‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 148 sur 149 · DE L’AFRIQUE TROPICALE · texte numérisé non relu

DE L’AFRIQUE TROPICALE

D'APRÈS m. WINSTON CHURCHILL

Au cours de la dernière conférence des premiers ministres de l'Empire britannique et après que les représentants des grands dominions eurent exposé le point de vue de leur nation, le ministre des Colonies, M. Winston Churchill, prit à son tour la parole pour exposer les grands problèmes qui se posent dans celles des colonies anglaises qui sont plus directement administrées par le Colonial Office et que l’on désigne généralement sous le nom de colonies de la Couronne. Le discours de M. Churchill fut, comme toujours, brillant, plein d’aperçus originaux car on sait qu’en lui 1 homme politique n’a jamais effacé le journaliste qu’il fut à ses débuts. On nous saura gré d’en extra re les passages relatifs aux possessions anglaises d'Afrique ainsi que les considérations d'ordre plus général qui précédèrent immédiatement cet exposé :

Tant que la guerre dura, pratiquement toutes les colonies et dépendances furent très prospères, mais quand l’heureuse paix survint une vague de dépréssion, tout au moins au point de vue commercial, les atteignit presque toutes. Pendant la guerre nous tirions notre étain de la Malaisie, le graphite de Ceylan, le wolfram de Hong-Kong, l’acajou des cadres de nos aéroplanes du Honduras, le coton de belle qualité pour leurs ailes des Antilles. Les colonies productrices de sucre connurent une prospérité dépassant toute prévision. Les huiles et les oléagineux de l’Afrique occidentale, qui allaient jadis en grande partie en Allemagne, nous furent très utiles et leur privation gêna beaucoup les Allemands. L’industrie de la pêche à la baleine aux iles falkland fut de même stimulée par la guerre et en bénéficia. En outre, pendant la guerre, alors que les passions humaines étaient à l'etat d’éruption volcanique, les cataclysmes de la nature nous furent heureusement épargnés. Les cyclones, les tremblements de terre, les grandes sécheresses qui de temps en temps viennent détruire le bénéfice marginal sur lequel quelques-unes de nos colonies réussissent à vivre, ne se produisirent pas, comme si la nature avait voulu retenir sa main pour laisser le champ entièrement libre aux activités dévastatrices de l’homme.

Mais la paralysie actuelle de la dépression a gagné peu à peu, sournoisement, presque toutes les industries coloniales qui étaient florissantes pendant la guerre. L’étain, dont la production, fait vivre la Malaisie ne peut obtenir des prix suffisants pour couvrir les frais de produciion. Il en est de même pour l’étain de la Nigeria. Le prix du caoutchouc ne couvre pas davantage le coût de production. On a vivement insisté auprès de nous pour que nous prenions des mesures afin de limiter la production par des dispositions légales, mais nous ne nous y sommes pas décidés. De presque toutes les colonies m’arrivent des plaintes sur la difficulté de vendre à bénéfice les produits principaux. Môme les colonies à sucre, principalement la Jamaïque et la Guyane anglaise, ont de la peine à vendre leurs récoltes. Les récoltes de l’Ouganda et du Nyassaland ont grandement souffert de la baisse des prix et on serait dans la nécessité d'en dire autant de l’Airique occidentale saus la largeur de vues de la British Cotton Growing A-ssociation qui plutôt que de décourager le producteur indigène par une chute brusque des prix auxquels il avait espéré vendre sa récolte, a acheté le coton à un prix qui représentera celte année pour elle une perte de 400.000 à 500.000 livres sterling. On nous dit que cette période de dépression ne durera pas. Je ne sais si c’est exact. La diminution dans la capacité de consommation du monde entier, qui fait sentir ses effets sur les grandes industries, pourtant fortement organisées, de l’Angleterre et sans aucun doute des Dominions également, produit par répercussion un résultat analogue sur les matières premières produites par nos possessions tropicales et, par suite, chacun des budgets de ces Colonies et Protectorats traverse une période de grandes difficultés financières et même de crise. Les brusques fluctuations dans la valeur de la monnaie et le6 changements qui atfectent les grands Etats, opèrent avec une force plus directe et sans retenue

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

sur ces organismes plus petits et nous traversons par voie, de conséquence, une période orageuse dans la vie économique et commerciale de presque toutes les colonies.

Après ces vues d’ensemble M. Winston Churchill en est venu à l’exposé des principaux problèmes qui se posent en Afrique orientale et en Afrique occidentale au moment présent :

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