‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 32 sur 149 · ENNERI DE ZOUAR (VERSANT NORD · texte numérisé non relu

ENNERI DE ZOUAR (VERSANT NORD

environ. Les animaux domestiques se réduisent aux chameaux, aux ânes et aux chèvres, et la pénurie des pâturages (épineux, abesgui, madiougou) en limite encore le nombre. On y trouve quelques palmiers doums, des tamaris, du tournfafia (allotropis procera), et dans les jardins, du petit mil, du tabac, des tomates (Y ô, Mossoï, Bardai), parfois du blé et des dattiers (Bardai).

Les Toubous doivent par conséquent aller souvent au loin chercher une nourriture, si misérable soit-elle. Pendant la marche, le 3 décembre 1913, à Délirou, la colonne en surprit trois allant à Bhât chercher des noix de doum. Nous en avons vus souvent occupés à piler pour les manger les os des animaux morts.

RENSElaNïMKNTS f OLONIAUX. — N° 3.

nominale, les autres chefs avaient peu d’influence. Il n’existait presque aucune solidarité entre les groupements, et les dissensions familiales, les vendetta n’étaient pas rares.

Barkadji, un de nos courriers, avait quitté Tenneri de Zouar, un an avant notre arrivée, et s’était réfugié au Kaouar à la suite d’un assassinat. Devenant avec nous, il se croyait à l’abri des représailles. Il fut toutefois attaqué sur la route de Bilma et grièvement blessé à la main.

Le vieil Adetermi, guide de la section de Bilma, et l’auxiliaire Kokoy, avaient eux aussi quelques comptes personnels à régler. Aussi, lorsque, le 19 décembre 1913, la mère de Kokoy revenue avec nous, envoie sa fille chercher trois cha-

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

meaux lui appartenant, un de ces chameaux lui est volé au sortir des montagnes.

Les Toubous venus au fur et à mesure de leurs soumissions chercher protection près du poste de Zouar, étaient constamment en relations avec les Toubous non soumis de la montagne, et le règlement de leurs affaires se continuait, non sans violence de part et d’autre. De là de fréquents

LE KSAK D’ACHENOUMA AU KAOUAIt (Le village qui est au pied s’appelle Achenouma-Guesar).

coups de fusil la nuit, et les alertes au camp étaient continuelles. Nous en étions énervés, au point que le 21 lévrier, à trois heures du matin, une sentinelle cria « Aux armes » pour un bourriquot vagabond qui rôdait.

Lors de la surprise du lo février, les Toubous soumis n’ignoraient certainement pas la présence à Lobogué des Toubous et Khoans venus de Bardai. Sans être tout à fait d’accord avec eux, ils n’osèrent toutefois nous avertir de peur de représailles.

Cet état d’esprit toujours disposé à la vengeance personnelle n’est pas rare au Sahara. Nos auxiliaires étaient poussés en avant par le désir de régler leurs affaires privées. Les Touaregs, en particulier, avaient de terribles comptes avec ces habitants du Tibesti, venus si souvent razzier en Asbin, et leur acharnement était encore plus grand que celui des auxiliaires Toubous. A tous, l’occasion de tirer des coups de fusil ne manquait pas, et nos tirailleurs sénégalais, gardés partois en réserve,' en étaient jaloux.

Les Toubous étaient armés, en 1914, de fusils modernes venant de Tripolitaine, mais leurs armes anciennes étaient fort curieuses. On trouvait encore pendant notre séjour, des couteaux de jet, des sabres d’homme portés au poignet à l’aide d’une ceinture de cuir cousue au fourreau, et des sabres de femme suspendus à l’épaule par une corde sans aucune enveloppe.

Dans leurs expéditions, lorsqu’ils sont à bout et pressés par la soif, ils coupent la veine jugulaire du chameau pour en boire le sang. Ils prennent aussi l’eau contenue dans le corps même du chameau.

Us savent faire du goudron avec des os, des noyaux de dattes et des noix de doum qu’ils

chauffent dans des vases en terre placés dans des trous. Nachtigal raconte qu’ils se nourrissent de graines de coloquinte après les avoir lavées avec des cendres pour leur enlever l’amertume. Ce fait n’a pas été vérifié.

Les jardins sont cultivés par des captifs, les Toubous se réservant la guerre et la garde de leurs troupeaux. Les cases en pierre sont rares. Quelques piquets et des nattes suffisent généralement aux femmes pour une installation et.l’aménagement n’est pas compliqué.

Le Mariage.

Les rites du mariage sont assez curieux. •

Le 12 mars 1914 , un de nos auxiliaires , Akouméli, prit femme au campement toubou de Zouar.

Une première cérémonie eut lieu chez le marabout où l’on discuta la dot. Naturellement, la fiancée n’y assistait pas. On tua un chameau dont la vionde fut partagée par moitié entre les deux familles.

Par un beau clair de lune, la jeune fille fut prise de force dans sa tente par les amis du marié qui l’arrachèrent à son entourage, placée sur un chameau et emmenée à toute allure à la tente du marié où elle s’installa. Elle y resta pendant sept jours sans bouger du coin de cette tente qui lui était réservé. Elle ne devait parler à aucun homme, même pas à son mari, et ne recevait que des femmes. Les gens qui entraient pour rendre visite au mari, ne voyaient qu’un amas de vêtements sous lequel elle était cachée.

Un bâton fut enfoncé en terre pour porter bonheur aux jeunes filles qui venaient voir le

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