‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 146 sur 149 · RELIGION ET CROYANCES · texte numérisé non relu

RELIGION ET CROYANCES

1° Croyances des animistes.

Cérémonies du Culte. Castes.

On a le tort de désigner sous le nom global de fétichisme toutes les religions africaines qui ne sont ni le christianisme, ni l’islamisme; ces désignations sont aussi impropres que les appellations de Kafir ou de Bambara que donnent les musulmans du Soudan à ceux qui ne pratiquent pas leur religion. Ainsi que le dit avec juste raison M. Delafosse dans son étude du peuple Sénoufo. « Les Noirs non-musulmans ont des religions véritables, en général très compliquées, fort peu connues, très différentes les unes des autres malgré un fonds commun cl où le fétichisme proprement dit, c’est-à - dire la confiance accordée aux amulettes, n’entre que pour une part, pour ainsi dire externe, sans faire partie des croyances religieuses proprement dites; ce fétichisme, d’ailleurs, n’est pas spécial aux religions nègres,

(1) Rens. Col., novembre 19?!, p. 249.

il existe dans la pratique de toutes les religions, ou plus exactement il se superpose à la pratique de toutes les religions, y compris la musulmane et la chrétienne. Mais, comme la plupart des peuples demeurés très superstitieux, les Noirs cachent à l’étranger les dogmes de leur croyance et, autant qu ils le peuvent, les pratiques fondamentales de leur culte, en sorte que l’observateur superficiel n'aperçoit que ce qu'il y a de plus grossier, de plus extérieur et de moins important dans les religions qu’il cherche à étudier et fausse très souvent les idées du public européen. Il y est entraîné par ses informateurs indigènes qui, pour se débarrasser des questions importunes, y répondent par la sempiternelle explication qui n’explique rien : ça, c’est fétiche. Autant dire, ça, c’est quelque chose que je ne puis expliquer, ou quelque chose dont je ne veux pas parler ».

Les croyances des indigènes non-musulmans du cercle des Tagouanas sont les suivantes :

1® Ils croient à l’existence d'un Dieu créateur qu'ils appellent « Niéguéré » ou Niéguéré-Boro (dialecte djimini). Dieu a fait la terre, les hommes, les animaux et les végétaux, mais maintenant, il ne fait plus rien et tout ce qui se passe lui est indifférent. Aucun culte ne lui est rendu; Dieu fut un constructeur qui a terminé sa tâche et dont les indigènes ignorent la vie, la demeure et l'influence; ils ne croient pas à son intervention directe dans les choses de ce monde ; ils ne croient pas non plus comme les musulmans au paradis, à l’enfer et au purgatoire.

Aux islamisés qui tentent de les convertir, les Djiminis et les Tagouanas répondent quüls ne veulent pas aller au ciel, parce qu’ils y seraient seuls sans leur parents, qu’ils s’y ennuieraient et y seraient malheureux.

2" La croyance à une autre vie et à l’ingérence des mânes des ancêtres revivant ensemble dans un même endroit, pensant et gouvernant tous les vivants, constitue la base de la religion des non-musulmans. Le sont donc des animistes croyant que l’àme est la cause première des faits vitaux aussi bien que des faits intellectuels. A titre d’exemple, en janvier 1917, un courrier administratif ayant été égaré sur la route de Dabakala à Darakolondougou entre les villages de Bokala et Kadiéouté, le chef de ce dernier village, Tongo Ouattara, magistrat, assesseur au tribunal du cercle, alla implorer le soir les âmes de ses ancêtres; il déclara ensuite que le courrier serait retrouvé et qu’il n’était pas responsable; le courrier fut découvert le surlendemain, la faute incombait à un jeune indigène du village de Bokala qui l’avaitabandonné dans une termitière.

En 1916, un indigène fut puni pour avoir refusé de faire ses prestations; il tomba malade le mois suivant et raconta qu’en rêve, il avait vu les âmes de ses pères qui faisaient du portage pour les Ames des Français qui commandaient dans l’autre monde; il recommanda aux siens avant de mourir de toujours obéir aux Européens et surtout de ne jamais chercher à échapper au

portage et aux prestations afin de ne pas mécontenter et troubler les âmes des ancêtres.

D’après les notables et les personnages âgés, les âmes vivent ensemble près des villages où ils ont habité comme vivants; ifs ont un village semblable à celui où ils ont vécu, mais les humains ne peuvent le voir. Les âmes d’un village ne se mélangent pas avec ceux des autres villages, d’où on peut en conclure que les cultes des morts sont locaux.

Lésâmes d’un même village se promènent et se rencontrent; c’est pour cela que les indigènes tiennent à finir leur existence et à être enterrés près de leur lieu de naissance et à proximité du village où ils sont nés. Lorsque quelqu'un meurt loin de chez lui, on ramène le corps, chaque fois que c’est possible, à son village d’origine.

Les indigènes croient fermement à l’action directe des âmes ; c’est ainsi qu'une vieille femme de Sokala Sobara (subdivision de Dabakala) ayant l’habitude de voir les âmes, les vit un soir se promener dans le village; il y avait parmi lésâmes, un lépreux qui marchait difficilement et ne pouvait suivre les autres. Aux reproches de ne pas aller vite, il répondit à ses semblables. « Allez vous laver les premiers; moi, je me laverai en même temps que la femme du village qui se lave toujours la dernière ».

La femme retardataire était connue; le fait lui fut rapporté par la devineresse qui lui dit : « J’ai entendu l'âme lépreuse qui a dit qu'elle se laverait avec la femme qui se lave toujours en retard »; cette dernière devint enceinte et mit au monde un enfant atteint de la lèpre.

De nombreuses légendes, des récits attribuent ainsi à l’action des âmes tout ce qui se passe sur la terre.

Il n’y a pas d’intermédiaire pour les relations entre les vivants et les morts; chacun s’adresse directement à ses ancêtres en procédant de la façon suivante :

Celui qui veut quémander quelque chose réunit tous les membres de sa famille et fait un sacrifice; il répand de l’eau sur le sol, puis tue un animal (un poulet, un mouton, un bœuf selon le cas et selon le degré de fortune de la famille) ; ensuite il demande aux mânes des ancêtres de lui être favorable, de le laisser longtemps en vie, etc. On se met généralement en relation avec les âmes parce qu’il y a longtemps qu’on n’a pas communiqué avec elles et pour s’en excuser, soit pour solliciter quelque chose, soit pour empêcher la perte des richesses, soit pour arrêter un cataclysme (nombreux décès, variole, péripneumonie des bœufs, hivernage en retard, etc.).

Généralement, ce n’est pas le solliciteur qui cause directement avec l'âme; il fait parler son fils ou son neveu; ce dernier s'adresse en ces termes à son grand-père défunt : « fl faut pardonner à mon père et être bon avec lui; tu n es pas content puisque tu lui envoies des mauvais rêves et des malheurs; il fera des sacrifices pour toi, il faut lui pardonner »,puis il expose sarequète.

Ce sont donc- les mânes des défunts qui gou-

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vernent le monde, qui font arriver les bonnes et les mauvaises choses età qui, par suite, on adresse des prières et on rend un véritable culte.

Ces croyances peuvent avoir des répercussions quelquefois fâcheuses sur la situation économique du pays, faire modifier des prix et entraîner clés mutations de richesses. M. Delafosse raconte qu’en 1904, le bruit se répandit comme une traînée de poudre, depuis le Mossi jusqu’au Baoulé. qu’un sorcier ou prêtre considérable mais dont personne ne connaissait le nom, ni la résidence, avait déclaré que les plus grands malheurs allaient fondre sur les Noirs si l’on ne tuait pas toutes les bêtes de couleur noire — bœufs, chèvres, poulets; — ce fut une hécatombe de bestiaux et de volailles de couleur sombre; la population non-musulmane perdit ainsi une partie de sa richesse.

Il y eut à Dabakala une grande sécheresse en 1914; les indigènes faisaient chaque jour des sacrifices pour demander aux âmes de faire pleuvoir dans le pays ; des poulets nombreux et des chèvres furent tués. La pluie ne vint pas, un Djimini très respecté fit le discours suivant : « Du temps de nos ancêtres, le poulet valait 0 fr. 23 centimes pièce et les ignames se vendaient 3 pour 1 sou. Nous avons voulu gagner de l’argent et nous enrichir ; nous vendons maintenant le poulet 1 franc et l’igname 0 fr. 10 centimes ; nous avons innové et nos pères sont mécontents; c’est pour cette raison qu’il ne plut pas cette année et qu’ils nous menacent de disette; nous allons tous prendre l’engagement de revenir aux anciens prix ». Pendant quelques jours, les poulets et les ignames furent vendus à des prix minimes ; les Dyoulas et les éléments commerçants et musulmans en profitèrent pour faire d'importants achats. Cela dura ainsi une semaine, puis les jeunes Djiminis les plus intelligents firent remarquer que toutes leurs richesses allaient ainsi passer aux mains des Dyoulas et ils demandèrent à ces derniers à titre de compensation de diminuer des trois-quarts le prix du fil, des pagnes et des autres marchandises. Les Dyoulas refusèrent et les Djiminis rétablirent les prix normaux conformés à la loi de l’offre et de la demande; les nécessités économiques l’avaient en lin de compte emporté sur la religion.

Les âmes gouvernent le village et les familles, mais les Djiminis et les Tagouanas ne pensent pas qu’ils gouvernent les forces de la nature, les astres, le vent, la pluie, la foudre. On fait appel aux âmes pour solliciter la pluie ou le soleil, mais les astres sont gouvernés par des esprits plus anciens qui sont généralement considérés comme étant les mânes des ancêtres des tribus primitives.

3° Ces ancêtres sont lès premiers occupants du sol, qui sont appelés Dougo-uKolotigni ou chefs de la terre.

Le premier occupant du sol était dans chaque grande tribu à la fois un personnage politique et un personnage religieux (voir Régime foncier); lui seul avait le droit de faire les sacrifices rituels

et tous les indigènes venus ensuite s'installer dans le pays devaient s’adresser à lui avant d’occuper et de mettre en valeur une parcelle du terrain. Le pays habité s’étendant, le chef de terre délégua à d’autres le pouvoir de faire des petits sacrifices et les chefs de terre augmentèrent sans toutefois devenir très nombreux. Ce sont les personnages importants et vénérés; un véritable culte est rendu à la terre par leur intermédiaire; cette croyance est très compréhensible chez des populations uniquement agricoles et très attachés au sol.

Cette religion est générale en pays Djimini et Tagouana dans les deux subdivisions de Dabakala et de Darakolondougou.

On s’adresse à la terre pour solliciter non seulement que le sol soit favorable à une occupation et à une mise en valeur mais pour toutes sortes de choses. Ainsi, un indigène malade s’adresse au chef de terre et lui dit « Intercède près du sol pour que je guérisse, fais des sacrifices, je te donnerai les poulets à offrir en holocauste et je promets si je suis rétabli de faire don à la terre d’une chèvre, de dix poulets et de cinq canaris de dolo (bière de mil ou de maïs).

Lors de la guérison, on tue la chèvre et les poulets, on répand un peu de sang sur le sol, on verse quelques petites calebasses de dolo : ensuite le chef de terre et le convalescent boivent le dolo et mangent ensemble les animaux sacrifiés.

En s’adressant à la terre, il faut des intermédiaires spéciaux, car on s’adresse à des personnes mortes depuis fort longtemps auxquelles il faut faire des sacrifices plus importants, car l’on a affaire à d’anciens grands personnages religieux dont les âmes ont un pouvoir considérable sur les vivants. Les intermédiaires sont les chefs de terre qui sont les descendants des premières familles installées dans le pays.

La légende a ainsi transformé les mânes des premiers occupants du sol ou des dieux en génies qui gouvernent les autres âmes dans l’autre monde ; il n’y a pas égalité entre les âmes, d’après les croyances des indigènes.

Les âmes des chefs et des grands personnages commandent les autres âmes et continuent à régir le monde.

C’est ce qui explique que le culte de la terre soit le plus important ; c’est encore de l’animisme, car en faisant appel à la terre, on s’adresse en fin de compte aux mânes du premier occupant et des premiers grands chefs du pays.

4° A la croyance aux âmes des morts s’ajoute la croyance aux esprits. Ces esprits ne se confondent pas, d’après les renseignements recueillis, avec les âmes, et n’ont aucun rapport avec eux.

Les Djiminis et les Tagouanas, ne peuvent expliquer l’origine des esprits, mais ils sont bien affirmatifs sur la non-confusion de l’esprit et de l’âme qu’ils appellent différemment : âme se traduit par son en dyoula et ni'bô en djimini — esprit se rend par djiné ou djina en dyoula et m’bôsso en djimini.

Les esprits vivent de préférence dans les bois,

parce que, parait-il, leurs ancêtres y ont toujours habité; les vieux Djiminis prétendent qu'au moment de l'invasion de Samory, tous les esprits s'étaient sauvés en pays baouléalin d’accompagner les Djiminis transfuges, à l’exception des esprits habitant le bois situé au Sud-Est de Dabakala et ceux résidant dans le boqueteau situé près du village de M'Bosla; ces deux endroits sont sacrés.

Les indigènes se représentent les esprits comme des êtres humains; ils sont de même formation que les hommes, mais, en général, de taille plus petite (o"’o0 à 1 mètre) et ils ont des têtes horriblement grosses en proportion de la taille; ils marchent nus; certains sont circoncis, d’autres ne le sont pas.

Les esprits sont répartis en familles comme les hommes; ils ont des noms et des prénoms ; il y a des Onattaras, des Coulibaly, des Fofana, ae^ Touri, etc.

La croyance aux esprits explique l’existence « des lieux sacrés ». Ce sont les endroits où vivent les esprits, où ils se rencontrent et où ils aiment se réunir.

Les esprits ne sont pas, en général, malfaisants d’une façon naturelle ; ils sont, au contraire, bien disposés à l’égard des vivants, à condition qu'on les respecte et qu’on ne les mécontente pas ; sinon, ils peuvent devenir méchants et ils possèdent le pouvoir de rendre les gens malades et de les faire mourir. On ne doit pas pénétrer dans leur habitat et dans leur zone habituelle de réunion sans intercéder et sans faire des sacrifices.

Les lieux sacrés sont ainsi très nombreux; ce sont surtout des bois, mais aussi des rochers, des marigots, des arbres, etc.

11 existe près du village de Sounglono (canton du Djimini Ouest) un rocher sacré; un indigène fit une plantation à proximité violant ainsi la demeure des esprits; il tomba gravement malade et ne fut guéri qu’en abandonnant le terrain et en établissant plus loin son champ de culture.

Le chef de canton du Djimini Ouest, Kitara Sara Onattara, a une pierre sacrée près de la rivière Seglono entre les villages de Kongobanadougon et N’Gorla où il tue des bœufs en sacrifice chaque année, afin que les esprits qui se réunissent en cet endroit, lui soient favorables.

Le bois à l’Est de la concession de M. Rolland, limitrophe de la route Dabakala, Bondoukon, est sacré; les indigènes racontent qu’au début de notre occupation, un sous-officier français dont je n'ai pu retrouver le nom, y fit couper le tronc d’un sounsoun (1) et ordonna de le porter au poste militaire; deux cents personnes ne purent le soulever le premier jour, puis réussirent ii le porter le lendemain.

Le sous-officier tomba immédiatement malade et dut être évacué d’urgence en Europe; les esprits s’étaient ainsi vengés du sacrilège commis à leur égard.

Les esprits possèdent un grand pouvoir; ils peuvent allumer des feux de brousse pour brûler les chasseurs poursuivant le gibier dans des lieux

(I) Sounsoun, nom d’un arbre utilisé en monuiserie.

sacrés; ils peuvent lancer de nombreux animaux contre les hommes. A leur instigation, les poules viennent manger les semences du cultivateur installé chez eux sans autorisation; les panthères viennent enlever son bétail; des boas sortent des marigots pour s’emparer des enfants. Ils peuvent aussi favoriser les familles et les gens qui s'adressent à eux et leur font des offrandes ; ainsi, il y a fort longtemps, une captive nommée Yéplé, malheureuse de rester sans enfant, s’adresse à un rocher situé près du village de Kongobanadougon (pays djimini) et leur dit ; « Je suis Yéplé, captive pauvre, sans famille, fais en sorte que j'aie un enfant et je te sacrifierai des poulets », Yéplé eut trois enfants, mais, satisfaite, elle oublia bientôt de faire les sacrifices promis ; elle mourut et ses enfants tombèrent malades. Pour les sauver, son maître sacrifia des poulets, et les descendants de Yéplé continuèrent de père en fils les sacrifices aux esprits ayant le rocher pour lieu de réunion.

Le culte des esprits et des lieux sacrés est familial ; chaque famille a ses endroits où elle fait des sacrifices, mais elle peut intercéder pour d’autres familles amies afin que les esprit, leur donnent du bonheur et éloignent les maux qui pourraient leur arriver. C’est ainsi qu’un Onattara peut solliciter en son lieu sacré que la récolte soit favorable à un membre d’une famille de Touré ou de Coulibaly.

C’est le chef de famille qui, en principe, fait les sacrifices, mais tous les membres de la famille peuvent en faire en l’absence du chef; ils doivent, dans ce cas, prévenir préalablement le chef ou lui en rendre compte par la suite, et ils doivent s’excuser, lors de la cérémonie, auprès des esprits en leur faisant connaître qu’ils agissent ainsi par suite de l’absence du chef de famille ou en vertu de l’autorisation qui leur a été donnée.

5° Les fétiches. — La croyance aux fétiches ne constitue pas, comme on le croit souvent à tort le fonds de la religion des indigènes; c’est tou simplement une superstition qui s'ajoute aux autres idées des indigènes sur la création du monde et la vie future.

Tandis que la croyance à l’action des âmes est générale chez les non-islamisés, la croyance à l’action des fétiches, des amulettes, des statuettesen bois est individuelle et varie selon les personnes dans une même famille; nous avons vu que la croyance aux esprits et aux lieux sacrés variait selon les familles.

L’existence des fétiches est due aux devins et aux diseurs de bonne aventure; ces derniers sont des individus qui sont censés être en relation avec les esprits; ils appartiennent généralement aux gens de caste (forgerons. Roulés, dj élis, etc.), et se succèdent de père en fils ; ils peuvent être indifféremment des deux sexes.

Les devins sont nombreux et ont une influence locale qui va sans cesse en diminuant en raison de leur nombre. Ainsi, un individu se sauve et disparait deux ou trois jours dans la brousse, il rentre ensuite au village, crie dans l’agglomération qu’il a vu les esprits, qu’il leur a causé, et quoique

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n’ayant pas mangé, prétend être rassasié ; il le prouve en faisant des rots répétés; il fait ensuite quelques contorsions, coupe un arbre et fabrique des statuettes en bois; il les vend et se fait une clientèle. C'est un devin de plus qui sera consulté par les femmes qui n’ont pas d’enfants, par le mari malheureux dans son ménage, par le cultivateur qui n’a pas obtenu une bonne récolte. Il édictera des sacrifices d’œufs et de poulets qui se feront dans la maison et individuellement. A l’intluence autrefois grande de ces devins était dû le meurtre rituel; les indigènes allaient les consulter quand des décès nombreux se produisaient dans un village; le devin répondait qu’une personne mangeait les âmes, était responsable des décès et qu’il fallait la détruire ; on lui citait les noms et il désignait la personne soi-disant coupable. Cette dernière était tuée.

Les meurtres rituels ont à peu près disparu par suite de l’influence moindre des devins et des sanctions sévères infligées par les tribunaux indigènes sous lecontrôle de l’administration française.

6° Les interdictions. — Les interdictions sont nombreuses et s’appliquent à des animaux, des cultures, des aliments, des arbres, etc. Certaines s’appliquent à tout un groupe ou à toute une famille, d’autres ne concernent que des castes et quelquefois un seul individu ; elles sont donc, selon le cas, générales, familiales, spéciales ou individuelles.

Les interdictions ont souvent un caractère religieux, mais de multiples reposent sur une cause historique ou sur une cause médicale.

Ellesexpliquent le nom des familles (diamon en dyoula,tiéné endjimini — matiénéen tagouana) — de la façon suivante ; à l’époque où se constituèrent les familles primitives, il arriva que l’ancêtre de chaque famille eut à se louer d'un animal, qui, dans des circonstances diverses selon les légendes, lui fut secourable en quelque manière; l’ancêtre prit alors en reconnaissance le nom de cet animal et défendit à tous ses descendants de le tuer et de manger sa chair.

C’est ainsi qu’en pays djimini, la tribu Kpana en guerre avec une autre tribu, fut acculée en plein hivernage à un marigot torrentiel qu’il était impossible de traverser, la tribu allait être massacrée quand un énorme caïman se présenta et offrit son dos pour faire passer tous les membres de la tribu. Les gens du Kpàna échappèrent ainsi au massacre ; le chef dit alors ; « Moi et les miens, ne mangerons jamais le caïman qui nous a tous sauvés ».

Les indigènes sont persuadés qu’en cas d’infraction à l’interdiction, les piresmalheursdoivent les atteindre. Aux prohibitions familiales ou de caste s’ajoutent des interdictions individuelles; les devins et les sorciers les augmentent constamment; ainsi, à la naissance d’un enfant, un devin consulté par les parents déclare que l’enfant, sous peine d’être tué par les esprits, devra s’abstenir de tel aliment ou de tel breuvage — le sorcier faisant office de médecin, défendra à un malade de manger de la viande de chèvre, etc., et

les interdictions se multiplient ainsi. Chaque indigène a trois ou quatre « tanas ou tenés » en moyenne ; le tana est le mot désignant les animaux sacrés et les aliments interdits. Le chef du village des Représentants de Dabakala Pengara Ünettara a trois tanas : le chien, le singe et le serpent boa; l’interprète Cominion Onettara, ancien domestique de M. le Gouverneur Clezel,ne mange pas la panthère, la chèvre, le rat palmiste et le poisson du genre silure.

Il existe aussi des interdictions de cultiver certains jours de la semaine; ces interdictions sont fixées par le chef de terre, mais on peut les enfreindre à condition de faire faire un sacrifice par le chef de terre, sinon il y aurait de graves dangers pour le cultivateur et le terrain, qui seraient la proie de la sécheresse, des panthères et des serpents. Ces interdictions de cultiver sont locales et varient selon les régions, quelquefois même elles s’appliquent seulement à une sorte de culture (maïs, ignames, arachides).

A Dabakala même, il est interdit d’aller aux champs tous les lundis.

En résumé, les grands tanas généraux ont pour causes les services rendus par un animal à une famille ou à un groupe de gens déterminé; les petits tanas sont dus à l’influence locale des devins consultés pour cause de malheur, de maladie ou pour un autre motif.

Les non-musulmans (Djiminis et Tagouanas) expliquent, par les interdictions, de nombreuses règles de la loi islamique; les Djiminis, par exemple, prétendent que les musulmans mangent la pintade et non le sanglier parce que, au cours d’une guerre, les islamisés ayant été égarés, rencontrèrent une pintade mouillée, perchée sur un arbre et lui demandèrent où se trouvait la rivière. La pintade refusa de répondre, secoua ses plumes sur eux et s’envola en se moquant de leur détresse. Plus loin, ils rencontrèrent un sanglier couvert de boue et l’interrogèrent ; le sanglier les conduisit au fleuve. Le chef des musulmans dit alors à ses congénères ; « Désormais, on ne tuera et on ne mangera jamais le sanglier; mais pour nous venger, tous les ans, en ce même jour, les miens chasseront et tueront les pintades pour les manger ». Ainsi sont expliqués la fête musulmane du Kami-doun (1 ) et l’interdiction de manger le porc.

En résumé, les indigènes non-islamisés croient à l’existence d’un Dieu créateur, mais indifférent et désintéressé des choses de ce monde, à l’ingérence des âmes des ancêtres qui gouvernent tous les vivants, à la terre à laquelle ils rendent un culte qui n’est qu’une forme de leur animisme, aux esprits, aux lieux sacrés, aux interdictions multiples et aux fétiches.

La religion est donc chose compliquée et surtout fort absorbante, car il faut sans cesse faire des sacrifices afin d’éloigner le malheur des habitations, des plantations et des villages et de rendre favorables les âmes, les esprits et les animaux sacrés.

Les sacrifices consistent généralement en ali-

(1) Kami-doun, jour où l’on mange la pintade.

ments, bière de mil, œufs, et surtout en sang d’animaux, généralement du petit bétail (moutons et chèvres), en sang de volailles et en plumes de poulets et de pintades. Ces sacrifices sont offerts sur les objets ayant appartenu aux morts, sur les masques et statues consacrés au culte, sur les caïmans et serpents en argile symbolisant certains génies, sur les rochers, les arbres, les marigots consacrés aux esprits ou leur servant de résidence, enfin sur les lieux où a été commis un sacrilège ou un meurtre ; et alors le sang et les dépouilles sont répandus sur le sol. On rencontre souvent dans la brousse des arbres autour desquels le sol a été nettoyé et auxquels amène une sorte d’allée; au pied de ces arbres sont déposés des crânes d’animaux, des plumes, des œufs, du sang; on trouve aussi fréquemment des crânes d’animaux, du sang, des plumes, des œufs écrasés contre le mur des cases, soit à l’extérieur, soit, plus souvent, à l’intérieur. Très souvent aussi des plumes et des intestins de poulets ou bien des œufs, sont déposés sur les sentiers à l’entrée des villages.

Ce sont les principaux endroits où se font les sacrifices. Outre les sacrifices, il existe un culte assez compliqué que les indigènes n’aiment pas montrer aux étrangers; les initiés forment une sorte de confrérie secrète dont les membres portent le nom de Lo ou Do. Les Dos servent les âmes des morts et les esprits ; les cérémonies ont lieu quelquefois le jour, mais généralement la nuit avec accompagnement de tambours au son effrayant, de trompes au son lugubre, de mélopées bizarres, de danses compliquées où les masques jouent un rôle considérable ; les femmes et les hommes non initiés ne peuvent apercevoir ces cérémonies sans mourir.

L’origine de cette confrérie serait la suivante : autrefois, il y a fort longtemps, un captif djimini, originaire du Soudan, dit à son maître : « Il existe dans mon pays une association à laquelle je vais t’initier » ; il se rendit dans un bois à proximité du village et initia son maître d’abord, puis les gens de l’agglomération. Le bruit se répandit que les membres de la confrérie étaient censés être les serviteurs des âmes des ancêtres et cette pratique se généralisa.

L’initiation a lieu actuellement delà façon suivante : le jeune homme arrivé à l’âge de discernement reste nu pendant trois à quatre mois, puis on lui donne un bila en fou, c’est-à-dire fait avec de l’écorce d’arbre; il est alors conduit au bois sacré parle chef île l’association; il y reste environ un mois pour être instruit; le chef des Dos lui dit ensuite après l’avoir habillé : « Tu es maintenant des nôtres, tu es dô, tu feras les cérémonies avec nous ». Le jeune homme admis doit offrir six poulets au chef de la confrérie.

L’initiation se fait annuellement au moment de la saison sèche ; elle a lieu par groupe et non individuellement.

Les âmes, les esprits et les génies sont représentés par des masques et des têtes d’animaux; ces masques et les oripeaux qui les accompagnent

jont conservés dans une petite case située dans un Kois à proximité du village ; ces bois sont sacrés et les croit que les mânes des ancêtres et les esprits protecteurs du village aiment à y résider; on n’y trouve au centre qu’une seule case et non l'aménagement complet que l’on rencontre chez les tribus Jénoufos de la région de Kerhoge.

Au village de Sokala-Sobave, où habite le chef du canton du Djimini ouest.lacase sacrée renferme une énorme tête de bœuf en bois, une antilope couchée également en bois et creusée pour recevoir la tête et le dos de l’homme destiné à la porter, une statue creuse d’homme debout (toujours en bois) et enfin un grand cheval en raphia colorié ; deux hommes peuvent entrer dans le cheval pour le porter et il y a un appareil pour pousser des cris. J’ai visité ce temple cité parM. Delafosse dans son travail sur le peuple Sénoufa. Les Dos font la nuit leurs promenades dans le village et dans le bois ; dès qu’ils se réunissent, lesfemmes et les hommes non initiés doivent se cacher et s’enfermer dans leurs maisons; les Dos sortent alors et parcourent le village et sa périphérie en poussant des cris et en appelant les noms de ceux qui sont morts ; ils sont déguisés, portent les masques et les oripeaux et font mouvoir les animaux en bois enfermés dans les temples ; ils n’entrent jamais dans les cases.

Le non- initié qui aperçoit les Dos, meurt ou devient fou d’après les indigènes, mais le chef des Dos peut le guérir sur la demande de la famille, à condition qu’on lui donne une chèvre et six poulets. Les femmes sont toujours exclues de la confrérie des hommes, mais elles peuvent former des associations semblables dont les mâles ne peuvent faire partie.

Les Dos forment une société secrète très importante, leurs chefs sont influents et très écoutés ; le chef des Dos de chaque village serait le descendant de celui qui a fait connaître le premier la cérémonie dans le village, c’est-à-dire le premier initiateur.

Je ne crois pas, d’après les renseignements que j’ai pu recueillir, que les Dos puissent se reconnaître par des signes extérieurs en dehors des initiés d’une même région, mais s’ils aperçoivent une cérémonie en pays étranger, ils se font con naître et sont admis à y participer.

Les jeunes gens qui entrent dans la confrérie des Dos changent de prénom lors de leur admission, c’est ainsi que les prénoms « Sic, Sanga, Ouolo, Pana » se transforment chez les Dos en « Penyara, Non, Kingueli, Sonholi, Parambara etc. » La religion a une influence sur les fêtes qui accompagnent chez les animistes la naissance, le mariage et les décès, surtout en ce qtii concerne les fêtes funéraires.

Aucune réjouissance n’a lieu le jour de la naissance de l’enfant; le père se contente de prévenir sa famille, ses amis et ses voisins; il s’enferme chez lui et ne va pas aux plantations pendant une semaine; le septième jour après celui de la naissance, il réunit toutes les vieilles femmes et, en sa présence et celle de la mère, on rase la tête

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de l'enfant; les vieilles femmes offrent des cadeaux divers à la mère : du coton, des sous, des cauries et des noix de kola; le père tue alors un mouton ou des poulets selon son degré de fortune, mais il n’y est pas obligé; la viande est donnée aux femmes; ensuite le père et la mère, en présence des femmes, donnent le prénom à l’enfant.

Les règles du prénom sont les suivantes : le premier garçon s’appelle Sié, le second Sanga, puis Ouolo, Pé, Coro, Pana, Senombolu; ensuite, on reprend la série au huitième garçon, en ajoutant Soro, on aura ainsi : Sié-Soro, Sarga-Soro, Ouolo-Soro, etc. Les jeunes gens qui rentrent dans la confrérie des Dos changent leurs prénoms, ainsi que nous l’avons vu.

Les filles s’appellent : la première Yenné, la seconde Ya, puis Yingué, Pengué, Selé, Toro, Méguéfou. A ces prénoms s’ajoutent souvent des désignations marquant une empreinte du corps, surtout chez les filles.

Ainsi on entend les prénoms composés suivants : Yenné-Koungo, c’est-à-dire Yenné au gros nombril. Ya-wolo, c’est-à-dire Ya qui a la peau foncée; Yenné-gbè, c’est-à-dire Yenné au teint clair.

L’enfant, que ce soit un garçon ou une fille, prend toujours, chez les animistes (Djeminis et Tagouassas) le nom de famille de sa mère et non celui du père; la règle est contraire chez les Dyoulas et les islamisés, où l’enfant prend le nom de famille de son père.

La cérémonie du mariage donne lieu à une série de fêtes; elle est précédée d’un simulacre de rapt; la veille du mariage, la fiancée s’enfuit et se cache dans une habitation du village ou, de préférence, d’un village des environs; elle est gardée par des femmes de sa famille et des jeunes filles de ses connaissances ; les amis du fiancé se mettent à sa recherche, généralement dans l’aprèsmidi, se renseignent et finissent par découvrir sa retraite; une lutte sévère s’engage alors entre les deux parties, les hommes et les jeunes gens sont victorieux et s’emparent de la fiancée, qui est conduite au logement du mari, accompagnée des clameurs et des cris de joie des amis du fiancé, tandis que les femmes et les jeunes filles poussent des lamentations, des sanglots et des pleurs.

Elle est gardée par une vieille femme, — camarade ou amie de sa mère, — jusqu’au moment où son mari vient la rejoindre; la gardienne les laisse alors seuls; le soir, et toute la nuit, les femmes dansent et les tams-tams résonnent dans le village.

Le lendemain matin, la vieille femme porte de l’eau chaude aux époux qui font leurs ablutions; ils doivent rester ensemble enfermés pendant sept jours; il est strictement défendu à la femme de sortir; quant au mari, il ne doit quitter le logement conjugal que le temps nécessaire pour offrir de la viande et des boissons aux parents et aux étrangers venus pour assister au mariage.

Les parents, proches ou éloignés, les amis, les étrangers de connaissance viennent radieux pour

assister à cette petite fête; il leur est offert beaucoup de viande et de bière de mil et de maïs; on tue des moutons et quelquefois des bœufs; les parents apportent quelques vivres, des noix de kolas, mais l’ensemble des dépenses, pour la première partie de la cérémonie, est supporté par le mari et surtout par sa propre famille.

Le tam-tam dure trois jours consécutifs ainsi que les festins et les libations, ensuite, tous ceux qui ne font pas partie de la famille retournent chez eux.

Le huitième jour, l'épouse sort de la maison et- va chez sa mère; la fête recommence alors et dure encore deux ou trois jours; les frais sont supportés, cette fois, par la famille de la jeune femme; les gens qui étaient partis reviennent, les tams-tams, festins et libations reprennent.

La cérémonie terminée, les deux époux ne cohabitent pas immédiatement; la mère de la femme achète de nombreux canaris et dit au mari de construire une case pour sa- fille ; la construction du logement demande plusieurs mois, quelquefois une année; le mari se fait aider par ses amis. Pendant ce laps de temps, la femme habite chez sa mère, mais couche tous les soirs chez son mari s’ils habitent au même village, une ou deux fois par semaine si les villages sont différents.

La construction de la case terminée, la mère fait porter les canaris et accompagne une dernière fois sa fille chez son mari, à l’habitation qui lui èst définitivement destinée; le mari offre une fête à cette occasion, qui dure une seule journée. La cérémonie du mariage est alors tout à fait achevée.

Il n’est pas d’usage, comme au Soudan, de promener, le huitième jour, les pagnes souillés de sang pour prouver aux parents et aux amis la virginité de la jeune épouse; la vieille gardienne se contente de demander au mari, le lendemain de la nuit de noces, si la fille était vierge; en cas de non-virginité, l’épouse doit avouer le nom de son amant ; ce dernier, avant notre installation, était fustigé en public. Actuellement, il doit donner au mari une compensation sous forme d’ignames, volailles et petit bétail.

Les fêtes funéraires qui accompagnent le décès sont plus importantes et durent plus longtemps que les fêtes du mariage et de la naissance.

Quand un indigène ajemini ou tagoua meurt, on avise immédiatement tous ses parents, ses amis, les gens des villages même éloignés, surtout s’il s’agit d’un notable important, d’un indigène riche ou d’un grand chef.

Le défunt est enterré le jour même du décès; les parents et les amis présents viennent voir le cadavre, puis l’enterrement a lieu de suite; le corps est lavé avec de l’eau chaude; on choisit les plus beaux pagnes du décédé, ceux qu’il affectionnait particulièrement de son vivant et on l’habille; on le couvre non seulement avec ses propres pagnes, mais aussi avec ceux apportés par ses parents et ses amis présents, le cadavre étant étendu sur une natte, les gens l’entourent

un instant et toutes les personnes présentes poussent des cris et pleurent brusquement, surtout les femmes. Il n’existe, pas comme au Soudan, d'équipes de pleureurs et de pleureuses de profession, qui sont rétribués pour suivre les enterrements.

Le cadavre avec ses pagnes est voilé dans une natte et conduit au cimetière où les neveux du défunt procèdent à l’enterrement; avant de le mettre en terre, il est d’usage d’apporter un plat d’ignames ou de maïs; les gens présents coupent des boules d’ignames et les gâteaux de maïs et en mettent des morceaux dans la main du défunt. On n’apporte plus ensuite de nourriture sur la tombe.

Avant notre installation et pendant les premières années qui l’ont suivie, les gens notables et les chefs étaierit enterrés dans le milieu de leur habitation ; on faisait au centre de la case un grand trou d’environ trois mètres de profondeur, puis une galerie perpendiculaire d’un mètre de large et de deux à trois mètres de long dans laquelle est placé le cadavre; ensuite l’emplacement était damé à nouveau et personne ne pouvait savoir, sauf les initiés et les gens de la famille, qu’une personne était enterrée en cet endroit.

Il y avait un cimetière pour les gens non aisés et les captifs; la tombe au cimetière a la même forme que celle faite dans le sous sol de la case.

Maintenant, il est interdit d’enterrer dans les logements et en principe tous les indigènes, quelle que soit leur condition, doivent être enterrés au cimetière commun ; mais, en fait, si l’on n’enterre plus que rarement, et en cachette, dans les maisons, les chefs et les gens riches sont encore enterrés à proximité du village et le plus près possible de leur logement préféré.

L’emplacement du cimetière est choisi par les notables de façon que le village ne soit pas sous le vent du cimetière; au bout d’une ou deux générations, le cimetière est abandonné; on laisse croître alentour une brousse épaisse qui indique l’ancienne destination du lieu; un autre endroit est alors choisi pour les notables.

Les lépreux, autrefois, n’étaient pas enterrés; les cadavres étaient jetés dans la brousse, maintenant on les enterre, mais la famille du lépreux doit verser une indemnité évaluée à une chèvre ou à sa valeur, au chef de la terre.

Une fois l’enterrement fait, les fêtes commencent, les gens des villages voisins prévenus, et les parents éloignés commencent à arriver avec des fusils et de la poudre; on tire de nombreux coups de feu, non pour chasser les mauvais esprits qui auraient causé la mort, comme je l’ai cru longtemps, mais pour faire plaisir au défunt et pour lui montrer que même disparu, il n’est pas oublié et que les vivants ont des égards pour lui.

La fête dure huit jours, les gens réunis sont nombreux, les libations de dolo sont considérables ainsi que les festins; on tue des bœufs, des chèvres, des moutons, des volailles selon la for-

tune du défunt; les parents, les amis, même quelquefois les étrangers apportent des vivres et du bétail pour la fête; l’héritier sacrifie une partie de l’héritage pour bien recevoir tous ceux qui sont venus pour honorer le défunt; le tam-tam résonne pendant huit jours presque sans arrêt dans le village et les viilages environnants.

Une seconde fête plus importante encore qui dure environ douze jours a lieu en l’honneur du mort une aimée plus tard,: les parents, les amis, les étrangers et ceux qui n'ont pu venir lors de l’enterrement se réunissent à nouveau; la fête est semblable à la première, mais les tams-tams sont plus variés, les repas encore plus copieux et les libations plus nombreuses que la fois précédente; cette fête est marquée par des coups de feu comme l’autre et des danses auxquelles participent les hommes et les femmes.

Quand le défunt appartient à la société des Dos, la confrérie lui rend des hommages spéciaux; les femmes ne peuvent suivre son enterrement ni assister aux danses sacrées qui ont lieu le soir; les Dos s'affublent de manteaux, de jupes en herbes ou en fibres de raphia et se coilfent d’énormes masques en bois ou de têtes entières représentant des bœufs, des antilopes, des caïmans ou d’autres animaux d’un aspect grotesque et souvent repoussant de laideur.

Les danses de ces masques sont accompagnées de musiques bizarres où domine un tambour dont les sons lugubres s’entendent au loin, résonnant comme ceux d’un gong puissant ; on entend parfois aussi des sons de trompe qui imitent, en les amplifiant, les mugissements du bœuf.

Les Dos, pour l’enterrement, traversent et parcourent le village avec leurs instruments et leurs déguisements; les femmes et les non-initiés qui les aperçoivent doivent payer de fortes amendes.

Ces coutumes et ces croyances des animistes varient en ce qui concerne les gens de caste ; il existe, en effet, des castes spéciales dont chacune exerce un ou des métiers spéciaux, a des coutumes spéciales et parfois une religion spéciale. Ainsi que le dit M. Delafosse, on peut diviser les indigènes en deux catégories : la première comprend la généralité du peuple, composée surtout d’agriculteurs, mais qui peut s’adonner à n’importe quel autre métier, y compris même, au moins accidentellement, les métiers exercés par les castes spéciales, la seconde catégorie comprend les différentes castes.

Ces castes sont au nombre de cinq dans le cercle des Tagouanas ; ce sont les forgerons, les potiers, les bijoutiers, les sculpteurs et les cordonniers.

Les hommes d’un groupe donné ne peuvent, en principe, épouser que des iemmes de leur caste ou de leur groupe.

Les forgerons (nom indigène: nommou) constituent la caste privilégiée ; ils ne sont pas craints et méprisés comme les gens des autres catégories ; les forgerons comprennent les gens de cette caste et aussi les indigènes du pays, qui ayant appris ce métier et l'exerçant de père £en fils,

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

sont arrivés à se confondre avec eux ; les forgerons travaillent le bois et le fer.

Les forgerons de caste, d'après les renseignements, proviennent de la région de Bondoukou êt antérieurement de la région de Bovomo (coude de la Haute-Volta au Haut-Sénégal, Niger ; les Djeminis, les Tagouaras et les Dyoulas peuvent maintenant, sans déchoir, se marier ou s’allier avec les forgerons, mais, en fait, les mariages sont très rares, car les forgerons refusent de donner leurs filles pour la raison que, chez eux, l’argent gagné par la femme revient au mari au lieu de revenir à elle ou à ses parents ; d’autre part, la légende prétend que si l’agriculteur épouse une fille de forgeron, ses plantations ne donneront plus de récolte.

Les potiers ou mangeros se rencontrent dans les deux subdivisions du cercle ; comme les forgerons, ils s’adonnent au façonnage de l’argile et sont très habiles dans la fabrication des canaris, vastes jarres de terre dont les indigènes font une grande consommation.

Les bijoutiers appelés Lorho par les Tagouaras et Sakitiés par les Djoulas, travaillent le cuivre, l’or et l’argent; ils ne se trouvent que dans la région de Darakoladoya et ils seraient originaires du pays de Korhogo.

Les sculpteurs ou Koulés fabriquent les statuettes en bois et les masques; ils viennent de Kiroko, Bougouni et Odinini; ils sont très méprisés.

Les cordonniers ou djélis sont des étrangers venant d'Odienné. de Séjo et de la boucle du Niger; ils travaillent le cuir.

Les indigènes appartenant à ces quatre dernières catégories sont considérés comme des gens inférieurs avec lesquels on ne s’allie pas; il n’y a ni mariage, ni concubinage avec les autres races. — Des légendes circulent sur eux ; on prétend, par exemple, que, chez les Koulis, le père lui-même, avant de donner sa fille en mariage, est l’auteur de la perte de sa virginité; il paraîtrait qu’à Korhogo où les chefs peuvent épouser des filles Koulis, ils exigent des familles de les avoir toutes jeunes afin de les posséder vierges le jour du mariage.

L’indigène du cercle des Tagouaras coupable d’entretenir des relations avec une fille de cordonnier, de Ivouli, etc., est chassé du village et poursuivi par la malédiction de tous les siens ; ses parents, ses frères, ses sœurs le poursuivent plusieurs kilomètres sur la route en le huant et en l’insultant; il ne peut plus, désormais, rentrer dans le village où le chef refusera de le recevoir.

A. Chartier,

Administrateur des colonies.

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Nous accepterions avec reconnaissance les listes de noms pour la propagande que MM. les Adhérents voudraient bien nous adresser.

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