est un fait ; le mécanisme de cette réussite est connu. Pourquoi ne l’ adapterions-nous pas à d’autres cultures comme le dâ et le coton?

Le dâ, selon M. Y. Henry, peut remplacer le jute, de provenance étrangère, dans toutes ses applications. Ce qui a favorisé l’arachide du Sénégal, mais manque actuellement à ce produit, c’est un marché largement ouvert. Développons donc d’abord les usages du dâ dans la Métropole. Inscrivons dans les marchés de corderies et de ficelleries de nos grandes administrations, la clause habituelle avantageant les produits d’origine française et dans un avenir prochain, nous embarquerons à Dakar et à Konakry, des quantités de plus en plus importantes de ce textile, qui viendront diminuer le tribut de cent cinquante millions payé

(1) Congrès d 'Agriculture Coloniale (1918).

chaque année par notre industrie métropolitaine aux producteurs du Bengale.

Pour le coton, les acheteurs au moins en ce qui concerne les produits classés, sont à portée de la main. Ce sont nos filatures et tissages. Mais la culture est plus compliquée et exige une direction européenne. En admettant, comme on nous le propose, une unité par cent hectares de culture, serait-ce trop demander, si 1.000 Français qui ne seront pas des ingénieurs agronomes, mais des chefs d’équipes et des mécaniciens, sont nécessaires pour fournir à nos manufactures un contingent annuel de 60.000 balles de coton? Nous n’allons tout de même pas faire chorus avec les Allemands lorsqu’ils prétendent que nous sommes incapables de donner à nos colonies les états-majors dont elles ont besoin pour se développer.

Pour le recrutement de la main-d’œuvre, l’exemple sénégalais peut encore nous guider. Le Noir au- Soudan paie un impôt très faible, mais l'argent de cet impôt, il le gagne avec difficulté. Pour rassembler la modeste somme que lui réclame la colonie, il s’expatrie, il voyage pendant des mois durant lesquels il ne produit rien, mais dépense une partie de son avoir. S’il lui était possible de louer ses services à faible distance de son village, si quelque mesure administrative venait sous une forme réellement effective, faciliter l’entente entre l’employeur et, non pas l’individu, mais la collectivité organisée qu’est le village soudanais, en permettant par exemple le paiement direct de l’impôt par le colon, d’une part cet impôt pourrait être relevé jusqu’à la limite de l’effort actuel de la population que la création d’une colonisation locale allégerait dans une large mesure ; d’autre part les plantations recevraient un premier noyau d’ouvriers.

11 est une autre obligation imposée récemment à l’indigène et qui n’est pas encore entrée tout à fait dans ses mœurs: c’est le service militaire. L’impôt du sang provoque en Afrique Occidentale, au moins dans les cercles frontières, des exodes partiels dont profitent les colonies étrangères. N’y aurait-il pas quelque moyen de transformer ce mouvement de répulsion vers la Gold-Coast, la Nigeria ou Sierra Leone en un mouvement d’attraction vers le Niger? Nous laissons à la haute administration du Soudan français, qui a fait une étude approfondie de cette question, le soin de répondre par l’affirmative.

On pourrait encore, cela n’est pas douteux, tirer avantage du tirailleur rendu à ses foyers où il oublie en quelques mois le peu qu’il a appris hors d’Afrique. Mais nous entendons l’objection : Vous nous offrez des manœuvres qui se renouvelleront sans cesse, alors qu’il nous faudrait des agriculteurs sédentaires ! Il est vrai ! Cependant, il n’est pas impossible de concevoir l’emploi normal dans certains travaux, comme la récolte du coton, de travailleurs temporaires. Ce ne serait pas du tout une innovation. Pour le reste, nous demandons un peu de patience. Parmi les manœuvres, tous agriculteurs du reste, qui travailleront une ou deux saisons dans les plantations, il en est qui se fixe-

ront — le fait est dès maintenant constaté — et ils se fixeront d’autant plus nombreux qu’ils ne seront pas dépaysés comme aujourd’hui au Sénégal. Les mobiles qui provoquent cette stabilisation mettent en jeu l’intérêt de l'indigène et son goût pour les distractions. 11 faut apprendre à les utiliser.

Ce qui est certain, ce qui résulte des faits, c’est que les besoins, les coutumes, le respect de l’autorité, inné chez le Soudanais, engendrent des forces virtuelles qu’une administration clairvoyante et sage a le devoir de libérer, d’appliquer, de diriger et d’intensifier.

Puisque ces forces existent et qu’elles se manifestent, la mise en valeur des vallées nigériennes est donc réalisable. Elle progressera d’autant plus vite que ces forces seront mieux comprises et mieux utilisées.

Vil. — Le problème financier

Ici, nous abordons la critique sentimentale qui, sous sa ferme la plus nette, peut s’énoncer ainsi : Vouloir à la fois que la culture rémunère le colon et que la vente de l’eau ou l’impôt foncier dédommagent la colonie de ses débours, c’est s’acharner à une utopie irréalisable et même un peu ridicule.

M. Auguste Chevalier, lucide et précis, nous ramène sur le terrain du raisonnement en remarquant que la réussite financière d’une telle entreprise est intimement liée à la rapidité d’exécution des travaux et à l’essor de la colonisation. Mais les délais que nous avons admis pour la construction des ouvrages et sans doute aussi pour la mise en valeur de la terre irriguée lui paraissent beaucoup trop courts: Combien ces chiffres sont optimistes! s’écrie-t-il (1). Voire! 11 est évident que nous ne trouvons pas dans tout notre empire colonial, d’éléments de comparaison et qu’il ne faut point juger nos propositions à l’étalon des rizières malgaches. Mais aux Etats-Unis, mais dans l’Inde ou même dans l’Asie russe, nous n’avons que l’embarras du choix.

Dans le nord de l’Inde, le canal inférieur de la Chenab était en 1882 un canal d’inondation qui arrosait 52.000 acres dans les rares parties cultivées des districts de Gfujrariwala, Jhar.g et Montgomery. Le projet d’aménagement général fut approuvé le 14 juillet 1892 et le canal officiellement terminé en 1899-1900. C’est le plus vaste des systèmes d’irrigation de l’Inde et probablement du monde. Le canal mesure avec ses branches plus de 700 kilomètres de développement; ses canaux distributeurs ont 4.000 kilomètres de longueur et ses canaux de village près de 20.000 kilomètres. Il arrose actuellement bien près d’un million d’hectares de terres, à l’origine à peu près désertes, couvertes de jungles ou de maigres herbages nourrissant quelques nomades. Le tableau ci-après montre à la fois le développement de la

(1) Revue de Botanique appliquée et V Agriculture coloniale, 1er juillet 1921 (pa.Re 114).

culture et l’augmentation de la population dans les territoires placés sous le régime du canal :

Années

Acres en culture

Population

Page 1