DES ZONES ÉCONOMIQUES DE LA LIBYE
Oasis et zones de culture.
FZZ3 Zones de steppes.
Zones désertiques pierreuses.
g^]TTv[ Zones désertiques sablonneuses.
Comité de /'Afrique Française.
G. Hure.
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nommés ci-dessus, qui renferment des palmeraies.
4° La quatrième zone agricole comprend le Fezzan et Ghat. On évalue à plus d’un million les palmiers du Fezzan, dont les dattes constituent la principale nourriture des habitants; on y cultive aussi les figuiers, les amandiers, la vigne, les légumes. A Ghat, les palmiers sont rares (environ 3 000) ; mais la zone cultivable pourrait être étendue, en raison de la présence de beau à peu de profondeur.
D’après le rapport de l’ancien chef de l’Office
M. Alfredo Bacelli, député, ancien ministre, qu a fait un voyage en Tripolitaine et a pénétré jusqu’à 100 kilomètres dans l’intérieur, au-delà du Djebel : d’après lui, à l’exception de quelques parties couvertes de sables mouvants, dans toute la région septentrionale, on trouverait Y humus à portée de la main et il n’y aurait pas de différence, au point de vue de la qualité du terrain, entre l’oasis et la plaine inculte qui l’entoure ; seulement, dans l’oasis est intervenue l’action de l’homme, qui a tiré l’eau du sous-sol, a planté et cultivé; l’eau, en effet se trouverait partout, à
(1) Agricollura , Industriel e romtnercio delta Tripolitania. par Romeo Nappi (Publication du Ministère des Colonies, Rome, 1914).
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des profondeurs différentes, mais nulle part excessives (1).
Les oasis côtières sont divisées en une infinité de petites propriétés indigènes, certaines appartenant même à plusieurs co-propriétaires indivis. Chaque propriété est généralement constituée par une ou deux parcelles entourées de murs élevés ou de haies touffues de figuiers de Barbarie. La maison d’habitation, presque toujours d’un seul étage avec cour centrale, s’élève d’habitude à un angle du terrain, à côté du puits destiné à l’irrigation : l’eau, que l’on rencontre à une profondeur variant de 2 à 15 mètres, est soulevée à traction animale, au moyen d’une outre en peau; elle va se déverser dans un réservoir adjacent, d’où, par un réseau de canaux et de rigoles, elle est distribuée dans les différents carrés entre lesquels le terrain est divisé. Dans les seules oasis de Tripoli, Tadjoura, Gourdji et Gargarech, la nappe d’eau alimente 8.000 puits. Dans les environs de Tripoli, beaucoup de propriétaires ont substitué l’électricité, comme force motrice, à la traction animale. Quatre puits artésiens ont été forés à Tripoli (Sidi-Messri), Zuara, Boucamez et Misurata; on a trouvé des eaux jaillissantes très riches en sels, d’une température de 27" à 30", ce qui les rend impropres à d’autres usages qu’à l’irrigation de certaines cultures (2). Dans ces derniers temps, les cultivateurs indigènes des oasis côtières occidentales, en particulier, ont montré beaucoup d’activité dans la mise en valeur de leurs jardins, qui, pendant plusieurs années, -avaient été laissés à l’abandon.
La principale culture pratiquée dans les oasis -est celle des légumes, principalement les piments, les aubergines, les fèves, les pois, les carottes, les dpinards, les melons, les pommes de terre ; à signaler aussi les plantes fourragères. Parmi les ■cultures arborescentes, le premier rang appartient nu palmier ; puis viennent l’olivier, les agrumes, le mûrier, le grenadier, l’abricotier, le prunier, ot quelques autres arbres fruitiers.
La culture est faite avec des instruments primitifs; une petite pioche et une petite charrue en bois tirée par une vache ou un chameau; le soc de fer remue superficiellement la terre, à 25 centimètres seulement de profondeur.
Les terrains irrigués, où viennent en toute saison les produits les plus variés, exigent la présence continuelle du cultivateur. Les terres sèches, cultivées en orge dans la plupart des cas, sont labourées en été, ensemencées en automne, puis laissées à l’abandon jusqu’à l'époque de la récolte, vers la fin de l’hiver.
Les palmiers-dattiers sont la plante la plus répandue de toutes les oasis de la Tripolitaine, y trouvant le climat chaud et sec et l’abondance
d’eaux souterraines qui leur sont indispensables, leur nombre est évalué à plus de 3 millions. Dans certaines oasis, c’est même l’unique culture, dont les indigènes tirent toutes leurs ressources. Les dattes constituent — avec l’orge — l'élément indispensable de leur nourriture; elles se mangent vertes et servent essentiellement à la consommation locale; leur qualité étant inférieure à celles du Djerid, elles ne se conservent pas et l’industrie des dattes fines de table est encore à naître en Tripolitaine. Toutefois, on en expédie à Bengasi; d’autre part, on a exporté en 1920, presque uniquement en Tunisie, environ 2.500.000 kilogrammes (d'une valeur de plus d’un million et demi de lire) de dattes pressées en pains, propres à la nourriture du bétail et à la distillation. Dans l’été de 1920, la récolte se présentait assez bien, sans promettre d’être aussi abondante que celles des deux années précédentes, qui ont été exception nelles. De la partie supérieure du palmier les indigènes retirent le lagbi, boisson qui remplace pour eux le vin. Le tronc du palmier est utilisé comme bois de construction, combustible, etc. ; les feuilles servent à recouvrir les huttes, et avec leurs fibres on fabrique des corbeilles, des éventails, des chapeaux, des cordages, des tissus; on en tire le crin végétal.
L’olivier est, après le palmier-dattier, l’arbre le plus répandu de la Tripolitaine : il prospère dans les terrains irrigués et vient assez bien dans les terrains secs; les olivettes de Msellata et de Garian sont les plus renommées. Dans les années de bonne récolte, le produit suffit à peine à la consommation locale, la culture étant absolument négligée par les indigènes et les systèmes d’extraction de l’huile étant primitifs: dans l,es mauvaises années, l’huile est importée. La récolte des olives en 1918 1919 a été exceptionnellement brillante et ne sera pas égalée par celle de 1919- 1920, qui se présente pourtant dans de bonnes conditions : les olives récoltées dans les oasis voisines de Tripoli ont donné 12.000 quintaux d’huile. Le climat et les terrains étant en général favorables à cette culture, elle pourrait, à condition d’être améliorée, prendre une place importante dans la production de la colonie (1). Dans le but de l’intensifier, le gouverneur Mercatelli a commandé en Tunisie 50.000 plants d’oliviers, pour être distribués aux agriculteurs à un prix modéré. Dans le même ordre d’idées, d’habiles ouvriers agricoles de la province de Bari ont été mis à la disposition des agriculteurs locaux pour leur enseigner la taille des oliviers.
Les agrumes sont cultivés en terres irriguées; ils sont surtout répandus dans le voisinage de Tripoli. La dernière récolte a été abondante. Sont particulièrement renommées les oranges de Zavia ; autrefois elles étaient exportées sur les places de Marseille et de Hambourg où elles étaient recher-
il) Tribuna coloniale, 15 janvier 1921.
i) En forant le puits artésien de Sidi-Messri. on a trouvé à aOU mètres des traces d’hydrocarbures, ce qui a lait croire à la possibilité d’atteindre une couche de pétrole à une plus grande profondeur.
(1) Enregistrant récemment les nouvelles d’excellentes récoltes on Tunisie, permettant une importante exportation de dattes et d’huile d’olive, la Nuora ltalia demandait dans combien de temps la Tripolitaine pourrait exporter sur les marchés italiens et étrangers l'excédent de sa production agricole. Actuellement la Tunisie fournit la plus grande partie des dattes importées en Italie.
BULLETIN Dü COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
chées autant que les sanguines. Les citrons, quoique petits, sont également appréciés. Les écorces d’orange amère étaient exportées en Angleterre pour la préparation des confitures.
Le grenadier produit des fruits très gros et extrêmement doux; l’écorce de grenade est utilisée pour tanner les peaux de chèvres. Le figuier est très commun dans les régions de Garian et de Iefren ; l’amandier et l’abricotier sont répandus même dans les terrains secs. Etant donné que dans les oasis les fruits mûrissent en deux mois, on fait observer que le développement des cultures fruitières en vue de l’exportation offrirait le singulier intérêt de pouvoir présenter de beaux fruits sur les marchés européens un mois avant les primeurs d’autres provenances.
La vigne a été, jusqu’à présent, peu cultivée en Tripolitaine, sauf dans les régions de Tarbouna et de Msellata, bien que le sol lui soit très favorable. En 1920 des quantités de raisin plus considérables que les années précédentes sont arrivées à Tripoli : les meilleures qualités ont été vendues comme raisin de table et le reste est utilisé, comme précédemment, par les israélites, pour en faire du vin, du vinaigre, ou pour la distillation. On estime qu’il faudra encore quelques années avant d’obtenir un produit appréciable des vignes plantées par les colons italiens. Récemment des plants de vigne ont été acquis en Tunisie.
Le mûrier croît rapidement en Tripolitaine et l’élevage des vers à soie, n'y étant pas entravé par les maladies qui ailleurs produisent des dommages considérables, paraît avoir un brillant avenir.
Une autre plante très répandue dans les oasis de Tripoli et de Tadjoura est le henné, dont les feuilles séchées et broyées servent à la préparation d’une substance colorante très employée par les femmes arabes; ce produit est exporté dans tous les pays du bassin de la Méditerranée, surtout en Tunisie. En 1920, l’exportation a atteint près de 200.000 kilogrammes d’une valeur d’environ un million et demi déliré, résultat presque égal à celui, sans précédent, de 1919.
La céréale-type des steppes de la Tripolitaine est l’orge : les ensemencements ont lieu en novembre et la récolte en avril. La production moyenneestdeSOO.OOO hectolitres paran. Lorsque la pluie est suffisante et bien distribuée, la récolte est abondante et comble les vœux des populations de l’intérieur; l’absence de récolte entraîne la misère absolue. Il résulte de renseignements concordants qu’en 1920 la récolte a été satisfaisante, et même très abondante dans le voisinage de Tripoli et d’Azizia et dans la vallée du Megenin, moins bonne dans les régions d’Agelat et de Zuara, déficitaire dans les territoires d’Orfella et de Misurata. Il parait en tout cas certain que la récolte de 1920 suffira à la consommation locale, fait qu’on n’avait pas constaté depuis de nombreuses années. En septembre 1920, le gouvernement de la Tripolitaine avait dû acquérir pour les besoins locaux, des quantités considérables d’orge en Cyrénaïque. Autrefois l’orge de Tripolitaine était
exporté en Angleterre et en Allemagne pour servir à la fabrication de la bière.
Le froment et le maïs sont actuellement peu répandus. Autrefois, le froment était cultivé sur une vaste étendue en Tripolitaine et était exporté en Europe ; mais cette culture a diminué de plus en plus. On signale cependant qu’eu 1920, pour la première fois dans l’histoire de Tripoli, on y a fabriqué et vendu de la farine de froment du pays, de couleur un peu sombre , mais d’excellente qualité.
La pomme de terre est une des cultures les plus rénumératrices des terrains irrigués ; on en fait trois récoltes dans l’année et une bonne'partie est exportée.
La luzerne vient uniquement dans les terres irriguées; sa production est abondante (10 à 12 tailles par an). Dans chaque fonds il y a un champ de luzerne , nécessaire à l’alimentation des animaux destinés au tirage de l’eau et à la culture.
L’alfa croît spontanément dans toutes les zones de steppes de la Tripolitaine; en particulier dans la région de Garian, il existe d’immenses étendues, encore presque vierges, de cette utile gra-