‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 127 sur 149 · acres · texte numérisé non relu

acres

Au total près de deux millions d’acres en 10 années. Il y a mieux! Au début de la colonisation du Punjab, les terres nouvellement aménagées

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

étaient offertes gratuitement aux indigènes des districts d’alentour. Aujourd’hui les terrains arrosés par les récents systèmes hydrauliques sont vendus aux pris moyens résultant d’adjudications qui en précisent la valeur vénale. Le sol vierge, où tous les travaux préparatoires, défrichement, distribution de l’eau, nivellement, sont à la charge de l’acheteur, a été cédé sur le Lower-Bari-Doab (Triple Scheme Project) aux prix suivants :

Terrains de culture 1.150 à 1.500 fr. l’hectare (1)

Terrains des nouvelles agglomérations :

pour habitation 2 fr. 15 le mètre carré

pour commerce 10 fr. 50 le mètre carré

Aujourd’hui, ces prix -ont considérablement augmenté. Et cependant le Punjab ne produit que des récoltes pauvres ; blés médiocres et cotons inférieurs. L’impôt variait en 1914 de 20 à 75 fr. pathectare, selon les cultures et le Gouvernement de l’Inde retirait de ces travaux, tous frais d’entretien payés, et non compris les produits de la vente foncière, un intérêt très élevé qui en 1910-11 atteignait 28,6 pour 100 pour le canal inférieur de la Chenab !

Que l’on n’aille pas s’imaginer que toute l'Inde avec ces 300 millions d’habitants a concouru au succès de cette grande colonisation qui en moins de 30 ans, a fixé plus de 3 millions d’habitants sur ces nouvelles terres. C’est une population relativement faible qui a fourni les colons de ces pays arides. L’Indien est moins déracinable que le Noir; il fallut découvrir les voies et les moyens de cette colonisation, ce qui n’alla pas au début sans quelques erreurs suivies d’échecs. On nous dira encore que l’Indien est intelligent et travailleur, tandis que le Noir... mais nous n’en croirons rien. N’est-ce pas la race noire qui a colonisé les premiers champs de coton des Etats-Unis ?Dès le xvne . siècle, les Anglo-Saxons établis en Floride, ne pouvant cultiver eux-mêmes leurs terres en raison de la rigueur du climat (isotherme de Juillet en Virginie-Floride : 27°) remplaçaient les engagés

blancs et les convicts anglais par des esclaves amenés d’Afrique. En 1820, début du règne du King Cotton en Amérique, la population des Etats du Sud était en grande majorité de couleur. De nos jours, partout où les Noirs forment des noyaux importants (Mississipi, Caroline, Géorgie, etc.), la culture cotonnière est entre leurs mains. Us sont ouvriers, fréquemment métayers (35 à 50 % des terres sont louées dans les anciens pays à esclaves) ou propriétaires. C’est un fait : le champ cotonnier américain est une création de la maind’œuvre africaine dirigée par l’Européen. Et le plus curieux est que l’absence de cette main-d’œuvre à l’Ouest et au Nord est une des raisons qui limitent l’extension de la culture du coton !

Il faut reconnaître que la colonisation transatlantique eut pour point de départ la violence. Mais qui oserait prétendre que la violence mieux

I que tout autre moyen aide à l’évolution d’une . race? N’est-il pas absolument certain, au contraire,

| que des méthodes judicieuses d’éducation donneront des résultats infiniment plus rapides et plus : décisifs que le barbare esclavage.

| La cause est donc entendue. Si le Soudanais est moins instruit que le paysan pundjabi et, dans ! une certaine mesure, moins travailleur, du moins est-il plus docile et nous ne nous heurterons pas en Afrique à cette routine qui a fait échouer dans le nord de l’Inde toutes les tentatives de cultures nouvelles.

Une dernière objection : « Le Soudan, à 1.500 kilomètres de Dakar est trop éloigné pour participer jamais d’une manière intensive aux grands courants commerciaux qui convergent vers l’Europe. » Nous permettra-t-on de rappeler ce qu’est devenu le Turkestan sous la domination de la Russie des Tsars?

Au début du xixB siècle, les oasis de l’Asie Centrale récoltaient surtout des céréales. On y cultivait aussi quelques espèces de cotons venues de l’Inde, mais l’exportation de ce textile sur la Rus- , sie par la route des caravanes était insignifiante.

! Après la conquête russe, on songea à relier à traj vers d’immenses déserts de sable la colonie nou- ! velle à la métropole au moyen d’un chemin de I fer. Cette idée, raconte le professeur Voeikoff j dans son beau livre: Le Turkestan russe (1) fut I d’abord traitée de folie et le célèbre Annenkof qui fut chargé de l’entreprise et la conduisit à bonne fin, avait des doutes sur sôn issue. Grâce aux travaux de Paletsky, les sables furent fixés et les trains purent bientôt circuler normalement. Cette j œuvre magnifique est à l’origine de la prospérité I du Turkestan. Vers 1880, on essaie en terre irri- | guée les cotonniers américains « Uplands », qui ' réussissent bien et se répandent avec rapidité. Le j nombre d’hectares cultivés en coton passe de :

330 hectares en 1884 à «4.000 — — 1800

Avant la guerre, la production cotonnière du ! Turkestan approchait de 200.000 tonnes, ce qui I représente près de la moitié de la matière première j absorbée par les manufactures russes."

Ce coton était transporté dans les usines de Moscou et de Pologne, d’abord par le chemin de ; fer transcaspien, puis en partie par la nouvelle I voie ferrée d’Orenburg qui permet d’éviter les ( transbordements. Or, d’Andijan, un des princij paux centres de la province cotonnière du Ferghana, à Moscou, il y a 3.709 kilomètres et 4.919 kilomètres jusqu’à Varsovie. En 1910, le mouvement des marchandises sur le transcaspien attei- ! gnait 1.200.000 tonnes environ dont 194.000 tonnes de coton, 94.000 tonnes de graines de coton 18.000 tonnes d’huile de coton.

A cette même époque, la population totale du

(1) Au taux de 1 fr. 67 à la roupie.

1 (1) Voeikoff; Le Turkestan russe, Armand Colin, éditeur.

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