COMMERCIALES ET MARITIMES
Avant l’occupation italienne, les seuls établissements industriels européens existants à Tripoli étaient, à part la fabrique de savon Levi frères et l’huilerie Sammut et Mallia, les entreprises créées ou exploitées par le Banco di Borna : moulin, huilerie, savonnerie à vapeur, presse à alfa, fabrique de glace, établissement pour l’apprêt des plumes d’autruches, établissement pour la préparation des éponges. Cette banque avait, en outre, installé des huileries à lloms et à Msellata, des presses à alfa à Homset à Zliten, et elle avait obtenu la concession à bail de vingt-sept - carrières de pierre à Gargarech et à Zanzour.
On sait que le Banco di Rorna était le principal instrument de l’activité italienne en Tripolitaine et en Cyrénaïque sous la domination turque; il a des liliales à Tripoli et à Bengasi et des agences dans les principales localités. Les trois banques d’émission italiennes : la Banca d' It cilla, le Banco di Napoli et le Banco di Sicilia — sont, en outre, installées à Tripoli. Le Banco di Napoli a une section de mont-de-piété; le Banco di Sicilia effectue, avec le concours de la Banca d'Italia, des opérations de crédit agricole en Tripolitaine et a été chargé de la liquidation de l’ancienne Banque Agricole Ottomane.
Le moulin du Banco di Borna est un immeuble de cinq étages auquel sont adjoints des silos d’une capacité de 3.000 tonnes; les installations permettent de moudre 500 quintaux de blé par jour. Des machines permettent aussi de moudre l’orge et le maïs.
L’huilerie du Banco di Borna , qui porte le nom de Oleifici ItaVani ed Industrie eslrattive in Tripolitania, occupe une superficie d’environ
12.000 mètres carrés. Les locaux consacrés à la préparation de l’huile comestible, pourvus de tout un matériel moderne et de filtres, sont séparés de l’établissement destiné à l’extraction de l'huile au moyen du sulfure de carbone. La fabrique de savon a une capacité quotidienne de 50 quintaux.
Une importante société, le Sindacato Coloniale Italiano, au capital versé de 20 millions de lire, ayant son siège à Tripoli et des filiales à Rome, Milan, Bengasi, Derna, Tanger, Smyrne, etc., a repris ces industries et s’occupe de toutes entreprises commerciales, industrielles, de travaux et services publics, etc.
La maison Sammut et Mallia possède aussi un ancien moulin à vapeur et une huilerie pourvue de matériel moderne. La savonnerie Levi frères peut produire annuellement 7.000 quintaux de savon commun.
La Societa Anonima Imprese Industriali Ganclolfi e C., au capital versé de 1.200.000 lires, ayant son siège à Tripoli, exploite deux scieries, une usine mécanique, une fonderie (1), une aciérie, un atelier de fabrication et de réparation de
(1) On y fabrique actuellement des pièces pour les chemins de fer de la Tunisie.
voitures, une fabrique de meubles, de machines agricoles. A signaler aussi les scieries Belmondo frères, Francesco Santin et fils, Bruschi et Camiciottoli.
L’industrie de la tannerie commence aussi à prendre une certaine importance; le plus considérable des établissements de ce genre est celui des Concerie délia Libia, à Hammangi, dont, la production industrielle pourra atteindre 30.000kg. par mois.
La Societa Elettrica Coloniale Italiana, constituée en 1913 à Milan et dont le capital est de
1.400.000 lire et' la Societa Esercizi Elettrici délia Libia fournissent l’énergie électrique aux différentes industries locales et l’éclairage électrique aux particuliers.
La Societa Igea Tripolitana, constituée à Milan en 1912, exploite' à Tripoli une vaste blanchisserie moderne et un très important établissement de bains.
La fabrique d’eaux synthétiques M. Gamna et C. peut fournir 1.000 litres d’eau de seltz et d’eau de table par jour.
Il y a à Tripoli plusieurs fabriques de glace : la Societa delle Ghiacciaie e Frigoriferi délia Libia , constituée à Tripoli en 1917, au capital de
700.000 lire; les Ghiacciaie Biunite de II' Eritrea , la Societa Frigorifera Palermitana, l’Usine frigorifique et Fabrique de glace Ing. Ildebrando Ferrari, la Fabrique de glace Mangano Arena et C. L’eau leur est fournie par l’Etat, qui la fait venir des puits de Boumeliana.
Une autre industrie importante est celle des carrières et matériaux de construction, représentée notamment par les entreprises suivantes : Fabrique de briques silico-calcaires (capital,
500.000 lire) ; Fornaci del Megenin , établissement pour la fabrication de briques à Sidi Messri (capital, 500.000 lire); Cave e Fornaci di Azizia (capital, 160.000 lire) ; Fabrique de carreaux en ciment Sammut et Mallia; Societa Anonima Materiali da Costruzione (capital, 500.000 lire), etc. On peut signaler aussi une industrie naissante de poteries artistiques.
Le commerce de l’alfa a provoqué la création d’une industrie spéciale : le produit, après avoir été sélectionné, est soumis à la dessication, est comprimé, en vue de l’emballage, dans de puissantes presses hydrauliques fournies par la maison Nasmyth, Wilson et C,, de Liverpool, et exploitées à Tripoli par le Banco di Borna et les maisons H. di P. Nahum, Peary Burry, M. di J. Hassan; ces maisons ont aussi des presses à Homs. Les quatre entreprises ont récemment fusionnéen une société au capitalde 1 .250. 000 lire, la Societa Italiana per il commercio dello sparto, qui a commencé ses opérations. En effet, l’exportation de l’alfa, qui a constitué pendant longtemps la principale ressource de la Tripolitaine et avait été complètement arrêtée pendant dix ans, vient de reprendre. A la fin de juillet 1920, la nouvelle Société avait déjà concentré à Tripoli et à Homs une quantité d’alfa prête à être embarquée, représentant une valeur de plus
de 3 millions de lire, et elle a signé avec l'Angleterre des contrats pour la fourniture de
3.000 tonnes par mois. Toutefois ce trafic a été sérieusement atteint par la baisse du produit de £ 22 à £ 6 la tonne en Angleterre, à la suite d’expéditions considérables d'Espagne et d'Algérie. Dans 11 Coltivatore, le Dr Angiolini Aristide a préconisé l'introduction en Tripolitaine de la papeterie d’alfa, dont le fonctionnement serait largement assuré par l’eau souterraine.
D’origine très récente est la fabrication du crin végétal à l’aide des feuilles du palmier- dattier : on a réussi à mettre sur le marché un produit qui a rencontré une grande faveur, réalisant 20 à 25 % de plus que l’article fabriqué jusqu’à présent en Algérie et en Tunisie avec les feuilles du palmier nain : environ 500 quintaux ont été expédiés en 1920, comme résultat de la première campagne.
Il existe à Tripoli une trentaine de machines (inventées par M. Sammut) à décortiquer les oranges, dont les écorces sont exportées en Angleterre pour la confection des marmelades.
A signaler encore l’industrie de la distillation de l’alcool (des dattes, figues, marc de raisin), de l’extraction de l'iode des algues marines, de l’extraction du brome des marais longeant la côte vers la frontière tunisienne.
On peut ajouter à cette nomenclature un important établissement de typographie et d’édition, Le Nuove Arti G ra fiche, au capital de
200.000 lire, qui imprime La Nuova Ilalia, journal quotidien de Tripoli.
Les établissements industriels énumérés cidessus occupent environ un millier d’ouvriers italiens, et de nombreux ouvriers indigènes.
A côté de ces différentes industries, il convient de signaler les deux monopoles d’Etat et les très importantes industries de la pêche.
Le tabac, dont la culture, pour le compte exclusif du monopole d’Etat italien, n’est autorisée que dans l’oasis de Tripoli alin d’en faciliter la surveillance, est ' travaillé dans la manufacture locale.
Les salines, dont toute la côte de Libye est très riche, sont l’objet d’une exploitation de plus en plus importante, en vue de la fourniture du sel au monopole d’Etat italien et aussi au commerce. Les deux salines situées à proximité de Tripoli et de Bcngasi ont été transformées en établissements modernes, dont la production atteint 50.000 tonnes. Après de longues années d’inactivité, l’exportation est en reprise : en juillet 1920, on a expédié 6.000 tonnes à Constantinople et, en septembre, 20.000 tonnes ont été chargées pour la meme destination et la Bulgarie.
L’industrie de la pêche des éponges sur la côte de Libye, après être tombée à presque rien an cours de ces dernières années, tend à prendre une valeur considérable. Avant la guerre, son
i produit dans les bonnes années était, pour la Tripolitaine et la Cyrénaïque réunies, d’environ 2 millions; or, en 1919, il aurait atteint 16 millions de lire, et pour 1920 il serait estimé à 35 millions de lire! (1) L’établissement récent d’un droit d’exportation de 15 %, portant à 25 % la charge imposée à cette industrie, est de nature à procurer au budget local des ressources appréciables, s'il ne provoque pas un exode des barques de pêche vers Sfax, comme conséquence de 1 émotion provoquée parmi les intéressés par cette mesure fiscale. Les éponges de la Libye, particulièrement celles de Cyrénaïque, sont assez recherchées sur les marchés européens ; l'éponge la plus appréciée, que l'on trouve tout le long du littoral, est la « equina ». La pêche, qui occupe plus de 500 personnes, est effectuée surtout au scaphandre, exclusivement par des Grecs, dont beaucoup sont originaires du Dodécanèse. La pêche hivernale, sur les côtes de Tripolitaine, dure de novembre à mars; en été, lorsqu’il est possible de se fixer, les pêcheurs préfèrent les côtes de Cyrénaïque, où l’on trouve des éponges de toute première qualité. En 1917 a été institué à Tripoli le Sindicato per la pesca ed il commercio delle spugne, au capital de 1 million de lire. Leséponges pêchées pendantlacampagneestivale de 1913 ont été expédiées à raison de 40 % en Grèce, 18 % en Angleterre, 17 % en Italie, 17 % en Hollande, 8 % en Tunisie.
Une industrie connexe, de date toute récente, à laquelle un brillant avenir semble réservé, est celle de la pèche du thon. Pendant la campagne de 1920, les trois thonaires de Gargarech, de Zanzour et de Misurala ont capturé respectivement 4.100, 5.500 et 4 757 thons, soit au total plus de 14.000 thons qui ont été presque tous exportés en Italie, l'autorisation ayant été donnée d’en réserver une partie pour Malte. La valeur totale de cette pèche a atteint le chiffre très respectable de 4 millions de lire. Ces résultats sont bien supérieurs à ceux des thonaires des côtes de Sicile, où la pêche est contrariée par de forts courants; mais ce qui mérite le plus de retenir notre attention, c’est qu’ils dépasseraient, dès le début, les résultats actuels de la pêche sur les côtes de Tunisie, qui n’aurait produit, en 1920, u’une dizaine de milliers de thons. On envisage 'ailleurs, pour 1921, l’ouverture de plusieurs autres thonaires sur la côte de Tripolitaine; il a été présenté 37 demandes de concessions. Récemment ont été constituées la Societa Anonima Tonnara di Ras el Abel, au capital de 1.200.000 lire, et la Societa Anonima Tonnare Italo-Arabe, au capital de I million de lire. 11 a été établi un droit d'exportation sur les thons de 6 lire par quintal.
En raison de la richesse des côtes de Tripolitaine, on étudie l’industrialisation de la pêche et la création d'industrie frigorifiques et des salaisons.
(1) D’après un article du Dr D. D. Mazzolani, dans la Suova Ilalia du 17 novembre 1920. Il convient de lui laisser l’entière responsabilité de ces chiffres.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Il serait fastidieux d'énumérer ici les nombreux commerçants, importateurs et exportateurs établis en Tripoli taine, parmi lesquels on pourrait citer cependant la Société A. Capra et C., au capital de 1 million de lire, Elie Nahum, Abraham di E. Raccah, etc.), les bazars et magasins de nouveautés tels que V. Scaletta et G., successeurs de Miccio et G., etc. Le grand commerce est surtout entre les mains de l’élément israélite. Les commerçants tripolitains, à quelque race qu’ils appartiennent, trouvent un sérieux appui dans le nouveau Conseil du Commerce, organe préparatoire de la Chambre de Commerce.
La Societa Marittiina Coloniale , au capital de 5 millions de lires, dont le siège est à Tripoli, exploite une entreprise de navigation libre avec des vapeurs d’un déplacement total de 22 000 tonnes, effectue les embarquements et débarquements et a un chantier de réparations. Un de ses vapeurs fait un service irrégulier entre Tripoli et Tunis.
On peut aussi comprendre parmi les entreprises participant au mouvement commercial de la Tripolitaine la Societa di Navigazione « Sicilia », au capital de fi millions de lires, qui exploite les services de navigation postaux et commerciaux subventionnés de Syracuse à Tripoli, de Syracuse à Bengasi, de Tripoli à Zuara, de Tripoli à Misurata, de Palermé à Tunis (tous hebdomadaires) ; il y a lieu d’y ajouter son service effectué toutes les trois semaines entre Gênes, Naples, Syracuse, Tripoli, Misurata, Sirte. Bengasi, Derna, Alexandrie D’autre part, le service hebdomadaire Tripoli-Zuara est prolongé, en principe tous les quinze jours, jusqu’à Sfax, depuis le début de 1920 (1).