‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 30 sur 149 · OCTOBRE . 9 1 3 — JUIN · texte numérisé non relu

OCTOBRE . 9 1 3 — JUIN

En 1913, l’occupation du Tibesti était depuis longtemps reconnue nécessaire. Les Toubous ne venaient- ils pas constamment razzier en Air. au Kaôuar, au Tchad, emmenant en captivité femmes et enfants, empêchant toutdéveloppement de vie?

Les difficultés des voyages dans le désert ne leur permettaient pas le luxe de gros effectifs et leur petit nombre les rendait encore plus insaisissables. Aussi leur audace s’aocroissait-ellechaque année et il faut reconnaître qu’ils faisaient preuve d’un courage et d’une endurance dignes d’une meilleure cause.

En 1912, un Toubou venu piller en Air reprit après la mort de ses camarades, seul à pied la route du Tibesti distant de plusde 1 .000 kilomètres. Il n’emportait pour tout moyen de subsistance que la viande crue d’une chèvre qu’il avait tuée et la provision d’eau que put contenir la peau de cette chèvre. Découvert à Fachi par les tracesque laissèrent ses pas près du puits dans la palmeraie de l’oasis, il fut envoyé en prison à Bilma. Il s’v

(1) Voir la rarte publiée dans Y Afrique française. 1020, liens. Col., p. T..

trouvait en 1913 et se portait à merveille malgré les fatigues d’un pareil voyage.

Le Tibesti se trouvait d’ailleurs sous l’intluence immédiate du centre senoussiste de Koufra, et l’occuper était une mesure de sécurité de premier ordre.

C’est pour obtenir ce résultat qu’une expédition ordonnée, par télégramme du Gouverneur général de l’Afrique Occidentale, en date du 10 juillet 1913, fut organisée par le colonel

VILLAGE DE BILMA

llocquart, commissaire du Gouvernement général dans le territoire militaire du Niger.

Cette expédition devait coïncider avec la marche en avant des troupes du Tchad sur le Borkou.

Les détails de la préparation, la marche sur le Tibesti, les diverses reconnaissances, l’occupation et la pacification définitive du pays ont été racontés par le colonel Lotler dans son rapport publié pari’ Afrique Française en juillet 1910(1).

Nous n’avons donc nullement l’intention d’v revenir.

Qu’il nous soit permis seulement de donner ici, en marge de ce rapport, quelques notes et impressions recueillies au jour le jour pendant l’expédition.

(1) liens. Col., 1916, p. 1 73. Voir aussi le Tihesli d’hier et de demain, par le capitaine Blaizot, dans l'Afrique française, 1920, liens. Col., p. 6. "Le colonel Lutter est mort au champ d'honneur.

Supplément à l'Afrique Française de mars 1921.

BULLETIN DU COMITÉ 1>E L’AFRIQUE FRANÇAISE

Transport du matériel d’artillerie.

Le transport du matériel de 80 de montagne retenait tout particulièrement l’attention.

Les régions à parcourir étaient particulièrement pénibles. Le trajet Beurkot-Bilma (450 km.) à travers un désert de sable absolu, qui ne présente qu’un seul point d’eau (Fachi), passe pour un des plus difficiles du Sahara tout entier. Les étapes moyennes sont de 12 heures de marche pendant dix jours consécutifs sous la tempête de vent ou le soleil torride.

La route du Tibesti à partir d’Otoma était inconnue, et les quelques renseignements obtenus sur le pays lui-même le présentaient comme excessivement montagneux (altitude atteignant près de 3.000 m.) et de pénétration très diflicile.

Un matériel de transport, pour être utilisé dans ces régions, devaitdonc être l’objet d’un soin extrême.

Le bât indigène en usage à Zinder convenait parfaitement au transport de charges pouvant s’équilibrer de chaque côté comme les caisses à munitions. Mais la pièce, l'affût, qui en raison de leur poids (100 kg.) ne pouvaient constituer qu'un seul chargement, nécessitaient un bât spécial, permettant de les placer sur le dos même du chameau.

La partie inférieure de ce bât, identique à celle du bât indigène, devait s’adapter exactement au corps du chameau. La partie supérieure, analogue à celle du bât réglementaire employé avec les mulets, devait pouvoir supporter le matériel. Le

SALINES DE BILMA

tout devait présenter une grande rigidité, et le centre de gravité du chargement être placé assez bas pour éviter autant que possible les oscillations. Les déplacements longitudinaux étaient d’ailleurs notablement diminués par la grande longueur du bât. Enfin, une consigne spéciale devait être rédigée à l’usage des servants pour le chargement, le déchargement et la mise en batterie. ,

L’expérience des essais antérieurs fut mise à profit, et en particulier des renseignements fort intéressants me furent communiqués avec beaucoup d obligeance par le lieutenant Ardaillon,

commandant la section d’artillerie du Tidikelt.

La construction et les essais commencèrent à Zinder à la fin de mai 1913. Les matériaux employés furent :

Le lilali pour couvrir les panneaux;

La bourre du palmier pour le rembourrage;

Du bois indigène (acacia arabica) pour les arcades ;

Du fer européen et indigène;

Du cuivre provenant d’anciens canons du Sultan de Zinder pour les coussinets. Ce cuivre,

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