SOUS LE MANDAT BRITANNIQUE
Parmi les rapports des puissances mandataires, reçus, dernièrement, par le Comité permanent de la Ligue des nations, est un rapport officiel anglais, paru en juillet dernier, sur la situation politique et économique du Territoire du Tanganyika, de la conclusion de l'armistice à la fin de l’année 1920. L’exposé de l’œuvre accomplie par l'autorité britannique est précédé d’informations générales sur la géographie physique, l’histoire, l’ethnographie du pays et sur la colonisation allemande (1).
L’ancienne Afrique Orientale Allemande, diminuée de la part attribuée à la Belgique, mesure environ, 945.000 kilomètres carrés. D’après le recensement de 1913, la population du Territoire serait de 4 millions d’indigènes; le Rouanda et l'Ouroundi belges, avec seulement, 52.000 kilomètres carrés, approximativement, en contiendraient presque autant (3.500.000) (2). A une ou ■ ■ 1 — * — ■ ■ ■ ■
(1) Ueport ou Taganyika Territory, Cmd. 1.428.
(2) 2.7UO.OOO seulement, d’après les estimations belges.
deux exceptions près, tous les Allemands ont été rapatriés. On compterait 2.200 Européens, dont 1.400 Britanniques, y compris 300 colons originaires de l’Union sud-africaine et 300 Grecs. Il y a, environ, 10.500 Indiens, dont 6.000 musulmans, un millier de Goans, et 4.000 Arabes et Baloutchis. Lors de Rétablissements des Allé-mands, la puissance politique appartenait aux Arabes esclavagistes, la prépondérance économique aux Arabes et aux négociants indiens. Il y a une vingtaine d'années, un journal allemand définissait l’Afrique orientale : une colonie arabe, indienne et hambourgeoise.
Le rapport rappelle les nombreuses révoltes qui se produisirent contre la domination allemande. En 1889, les Arabes s’insurgèrent en masse. Le capitaine Wissmann, nommé commissaire impérial, recruta une troupe de 1.500 hommes, composée d’anciens Askaris du Soudan anglais, de Zoulous et de Zanzibarites et reconquit la colonie, presque entièrement perdue. De 1891 à 1893, les Allemands eurent à combattre les Hehe, peuple belliqueux, habitant la région des plateaux, au Sud du Roufidji. De 1893 à 1905, il y eut, chaque année, plusieurs expéditions punitives. A cette dernière date, éclata, à l’improviste, un soulèvement sérieux, dans les districts méridionaux, entre le lac Nyassa et la côte. Presque toutes les tribus, musulmanes et païennes y prirent part. La répression fut impitoyable. Environ 120.000 indigènes périrent, dit-on, victimes de la guerre ou des conséquences de celleci, les Allemands ayant saisi toutes les ressources alimentaires, pour nourrir leurs soldats, ou pour en priver leurs ennemis. Durant les dernières années le pays fut, en apparence, relativement tranquille. Les indigènes, terrorisés, ne bougèrent plus, sauf dans des circonstances très exceptionnelles. Les rébellions avaient eu pour causes l’oppression, les châtiments corporels et les mauvais traitements dont les Noirs avaient à souffrir.
A l’exception du Rouanda, de l’Ouroundi et du district de Boukoba, où les tribus étaient gouvernées par leurs propres chefs ou sultans, les populations obéissaient à des Akides, terme souahili signifiant commandant militaire. Ce sys-
Supplément à V Afrique Française de décembre 1921.
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tème de gouvernement avait été introduit par le sultan de Zanzibar ; les Allemands^ l’adoptèrent et le développèrent. Les Akicles étaient des fonctionnaires indigènes, généralement des Arabes, ou des Souahiii (race métisse, née du mélange des Arabes avec les nègres). Chacun d’eux exerçait des fonctions judiciaires restreintes et était responsable du recouvrement des taxes, dans une circonscription déterminée, peut-être une centaine de villages. Les chefs de villages ou JoumL >•> avaient pour tâche principale de recruter des tratravailleurs. Dans les villes de la côte, les Liwalis ou gouverneurs arabes n’étaient que des Akicles supérieurs.
Les Anglais constatèrent que l'influence souahili ou des gens de la côte étaient prédominante dans tout le pays, c»qui s’explique par la haute idée que l'indigène, en général, se fait des Souahilis, et par l'appui que les Allemands donnaient à ceux-ci, considérant qu’ils avaient une action civilisatrice sur les Noirs. Les anciennes organisations tribales avaient, presque entièrement, disparu. La société indigène consiste, actuellement, en une masse confuse de paysans ignorants, gouvernés, en une certaine mesure, par des chefs, un peu plus intelligents, complètement étrangers, à l’ordinaire, par la race, et par la mentalité, à la tribu qu ils gouvernent. Les Akicles ne voient pas de progrès possibles, en dehors de l’Islam. Cependant les Allemands redoutaient le péril musulman. Une circulaire du 13 octobre 1913, adressée aux chefs de districts, leur recommandait d'encourager, parmi les indigènes, l’élevage des porcs, comme moyen d empêcher la propagation de la religion mahométane.
Pour administrer toute leur colonie, les Allemands n'avaient, en 1914, que 79 fonctionnaires européens. Ceux-ci étaient beaucoup trop peu nombreux pour contrôler effectivement les agents indigènes. Les Allemands, eux-mêmes, en convenaient. Le gouverneur, comte de Goetzen, dans un rapport sur la révolte de 1905, faisait observer que, en raison de la faiblesse numérique du personnel européen, beaucoup d'affaires devaient être abandonnées aux mains des Akicles , lesquels « recourent à l'oppression et à la fraude, ce qui fait que l’administration allemande est détestée par la population. » Le successeur de Goetzen, le baron de Rechenberg, appela, en diverses circonstances, l’attention du gouvernement sur la nécessité d'accroître le nombre des administratrateurs européens, de restreindre, ou même d’abolir le pouvoir exécutif des Akicles , cnconservant les Joumbe ou chefs héréditaires.
Les Akides se considéraient, en effet, comme les lieutenants d’une administration aveugle et lente à se mouvoir. Ils s’arrogeaient toute licence d'exploiter à leur gré les populations, réclamaient au besoin, l'aide des baïonnettes du gouvenement. pour se tailler leur part de butin, et manquaient à leur devoir d’agents de transmission, en rete nant, à leur prolit, uoe portion considérable des recettes, et beaucoup de renseignements impor-
tants. Les Joumbe se modelaient sur eux. La police indigène jouissait également, d'une très grande liberté, dans L accomplissement de sa tâche. Particulièrement, en service détaché, le policier noir considérait comme son droit naturel d’exiger des villageois, par violence, ou par menace, tous les services ou les biens qu’il désirait. Fréquemment, il employait la brutalité.
Les Allemands voyaient, sans doute, dans les châtiments corporels un des principaux moyens de faire respecter les lois, car, en 1912 1913, furent administrés, en public, plus de 8.000 coups de fouet. Quant aux tlagellations non publiques, aux « corrections paternelles », le nombre n’en était pas consigné par écrit, mais on sait qu’il était grand. En 1912 1913, plus de cent employeurs furent convaincus d’avoir maltraité leurs ouvriers; les violences commises envers ceux-ci étaient, certainement, beaucoup plusnombreuses, car les Noirs étaient punis, quand ils accusaient sans preuves; aussi souffraient-ils, habituellement, sans se plaindre.
Toutes les terres sans maîtres avaient été déclarées par les Allemands, terres de la couronne. D énormes concessions furent accordées à des Sociétés de capitalistes ou à des particuliers, souvent sans aucun égard pour les droits ou les besoins des indigènes. L étendue des terres tribales fut, ainsi, con>idérablement réduite. La politique d’exploitation agricole à outrance exigeaune maind'œuvre très abondante. Les engagements étaient, nominalement, volontaires; en réalité, les Allemands eurent recours à toute sorte de moyens de contrainte et de corruption, Olïiciellement, la législation protégeait les travailleurs, mais elle était ordinairement violée. Les Noirs, une fois enrôlés, pouvaient difficilement obtenir le paiement intégral de leurs gages, ou leur congé, à l'expiration du temps stipulé. Ceux d’entre eux qui osaient se plaindre aux chefs de districts, risquaient, trop souvent, d’être fouettés ou emprisonnés. En dépit de ces procédés qui visaient à tirer des indigènes le maximum de travail, les entrepreneurs manquaient de bras. A la fin, le gouvernement se rendant compte de l’impossibilité de continuer le système, se résolut à décréter que, dans les districts de 1 Est, il ne serait plus accordé une seule concession de terres. Mais le mal était fait, et, aujourd’hui, dans ces régions, les Anglais se trouvent en présence, d’une part, de Sociétés indigènes beaucoup trop à l’étroit sur des territoires exigus, et mécontentes, et, d’autre part, de vastes domaines inexploitables, faute d’une main-d’œuvre suffisante.
On voit quelle confiance méritent les allégations des Allemands, prétendant qu’ils ont traité les indigènes aussi bien que n’importe quelle nation colonisatrice, et qu’ils sont regrettés de leurs anciens sujets. Un correspondant de YAfrican World, M. Lees Robinson, racontantdernièrement une visite au Tanganyika, décrivait Daressalam, les avenues, où l’on voit les piédestaux qui portaient les statues du kaiser, de Bismark, de Hindenburg, les lourds édifices, caractéristiques de
la colonisation allemande, soucieuse, dès l’abord, de prodiguer l’argent et d’afficher sa puissance, mais négligeant de faire la moindre chose pour sauvegarder les intérêts, ou satisfaire les besoins des Noirs; il raconte, d’après le dire des fonctionnaires anglais, l'allégresse bruyante, manifestée par la population, quand fut hissé le drapeau britannique et les cris répétés : « A bas la conscription, à bas le travail forcé, à bas le poing allemand bardé de fer! »
A la fin de 1916, le lieutenant-général Smuts,
commandant en chef, délégua à sir Horace Byatt, nommé administrateur par le gouvernement britannique, l'exercice de tous les pouvoirs dont il était revêtu, (exception faite de ceux concernant les membres de l’armée et toutes les questions relatives aux opérations militaires), dans larégion située au Nord du chemin de fer central, et à l’Est de la route Tabora Mouanza. A cette première circonscription s’ajoutèrent, le 1er novembre 1918, la plupart des autres districts, et, après la reddition de Lettow Vorbeck, au commencement de 1919, les districts de Lindi et de Songea, la ville de Daressalam, et les chemins de fer. Lors de la
ratification du traité de Versailles, le 10 janvier 1920, la portion de l’ancienne colonie allemande attribuée à la Grande-Bretagne fut nommée territoire du Tanganyika. En juillet de la même année, sir Byatt reçut par un ordre en Conseil, le titre de gouverneur et commandant en chef. Le gouverneur est assisté d’un Conseil exécutif. Le district de Oudjiji, la partie nord du district de Oufipa (anciennement Bismarckburg) et la partie sud du district de Boukoba, qui, quoique situés dans' la sphère anglaise étaient, temporairement, adminis-
trés par les Belges, furent remis à l’autorité britannique le 22 mars 1921.
Le territoire est divisé en 22 districts civils, administrés par 108 fonctionnaires, choisis avec soin. On a éliminé tous ceux qui avaient fait preuve « de manque de sympathie pour les Noirs, ainsi que de tact, d’imagination et de patience. » La troupe coloniale se compose de 3 bataillons des King's African Rifles , soit 2.450 combattants indigènes, avec 99 oïliciers européens.
L'administration britannique s’est proposé comme but de restaurer les organisations tribales et de faire progresser les populations, autant
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que possible, en suivant leur évolution normale, en se conformant à leurs idées et coutumes, purifiées là où il est nécessaire. L’attilude des indigènes envers les Anglais a été dépeinte de la façon suivante par l’auteur d’un rapport sur le Tanganyka, le capitaine Orde-Browne. « L’indigène est assez intelligent, je pense, pour faire la distinction entre les mesures imposées par les nécessités militaires et les mesures dictées par une intention purement administrative; il semble nous considérer comme bien meilleurs que les Allemands. Ebloui par la puissance d’un peuple, qui avait montré tant de ressources inconnues, en chassant l’Allemand, jusque-là invincible, il est, en même temps, disposé à nous considérer comme des maîtres doux et peu exigeants, avec lesquels on peut en prendre à son aise. Des indigènes qui, pendant nombre d’années risquaient, presque continuellement, d’être tués, pendus, ou brutalement fouettés, sous le plus léger prétexte, • doivent juger comme une sorte de faiblesse, la répugnance des nouveaux dirigeants à administrer une simple correction. Pour cela, tout en étant absolument opposé à la brutalité, j’estime que nous devons agir avec vigueur et sévérité, en cas de dérèglement et désobéissance voulue; il faudra plusieurs années pour éduquer le Noir, et l’amener à comprendre nos méthodes plus douces et plus raisonnées, en fait de justice. » Une question également difficile est celle des anciens Askaris. Aussitôt après l’armistice, il fut décidé que ces soldats, à la fois ceux qui étaient détenus, comme prisonniers de guerre, et ceux qui accompagnaient von Lettow Yorbeck, au moment de sa reddition, en tout 6.000, seraient relâchés, à la condition que chacun s’engagerait à demeurer chez lui, et à s’abstenir de tout acte susceptible de nuire à la nouvelle administration. Ils ont loyalement tenu leur promesse, et selon le rapport officiel, l’administration britannique ne prévoyait pas que la présence de ces anciens soldats, dispersés dans tout le pays, pourrait être dangereuse. Le capitaine Orde- Browne s’était montré moins confiant. Il pensait que les Askaris avaient conservé des armes cachées. « Après des années de licence complète, disait-il, et une expérience qui lui a fait voir qu’après tout les Blancs peuvent être combattus avec succès, l’Askari peut devenir un danger pour la communauté. Il y aurait à craindre, semblet-il, des attentats individuels, dont un fonctionnaire du gouvernement serait peut-être victime. » Le capitaine Orde-Browne condamne le système du gouvernement par les Akides. Capables, ils sont dangereux, incapables, ils son tdetrop : « Je suis persuadé, écrit-il, qu’un fonctionnaire énergique et sympathique sera capable d’agir directement avec les Jounibe en se passant de l’intermédiaire Akide » mais le temps ne lui paraissait pas venu d’une pareille réforme. « Il serait manifestement imprudent de détruire les restes du système que nous avons, et j’aimerais mieux que nous nous servions des fondations de l’ancien système, si mauvais fût-il, plutôt que de tenter
la tâche impossible, d’essayer de créer une autorité purement indigène et non souahili, même parmi les tribus les plus primitives. Le mieux est de conserver le système allemand, en le modifiant. A mesure que nous entrerons en rapport avec les populations, que nous comprendrons leur manière d’être, et que nous gagnerons leur confiance, nous pourrons graduellement remplacer les dirigeants de race étrangère par des hommes plus rapprochés des tribus qu’ils représentent, de telle sorte que quand les Akides actuels mourront, ou seront destitués, il ne sera pas nécessaire de les remplacer. » Ces vues out été adoptées par l’autorité britannique. Les Akides subsistent, mais leur statut a été radicalement modifié, par la diminution de leurs privilèges, et l’abolition de leur pouvoir de punir. Ils sont étroitement surveillés. En cas de vacance de la fonction, la population est appelée à désigner un successeur; autant que possible on choisit un homme influent dans le pays, de préférence à un étranger.
A l’origine, les fonctionnaires anglais, ne connaissant pas les districts qu’ils avaient à administrer, employèrent les anciens policiers; les nouvelles recrues furent des paysans, qui avaient appris à connaître, à leur détriment, au temps de la domination allemande, les fonctions de la police. Pour mettre fin aux abus, les Anglais mirent chaque station de police indigène sous la surveillance directe d’un fonctionnaire britannique. Les anciens policiers allemands, jugés indésirables, et les recrues incapables furent peu à peu, éliminés. Un meilleur ton fut introduit. Dans quelques cas, de sévères exemples furent nécessaires pour convaincre les hommes qu’une administration britannique ne tolérerait pas des pratiques telles que le pillage, l’extorsion de présents, ou la torture des prisonniers et des témoins.
Pendant la période des opérations militaires, les lois, jugées nécessaires, furent édictées, par le commandant en chef, sous forme de proclamations, de règlements ou d’ordonnances; et quand fut établie l’administration civile, la même procédure fut employée par l’administrateur, dans l’étendue de sa circonscription. Avant et après l’armistice furent ainsi promulguées de nombreuses ordonnances. L’une d’elles, publiée en 1920, donne au gouverneur le pouvoir de déporter, sans jugement, quiconque est considéré comme indésirable, et spécifie qu’on ne peut en appeler de la décision officielle. Outre les lois de circonstance, à effet temporaire, le gouverneur prit certaines dispositions légsilatives, destinées à former une partie de la législation permanente du territoire. On ne pouvait conserver la législation allemande, et on voulait mettre les lois du Territoire en harmonie avec celles des colonies et protectorats voisins. Pour cela furent introduites certaines lois de l’Inde, complétées par la législation locale, laquelle a réalisé un progrès considérable. ,
L’administration de la justice, au civil et au criminel, fut conférée par une proclamation mi-
litaire du 9 octobre 1916 aux Poïitical officers. Trois ans après, en 1919, une proclamation adopta les codes indiens comme fondement de la législation criminelle. En même temps, des mesures furent prises pour adapter les codes aux circonstances locales. Les Poïitical officers durent également, prendre pour règles les lois et coutumes indigènes, en tant qu’elles ne sont pas contraires à la justice et à la moralité. Tous les jugements, rendus par ces fonctionnaires, quand la durée de la peine excède un an, sont soumis à la confirmation, ou à la révision par le gouverneur, auquel tout individu condamné peut en appeler. Durant Tannée 1919, les Poïitical officers jugèrent 9.000 cas, dont 389 furent soumis à la confirmation par l’autorité supérieure.
L’établissement de tribunaux civils pour les non-indigènes ne fut décidé que par un ordre en conseil de 1920, et réalisé qu’au mois de janvier 1921. Le rapport prétend qu’en dépit des réclamations faites par les commerçants, de nationalité indienne ou autre l’absence de tribunaux civils, avant la présente année, fut avantageux, à plusieurs égards, parce qu’elle permit à l’administration de réprimer les excès de la spéculation et de réduire le taux usuraire d'intérêt, imposé, fréquemment par les petits commerçants à leurs débiteurs indigènes.
Le souci de l’hygiène et de la santé publique inspira diverses ordonnances, sur la réglementation de la vente des liqueurs, des drogues et des poisons, sur les mesures prophylactiques contre les maladies contagieuses, la restriction de l’usage de l’opium, etc. La formation du Medical Department commença en 1917, par la nomination d’un Medical officer principal et de deux ordinaires. Actuellement, il y a des Medical officers à Daressalam, qui possède deuxhôpitaux et dans 9 autres villes. De plus, des Medical officers of Health se trouvent à Daressalam et à Tanga. Dans huit stations, les fonctions de médecin sont exercées par des aides-médecins indiens.
L’une des tâches les plus difficiles que l’administration britannique eut à entreprendre fut la réorganisation de l’enseignement. Les Allemands avaient attaché à cette œuvre une grande importance; ils s’étaient proposé de former des agents d’administration. Il y avait, en 1914, dans la colonie, 99 écoles officielles, dont 10 écoles supérieures, fréquentées, celles-ci par 2.400, les écoles primaires par 3.700 élèves, et, en outre, plus de 1.800 écoles des missions religieuses, avec 108.300 élèves. Le budget allemand de 1914 prévoyait la nomination de 15 maîtres européens, et la construction de 20 nouvelles écoles primaires. Aujourd’hui, nombreux sont, dans tout le pays, les noirs sachant lire et écrire. Dans aucun des Protectorats britanniques on ne trouverait, parmi les indigènes, de telles aptitudes au travail administratif. Le fonctionnaire anglais risque souvent de ne pas être compris, quand il donne, verbalement, ses instructions à un chef indigène, au lieu que les Allemands pouvaient communiquer, par écrit, avec chaque Akide et chaque chef de vil-
lage, et recevoir, en retour, des rapports écrits en souahili. Le problème de l’enseignement a retenu l’attention sérieuse de l'administration anglaise. Mais il faudra probablement, deux ou trois ans, encore, avant qu’on puisse obtenir, dans les écoles primaires, les résultats fournis autrefois. A la fin de 1919, les Poïitical officers furent autorisés à rouvrir quelques-unes des écoles du gouvernement. Mais il est très difficile de retrouver les anciens instituteurs; beaucoup ont pris d’autres emplois, et ne veulent plus enseigner. Cependant on a rouvert un peu plus de 20 écoles, fréquentées par 500 élèves, dans un seul district. En septembre 1920, a été nommé un directeur de l’enseignement. Le programme élaboré vise à préparer, non seulement des fonctionnaires, mais des hommes capables de prendre une part active au développement du pays. Des dispositions devaient être prises, immédiatement, pour former des maîtres. Des écoles élémentaires, avec enseignement professionnel, devaient être créées, dans chaque chef-lieu de district, et dans les grands villages. On prévoyait pour 1921 l’ouverture des premières écoles primaires, de Daressalam et de Tanga.
En mars 1917 fut nommé un administrateurséquestre des biens allemands, et en juillet de la même année un inspecteur des plantations, avec deux aides. La valeur des propriétés allemandes était estimée à plus de 5 millions de livres sterling. Un correspondant de X African World blâme l’administration de ne pas avoir vendu, quand l’argent était abondant, d’avoir attendu la crise financière, et de vendre, maintenant, en hâte, au-dessous de la valeur réelle. Les ventes ont été faites aux enchères publiques. En août dernier, elles avaient produit 388.000 livres sterlings, dont 204.266 avaient été payées par les Européens et 183.745 par les Indiens. La vente du 22 août comprenait, principalement, des plantations de sisal et de caoutchouc. Plusieurs des premières furent vendues un bon prix, mais, pour les autres, il ne se présenta, pour ainsi dire, aucun acheteur.
Aucune loi agraire n’a encore été promulguée. L’interdiction de faire des recherches minières a été, dernièrement, levée ; mais les colons se plaignent que le règlement minier ne donne pas aux prospecteurs des droits bien définis, et attribue au gouverneur trop de pouvoir. Récemment, une importante Société a obtenu une concession de 500 milles carrés, pour la recherche du charbon. La découverte de combustible, dans cette région, voisine du chemin de fer Central, favoriserait, puissamment, la prospérité économique du pays.
Le chemin de fer de Tanga a été rouvert à la circulation, en août 1916, le chemin de fer Central en février 1917. L’un et l’autre lurent fortement endommagés. Les premières réparations coûtèrent, pour l’un 2.195.400 roupies, pour l’autre 2.946.580. La remise en état complète sera achevée en 1922. Les lignes télégraphiques avaient aussi besoin de grandes restau -
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rations; elles ont été soudées aux réseaux de la colonie de Kenya et de la Rhodésie. La Companie anglaise des explorations du Tanganyka et u Soudan a installé son quartier général à Oudjiji. Elle fait construire en ce lieu, et à Albertville, des hydroglisseurs, et se propose de faire, prochainement, tlotter sur le lac une grande flotte de steamers.
En raison du blocus de la côte, la colonie fut fermée au commerce extérieur, pendant les deux premières années de la guerre. Le commerce souffrit beaucoup de la prolongation des opérations militaires, qui n’étaient pas achevées, au moment de l’armistice. A Daressalam, quartier général des forces britanniques, tous les locaux étaient occupés par les bureaux militaires. La situation monétaire fut une autre cause de gène. La monnaie allemande avait été conservée, avec sa valeur nominale ; on refusait de l’accepter dans les colonies voisines. Actuellement, la valeur légale de la roupie équivaut à celle du florin, en usage dans la colonie de Kenya. 11 faut 10 roupies ou 10 florins pour faire une livre sterling. Pendant la guerre, et depuis, la majeure partie du commerce du Tanganyka a été fait par les Indiens, agents des grandes firmes de Zanzibar. Toute la ville de Daressalam, sauf les bureaux du gouvernement, et quelques locaux sans importance, leur appartient maintenant. Dans le reste du Tanganyka, ils acquièrent sans cesse de nouvelles propriétés. Les manufactures de l’Inde font à l’industrie anglaise une très sérieuse concurrence, 48 % des importations de cotonnades proviennent ou de l’Inde, ou du Japon. Les machines, de toute sorte, sont, principalement, de prover nance américaine. Enfin, dans son rapport, le colonel Franklin, Trade comrnissioner de l’Est africain, appelle l’attention de ses compatriotes sur la rivalité menaçante des Allemands. « Il n’est pas douteux, dit-il, que les Allemands feront aussi, de grands efforts pour s’assurer une grande part, dans le commerce du Tanganyika et des pays voisins, même s’ils ne devaient récolter que peu de profit ».
Une Chambre de commerce a été fondée en 1920. C’est elle qui a stimulé le gouvernement en lui représentant le tort immense causé au commerce par l’absence de législation civile, le manque de service agricole, de service minier, etc., et c’est à son instigation que ces organismes ont été créés. La Chambre de Commerce et la presse ont dernièrement demandé la réduction des tarifs de chemin de fer, et protesté énergiquement contre un nouveau tarif douanier qui, après que les vins, la bière, le tabac avaient été augmentés de 200 0/0, élève de 100 0/0 le droit d’importation sur les produits alimentaires. Les indigènes trouveront fort dure, dit-on, l’augmentation de prix des vêtements et des petits articles de luxe, auxquels ils sont accoutumés, et comme beaucoup sont sans emploi, à cause de la stagnation des affaires, comme leur pouvoir d’achat se trouve réduit, on craint au dire de X Africa n World , que la désaffection ne se ma-
nifeste violemment parmi eux. La Chambre de commerce a protesté aussi contre un changement que l’administration a l’intention de-faire. Jusqu’ici, le système métrique a été en vigueur dans le Tanganyka: il est question aujourd’hui d’y introduire les poids et mesures impériales. Sans doute, observe le journal cité plus haut, on veut mettre ce système en harmonie avec celui de la Grande-Bretagne, mais c’est la première fois que nous entendons dire que le système'métrique est aboli, en faveur du système impérial.
La valeur des importaftions qui était de 38 137.400 roupies en 1913, est descendue en 1919-1920, à 1 7.376.405. Pour les exportations, les chiffres correspondant sont : 26.603.286, et 21.386.000.
Abstraction faite des dépenses militaires, qui se montent à environ, 240.000 livres sterling par par an, les dépenses pour l'année 1919-1920 (790.000 liv. st.) ont dépassé de 120.930 livres sterling, le montant des recettes (669.097). Pour faire face au déficit du produit des chemins de fer et aux dépenses diverses, l’administration estimait nécessaire d’obtenir, pour 1920, 1921, une subvention de 3-10.000 livres sterling; encore cette somme paraissait-elle devoir être insuffisante.
Camille Martin.
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