C. — Matériel
Une fois de plus les guerbas nous ont fait regretter les tonnelets individuels, pour les
| tirailleurs du moins. Le transport de 60 litres d’eau au départ du puits nous permettait tout au plus de distribuer 20 litres en cinq jours, soit une perte des 2/3 pendant cette période. C’est un poids mort considérable.
D'autre part, pendant les longs parcours, qui ont atteint sept jours de puits à puits, il était nécessaire d’assurer aux tirailleurs une ration d’eau journalière. L’eau du convoi étant considérée comme une réserve de sûreté, chaque tirailleur transportait dans ses guerbas la ration -collective de l’escouade. Il a été difficile d’empêcher les larcins en cours de route, notamment pendant les marches de nuit; cet inconvénient ne se serait pas produit avec des tonnelets dont la fermeture peut être inviolable.
Le harnachement, en excellent état et minutieusement vérifié au départ par le commandant de peloton, n’a pas donné de mécompte. Il n’y a pas eu une seule blessure du fait des rallias.
Le contact avec les méharistes algériens nous a apporté d’intéressants enseignements. Nous avons remarqué, en particulier, des guerbas goudronnées, beaucoup plus étanches que les nôtres; des. bâts spéciaux pour transport des mitrailleuses, qui nous ont paru bien compris et que nous mettrons en essai dans l’Adrar; des modèles de sandales (nails), très ihgénieux; enfin, le paquetage du Chambaa, réparti dans deux tellis accrochés aux flancs du chameau, qui présente l’avantage d’être chargé rapidement et de ne pas se déplacer en cours de route; il interdit, il est vrai, les allures vives, mais il pourrait être avantageusement employé pour nos tirailleurs.
Par contre, notre équipement si commode et si rustique, notre harnachement si simple et si rapidement placé, nous ont paru très préférables au ceinturon-baudrier et à la ralha touareg.
Enfin notre convoi léger, inconnu des Algériens, n’a jamais ralenti notre marche. Il a suivi dans tous les terrains et s’est montré aussi mobile que les sections.
D. — Dispositifs de marche et de station.
Protection. — Liaison.
Les dispositifs de marche et de station sont donnés au Journal de Marche.
Le fractionnement en deux groupes de combat donne une formation souple, s’adaptant à tous les terrains, prise rapidement, mettant à l’abri d’une surprise de nuit, permettant de manœuvrer. Elle nous a donné satisfaction. 11 est vrai qu’elle n’a pas subi l’épreuve du feu.
L’armement ne comportait aucune arme automatique. Par essence, leur action doit être courte, mais sûre et violente. Ce sont des conditions bien difficiles à remplir avec nos tirailleurs, au cours d’une reconnaissance rapide, où les armes sont trop souvent mal servies et mal entretenues. Les armes automatiques donnent, dans les pays de sable, une sécurité trompeuse, qui paraît avoir été la cause de bien des échecs. Elles privent un
petit détachement de ses meilleurs fusils; elles entravent sa mobilité, qui est un de ses meilleurs moyens d’attaque et de défense.
Par contre le détachement emportait 100 grenades à main et 30 obus V. B. (4 trombloasy. La grenade est familière au tirailleur; c’est l’arme la plus efficace dans nos régions dunaires, contre un adversaire qui sait admirablement utiliser le terrain; c'est la meilleure riposte à l'attaque de nuit.
Le transport des grenades et artifices éclairants, répartis en deux caisses, était assuré par un seul chameau. Un dispositif ingénieux imaginé par le lieutenant Thoine, commandant le 2e P. M., permettait, chaque soir, d’ouvrir les caisses sans les débréler et de mettre les grenades à portée de la main des spécialistes. 11 faut noter d’ailleurs que cet essai a été fait en hiver. Il serait intéressant de demander aux services techniques si le transport des grenades amorcées, sous les hautes températures de l’été saharien, ne comporte pas quelque danger.
La sécurité rapprochée était assurée :
En marche , par 2 groupes de 2 flanqueurs, aux limites extrêmes de la vue de la colonne. Possédant des montures rapides et déchargés de tout bagage, ils pouvaient fournir une poursuite immédiate.
En station , 5 sentinelles, service de quart des Européens, extinction des feux, départ de nuit.
Ces précautions prises, par nuit sans lune, un bivouac qui n’a pu être repéré de jour est impossible à joindre. Un de nos guides Regueibat, parti reconnaître à la nuit tombante le puits d’Oummouchyaf, n’a pu rallier le détachement. U a dû être rappelé à l’aide de fusées éclairantes.
Au cours des séjours : patrouilles montées,, circulaires, pour recouper les traces suspectes.
La sécurité éloignée doit être assurée vers l’arrière. Un goum de 10' partisans nous suivait à ujae> étape. U ne lui était pas fourni de guides pour l’obligera suivre nos traces. (Un guide évite les pistes, de parti pris.)
Eu outre, un goum de 14 partisans, commandé par un brigadier, nous précédait de 24 heures. Mission : reconnaître et aménager les points d eau.
La liaison était assurée — avec barrière au jour de repos où le goum serrait sur le détachement— avec l’avant, au point d’eau.
Ce service de sûreté a bien fonctionné. Nous avons été avisés immédiatement, de la présence des mej bouts qui, à trois reprises différentes, sont venus reconnaître nos traces.; l'un deux s’est fait accrocher par notre goum arrière.
La patrouille du brigadier-chef qui, à l’aller, nous précédait de plusieurs jours, nous tenait au courant de sa marche par des signaux conventionnels laissés aux points d’eau.
Enfin la liaison avec Atar était assurée par la T. S. F. Cette liaison, bien qu’unilatérale, présentait pour nous un grand intérêt. Elle
HENSEIUNEMEN1S COLONIAUX . — N° 11.
devait nous informer des intentions des Regueibat, qu'O. Khalil ne pouvait ignorer.
Le poste de T. S. F. utilisé avait été construit à Atar de toutes pièces, par le personnel de la station (M. Janlet, sergent Brulé). Il comprenait une antenne en parapluie à 6 brins et une boîte de réception. L’ensemble pesait 70 kilogs et formait la charge d’un chameau.
Les communications étaient faites par Atar, chaque nuit, à 23 h. 32 (heure de Greenwich). Atar nous confirmait les signaux horaires de la tour Eiffel, pour la détermination de la longitude, puis nous passait les télégrammes officiels, répétés trois jours de suite lorsqu ils présentaient quelque importance. Atar a été entendu très nettement sur tout le parcours. Distance maxirna : Atar — EL Mzerebi = 850 kilomètres. D’Ei M'îereb et d’Àioun Abd El Malek, j’ai entendu également divers postes du Sud-Algérien et du Maroc.
Les prises de terre ont clé généralement suffisantes dans tous les terrains. Cependant, lorsque le rationnement d’eau nous était imposé, nous avons dû rechercher la prise de terre dans l’urinoir collectif du détachement. Ce moyen est sans élégance, mais d’une efficacité certaine.