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VIII. — Les industries indigènes

L’industrie du tissage, exercée au moyen de métiers horizontaux à navette, a une grande importance en Tripolitaine et procure de l’ouvrage à plusieurs milliers d’ouvriers. Tripoli et Misurata en sont les centres principaux ; dans les autres localités, elle a plutôt le caractère d’une industrie domestique réservée aux femmes.

Les principaux produits sont les vêtements de coton (erdè) à l’usage des Bédouins : à Tripoli, on en fabrique 200.000 par an, pour une valeur de plus d’un million; les trois quarts de la production sont absorbés dans le pays et le reste est exporté en Cyrénaïque et en Tunisie. Les filés de coton nécessaires sont importés presque exclusi-

(1) Le service français d'avant-guerre Tunis-Tripoli de la Compagnie de Navigation Mixte n'a pas été repris. La Compagnie Olivier, de Tunis, dessert irrégulièrement les escales de Sousse, Mahdia, Monastir, Sfax, Gabès, Tripoli. On annonce aussi la création, par la Compaguiè de navigation Tripcovich, de Trieste, d’un navire entre Trieste, Malte, Tripoli, S ax et Tunis. Somme toute, les communications maritimes entre la Tunisie et la Tripolitaine s’améliorent, mais sont encore assez précaires.

(2) La plupart des renseignements qu’on va lire sont extraits de la brochure intitulée Agricollura, Jndustria e Commercio delta Tripolitania, par Romeo Nappi (Publication du Ministère des Colonies, Rome, 191»).

I vement d'Italie ; à Tripoli, on procède à leur teinture, cette dernière industrie occupant plusieurs centaines d’ouvriers' arabes et israélites; les couleurs préférées sont le rouge, le jaune, le bleu et le noir. On importe aussi en Tripolitaine des filés de coton teints en rouge et en jaune : le filé jaune, provenant de Manchester, est particulièrement recherché par l’indigène: l’industrie italienne s’efforce de l imiter.

A Tripoli, on fabrique par an environ 20.000 vêtements de laine (huali) ; les filés de laine nécessaires sont importés de Bradford et aussi d’Italie. A Misurata, on fabrique une autre sorte de vêtements ( abè ) avec de la laine locale, pour une valeur annuelle de 500.000 lires. On confectionne aussi à Tripoli, avec de la laine du pays, des couvertures à couleurs vives ( batania ). Enfin une place importante revient, dans la fabrication des tissus de laine, aux tapis de Misurata, à dessins géométriques et à couleurs très vives, qui jouissent d une certainerenommée dans toute l’Afrique septentrionale ; les métiers à tisser de l’oasis de Misurata sont au nombre d’environ 2.000 et l’on évalue la production annuelle à plus de 7.000 tapis, d’une valeur d’environ 350.000 lire (1). On vient d’exposer à Borne, au palais Chigi, de nombreux échantillons de tissus de laine, coton et laine, soie et laine, fabriqués à Misurata, Zliten, Migellata, Tripoli et Zuara : par leur beauté et leur résistance, ces tissus ont été reconnus bien supérieurs, pour la confection des vêtements d’hommes et de dames, aux tissus anglais, à des prix incomparablement inférieurs. Il se pourrait donc qu’un intéressant avenir fût réservé à cette industrie indigène.

Quant aux tissus de soie, ils sont confectionnés surtout avec de la soie de Chine importée par Marseille ; toutefois certaines sortes de filés italiens rencontrent peu à peu la faveur des tisserands tripolitains, lesquels réclament des articles gros, tenaces, purs et uniformes, qualités que présente spécialement la soie chinoise. L’industrie de la soie en Tripolitaine est surtout domestique : la population israélite s’y adonne de préférence. Un quartier de Tripoli (Sou k-el-Harir) est occupé par des tisserands musulmans de voiles de soie, dont la production annuelle est évaluée à 400.000 lire.

A Tripoli, des ouvriers, spécialement israélites, se livrent à des travaux de broderie d’or, d’argent et de soie sur les vêtements de femme, sur les habits des riches musulmans de la ville, sur les manteaux portés par les chefs arabes de l’intérieur et du Soudan et sur d’autres objets d’ornementation. De nombreux ouvriers musulmans font de la broderie d’argent et de soie sur cuir.

L’argenterie et l’orfèvrerie sont aussi des industries importantes exercées presque exclusivement par des israélites de Tripoli et des environs, dont les produits sont très appréciés. La valeur annuelle moyenne de l’argent et de l’or travaillé

(1) Il s’agit de la valeur d’avant-guprre; bien entendu, tous les prix sont aujourd’hui extraordinairement majorés. Cette observation s’applique aussi à d'autres évaluations.

en Tripolitaine est d'environ 1 million de lire.

Une des principales industries de la Tripolitaine est celle des nattes fabriquées surtout à Misurata et à Tauorga, avec un jonc connu sous le nom de smarr, qui croît spontanément dans les étangs. Cet article est exporté en partie dans les pays musulmans voisins ; des facilités douanières ont été accordées en Italie pour en favoriser l’importation. La valeur annuelle de la production de Misurata, représentant les quatre cinquièmes de la production de la Tripolitaine, est évaluée, en temps normal, à 650.000 lire.

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